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Invalidation des passeports semi-biométriques: un grand coup de poignard pour le Climat des affaires en RDC!

Invalidation des passeports semi-biométriques: un grand coup de poignard pour le Climat des affaires en RDC!

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«Il ne faut pas vouloir une chose et son contraire», dit-on. En République Démocratique du Congo, le fait est patent. Il s’agit bien de la décision intervenue, il y a quelques jours, annonçant l’invalidation des passeports semi-biométriques à partir du 16 octobre prochain. Signée par le Vice-ministre des Affaires Etrangères, la décision, loin d’être applaudie, a suscité un tollé général. S’il était permis de prendre strate par strate, c’est-à-dire, des acteurs politiques, tant du côté de la Majorité présidentielle que de l’opposition, mais aussi dans tous les milieux, mieux le milieu des affaires, et chez les citoyens lambda,  vite l’on comprendrait l’inquiétude grandissante des uns et des autres.

Insécurité pour les affaires en RDC

Le Gouvernement au banc des accusés, parce que la décision vient d’un de ses membres, en l’occurrence, le Vice-ministre des Affaires Etrangères. «Comment venir investir en RDC, où d’un jour à l’autre, des règles sont changées, des décisions tombent et paralysent tout projet ? S’il est vrai que l’on n’attend des investisseurs étrangers, n’y a-t-il pas des Congolais désireux de ramener des capitaux frais au pays ? Avec tout ce qui arrive, comment comprendre que l’on puisse faire des affaires, se déplacer pour l’étranger ou quitter l’étranger en sachant que le passeport que l’on détient maintenant sera saisi à la frontière, et que se soumettre à une longue procédure d’acquisition d’un autre document pourrait facilement vous faire perdre du temps et de l’argent, car l’on ne sait dans  combien de temps on peut obtenir un autre passeport. Franchement, c’est du gâchis », a fait savoir un opérateur économique, qui hésite de programmer un voyage à l’étranger, au risque d’y être bloqué. D’où vient que certains sont d’avis qu’il s’agit là d’un grand coup de poignard dans le forum minutieusement préparé et organisé à Kinshasa, dans le cadre de l’amélioration du climat des affaires.

La FEC aurait-elle raison ? 

Lors du forum sur le climat des affaires en RDC, Albert Yuma, le patron de la FEC, avait émis beaucoup de réserves quant à l’application des résolutions par la partie Gouvernement. Il avait soutenu qu’il y a eu organisation de plusieurs forums, sans que ne soit suivie ni appliquée la panoplie des mesures. «C’est ce qui crée une insécurité pour les opérateurs économiques», avait-il fait savoir. Avec ce qui arrive, certainement que les membres de sa corporation subiraient en premier un coup sérieux, surtout lorsqu’il y a ceux qui ont déjà des rendez-vous d’affaires.

Menace de recul au classement Doing Business

C’est dans quelque deux mois qu’intervient la publication du classement Doing Business par la Banque mondiale. Celle-ci, par le biais des contributeurs attitrés, obtient des renseignements fiables sur le management RD Congolais, quant à l’amélioration du climat des affaires. Ainsi, une décision, comme celle qui vient de tomber comme un cheveu dans la soupe, il y a de quoi s’inquiéter pour la suite. En effet, tous les efforts, fournis par le Gouvernement, lui-même, sont torpillés par ses membres. « Comment peut-on scier la branche sur laquelle l’on n’est assis », s’interroge un analyste économique. Alors, à qui va-t-on attribuer le recul de la RDC dans le classement Doing Business, si jamais cela arrivait ? Va-t-on chercher des boucs émissaires ? C’est la question.

Colère à la Majorité présidentielle

Il n’est pas question de famille politique, plateforme ou méga plateforme. La question est d’une importance cruciale qu’à la Majorité Présidentielle, c’est le Député national, Alain Lubamba, par ailleurs Vice-président de la Commission chargée des Relations extérieures à l’Assemblée nationale, qui a carrément demandé l’annulation de la décision. Il évoque de nombreuses contraintes liées à l’application de cette décision. D’abord, qu’à l’expiration du délai butoir, fixé au 16 octobre prochain, les détenteurs de ce document auront de difficulté à circuler à travers le monde. Ensuite, les fortes demandes provoqueraient des attroupements ou rassemblements des masses au ministère des Affaires étrangères, périmètre où se trouvent concentrées des institutions stratégiques de la République et, enfin, cela entrainerait des désordres liés aux multiples tentatives de corruption pour ceux qui voudront posséder rapidement ce document. Zacharie Bababaswe, un autre Député national, membre de la même famille politique, est monté au créneau. Sur les ondes d’une station nationale, il a soutenu avoir écrit une lettre au Vice-ministre des Affaires Etrangères, le priant de retirer, sans délai, son communiqué, en ce qu’il ternit davantage non seulement l’image de marque de la République Démocratique du Congo dans toutes les chancelleries, mais que cette décision mettrait de fait en difficulté tous les Congolais porteurs des passeports semi-biométriques se trouvant à l’étranger.

Un troisième, c’est Yves Kisombe, Vice-ministre honoraire des Affaires Etrangères. Il ne comprend pas la logique développée par son successeur. Puisque la décision est grave, Kisombe envisage, en cas de non retrait de la décision, une action judiciaire, pour attaquer cet acte administratif qui viole les droits acquis. Si les trois se sont clairement prononcés, d’autres cadres de la même méga plateforme sont de cet avis. Ce, en dépit des éclaircissements apportés par le ministre de la Communication et Médias, Lambert Mende, Porte-parole du Gouvernement, défiguré par le même Zacharie Bababaswe, qui a soutenu que cette prise de position ne l’engageait que lui et ne relevait pas de la position du Gouvernement, parce que n’ayant pas fait l’objet d’un débat en Conseil des ministres.

L’opposition en justice contre l’Etat congolais

Pour dire non à cette énième bévue du Gouvernement, un cadre de l’opposition n’a trouvé mieux à dire, que d’annoncer qu’il va, par l’entremise de ses avocats, se pourvoir en justice notamment, saisir la Cour Suprême de Justice contre l’Etat Congolais. Il croit, dur comme fer, que la justice congolaise, qui doit nécessairement se refaire une santé en terme de crédibilité, n’hésitera pas d’annuler cette décision du Vice-ministre des Affaires Etrangères. Il en va pour preuve, qu’à l’époque du Feu Maréchal Mobutu, la même cour avait été amenée à annuler une ordonnance du Chef de l’Etat, dans un dossier qui opposait l’Etat à l’église Témoin de Jéhovah. En sera-t-il de même aujourd’hui ? C’est aussi la question.

Des raisons politiques invoquées

Dans l’opinion, certaines sources allèguent que cette décision du Vice-ministre serait dictée par des raisons politiques. Probablement, pour mettre en mal la mobilité de certains acteurs politiques qui battent campagne à l’étranger contre la République Démocratique du Congo. Ce, en rapport avec le processus électoral.

Ghislain Lubula