Journal la Prospérité

Hommages à travers le monde. Antonio Guterres :’’Kofi Annan était une force directrice pour le bien’’

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*La conférence de presse des Nations Unies était animée à partir de Kinshasa par Florence Marchal, porte-parole de la MONUSCO ; Joseph Mankamba, Représentant de l’équipe de pays des Nations Unies ; et à partir de Goma, par le Lieutenant-colonel Serge Bruno Chabi, porte-parole militaire de la MONUSCO.

Porte-parole de la MONUSCO [Florence Marchal] : Bonjour à tous, auditrices et auditeurs de Radio Okapi, journalistes de Kinshasa et Goma, soyez les bienvenus dans cette nouvelle conférence de presse des Nations Unies en République démocratique du Congo.

A mes côtés ici à Kinshasa pour animer cette conférence, Joseph Mankamba, qui représente l’équipe de pays des Nations Unies et, depuis Goma, le porte-parole militaire de la MONUSCO, le Lieutenant-Colonel Serge Chabi.

Je souhaiterais commencer cette conférence en rendant un hommage à Kofi Annan, qui, comme vous le savez, nous a quittés samedi dernier à l’âge de 80 ans.

Suite à l’annonce du décès de celui qui a été Secrétaire général de l’ONU de janvier 1997 à décembre 2006 et prix Nobel de la paix en 2001, de nombreux témoignages ont afflué par-delà le monde et au sein des Nations Unies.

Pour Antonio Guterres, Kofi Annan était une force directrice pour le bien.

Permettez-moi de poursuivre la lecture intégrale du communiqué du Secrétaire général : « C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris son décès. À bien des égards, Kofi Annan était l’Organisation des Nations Unies. Il a gravi les échelons pour mener l’Organisation dans le nouveau millénaire avec une dignité et une détermination sans pareil.

Comme beaucoup d’autres, j’étais fier d’appeler Kofi Annan mon ami et mentor. J’ai été profondément honoré de sa confiance quand il m’a choisi comme Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés sous sa direction.

Il est resté quelqu’un à qui je pouvais toujours demander conseil et qui savait partager sa sagesse – et je sais que je n’étais pas seul. Il a fourni aux gens du monde entier un espace de dialogue, un lieu de résolution de problèmes et un chemin vers un monde meilleur. En ces temps difficiles et turbulents, il n’a jamais cessé de travailler pour donner vie aux valeurs de la Charte des Nations Unies. Son héritage restera une véritable inspiration pour nous tous.

Mes sincères condoléances à Nane Annan, leur famille bien-aimée, et à tous ceux qui pleurent la perte de ce fier fils d’Afrique qui est devenu un champion mondial de la paix et de l’humanité tout entière. » La Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Amina Mohammed a également célébré le premier Secrétaire général des Nations Unies à être issu de l’Afrique subsaharienne : « Il était notre icône africaine et mondiale qui a vécu une vie profondément engagée au service de l’humanité. Il l’a fait avec dignité et a donné de l’espoir aux sans-voix ».

Jean-Pierre Lacroix, l’actuel chef des opérations du maintien de la paix de l’ONU dont la MONUSCO fait partie, a rappelé que Kofi Annan était un homme qui s’est « tenu debout pour le bien et qui nous a tous montré que le chemin de la paix et de la réconciliation était le fruit de l’optimisme et du dévouement sans faille à la justice ». « L’héritage de Kofi Annan continuera de nous guider dans notre engagement commun en faveur de la paix ».

Pour rappel, Kofi Annan avait dirigé le département des opérations de maintien de la paix avant de devenir Secrétaire général de l’organisation.

Le chef de l’humanitaire de l’ONU, Mark Lowcock, a déploré le décès de « l’un des plus grands humanitaires au monde » en ajoutant que « son engagement envers l’humanité continuera à nous inspirer à OCHA pour continuer à apporter une assistance à toutes les personnes dans le besoin», un rappel salutaire alors que nous avons célébré ce dimanche la journée mondiale de l’aide humanitaire.

