3 mai 2017 : JED invite Joseph Kabila à décréter un moratoire suspendant les emprisonnements des journalistes

3 mai 2017 : JED invite Joseph Kabila à décréter un moratoire suspendant les emprisonnements des journalistes

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Le 3 mai de chaque année, le monde célèbre la Journée Mondiale de la liberté de la Presse. A Kinshasa, une cérémonie a été organisée hier, au Centre des Ressources pour les Medias, dans la commune de la Gombe.  Etaient présents à cette manifestation, Gaston Musemena, Ministre de l’EPSP, Abdourahamane Diallo, Représentant- pays de l’Unesco,  Kasonga Tshilunde, Président de l’Union Nationale de la Presse Congolaise et d’autres invités de marque. Dans son mot d’ouverture, M. Tshivis Tshivuadi, Secrétaire Général de JED a invité le Président de la République, Joseph Kabila Kabange, à décréter un moratoire suspendant les emprisonnements des journalistes pour des délits de presse autres que les incitations à la haine et à la violence. Ce, avant  d’expliquer que  pour l’année 2016, 87 cas de violation de la liberté de la presse ont été enregistrés et pour l’année 2017, 69  cas  d’atteintes ont également été enregistrés. D’où, la RDC est classée comme une zone rouge pour la liberté de presse. Ci-dessous, l’intégralité du discours du Secrétaire Général de JED.

3 mai 2017 : Journée Mondiale de la liberté de la Presse

Kinshasa, Centre des Ressources pour les Medias (CRM)

Mot d’ouverture  du Secrétaire Général de JED

Excellence et Honorables,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs

Très chers confrères journalistes

Au nom de tourtes les Organisations des médias regroupées au sein de la « Dynamique du 27 mai », et qui comprend, outre le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC),  L’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC) ; Journaliste en Danger (JED), l’Observatoire des Medias Congolais (OMEC), l’Union Congolaise des Femmes des Médias (UCOFEM     ) ; l’Association Nationale des Entreprises de l’Audiovisuel privé (ANEAP), l’Association Nationale des Editeurs du Congo (ANECO) ; la Fédération des Radios de Proximité du Congo (FRPC) ; le Syndicat National des Professionnels de la Presse (SNPP) ;…

Au nom donc de  toutes ces organisations professionnelles des Medias, je vous souhaite une chaleureuse bienvenue, en ces lieux, et surtout, un tout grand merci pour avoir bien voulu répondre à notre invitation.

Excellences, Honorables, Mesdames et Messieurs,

Nous sommes ici réunis, ce mercredi 3 mai 2017, dans ce Centre des Ressources pour les Medias, que nous considérons comme notre maison de la presse, pour célébrer, cela ne vous a pas échappé, la Journée Mondiale dédiée à la liberté de la presse; et il me plait de préciser qu’il s’agit de la 26ème journée mondiale de la liberté de la presse.

Certains d’entre-vous  auront marqué cette célébration d’un cachet spécial, et vous comprenez-bien pourquoi.

Tout à l’heure, avant de débuter cette cérémonie, nous avons effectué à travers la ville, sur le boulevard du 30 juin, un petit Carnaval motorisé dénommé « Carnaval de la liberté ».

Durant tout le mois de Mai, que nous avons décrété, le mois de la liberté de la presse, vous aurez aussi le loisir de voir des Panneaux géants sur quelques artères de Kinshasa avec comme slogan de campagne : « Engageons-nous… pour des medias libres, pour la paix et pour la  cohésion nationale ».

En effet, l’Unesco a choisi de célébrer cette  journée au tour du thème : « Des esprits critiques pour des temps critiques : le rôle des médias pour la promotion des sociétés justes, pacifiques et inclusives ».

Pour nous congolais, pour nous Medias congolais, ce thème nous parle et nous interpelle, compte tenu du contexte actuel de notre pays.

Il nous parle parce que notre pays traverse actuellement une profonde crise politique et sécuritaire dont il ne sert absolument à rien de se voiler la face.

Ce thème nous interpelle sur le sens et l’essence même du mot » Medias ». Ne sommes-nous pas des Mediums, des Médiateurs attitrés, appelés à jouer le rôle de courroie de transmission et de Rassembleurs au sens le plus noble du terme, quand le pays va mal ?

Tout à l’heure, le Président de l’UNPC vous parlera de ce rôle des médias et des défis qui incombent aux medias congolais en cette période particulière.

Je voudrais, pour ma part, souligner le fait que «  sans la paix, il n’y a pas de liberté, et encore moins de liberté de la presse ; De même, sans liberté de la presse, corollaire de la liberté d’expression et d’opinion, il n’y a pas de paix durable…

Alors de cette liberté de la presse, parlons en un peu, et de ce qu’il en est exactement pour notre pays. Et je le ferais, comme toujours, sans langue de bois et sans faux-fuyant.

