Le Rais J. Kabila dans une monocratie de facto en RDC : un couteau à double tranchant

Le Rais J.  Kabila dans une monocratie de facto en RDC : un couteau à  double tranchant

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En cette année 2017 finissante, Joseph Kabila Kabange est tangiblement passé du pouvoir incertain, inhérent au contexte approximant le non-Etat en 2001, à la plénitude et au summum de l’imperium. Un règne qui s’est étonnamment consolidé en cascades ascendantes. Et cela, malgré les graves contradictions de la démocratisation et les poussées oppositionnelles stridentes et intenses pendant 16 ans. Le pouvoir étant, par essence dans sa conception wébérienne,  la capacité de « faire  triompher sa volonté au sein d’une relation sociale », aujourd’hui en R.D Congo le Raïs fait dominer son dessein (voire son schéma politique) dans l’arène politique. Que l’on fasse déferler sur lui des torrents de quolibets au vitriol ou que l’on l’encense hypocritement par courtisanerie, la réalité demeure qu’il est parvenu à s’imposer comme l’épicentre du champ politique congolais.  Le Dr. Etienne Tshisekedi qui constituait l’autre pole de gravitation de l’arène politique a disparu laissant l’opposition dans une «impuissance par défaut de Grand Homme à historicité légitimante». L’histoire, dans ses méandres aux logiques parfois insaisissables, place le Congo aujourd’hui dans une configuration politique presque monocratique dont l’épicentre est Joseph Kabila  Kabange. Même le prophète Congolais au meilleur score de prédiction ne l’aurait pas vu cheminer vers le summum de l’imperium.

Dans la crise politique que connait le Congo aujourd’hui, les yeux et les esprits  sont tournés vers la bienveillance du Raïs pour décanter la situation. Il dicte les termes du jeu et des enjeux politiques. Les joueurs politiques se positionnent et se repositionnent par rapport à cet épicentre. Réalité tangible. L’imploration est implicite, mais déchiffrable. Dans toute la classe politique, dans toute la société Congolaise, voire au plan international, on ne cerne ni nouveau maitre, ni nouveau paramètre d’infléchissement sur Joseph Kabila. La mort précipitée de Dr. Etienne Tshisekedi (Hélas, le lider maximo fit preuve de hiatus tactique, manquant ainsi de conquérir l’imperium à sa portée !), un homme qui a subi la torture, la bastonnade, les multiples relégations à son village natal, les incarcérations, les humiliations, sans abandonner la lutte, a complètement désaxé le système politique Congolais. Cette perte a produit un monocentrisme politique de facto. On pourrait même dire «le départ du Sphinx de Limete  a fait apparaître le Sphinx de la Gombe ». Le Rais congolais au silence et à la placidité neutralisante.

L’ère post-Tshisekedienne : l’Opposition est devenue une juxtaposition des chefs politiques braillards autoneutralisants

Si Feu Dr. Etienne Tshisekedi était vivant une telle impasse aurait été impensable. L’opposition n’est plus qu’une nébuleuse kafkaïenne. Des vieux entrepreneurs politiques démunis de vision intelligible,  des chefs politiques situationnistes à la discursivité politique balbutiante, l’opposition bat de l’aile. Le défi majeur est de produire un autre leader politique authentique, pur, irradiant. Hélas, dans la mixture oppositionnelle actuelle où l’UDPS s’est engluée et a perdu son intelligibilité, la production d’un «plus-que-Tshisekedi » est une éventualité dont la probabilité repose sur la pointe d’une épingle. Ceux qui se distinguent par le vacarme selon lequel ils sont les disciples politiques de Dr. Tshisekedi ne trompent que les néophytes. Aucun d’entre eux n’est parvenu à ce jour à proposer une rearticulation de l’idéologie politique de Dr. Tshisekedi Wa Mulumba, en lui donnant une armature conceptuelle de l’envergure, et aussi de la puissance persuasive, que le premier Docteur en Droit du Congo avait tissé. L’opposition apparait, aux yeux des observateurs avertis, comme une juxtaposition des éléments aux trajectoires et historicités politiques contradictoires. Leurs agendas politiques aussi antinomiques produisent une autoneutralisation. Elle est dépourvue visiblement d’une figure de proue porteuse d’une stature et d’un calibre pouvant faire d’elle un deuxième pole de gravitation du champ politique. Villes mortes, infécondes poussées dans les rues, sit-ins, diatribes peut intelligibles. Aucune capacité de faire prévaloir sa volonté dans l’arène politique.