Quant au Directeur général de l’Office des Nations Unies à Genève, Michael Møller, qui connaissait M. Annan depuis 40 ans, il a déclaré que l’humanité perdait sa voix morale.

Lundi, tous les personnels des Nations Unies sur tous les continents ont respecté une minute de silence afin de saluer la mémoire de Kofi Annan. Les drapeaux de l’Organisation ont également été mis en berne. Un livre de condoléances a été ouvert ici au quartier général de la MONUSCO à Kinshasa.

En sa qualité de Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan était venu à deux reprises en République démocratique du Congo, tout d’abord en septembre 2001 pour soutenir le processus de paix puis en mars 2006 quelques mois après l’adoption de la nouvelle constitution congolaise et juste avant l’organisation des premières élections multipartites depuis l’indépendance du pays.

Il s’était également engagé personnellement dans le dialogue inter-congolais et l’accord qui en avait découlé.

La note mensuelle du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme en République démocratique du Congo est disponible. Elle couvre le mois de juillet et vous sera distribuée à l’issue de la cette conférence de presse.

515 violations des droits de l’homme ont été documentées le mois dernier, commises à moitié par les agents de l’état et les combattants des groupes armés.

A noter que plus de 80 % des violations et atteintes aux droits de l’homme ont eu lieu dans les provinces affectées par le conflit et qu’elles ont entraîné la mort d’au moins 79 civils dont 16 femmes. La situation est préoccupante dans la province du Nord-Kivu, qui continue d’enregistrer la majorité des violations.

Sur cette même période, 53 violations des droits de l’homme et des libertés fondamentales liées à des restrictions de l’espace démocratique ont été recensées sur l’ensemble du territoire. Ces violations ont particulièrement visé les défenseurs des droits de l’homme et les membres des mouvements citoyens, les membres et sympathisants de partis politiques et des journalistes.

Outre leur travail de monitoring, la MONUSCO et le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme ont poursuivi leur soutien aux juridictions militaires et civiles dans le cadre de la lutte contre l’impunité. Plus de 2 000 personnes ont également bénéficié de formations sur les droits de l’homme.

Un dernier point rapide sur Ebola afin de rappeler que la MONUSCO, comme elle l’avait fait lors de la 9e épidémie dans l’Equateur, se mobilise afin d’apporter un soutien logistique aux opérations menées par le Ministère de la santé congolais et ses partenaires afin de contenir l’épidémie actuellement en cours dans le Nord-Kivu et en Ituri.

Des vols spéciaux sont affrétés afin de transporter des personnels soignants et du matériel, des espaces de travail et de vie sont mis à disposition, construits et aménagés à Beni et dans ses environs tout comme des véhicules, des générateurs, des congélateurs, tentes, de l’eau potable et des rations alimentaires.

La Force de la MONUSCO remplit quant à elle son mandat de sécurisation de la zone.

Rendons-nous maintenant à Goma où nous attend le Lieutenant-Colonel Serge Chabi, qui va nous présenter les temps forts des activités de la Force, mon Colonel, c’est à vous.

Porte-parole militaire [Lieutenant-colonel Serge Bruno Chabi] : Bonjour chers camarades de la presse, les troupes de la MONUSCO continuent d’effectuer leurs missions sur toute l’étendue du territoire congolais. Elles maintiennent à ce jour environ 13 déploiements en attente de combat dans l’ensemble des secteurs.

Ces déploiements préventifs, activés sur renseignement, permettent d’éviter aux populations des exactions et autres actes de violence ou vandalisme de la part aussi bien des groupes armés que d’autres individus mal intentionnés.

Des opérations spéciales sont également en cours et à ce niveau, je voudrais citer les opérations « Recherche de la stabilité » et « Scorpion ». Il s’agit pour la Force d’intensifier les patrouilles de sécurité tout en sensibilisant les populations à la culture de la paix.

La Force espère ainsi contribuer à la création d’un climat qui favorisera le retour des déplacés dans leurs villages d’origine et qui permettra aux organisations humanitaires d’effectuer leur travail en toute sécurité.