Pour Journaliste en Danger (JED), dont c’est la mission justement, de défendre et de promouvoir cette liberté de la presse, nous avons tendance à penser que plutôt que de parler de la Journée de la liberté de la presse en RDC, on pourrait nuancer un peu en parlant de la journée pour la liberté de la presse.

Cette nuance voudrait tous simplement dire que la liberté de la presse que nous prétendons célébrer depuis plusieurs années demeure, si pas un leurre mais, en tout cas une difficile quête derrière laquelle nous courons depuis plusieurs années , comme nous pouvons le démontrer à travers nos alertes, nos rapports et différents autres documents que nous publions ici, ou qui sont publiés par d’autres organisations internationales , qui nous regardent ou qui nous observent.

Excellence, Honorables, Mesdames et Messieurs,

Il n’est un secret pour personne que dans notre pays, les journalistes et les medias, sans distinction d’appartenance politique ou idéologique, évoluent dans un environnement généralement hostile à plusieurs égards (politique, économique, juridique, sécuritaire).

On ne compte pas le nombre des cas des menaces, d’intimidations, des détentions arbitraires, des agressions physiques, pouvant aller dans le pire des cas jusqu‘ à l’assassinat, qui font partie des dures réalités auxquelles sont confrontés journalistes et autres professionnels des médias dans notre pays, et pas seulement dans des provinces du pays où sévissent des groupes armés, des rebellions ou des milices.

Pourtant, dans ce grands et beau pays, qui porte fièrement le nom de République Démocratique du Congo, la liberté de la presse, tout comme d’autres droits et libertés, est reconnue et garantie par la Constitution et par une Loi particulière qui en fixe les modalités d’exercice.

D’où vient-il alors que ce pays soit considéré comme une «Zone rouge» pour la liberté de la presse, et un de plus périlleux pour les journalistes ?

Comment parler de la liberté de la presse quand l’accès aux sources d’informations surtout officielles, constitue une gageur ; comment parler de la  liberté de la presse quand les journalistes sont arrêtés ; menacés ou agressés, et jetés en prison parce qu’ils ont dénoncé des cas parfois avérés de corruption et des détournements des fonds publics ? Comment parler de la liberté de la presse avec des medias pauvres et des journalistes corrompus ?

Mais disons-le aussi pour rester honnêtes : comment parler de la liberté de la presse quand les journalistes eux-mêmes donnent prétexte à leurs bourreaux

En ne respectant pas les règles élémentaires d’éthique et de déontologie de leur profession ;

Est-ce la liberté de la presse quand les journalistes deviennent des politiciens et des propagandes de certains discours incendiaires ? Est-ce que des journalistes sous payés ou pas du tout peuvent-ils être libres et indépendant ?

La situation actuelle de la liberté de la presse, et des medias dans notre pays est déplorable et devrait nous interpeller, tous et chacun.

Et comme le suggère l’Unesco, je cite : «  pour devenir une réalité, la liberté d’expression a besoin d’un environnement juridique et réglementaire propice à l’essor d’un secteur des medias pluralistes et ouvert. Ce secteur doit être soutenu par le pouvoir politique et protégé par un Etat de droit. Il faut que la loi garantisse l’accès à l’information, notamment dans le domaine public. Enfin, les consommateurs de l’information doivent disposer des compétences nécessaires pour analyser de manière critique l’information qu’ils reçoivent et en faire la synthèse afin de s’en servir dans leur vie quotidienne, et demander des comptes le moment venu ».

Aujourd’hui, le tableau général de l’exercice de la liberté de la presse dans notre pays, indique un  inquiétant recul, aussi bien concernant le nombre toujours élevé des violations que nous enregistrons, que l’environnement général, politique, économique et sécuritaire l’exercice de cette liberté.

Malgré nos alertes, nos dénonciations et nos protestations, pour cette année encore, JED n’a pas constaté aucun signe, ni volonté politique tendant à renforcer la liberté de la presse et de la sécurité des journalistes, ni à empêcher la perpétuation de la culture de l’impunité des attaques contre les journalistes.

Quelques chiffres et statistiques de notre monitoring quotidien suffisent pour le démontrer : A titre illustratif, alors que nous avions terminé l’année 2016 avec au moins 87 cas enregistrés et documentés des attaques ou des violations de la liberté de la presse, depuis le début de cette année, soit en l’espace de 5 mois, nous avons déjà enregistré au moins 69 cas d’atteintes qui se repartissent de la manière suivante :

  • 21 journalistes interpellés ou arrêtés
  • 20 cas de journalistes menacés ou agressés
  • Au moins 26 cas de censure ou de fermeture des medias ;
  • 1 journaliste a été tué à Mbuji-mayi au mois de décembre dernier, dans des circonstances qui ne sont pas encore clairement élucidées, portant au moins 14 le nombre des journalistes tués au cours des dix dernières années.
  • Au moins trois journalistes ont fui les violences et les menaces qu’ils ont reçu au Kasaï Central dans les affrontements qui opposent les miliciens aux forces gouvernementales, tandis que deux médias ont été attaqués et incendiés.