Comment en est-on arrivé à cette situation de monocentrisme politique? Lorsque la société est plongée dans une crise dans laquelle elle est forcée par les pseudo-élites politiques égotistes et narcissiques, quelques esprits lucides ont le devoir d’exercer la noble fonction de la Parésie que préconise Michel Foucauld. Mais, comme ce maitre de l’histoire des systèmes de pensées au Collège de France prescrivait en 1982-1983, il faut parler à l’âme du prince. C’est-à-dire déclamer la vérité au pouvoir pour lever le voile sur les pans des possibilités que cache la crise, élucider les potentialités que couvre le désespoir.

  1. l’obsolescence de la thèse exogéniste de la puissance du Raïs congolais

Tous les historiens se mettront certainement d’accord sur le fait qu’à sa prise de pouvoir en 2001, le jeune Colonel Kabila, le regard hagard,  la posture anxieuse, ne présentait aucun signe annonciateur d’un règne de 16 ans. Mais, en dépit des offensives les plus virulentes et acérées de l’opposition radicale dans sa pureté avec le Dr. Tshisekedi à sa tète, nonobstant les hurlements abasourdissants (parfois aux contours puérils) sur son étrangeté, malgré les guerres résiduelles à l’Est du pays, en dépit d’une certaine galvanisation des puissances internationales (surtout avec le  Président Obama à la tête des USA et les diverses sanctions), l’emprise politique de Joseph Kabila sur l’arène politique ne s’est pas étiolée. Ironie ou leçon de l’histoire : bien au contraire il s’impose aujourd’hui comme l’épicentre du système politique. Le fonctionnement du système politique, le fonctionnement de l’Etat (Gouvernement, Parlement, armée, justice), l’opérationnalité de la société, l’économie, la discursivité politique tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Congo, ont pour axe radial Joseph Kabila Kabange.

La question fondamentale qui mérite d’être posée est de savoir d’où vient son pouvoir ? En d’autres termes, d’où lui vient cette puissance de domination apparemment imparable?

Devant ce questionnement, le reflexe des Congolais, mêmes les plus intellectuels, est dictée par la réponse accusatrice des puissances internationales. Sans nier l’influence des puissances internationales dans la prise de pouvoir des présidents Africains, je considère que cette explication est surannée. Elle est contredite par les faits. Les puissances internationales, avec les USA en tête (et un président démocrate ayant des ramifications clintonniennes peu élogieuses de Joseph Kabila) ont pris des mesures démontrant leur position sur la limitation du pouvoir du président Congolais. Il convient même de souligner que c’est durant tout le mandat d’Obama (2008 à 2016) que le régime de Kabila a connu plus d’anxiété dans ses rapports avec les USA. En revanche, c’est dans les milieux des Républicains que le Rais Congolais a quelques passerelles. Il avait tissé ces liens depuis 2001 sous le Président George W. Bush, grâce à sa conseillère en matières de sécurité Dr. Condoleeza Rice et à Jendai Frazer du Département d’Etat.