La situation sécuritaire n’en est pas pour autant calme en raison de multiples attaques de groupes armés contre les FARDC ou de rivalités entre groupes armés pour le contrôle du terrain. Ainsi, dans l’après-midi du 20 août, la Force a dû fournir un appui aérien aux FARDC du camp de Mapobu au sud-est de Mayimoya afin de repousser une attaque lancée par des éléments de l’ADF contre leur camp.

Du côté des activités d’assistance aux populations civiles (CIMIC), le deuxième bataillon indien de la MONUSCO, stationné à Kitchanga, province du Nord-Kivu, appuyé par les sapeurs du contingent bangladeshi et sous la supervision du l’unité de génie de la Force, a entrepris de réparer un pont dans la ville. Ce pont est une infrastructure vitale pour les populations qui l’utilisent au quotidien pour l’écoulement de leurs denrées et autres marchandises. C’est le seul moyen de relier cette ville au reste du monde par voie routière. Le pont avait été détruit par les fortes pluies de saison durant le mois de juillet. Près de 2 000 usagers utilisent journellement cette infrastructure qui permet, en plus, de relier le camp des FARDC de Kitobo et le camp des déplacés de Mungote. Cette initiative de la MONUSCO a été largement appréciée des populations.

En plus de ce pont, les troupes de la MONUSCO ont remis aux populations de Nyanzale le 10 août 2018 un hall à usage multiple.

Ces deux ouvrages viennent s’ajouter aux actions permanentes comme la distribution quotidienne d’eau potable aux populations dans tous les lieux de stationnement et devraient permettre de renforcer davantage l’estime des populations vis-à-vis de la Force.

Porte-parole de la MONUSCO [Florence Marchal] : Retrouvons Joseph Mankamba qui va nous présenter les actualités des agences, fonds et programmes des Nations Unies.

Représentant de l’équipe de pays des Nations Unies [Joseph Mankamba] : Bonjour aux journalistes ici à Kinshasa ainsi qu’à Goma. Je salue aussi les auditeurs de Radio Okapi.

Commençons par vous vous dire que le monde a célébré le dimanche 19 août 2018, la Journée mondiale de l’Aide humanitaire. Cette année marque le 15è anniversaire de l’attentat contre le Canal Hôtel, siège des Nations Unies à Bagdad en Irak, qui a fait 22 morts dont le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Irak, M. Sergio Vieira de Mello, ainsi que 165 blessés parmi le personnel de la Mission.

La Journée mondiale de l’aide humanitaire est l’occasion pour les citoyens du monde entier de s’unir dans un élan de solidarité en soutien aux personnes vivant dans les pays en conflit et aux travailleurs humanitaires qui leur portent secours, parfois au prix de leurs vies. Le Secrétaire général des Nations Unies en ce jour rend hommage « à tous ceux qui ont donné leur vie au service de la paix, du développement et des droits humains ». Ceci cadre avec le thème de l’année, qui est celui retenu depuis l’année passée « Pas une cible ». Ce thème a été retenu dans le souci de renforcer le plaidoyer mondial pour la protection des personnes civiles, dont les humanitaires, souvent pris pour cibles sur les terrains de conflits.

En termes d’actions menées, la communauté humanitaire de la RDC, avec en première ligne les organisations non gouvernementales nationales, a déployé des efforts considérables pour accompagner l’action du Gouvernement et apporter l’appui nécessaire aux personnes affectées par ces crises. Le 17 février 2018, la famille humanitaire et la nation congolaise ont perdu deux collègues et compatriotes, tués dans l’exercice de leurs fonctions dans le territoire de Rutshuru, province du Nord-Kivu.

Le Ministre de la Solidarité et Actions humanitaires et la Coordonnatrice humanitaire en RDC saisissent l’opportunité de cette journée pour renforcer le partenariat entre les autorités congolaises et les partenaires humanitaires avec l’objectif commun d’appuyer les populations les plus vulnérables pour les aider à reconstruire leur vie dans un environnement de paix et de développement.