Ici à Kinshasa, au moment où nous célébrons cette journée dédiée à la liberté de la presse, 1 journaliste croupit à la prison centrale de Makala depuis 4 mois sans aucun jugement le condamnant. Sans parler du signal de RFI qui reste brouillé à Kinshasa, et de ces médias proches de l’opposition fermés depuis plusieurs mois, sinon quelques années à Lubumbashi.

A ce contexte hostile au travail des journalistes, vient s’ajouter maintenant la tension politique actuelle, qui s’accompagne des actes d’intolérance politique dans un système d’impunité quasi instituée.

C’est à n’en point douter, cet environnement difficile dans lequel évoluent les journalistes et médias congolais, qui justifie que la RDC occupe la 154ème place sur 180 pays dernier classement mondial de la liberté de la presse publié, il y a quelques jours par Reporters sans frontières.

On peut discuter ce rapport, on peut le critiquer ou le rejeter, mais il ne rend pas moins compte de la situation réelle que nous –mêmes ici, nous déplorons et que nous dénonçons tous les jours.

Pour terminer , et pour permettre à la presse de jouer correctement et dans la sérénité le rôle qu’on attend d’elle pour consolider la paix et la démocratie, à quelques mois des élections dont tout le monde souhaite qu’elles soient libres, transparentes et apaisée, Journaliste en danger (JED) demandent :

  • Au Président de la République :
  • Ede marquer la fin de son deuxième et dernier mandat par un geste ultime en faveur de la presse, en décrétant un moratoire suspendant les emprisonnements des journalistes pour des délits de presse autres que les incitations à la haine et à la violence, tels, en attendant l’adoption par le Parlement et la promulgation d’une loi sur la dépénalisation des délits de presse,
  • D’ordonner la libéralisation des personnes arrêtées pour des motifs liés à la liberté de presse, ou d’expression, et la réouverture de tous les medias actuellement fermés sur l’ensemble du pays
  • D’engager la Procureur Général de la République à initier dorénavant des poursuites judiciaires à l’encontre de tous ceux qui s’attaquent aux journalistes à cause de leur travail ou violent impunément la liberté de l’information.
  • Au Parlement (Assemblée nationale et Sénat)
  • D’inscrire la question de la dépénalisation des délits de presse à l’ordre du jour de ses proches sessions ;
  • De voter un budget annuel d’aide à la presse conçue, non comme un cadeau du Prince à la presque, mais comme une contribution de la collectivité à sa propre information ;
  • d’accélérer le processus déjà en cours pour l’adoption de la Loi sur l’Accès à l’information qui obligerait les mandataires publics à tous les niveaux à rendre compte au peuple en laissant libre, l’accès des journalistes, sans exception, aux sources d’information officielles.
  • Aux instances de régulation des medias
  • D’inscrire dans leurs programmes prioritaires à soumettre au gouvernement et aux partenaires de la RDC l’aide à la presse, le renforcement des capacités des medias congolais, l’indépendance et l’accès aux medias publics de tous les courants de pensée et d’opinion
  • Aux partenaires bilatéraux et multilatéraux de la RDC
  • De considérer le secteur des medias comme étant un secteur sinistré et prioritaire au même titre que le secteur de la santé, des infrastructures ou de l’éducation ;
  • De faire bénéficier les médias congolais des avantages liés aux programmes d’appui aux medias des pays post-conflits ;
  • Aux journalistes
  • De faire preuve de professionnalisme par le respect strict de leur code d’éthique et de déontologie ; ainsi que de la Charte de responsabilité des journalistes en priorités en période de crise adopté lors du dernier Colloque de la presse.

Excellences, Honorables, Mesdames et Messieurs

Je ne pourrais terminer ce mot sans remercier, et au nom de toute la « Dynamique du 27 mai » Free Press Unlimited (FPU) qui est une ONG Hollandaise basée à Amsterdam, et ici représenté par son Directeur des programmes-medias pour l’Afrique, Monsieur Léon Van de Booggaert, qui nous appui depuis quelques années et qui a rendu possible l’organisation de cette cérémonie. Sans oublier Internews et l’Usaid, qui financent JED et ce Centre de presse ; ainsi que la Direction de la Coopération au Développement de la Confédération Suisse qui nous appuie dans la lutte contre l’impunité des violations des droits des professionnels des medias.

Que vice la Liberté de la Presse, pour que vive à jamais au Congo une véritable République Démocratique, dans la paix et la cohésion nationale.

Je vous remercie

Contactez-nous !

  • Editeur - Directeur Général :

    Marcel Ngoyi



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