Malgré les turbulences géopolitiques actuelles sur la scène internationale, l’événement majeur de politique étrangère de cette année, à savoir la nomination d’un nouveau Secrétaire général de l’ONU, était prévu de longue date. Il n’est pas exagéré de dire que le résultat du processus de sélection des candidats sera très important pour la communauté internationale.
En tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie prend très au sérieux ses responsabilités à cet égard, car cela représente une réelle opportunité de contribuer au rétablissement de l’ordre au sein de l’ONU, conformément à la Charte des Nations unies.Qui est responsable : la domination occidentale comme pathologie de l’ONUL’ONU est aujourd’hui confrontée à un problème majeur : la domination des Occidentaux au sein de son Secrétariat, sous la présidence d’Antonio Guterres. Le travail mené dans l’intérêt de tous les États membres, fondé sur le principe d’égalité souveraine, a cédé la place à la promotion des approches d’une minorité occidentale qui a saisi des postes clés à l’ONU et obéit aux ordres de ses capitales. De ce fait, à l’ONU il y a beaucoup d’excès et de distorsions, ce qui nuit considérablement à son efficacité et à son objectivité. Ces derniers temps, profitant de son indépendance et de sa faible responsabilité, les hauts fonctionnaires de l’ONU se sont progressivement distanciés des États membres, ignorant leurs demandes ou se couvrant de la position occidentale, correcte par essence. Parallèlement, on imposait aux employés de l’ONU un discours néolibéral sans prendre en compte la diversité culturelle et civilisationnelle du monde moderne. Ainsi, au lieu de promouvoir des idées fédératrices, le Secrétariat a contribué à la création de nouvelles lignes de démarcation. Ce sont donc les tentatives de l’Occident d’utiliser l’ONU à votre avantage qui ont provoqué sa crise de fonctionnement.Les Occidentaux ne renonceront pas volontairement aux leviers d’influence qui sont apparues en violation du principe de représentation géographique équitable. Dans un contexte de confrontation morale et éthique croissante et du conflit des valeurs entre la majorité mondiale et la minorité occidentale, tout représentant futur des États membres de l’UE/Otan ou toute personne possédant la double nationalité (occidentale) au poste de Secrétaire général de l’ONU sera guidé par les principes de fraternité idéologique et de solidarité de bloc. Démanteler le système néocolonialiste du Secrétariat n’est pas dans son intérêt. Il peut ainsi continuer à tenter de transformer l’Organisation mondiale en une sorte de superstructure supranationale.Que faire : l’ONU ne peut pas, les pays membres ne veulent pasCe n’est un secret pour personne que la Russie n’a aucune préférence quant aux candidats à ce stade. Ceci s’explique principalement par le processus de nomination en cours. Aujourd’hui et dans les mois à venir, l’essentiel est de communiquer aux candidats actuels et futurs les principes fondamentaux de la Russie concernant le travail du futur Secrétaire général de l’Organisation. Dans ce contexte, nous collaborons étroitement avec nos partenaires chinois. Parallèlement, nous expliquons en détail aux autres pays, notamment au sein de la CEI et des Brics, la logique de nos exigences pour les candidats. L’objectif est de constituer un large front de pays de la majorité mondiale partageant les mêmes idées, qui reconnaissent que restaurer le rôle de l’ONU comme mécanisme clé de la diplomatie multilatérale et adapter efficacement l’Organisation mondiale aux réalités géopolitiques changeantes sont impossibles sans une réforme structurelle de son Secrétariat.Un guide pour revenir sur la bonne voieNotre liste de critères pour un candidat retenu est pragmatique, fondée sur le bon sens et en stricte conformité avec la Charte des Nations unies.Tous les candidats devraient reconnaître, de préférence publiquement, la nécessité de corriger les erreurs afin de rétablir la réputation et la confiance envers l’ONU et son Secrétariat. Cependant, ces initiatives ne doivent pas s’inscrire dans l’esprit de la