En marge de la célébration de cette journée, les acteurs humanitaires vont développer des activités de vulgarisation de l’action humanitaire auprès de différentes couches de la population. Ces activités visent à améliorer la perception des activités humanitaires, en vue d’obtenir une coopération et collaboration à tous les niveaux pour une action humanitaire réussie et efficace.

Le HCR se déploie à mobiliser le maximum de ressources disponibles, pour répondre à l’urgence et améliorer la situation de la population déplacée et retournée à Djugu, dans la province de l’Ituri.

L’agence onusienne reste préoccupée par la situation de cette population meurtrie par le récent conflit. Selon les résultats d’une évaluation menée conjointement avec son partenaire INTERSOSS, le HCR rapporte que de forts besoins humanitaires dans le territoire de Djugu sont susceptibles de freiner le retour et la réintégration des déplacés.

Les plus grands besoins mentionnés par les personnes affectées par la crise sont, selon cette évaluation, la nourriture, les matériaux pour construire des abris, les médicaments et les articles ménagers de base.

L’agence onusienne intervient notamment en faveur de la protection de ces populations, dont de nombreux vulnérables. En plus, elle soutient les autorités locales dans la gestion de sites de déplacés. Une autre priorité du HCR est l’abri, avec un programme qui cible les zones de retour.

La mission effectuée a également démontré l’importance des mécanismes de cohabitation pacifique. Dans plus de la moitié des villages qui n’avaient pas de mécanisme communautaire de cohabitation, des tensions se faisaient sentir entre les déplacés et les populations hôtes. C’est pourquoi l’une des priorités du HCR et de ses partenaires est de mettre en place ce type de mécanismes en Ituri et ailleurs, afin d’assurer la paix et la sécurité dans des situations de déplacement.

Le HCR souligne également que ces programmes ne répondent qu’à une partie des besoins humanitaires, pour cause de sous-financement.

Par ailleurs, dans le Nord et Sud Oubangi, le HCR appuie la Commission nationale pour les réfugiés (CNR) dans la réalisation de l’opération de vérification physique des réfugiés centrafricains vivant dans les camps de Inke, Bili, Boyabu et Mole. A l’issue de la vérification, une carte d’identité individuelle, valable pour deux ans renouvelables, est remise à tous les réfugiés âgés d’au moins 12 ans.

Il faut noter que cette carte renforce la protection des réfugiés en RDC. Elle facilite leur mobilité, en leur permettant de démontrer clairement leur statut auprès des agents étatiques. Elle leur facilite aussi l’accès aux opérations bancaires. Notons qu’en date du 17 août 2018, 7 943 cartes avaient déjà été distribuées.

La RDC héberge actuellement 176 319 réfugiés centrafricains. 62 356 parmi eux vivent dans des camps de réfugiés et 113 963 avec la communauté hôte.

Porte-parole de la MONUSCO [Florence Marchal] : Merci Joseph. Il est 11h30 à Kinshasa et nous allons maintenant aborder la session des questions et réponses.

Question 1

Patient Ayali/Radio Télé Bonjour Beni : Ma question s’adresse au colonel, c’est par rapport à la situation de Mayimoya. Mon colonel, je ne sais pas si vous avez changé le mode opératoire. Lorsque vous parlez de repousser l’ennemi, vous le repoussez où ? Et là où ils partent, que font-ils là-bas ? Pourquoi avez-vous changé le terme de traquer et vous utilisez [le terme] repousser, jusqu’où vous allez chaque fois repousser l’ennemi ?

Porte-parole militaire [Lieutenant-colonel Serge Bruno Chabi] : Merci beaucoup. Je souhaite que lorsqu’on parle de la situation sécuritaire, vous changiez le prisme avec lequel vous appréciez l’action de la MONUSCO. Et que vous vous posiez peut-être la question de savoir ce que ceci serait devenu ou ce qui pouvait arriver si la MONUSCO n’était pas là.

