Colloque sur les scrutins de 2018 en RD Congo. UCC : Nshole, Fayulu et Kukatula ont-ils convaincu les étudiants ?

Colloque sur les scrutins de 2018 en RD Congo. UCC : Nshole, Fayulu et Kukatula ont-ils convaincu les étudiants ?

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*La Faculté de Sciences Politiques de l’Université Catholique du Congo (UCC) a organisé, le vendredi 26 janvier 2018, une conférence-débat autour du thème : «Elections de 2018 en RD Congo : enjeux, défis et perspectives.» Trois principaux orateurs, en l’occurrence, le Professeur Abbé Donatien Nshole, Secrétaire Général et Porte-parole de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), Martin Fayulu, un des ténors du Rassemblement de l’Opposition – aile Limete, et du Professeur Onésime Kukatula, Rapporteur Adjoint de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), ont tenu en haleine une frange de la jeunesse estudiantine. Au même moment, le Président de la République, Joseph Kabila, était face à la presse nationale et internationale, au Palais de la Nation, pour plancher sur des questions d’actualité dont les élections combinées du 23 décembre 2018. La modération de ce forum scientifique était assurée par le Professeur Philémon Muamba, Doyen de la Faculté des  Sciences Politiques, assisté par le jeune Stéphane Yuma. Un grand nombre d’étudiantes et étudiants de cette Alma Mater ont répondu  à ce colloque et, surtout, procédé au vote expérimental sur deux machines à voter neuves provenues fraîchement de la République de Corée. Des vues diamétralement opposées entre les représentants de l’Eglise Catholique, de l’Opposition dite radicale et de la Centrale électorale, ont-elles balisé la voie pour un processus électoral crédible et apaisé ?

La salle de lecture de l’UCC, sur le campus de Limete, a refusé du monde, le vendredi dernier. Dans la discipline et l’ordre, des étudiantes et étudiants de cette Alma Mater ont prêté une oreille attentive aux différentes interventions de haute facture. Après l’exécution de l’hymne national de la République démocratique du Congo et celui de l’UCC, l’Abbé Nshole a prié en vue du bon déroulement de cette conférence-débat. Immédiatement après, le mot des étudiants a été prononcé par le Délégué facultaire Jonathan Senge Senge. Celui-ci a adressé ses sincères remerciements aux autorités académiques pour le quitus donné à l’organisation de ce colloque, particulièrement au Recteur de l’UCC, le Professeur Abbé Léonard Santedi, en déplacement.

Dans son allocution, le Doyen de la Faculté des  Sciences Politiques, Philémon Muamba, a, de prime abord, rappelé les trois missions assignées à l’université : transmettre le savoir-savoir, transmettre le savoir-faire, et transmettre le savoir-vivre. En substance, ce modérateur a indiqué que l’objet principal de la science politique est l’étude de la régulation de la coercition à travers la dynamique de rapports de forces politiques qui traversent la société globale, étude envisagée à partir des pratiques, selon Philippe Braud. D’où, ce colloque sur le processus électoral dont l’année 2018 (23 décembre) semble être la date fatidique après décembre 2016 qui était constitutionnelle et décembre 2017 selon les accords de la Saint Sylvestre.

Pourquoi est-il difficile au pouvoir en place d’organiser les élections soit pour être confirmé dans ses fonctions, soit pour l’alternance ? S’est interrogé Philémon Muamba. Trois hypothèses ou sons de cloche sont relevés, à savoir : pour l’homme de la rue et certains politiciens, c’est à cause de la mauvaise foi des femmes et hommes au pouvoir ; pour d’autres Congolaises et Congolais, c’est à cause de la mauvaise gestion de la chose publique qui pousse les dirigeants à avoir peur de la redevabilité ; pour Jean-Baptiste Placca, l’éditorialiste de RFI, les dirigeants africains refusent d’organiser les élections dans la transparence du fait qu’il y a des morts dans le tiroir.

«Contrairement à ce que l’on peut facilement croire, le peuple congolais dispose d’une longue expérience des pratiques électorales qui peut l’aider, aujourd’hui, à mieux préparer les échéances électorales prochaines tant il est vrai que les élections ont eu lieu même sous le joug de la dictature», dixit Mabiala Mantuba. Cinq moments de l’histoire contemporaine de ce grand pays ont donc été répertoriés : à la fin de la période coloniale et les premières élections législatives nationales de mai 1960 ; les élections sous la première république ; les élections sous la deuxième république ; les élections pendant la transition ; et les élections pendant la troisième république.

Le Doyen de la Faculté de Sciences Politiques de l’UCC a conclu son speech par cette interrogation : «Proclamée pour fin 2016, après fin 2017, et aujourd’hui pour fin 2018, est-ce que les partis politiques sont prêts à aller aux urnes ou sont-ils à la recherche d’un énième dialogue pour le partage des postes autour de la table du gâteau national ?»Cet orateur a cédé son micro au Secrétaire Général Académique et représentant du Recteur de l’UCC empêché, le Professeur Jean Onaotsho, pour son mot d’accueil, de bienvenue et d’ouverture de la journée scientifique.

