Au moment où la République démocratique du Congo multiplie les initiatives diplomatiques pour ramener la paix — accords annoncés à Washington, discussions en cours à Doha et plaidoyer constant auprès de la communauté internationale — la réalité du terrain demeure implacable : les affrontements se poursuivent et s’intensifient dans l’Est du pays. Dans une interview accordée à TV5, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, lève toute ambiguïté sur la position de Kinshasa. Il accuse ouvertement le Rwanda d’entretenir une « guerre de pillage » à travers son soutien au M23, dénonce une duplicité désormais assumée après la reconnaissance d’une coordination sécuritaire avec la rébellion, et appelle à des actions concrètes fondées sur le droit international. Face au lourd bilan humanitaire, aux attaques contre des infrastructures civiles et aux tentatives d’extension du conflit, le Gouvernement congolais réaffirme sa détermination à défendre l’intégrité territoriale, à protéger toutes les communautés sans distinction et à conditionner tout dialogue intercongolais au respect strict de la souveraineté nationale. Pour Kinshasa, la paix ne saurait être un slogan diplomatique : elle doit être vérifiable, équitable et conforme aux engagements internationaux.
TV5 : La RDC vit un paradoxe : des accords de paix, des promesses de cessez-le-feu signées à Washington et des discussions en cours à Doha. Mais sur le terrain, les combats s’intensifient. Comment expliquez-vous ce décalage entre les mots et la réalité ?
Patrick Muyaya : Cette question doit être posée au président rwandais, que nous considérons comme le soutien du M23. Le retour à la paix contrarie ses intérêts économiques, car il s’agit avant tout d’une guerre de pillage. Les justifications avancées pour la présence de troupes rwandaises ont été déconstruites, et Kigali a reconnu sa coordination avec le M23. Si la violence persiste aujourd’hui à l’Est, c’est parce que le Rwanda entretient cette guerre pour poursuivre l’exploitation illégale des ressources congolaises.
Fin janvier, le Rwanda a reconnu une coordination sécuritaire avec le M23. Est-ce, selon vous, la fin d’une hypocrisie ?
La communauté internationale savait déjà ce que nous dénoncions. Maintenant qu’il y a des aveux, il est important que des actions concrètes soient prises conformément au droit international. On ne peut pas prétendre discuter pour la paix tout en continuant à attaquer des civils. Le bilan humanitaire est lourd : des centaines de milliers de déplacés, plus de 1 500 morts et des milliers d’enfants séparés de leurs familles.
Kigali justifie sa collaboration avec le M23 par la présence des FDLR en RDC. Kinshasa ne devrait-il pas cesser toute collaboration pouvant servir de prétexte ?
C’est un autre prétexte recyclé. Dans le cadre de l’accord de Washington, nous avons accepté un plan global pour traiter toutes les questions sécuritaires, y compris celle des FDLR. La RDC a respecté ses engagements. Plusieurs médiateurs internationaux ont reconnu que le Rwanda poursuit, lui, des actions qui empêchent le retour de la paix.
Des membres de la communauté banyamulengue disent vivre dans l’insécurité à cause des bombardements. Leurs craintes sont-elles injustifiées ?
On ne peut pas commettre des violences sous prétexte de protéger une communauté. Nos forces protègent toutes les populations, y compris les Banyamulenge. Le président de la République dialogue régulièrement avec leurs représentants. Leur place est en RDC et nous œuvrons pour l’unité nationale.
Quelles mesures concrètes prenez-vous pour protéger ces populations ?
Le chef de l’État est le premier rempart contre toute discrimination. Nous veillons à promouvoir des discours publics favorisant la cohésion nationale et nous travaillons à renforcer la protection sécuritaire et le dialogue avec toutes les communautés.
L’aéroport de Kisangani a subi une attaque de drones revendiquée par le M23. Est-ce une extension inquiétante du conflit ?
Nous connaissons les intentions du Rwanda et du M23. L’attaque d’une infrastructure civile relève d’un comportement terroriste. Nous avons pris des mesures pour protéger la population et les attaques n’ont pas atteint leurs objectifs. Toute tentative d’extension du conflit se heurtera à la résistance des forces congolaises et de la population.
Concernant un dialogue intercongolais, êtes-vous prêt à inclure toutes les composantes, y compris l’ancien président Joseph Kabila ?
Il existe des préalables : retrait des troupes étrangères, cessez-le-feu vérifiable et respect des engagements internationaux. Le président Tshisekedi a toujours montré sa disponibilité pour le dialogue, mais il ne peut pas servir à consacrer l’impunité. Un mécanisme de vérification sera nécessaire pour garantir la bonne foi des participants. Le dialogue se tiendra en RDC et entre Congolais.
La RDC présentera-t-elle un candidat au poste de Secrétaire Général de l’OIF ?
Oui, la RDC, en tant que plus grand pays francophone, est légitime pour présenter un candidat. L’identité sera révélée au moment opportun. Nous avons un projet pour dynamiser la francophonie et renforcer son avenir, notamment grâce au poids démographique et linguistique de notre pays.
Certains pensent qu’une candidature congolaise viserait à contrer celle du Rwanda.
Notre démarche repose avant tout sur un projet pour l’avenir de la francophonie. La RDC possède un bassin important de locuteurs et souhaite construire des ponts pour les jeunes générations. Notre candidature ne se définit pas contre un autre pays, mais autour d’une vision et d’une dynamique nouvelles.