Donc, j’ai eu l’occasion, la dernière fois, de dire que la mission de la MONUSCO est une mission de neutralisation. Autrement dit, opposer au mode opératoire ennemi un autre mode opératoire qui le contraint à déposer les armes et à se rendre, au mieux des cas. Il ne s’agit pas d’une mission d’extermination. S’il vous plait, les combats se déroulent en territoire urbain, dans des agglomérations où il y a également des civils qui n’ont rien à voir au conflit.

On ne peut donc pas faire usage abusif de la force. Donc, comprenez qu’on sera toujours en train d’opposer, d’adapter un mode d’action qui s’oppose au mode opératoire ennemi jusqu’à obtenir la reddition complète.

Question 2

Flavien Musans/Planète TV : Florence, selon la CENCO, le premier pas est effectué parce qu’il y a le dauphin [du Président de la République]. Maintenant, c’est le deuxième pas qui reste, la question de la machine à voter qui pose problème. Il y a même le groupe La Lucha qui programme déjà d’ici le 3 [septembre] des manifestations suite à cette machine. Quelle est votre lecture par rapport à cela ?

Porte-parole de la MONUSCO [Florence Marchal] : Il est vrai que l’absence de consensus sur les questions liées à la machine à voter et aussi au fichier électoral constituent une source de préoccupation pour la MONUSCO et pour les Nations Unies.

Comme vous le savez, depuis la dernière résolution, depuis la résolution 2409, il est demandé à la MONUSCO de transmettre chaque mois un rapport au Conseil de sécurité, par l’intermédiaire du Secrétaire général des Nations Unies.

Et si vous reprenez les rapports avril, mai, juin, juillet qui ont déjà été transmis, vous verrez que, à chaque fois, ces rapports font état de ce désaccord qui persiste en ce qui concerne l’utilisation de la machine à voter et le fichier électoral.

Aujourd’hui, alors que la détermination des partis politiques a été prouvée pour aller vers les élections, on a vu le nombre très important des candidatures déposées que ce soit pour les législatives provinciales, nationales ou pour la présidentielle, il semble important de profiter de cet élan, de cette volonté de toutes les parties prenantes d’aller vers les élections prévues par la CENI le 23 décembre prochain pour pouvoir poursuivre le dialogue et pour pouvoir trouver un consensus sur ces questions.

C’est vraiment la volonté de la Mission et c’est également un moyen avec lequel la Mission remplit son mandat de bons offices : aller dans ce sens, influer les uns et les autres afin de pouvoir trouver une solution.

Il y a une dynamique qui a été créée actuellement avec le dépôt des candidatures. Et il est important de bâtir sur cette dynamique pour trouver un consensus concernant ce différend, concernant ce désaccord notamment sur la machine à voter et sur les listes électorales.

Donc, voilà, une fois encore, nous restons déterminés à poursuivre notre mission de bons offices en vue d’arriver à un consensus sur cette question.

Question 3

Nephtalie Buamutala/RTG@ : On s’approche de la tenue des élections. Le Gouvernement continue à insister qu’il va organiser les élections [sur fonds propres], quelles sont vos relations avec le Gouvernement congolais ? Ou comment comptez-vous appuyer ces élections du 23 décembre 2018 ?

Porte-parole de la MONUSCO [Florence Marchal] : Vous le savez, nous avons une résolution qui nous donne la possibilité d’apporter un soutien logistique et une assistance technique à la CENI. Mais c’est une possibilité. Il ne s’agit pas d’une obligation. Donc, nous nous préparons à apporter cette assistance puisque c’est dans le mandat qui nous a été donné par les 15 membres du Conseil de sécurité.

Après, en même temps, comme vous tous, nous entendons les déclarations du Gouvernement concernant la volonté de vouloir financer et organiser sur fonds propres les prochaines élections.

Comme l’a dit déjà à plusieurs reprises la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies, Mme Zerrougui, cela ne nous pose aucun problème. Nous ne pouvons que nous en féliciter.