La CENCO soutient le calendrier électoral mais reste vigilante

«L’Accord de la Saint Sylvestre et le processus électoral de 2018 en RD Congo : enjeux et défis» C’est le thème développé par le tout premier conférencier, le Professeur Abbé Donatien Nshole. Celui-ci  a défini l’Accord de la Saint Sylvestre comme un produit du dialogue entre acteurs politiques pour mettre en place des structures et des dispositions pour le parachèvement du processus électoral. Et il affirmé que, malgré les entorses, la CENCO ne déclare pas mort l’Accord du Centre Interdiocésain parce qu’il demeure l’unique feuille de route capable de sortir le pays de la crise. Alors quelles sont ces entorses ? D’après le Porte-parole de la CENCO, c’est la désignation du Premier Ministre, c’est la désignation du Président du Conseil National de Suivi de l’Accord et du processus électoral (CNSA), c’est la redynamisation de la Centrale électorale et la désignation des nouveaux membres du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) dans un délai de quatorze jours suivant la signature de l’Accord, c’est la publication du calendrier électoral de manière cavalière, c’est l’absence de décrispation du climat politique, etc. Néanmoins, les évêques ont accepté le calendrier de la CENI tout en exigeant un plan de décaissement en vue du financement des opérations électorales. «La confiance n’exclut pas le contrôle…» Les Princes de l’Eglise Catholique appellent la population à demeurer vigilante pour la réussite du processus électoral. D’après l’Abbé Nshole, c’est la principale motivation des marches organisées récemment par le Comité des Laïcs Catholiques (CLC).La CENCO est-elle devenu un nouveau parti politique ? Telle est la quintessence de cette conférence inaugurale.

Le Rassop/Limete promet des élections sans Kabila en juillet 2019

«Calendrier électoral publié par la CENI : enjeux et défis», est le thème développé par le second intervenant, l’Opposant Martin Fayulu, alias «l’enfant terrible.» Pour le président national de l’Ecidé et membre du Rassemblement aile Limete, le calendrier électoral de la CENI est un non-événement. Autrement dit, cette frange de l’Opposition congolaise dite radicale ou radicalisée rejette en bloc ce calendrier de la CENI qui fixe les élections le 23 décembre 2018 et exige le remplacement, illico presto, des membres du Bureau de cette Institution d’appui à la démocratie. Le Rassop dirigé par le tandem Félix Tshisekedi Tshilombo – Pierre Lumbi  persiste et signe dans sa logique d’une Transition sans Kabila (TSK).

Martin Fayulu a même préconisé le recommencement de l’enrôlement des électeurs sur toute l’étendue de la République dans un délai de trois mois. Et il a promis au peuple congolais la tenue de la présidentielle couplée aux législatives nationales et provinciales au mois de juillet 2019, pendant la saison sèche. C’est ce que le Président Kabila qualifie de «saut dans l’inconnu».  Wait and see. Certains étudiants se sont demandés si cette saison sèche peut-elle être observée au même moment sur l’ensemble du territoire congolais.  Certainement pas. Feu le Maréchal Mobutu n’avait-il pas raison de déclarer que le seul pays au monde où les opposants ont peur des élections c’est le Zaïre (RD Congo) ?

La CENI sensibilise sur les avantages de la machine à voter

«Etat des lieux du processus électoral 2018 en RD Congo» C’est le thème abordé par le Rapporteur Adjoint de la CENI, le Professeur Onésime Kukatula. Après quelques mis au point par rapport aux propos tenus par «l’enfant terrible», ce membre du Bureau de la Centrale électorale a brossé le tableau du processus électoral en cours et, surtout, des échéances prochaines. En termes clairs, Onésime Kukatula et les techniciens de la CENI ont présenté la machine à voter, une invention congolaise, fabriquée en Corée du Sud. Immédiatement après, des professeurs, des étudiantes et étudiants de l’UCC ont non seulement palpé du doigt cet appareil mais aussi procédé au vote sur base de la liste de 2011. La CENI s’est dite ouverte aux amendements, suggestions, améliorations pour éloigner le spectre de la tricherie, de la fraude. Sans mâcher ses mots, Onésime Kukatula a déclaré que beaucoup d’acteurs politiques congolais ont peur des élections d’autant plus que, en moyenne, 56 candidats doivent se battre pour 1 siège.

Comme l’a prophétisé l’Abbé Donatien Nshole lors des échanges, à l’instar de la République Française, c’est aussi possible qu’en RDC surgisse un «Macron» qui ne soit ni de gauche, ni de droite c’est-à-dire ni de la Majorité, ni de l’Opposition. Après le mot du Doyen, ce magnifique colloque s’est achevé dans une ambiance conviviale et bon enfant.

James Mpunga Yende

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