Le fixisme haineux sur le Rwanda accuse aussi le Président Kagame de soutenir Joseph Kabila. Nous avons accorde au Rwanda une portée historique structurante sur notre nation. C’est aussi un mythe construit par les pseudo-nationalistes fielleux. Depuis 1998, lorsque le gouvernement de feu M’Zée Kabila avait étonnamment choisi de collaborer avec les Interhamwe et les FDLR, et que son successeur Joseph Kabila a continué avec la même politique, les autorités Rwandaises l’ont considéré comme un problème sécuritaire au Rwanda et à la région. Seulement, les autorités Rwandaises ont le sens de la stratégie. Elles ne recourent pas aux  antagonismes et au rejet avec éclats médiatiques pour exprimer leur position disjonctive avec qui que ce soit. Même l’ancien parrain Louis Michel a affiché des prises de positions très rigoureuses contre le Président Kabila,  en appelant au strict respect de la Constitution en RDC. En plus, l’attribution de toute la causalité du règne des présidents Africains aux impérialistes déterminés à exploiter nos pays grâce aux  laquais qu’ils placent aux commandes de nos Etats, procède de l’instinct naturel d’auto-sanctification. C’est un reflexe par lequel nous refusons de voir le mal en nous (selon le mode de pensée analogique de la recherche du bouc émissaire) en le transposant toujours vers une extériorité.

Ce qui vient d’être relevé (et l’argumentaire n’est pas exhaustif ici) suggère que l’on se penche un peu plus profondément sur l’alchimie du pouvoir de Joseph Kabila par rapport à son intériorité. C’est-à-dire, qu’il convient de regarder à l’intérieur  même de l’être Congolais et du Congo, pour y déceler les vraies racines et le modus operandi de la longévité et la consolidation de l’imperium du fils de M’Zée Laurent Kabila.

  1. L’alchimie endogène du pouvoir de Joseph Kabila

Sur cette toile, on peut déceler le pouvoir de Joseph Kabila (c’est-à-dire sa capacité de faire triompher sa volonté   en RDC), non pas dans sa détention d’une formule magique ou d’une habileté extraordinaire qui serait d’ordre mystique (à l’instar du symbolisme de Mobutu l’incarnation du léopard), ou nécessairement dans la monopolisation des outils de coercition. C’est dans les structures ontologiques et anthropologiques des politiciens Congolais qu’il faut chercher la réponse. Ce registre explicatif est complexe. Ici je vais le réduire à la cognition et à la normativité politique. Je recours à la théorie interactive du pouvoir fondée sur la concordance cognitive et normative.

Dans cette optique, le théorème est que la capacité d’imposer sa volonté dans une relation sociale repose quintessentiellement sur la concordance cognitive et normative entre l’acteur régnant et les acteurs subissant le pouvoir dans une société. En d’autres termes, le pouvoir ne peut fonctionner comme dynamique de domination que si celui qui l’exerce et ceux sur qui il est exercé partagent le même registre cognitif et normatif du pouvoir. Cela en termes de son intelligibilité, ses valeurs, son opérationnalité et sa finalité. Dans une société où le pouvoir est encastré dans la conscience collective comme un outil de gestion de l’Etat (intelligibilité), avec la liberté, l’égalité et l’intégrité (valeurs), dans les limites institutionnelles et selon les modalités constitutionnelles (opérationnalité) pour la transformation de la société (finalité), tout exercice de l’imperium contredisant ces données intériorisées par la classe politique (et aussi la société)  serait irréconciliablement rejeté. Dans cette optique, la solidité, la pureté et la longévité oppositionnelle de l’UDPS conduite par le Dr. Tshisekedi furent précisément nourries par la profondeur de la vision de l’Etat de Droit rejetant en bloc la pratique altérée du pouvoir en RD Congo, depuis le régime de Marechal Mobutu. La cognition et la normativité de l’Etat de Droit étaient irréconciliables, non-agrégeables,  avec les acteurs et les pratiques autocratiques. Mais, il semble que Tshisekedi portait seul ces normes.