Donc, nous ne nous imposons pas. Deux choses bien différentes, une résolution d’un côté qui nous demande d’être prêts à apporter un soutien et nous suivons ce que nous demande la résolution. Et de l’autre, le Gouvernement qui a une position que nous respectons et que nous comprenons tout à fait.

Voilà la situation dans laquelle on se trouve aujourd’hui par rapport aux élections. Mais nous continuons à apporter une assistance technique et aussi, je viens d’y faire allusion, les bons offices concernant toutes les questions qui sont relatives à ce processus électoral comme trouver un consensus sur la machine à voter ou sur la publication des listes électorales.

Question 4

Alain Wandimoyi/Journaliste indépendant (Goma) : Ma question, je l’adresse à Florence Marchal, vous venez de parler de bons offices que la MONUSCO mène avec le Gouvernement et la classe politique congolaise, mais hélas, il y a une certaine classe politique qui accuserait déjà la Représentante spéciale du Secrétaire général de jouer la carte du pouvoir. Comment alors vous allez faire ces bons offices lorsque certains partis doutent déjà de votre neutralité ?

Porte-parole de la MONUSCO [Florence Marchal] : Ce sont certaines personnes qui pensent cela. Les points forts des Nations Unies, c’est la neutralité et l’impartialité. Je peux vous assurer que nous veillons et nous nous attachons à ce que cette neutralité et cette impartialité soient respectées.

Nous sommes ici sur résolution du Conseil de sécurité et à la demande du Gouvernement congolais et nous sommes ici avec le même objectif : que le pays puisse s’ancrer définitivement dans la stabilité à la fois pour la RDC et aussi pour la région. Donc, on ne va pas commencer à s’arrêter et arrêter de travailler suite à des critiques des uns et des autres.

Ce qui compte, c’est pour nous de mettre en oeuvre cette résolution qui nous est donnée, de mettre tout notre cœur  et toute notre détermination, et c’est ce que nous faisons tous les jours, pour les Congolais, parce qu’une fois encore, nous sommes ici pour les Congolais, pour que ce pays vive en paix, pour que ce pays puisse se développer.

Et la Représentante spéciale du Secrétaire général rencontre toutes les parties prenantes qu’il s’agisse des partis de la majorité, des partis de l’opposition, [des membres] de la société civile.

Les bons offices, c’est un exercice un petit peu compliqué parce que par définition, c’est un exercice dans l’ombre parce qu’il s’agit d’influencer sur des processus et donc forcément, on ne fait pas des annonces, il n’y a pas de caméra lorsqu’il y a des réunions entre les uns et les autres.

Mais une fois encore, je peux vous assurer que le travail continue avec tout le monde en conformité avec le mandat qui nous est donné par le Conseil de sécurité.

Question 5

Cosmas Mungazi/Flambeau de l’est (Goma) : Je voudrais tout simplement vous demander Mme Florence Marchal, où est passé le verbatim de la conférence de presse des Nations Unies, [qui est] pourtant une grande source d’informations pour nous journalistes ?

Porte-parole de la MONUSCO [Florence Marchal] : [Le compte-rendu de l’actualité des Nations Unies] et la transcription de la conférence de presse n’ont pas disparu, peut-être un petit problème

dans votre boîte e-mail, mais on continue toutes les deux semaines à vous envoyer deux documents : le premier, le compte-rendu de l’actualité [des Nations Unies] sur la quinzaine passée et puis le deuxième, la transcription de la conférence de presse. Et juste après cette conférence de presse, toute mon équipe va y travailler et ce soir, sur le coup de 18 ou 19 heures, vous recevrez la transcription dans votre boite aux lettres.

