Bataille russo-américaine pour ingérence électorale : Et si le pouvoir de Kinshasa et la CENI s’en inspiraient ?

Bataille russo-américaine pour ingérence électorale : Et si le pouvoir de Kinshasa et la CENI s’en inspiraient ?

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«Tu vois la paille dans l’œil de ton prochain. Mais, tu ne vois pas la poutre dans le tien. » Ces paroles du Christ, pleines de signification, Corneille Nangaa, Président de la Centrale électorale de la RDC, aurait pu les adresser à Nikki Haley, la Représentante Permanente des USA à l’ONU, lors du débat houleux au Conseil de Sécurité à New York, le 13 février 2018. Car, le pays de l’Oncle Sam vient de démontrer, à la face du monde, qu’il n’entend pas transiger sur sa souveraineté et son indépendance en matière électorale. Le week-end dernier, la Justice américaine a inculpé treize Russes pour ingérence dans l’élection présidentielle de 2016 qui a porté Donald J. Trump au pouvoir, à la Maison Blanche. La tension diplomatique entre les Etats-Unis d’Amérique et le pays de Vladimir Poutine a atteint son paroxysme ! La Russie parle «d’allégations absurdes.» Mais alors, pourquoi ces mêmes Etats-Unis, par la bouche de Nikki Haley, s’évertuent-ils, à donner des leçons électorales au Gouvernement congolais et à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et, surtout, à s’ingérer dans le processus électoral en cours en exigeant, par exemple, à Corneille Nangaa de renoncer à la machine à voter, une «invention congolaise» matérialisée en Corée du Sud ? Parce que la RD Congo est un pays du tiers monde, pauvre et assisté ? N’y a-t-il pas conflit d’intérêts entre ces pays développés relativement à cette machine à voter ?

Face à la presse nationale et internationale, le Président congolais, Joseph Kabila, disait, le vendredi 26 janvier 2018, que même si vous donnez à manger à un pauvre, celui-ci a droit au respect et à la dignité. Il faisait, ainsi, allusion au diktat de certains pays nantis de l’Occident vis-à-vis des Etats africains sous-développés dont la République démocratique du Congo. Quelques semaines auparavant, dans son message de vœux à la Nation, le Chef de l’Etat déclarait : «Ce processus relevant de la souveraineté nationale et son financement étant totalement pris en charge par le Gouvernement de la République, je vous invite à vous en approprier et, à s’assumer, ainsi, à travers cet acte, l’exercice de votre droit à l’auto-détermination». Si, effectivement, le pouvoir de Kinshasa prend totalement en charge le financement du processus électoral, y compris l’acquisition des machines à voter, en vertu de quel principe Nikki Haley s’est-elle permise de déclarer que : «ces élections doivent être tenues par des bulletins de vote papiers, de sorte que le peuple congolais ne conteste pas les résultats. Les Etats-Unis n’ont pas envie de soutenir un système de vote électronique ?» Le Président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Corneille Nangaa Yobeluo, avait donc raison de lui rétorquer que les élections en RD Congo ne sont ni une affaire des USA, ni celle du Conseil de Sécurité. Histoire de réaffirmer la souveraineté et l’indépendance de cet immense pays au cœur du continent noir.

Il sied de rappeler que la RDC a déjà recouru au vote à bulletins papiers, en 2006 et en 2011. Cela avait-il empêché la contestation des résultats ? La réponse est non. La flambée de violence et la vague de contestations ont caractérisé ces différents scrutins, particulièrement en période postélectorale. En 2006, Kinshasa avait connu une «petite» guerre entre les troupes de Jean-Pierre Bemba, le challenger de Joseph Kabila, et des éléments de l’Armée. Bilan : plusieurs morts et dégâts matériels importants. En 2011, le candidat malheureux, Etienne Tshisekedi, avait rejeté en bloc le verdict de la présidentielle et, plus grave, il avait même prêté serment dans sa résidence à Limete, dans la Ville-Province de Kinshasa. Et Vital Kamerhe, le troisième sur la liste de résultats publiés par la CENI, était même allé en justice. Il y a eu aussi beaucoup de victimes lors de mouvements de contestation. En étant un peu plus lucide et avec une dose de bonne foi, certains politiciens et médias congolais doivent donc cesser considérer les propos de l’Ambassadrice Nikki Haley comme la parole d’évangile.

Paradoxalement, ces mêmes Etats-Unis accusent la Russie d’ingérence électorale. Treize Russes sont inculpés au pays de l’Oncle Sam depuis le 16 février 2018. Info qui passe en boucle dans les médias occidentaux. Il est reproché à un groupe d’espions russes d’avoir influencé, par le biais des réseaux sociaux, le vote des citoyens américains pendant la présidentielle 2016 et d’avoir favorisé la victoire de Donald Trump face à Hillary Clinton. Le Président américain affirme, lui-même, qu’il n’y a pas eu collusion entre son équipe de campagne et ces hommes de l’ombre russes. Aux dernières nouvelles, la Justice américaine déclare que cette «ingérence» n’a pas eu d’impact sur ladite élection. Quant au patron de la diplomatie russe, Sergeï Lavrov, accuser la Russie d’ingérence électorale aux USA est du «baratin.» Quelques jours auparavant, le Représentant de la Russie à l’ONU martelait qu’aucun pays n’imposera à la RD Congo le mode électoral, allusion faite à la fameuse machine à voter. Peut-on, alors, parler de la réponse du Berger à la Bergère ? Sans aucun doute. Comme aux USA, des espions de Vladimir Poutine viendront-ils influencer le vote des citoyens congolais le 23 décembre 2018 ? Nikki Haley a la réponse à cette interrogation.

En revanche, certains observateurs estiment qu’il y a conflit d’intérêts relativement à cette machine à voter. Car, c’est une affaire de gros sous (plus de 400 millions de dollars américains). La principale irrégularité est la conclusion de ce marché, de gré à gré, entre la CENI et le fournisseur sud-coréen. Mais, est-ce que certaines puissances occidentales verraient d’un bon œil qu’un tel marché juteux puisse leur échapper au profit de la Corée du Sud ? Non. Et tous ces compatriotes congolais qui se retrouveraient dans la chaîne des commissions, vont-ils renoncer, de bon cœur, à l’usage de cette machine à voter ? Certainement pas. Car, c’est une question de survie financière pour la plupart.

En définitive, le minimum de bon sens voudrait que, pour éloigner le spectre de la tricherie et de la fraude, cette machine à voter soit inspectée par des experts aussi bien nationaux qu’étrangers, comme l’aurait suggéré l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Les Princes de l’Eglise Catholique ont également promis de se prononcer sur ce vote semi-électronique. Aussi, le Mouvement de Libération du Congo (MLC) a-t-il raison d’en appeler au dialogue technique. De son côté, la Centrale électorale qui a déjà entamé la sensibilisation sur les avantages de la machine à voter, dit «machine anti-fraude», dans certaines institutions, universités, QG des partis politiques, etc., se dit ouvert aux suggestions pour améliorer et fiabiliser davantage la machine à voter. Nikki Haley doit donc noter qu’il est aisé de voir la paille dans l’œil de son prochain…La vive tension russo-américaine est un exemple éloquent. L’argent est le nerf de la guerre, dit-on. Que cet argent provienne du Gouvernement congolais ou des partenaires extérieurs, la CENI a grandement besoin d’un financement conséquent, et non pas des promesses vaines, ni de diversions politiciennes, pour la tenue, le 23 décembre 2018 comme prévu, de tant attendus scrutins combinés dont beaucoup d’acteurs politiques congolais ont peur. Cap sur les élections !

James Mpunga Yende

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