Depuis 2003, on a observé que beaucoup d’acteurs politiques ont rejoint le camp politique animateur de l’autoritarisme électoraliste et ont joué des rôles déterminants dans la consolidation de ce régime. De la réduction de l’âge d’éligibilité du candidat président, en passant par les manipulations ayant modifié la constitution pour adopter l’élection présidentielle à un tour, jusqu’à la complicité  dans le stratagème de la non-réalisation des élections en 2016. Toutes ces pseudo-élites ont souscrit aux idées du pouvoir et à ses pratiques, particulièrement au moment où ses déviations étaient décriées le plus hardiment par l’opposition authentique incarnée par l’UDPS sous Tshisekedi. Tous ces faits démontrent que le pouvoir du Raïs Kabila capitalise tout naturellement la faiblesse cognitive et normative des pseudo-élites politiques Congolaises. Leur égotisme, leur narcissisme, et surtout leur pulsion accumulative presqu’incurable, les placent dans une inéluctable fécondité d’auto-aliénation et donc de domination. Joseph Kabila n’a même  pas à fournir des efforts extraordinaires de persuasion ou de grandiloquence discursive pour dompter les politiciens Congolais: les politicalleurs situationnistes Congolais, dénués d’ancrage idéologique (contrairement à Dr. Tshisekedi qui incarnait une normativité politique) s’offrent eux-mêmes dans un élan d’autoassujettissement. Et nos propos vont trouver encore leur corroboration dans les jours qui viennent. En effet, la probabilité est grande que ceux qui se présentent aujourd’hui comme les têtes de proue de l’opposition, en éclipsant l’UDPS orpheline, virevoltent derrière le Raïs par les appétits de prébendes du pouvoir. Raïs Kabila n’a pas besoin d’un bâton magique pour cela. Ils vont s’offrir eux-mêmes à son pouvoir. Force est de souligner que le déficit cognitif et normatif produit la «préexistence du dominateur dans la psyché des dominés», selon la formule du sociologue politiste Dominique Colas.

  1. La monocratie de facto : un couteau a double tranchant

Les méandres de l’histoire ont aujourd’hui placé le  Président Joseph Kabila dans la position d’un acteur politique déterminant les pulsions du système politique Congolais. Même si on lui attribuait une virtuosité méphistophélique imparable (et une telle accusation est un déshonorant aveu d’impuissance de ceux qui l’avanceraient), la réalité tangible est qu’après le décès du Dr. Tshisekedi (authentique Héro de la lutte pour la démocratisation du Zaïre et de la R.D. Congo), le Raïs jouit d’une monocratie de facto.            Cela signifie que le Raïs jouit en ce moment de la capacité réelle et palpable d’imposer sa volonté dans l’arène politique.

Mais toute monocratie est un couteau à double tranchant. La parésie foucaldienne impose que l’on parle à l’âme du prince pourvu qu’il soit disposé à écouter. Loin de considérer cette monocratie de facto avec cynisme et triomphalisme comme une opportunité historique de consolider la démocradura (la dictablanca), il semble que l’histoire donne plutôt à Joseph Kabila Kabange une occasion déterminante de se réinventer et d’enclencher la réinvention du Congo en une démocratie substantive et durable. Etant donné qu’il est au summum du pouvoir, sans contrepouvoir érodant ou désorientant en face de lui, il a maintenant l’opportunité de réorienter décisivement  le pays vers les horizons de son élévation démocratique. Non pas que Dr. Tshisekedi l’en empêchait, mais surtout parce que le décès de ce héro ouvre nos yeux devant la vérité du caractère national de sa lutte. Toute la société Congolais réalise aujourd’hui que le combat de Dr. Tshisekedi était un sillon tracé dans notre conscience, mais que nous réfutions par reflexe partisan, que nous chantions superficiellement, sans en déceler la profonde véracité. Donc, le Raïs peut regarder autrement la situation du Congo (au-delà du cynisme triomphaliste des courtisans) pour y repérer une possibilité de capitalisation en vue de la relance et la finalisation d’une lutte qui porte une signification transpartisanne. Le Rais Kabila a aujourd’hui une occasion historique, en situation de monocratie, d’pour accélérer la consolidation de la démocratisation, et ipso facto discrétiser ses pourfendeurs situationnistes. Et parmi ces derniers un grand nombre ne porte pas nécessairement une quelconque passion pour la démocratie et n’exploite cette thématique qu’à des fins de rationalisation politicienne. Comme le disait Voltaire, les Grands Hommes sont ceux qui laissent dans leurs sociétés les forces et les mutations mentales propices à la continuité de leurs luttes.

Hubert Kabasu Babu Katulondi

Libre-Penseur et Ecrivain

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