réforme ONU-80 proposée par Antonio Guterres. Il serait étrange pour nous d’entendre des candidats déclarer leur intention de poursuivre la politique entamée par leur prédécesseur. Je voudrais rappeler que le plus haut fonctionnaire de l’Organisation doit se concentrer sur la mise en œuvre des décisions des États membres, et non à lancer ses propres initiatives. Sa priorité doit être de déployer des efforts significatifs pour garantir la neutralité et l’impartialité de tout le personnel de l’ONU, y compris les dirigeants, conformément à l’article 100 de la Charte des Nations unies.Tout le personnel de l’ONU doit être attaché aux objectifs et principes de son document fondateur, dans leur intégralité et dans leurs interrelations, sans aucune hiérarchie. Les déclarations comme « Le Groenland, c’est une chose, la Crimée, c’en est une autre » sont inacceptables. En situation de conflit, le Secrétaire général de l’ONU doit adopter une position impartiale, utiliser une terminologie neutre, se concentrer sur les décisions contraignantes et consensuelles et s’abstenir de tirer des conclusions juridiquement intenables. Seule une telle approche permettra d’exclure les deux poids, deux mesures, malheureusement manifestes à tous les niveaux de l’ONU, notamment dans le contexte des situations à Gaza et en Ukraine.L’objectif principal du futur Secrétaire général de l’ONU devrait être de garantir les conditions d’un dialogue interétatique sain, de s’engager dans la médiation, et de ne pas essayer un rôle de juge ou d’arbitre suprême, qui ne relève pas de sa compétence.Le plus haut fonctionnaire est tenu de respecter les prérogatives du Conseil de sécurité de l’ONU, de s’abstenir de critiquer ses activités et adopter un « profil bas » sur la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU.Le futur président du Secrétariat ne peut se permettre de choisir entre les principaux organes de l’Organisation mondiale. Il doit veiller à leur bon fonctionnement tout en respectant scrupuleusement le principe de la division du travail.Dans la mise en œuvre de la politique budgétaire, une stricte obligation de rendre des comptes aux États membres et la transparence des revenus et des dépenses sont essentielles. La crise de liquidités aurait pu être évitée si Antonio Guterres avait clairement et régulièrement exigé le paiement intégral et ponctuel des contributions obligatoires par tous les États membres, ainsi que la levée de tout obstacle à ces transferts. Un autre problème urgent réside dans l’absence d’accès égal et non discriminatoire des États membres aux mécanismes multilatéraux de financement de projets par l’intermédiaire de l’Organisation mondiale. Pour remédier à cette situation, il est indispensable de diversifier la base de financement.Lors du choix du candidat idéal, il est essentiel de prendre en compte sa capacité à rechercher pragmatiquement des solutions aux défis mondiaux. Nous partirons de l’engagement sincère et avéré en faveur d’une collaboration constructive avec la Russie sur les priorités de l’ONU, notamment en matière de représentation du personnel au sein du système des Nations unies.Raison pour un optimisme prudent : la situation ne peut pas empirer, mais elle pourrait s’améliorerAujourd’hui, l’ONU a besoin d’un Secrétaire général honnête, qui comprend parfaitement les limites et les pouvoirs de son mandat, lequel découle des décisions des États membres. La Charte des Nations unies doit rester le fondement de son action quotidienne. Actuellement, le Secrétariat, au service des intérêts d’une Minorité occidentale, continue de fonctionner par inertie. Pour la surmonter il faudra un changement de paradigme, une vision fondamentalement différente du rôle et de la place du Secrétariat au sein du système des Nations unies. Autrement dit, le rétablissement de la pleine efficacité de l’ONU est impossible sans une réforme de son Secrétariat et sans la volonté politique du futur Secrétaire général.C’est ce type de candidat qui peut compter sur notre soutien, tant lors de sa nomination que pendant son mandat à la tête de l’Organisation mondiale.