A l’issue d’un sommet de haut niveau tenu lundi 09 février à Luanda, l’Angola a officiellement reçu le mandat explicite de mener les consultations nécessaires en vue d’un dialogue national inclusif en RDC. La rencontre a rassemblé le Président angolais João Manuel Gonçalves Lourenço, également Président en exercice de l’Union africaine (UA), le Chef de l’Etat congolais, Félix Tshisekedi, le Président togolais Faure Gnassingbé, Médiateur de l’UA, ainsi que l’ancien Président nigérian Olusegun Obasanjo, représentant les cinq anciens Chefs d’Etat désignés comme Facilitateurs du processus de paix en RDC.
L’Angola, déjà très impliqué dans la résolution de la crise dans l’Est de la RDC, s’est vu officiellement confier la mission de jeter les bases d’un dialogue intercongolais. Ce mandat donne à João Lourenço une stature de pivot central. Il devra désormais engager des discussions avec l’ensemble des forces vives et des parties concernées en RDC pour créer les conditions nécessaires à une table ronde politique, perçue comme l’une des voies pour tirer le pays du gouffre.
Cessez-le-feu et retrait des troupes rwandaises
Lors de ce sommet, le quatuor de Luanda, composé des présidents Lourenço, Tshisekedi, Gnassingbé et de l’émissaire Olusegun Obasanjo, a réitéré un appel pressant au silence des armes. Les belligérants sont sommés de déclarer un cessez-le-feu immédiat.
Pour éviter que cette énième trêve ne reste lettre morte, le sommet exhorte à l’activation des mécanismes de vérification technique, tels qu’actés lors des accords de Doha en octobre dernier.
Les chefs d’État ont durci le ton en rappelant les engagements internationaux. Dans un communiqué officiel, les dirigeants ont également rappelé les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Washington du 4 décembre 2025, ainsi que les résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui exigent notamment le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais et la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Dialogue National en gestation, le défi de l’inclusivité
Alors que l’Angola s’apprête à entamer ses consultations, en RDC, le fossé ne cesse de se creuser entre le pouvoir et une opposition qui multiplie les préalables. Sur quelle base ce dialogue va-t-il s’ouvrir ? C’est ici que le bât blesse.
Si le communiqué de Luanda a insisté sur le retrait des troupes rwandaises et la neutralisation des FDLR, il est resté muet sur la crise de confiance qui paralyse la scène politique intérieure.
Pour Félix Tshisekedi, la ligne rouge est tracée : le dialogue se tiendra en RDC et sans ceux qui ont tué les Congolais. Une position qui n’a pas rencontré l’assentiment d’une frange de l’opposition.
De Moïse Katumbi à Jean-Marc Kabund, en passant par Delly Sesanga et Constant Mutamba, les exigences se multiplient.
Leader d’Ensemble pour la République, met le curseur sur la fin de l’instrumentalisation de la justice. Moïse Katumbi exige la levée de toutes les condamnations à caractère politique ; la libération immédiate de tous les prisonniers politiques et d’opinion ; la levée des restrictions arbitraires à la délivrance des passeports et à la liberté de circulation des opposants ; et la cessation de toute répression visant à intimider ou exclure les voix dissidentes.
Même écho du côté de Jean-Marc Kabund. L’ancien allié de Félix Tshisekedi durcit le ton : il réclame non seulement la fin des « enlèvements » et des humiliations des opposants à l’aéroport de Ndjili, mais aussi le retour sécurisé des exilés politiques.
Pas une « blanchisserie » pour des traîtres
Derrière les barreaux, Mutamba a brisé le silence. Dans une missive, il a donné sa position. L’opposant rejoint le concert des exigences, mais y ajoute une mise en garde sécuritaire. Tout en appelant à des garanties pour les leaders d’opinion non armés, il insiste pour que ce dialogue ne devienne pas une « blanchisserie pour les compatriotes qui trahissent le pays au profit des étrangers, notamment le Rwanda, en prenant les armes pour tuer nos concitoyens et piller nos ressources naturelles », moins encore un cadre du partage du pouvoir.
Par ailleurs, Delly Sesanga a aussi fait part de ses exigences. Pour l’ancien candidat à la présidentielle de 2023, la réussite de l’initiative dépendra d’une définition « concertée », de son cadre, de ses objectifs et modalités. Il refuse tout dialogue de façade et exige des garanties sur l’indépendance de la médiation ainsi que sur l’application contraignante des futures recommandations.
Seul Martin Fayulu, via sa coalition Lamuka, semble prêt à jouer la carte de la souplesse, estimant que le lieu importe peu face à l’urgence de la crise.
Pour João Lourenço, la tâche s’annonce herculéenne. Le président angolais doit désormais convaincre une opposition vent debout que Luanda peut arrondir les angles entre le Président Tshisekedi et les opposants pour éviter que ce futur dialogue ne naisse mort-né.
Enock Mwaka