Question 6

Jérémie Kihambu/Radio Tayna (Goma) : Mme Marchal, vous semblez esquiver les questions ces derniers temps. Je voudrais rebondir sur la question qu’a posée ma consœur   de Kinshasa, avant on voyait toujours que c’était le Gouvernement qui sollicitait l’appui de la MONUSCO, mais ces derniers temps, c’est vous qui sollicitez. Nous l’avons vu avec [l’épidémie] d’Ebola, c’est vous qui avez été le premier, vous comme MONUSCO, à dire que nous allons apporter notre soutien. Il y a maintenant le Gouvernement qui ne semble pas être d’accord avec vous.

Est-ce que vous pouvez nous dire réellement les relations qu’il y a entre vous et le Gouvernement congolais ?

Porte-parole de la MONUSCO [Florence Marchal] : Je suis un peu triste par votre question parce qu’elle montre que vous ne suivez pas forcément l’actualité. Et puis surtout que vous ne suivez pas forcement les déclarations de vos dirigeants. Je vais juste vous renvoyer au discours à la nation du Président Kabila qui a fait mention du soutien des Nations Unies pour la riposte à Ebola, à l’époque, dans l’Equateur, en remerciant la Mission et les Nations Unies. Donc, la plus haute personnalité de ce pays l’avait fait.

Je viens de le dire, on ne s’impose pas. Je vous encourage aussi à interviewer le Ministre de la Santé qui vous dira que c’est lui qui s’est approché, à la demande du Gouvernement, de la Mission, d’OCHA pour pouvoir avoir une aide.

Au moment où l’on parle, il y a la Coordonnatrice humanitaire qui est également la Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général des Nations Unies, Mme Bolduc qui est en route pour Beni avec le Ministre de la Santé, justement.

Donc, tout cela se fait dans une parfaite coopération et sans arrière-pensée. Je vous renvoie aussi à la résolution. La raison d’être de la MONUSCO, c’est d’apporter un soutien aux autorités et de travailler de concert avec les autorités congolaises. On n’est pas là pour se substituer aux autorités congolaises.

Donc, il est normal que nous travaillions ensemble. Mais une fois encore, nous ne nous imposons pas et nous proposons nos services. Si on les prend, on les fait. Sinon, on exécute les autres parties de notre mandat.

Mais une fois encore, je vous encourage vraiment à vous rapprocher ou du porte-parole du Gouvernement et du Ministère de la Santé et peut-être que des points pourraient être clarifiés dans ce sens-là.

Question 7

Judith Asina/Matin infos.net : J’aimerais rebondir sur la question du processus électoral. Vous dites que la MONUSCO tient à la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies, mais une bonne partie des parties prenantes aux élections insiste sur l’inclusivité des élections. Je précise ici du retour de Moïse Katumbi en RDC pour postuler en tant que président de la République. Quelle est la lecture de la MONUSCO à ce sujet ?

Porte-parole de la MONUSCO [Florence Marchal] : Notre lecture, c’est qu’un processus électoral inclusif et apaisé, c’est la condition sine qua none de sa crédibilité. Ça, on est tous d’accord, inclusivité, élections pacifiques, sont les conditions vraiment non négociables pour faire de ces élections des élections crédibles.

Et par rapport à la question de M. Katumbi, d’une manière générale par rapport aux mesures de confiance qui sont dans l’Accord du 31 décembre 2016, nous, la MONUSCO, sa Représentante spéciale, poursuivons notre mission de bons offices afin que les autorités congolaises puissent continuer à mettre en oeuvre ces mesures de confiance qui sont nécessaires à l’ouverture de l’espace politique.

On a pu remarquer ces derniers temps que plusieurs rassemblements avaient pu se tenir sans problème dans certaines parties du pays, et on s’en félicite. Mais ce n’est pas encore le cas sur l’ensemble du territoire.

Et donc, la Mission effectue un plaidoyer dans ce sens, afin que l’interdiction des manifestations soit levée et que les droits des citoyens à la liberté d’expression et de réunion qui sont inscrits dans la Constitution congolaise soient respectés, afin de créer un climat propice dans le cadre des élections à venir et afin de nourrir le débat démocratique qui accompagne un processus électoral.

Question 8

Amen Dimwany/Numérica TV : Mme Marchal, je vais encore insister sur quelques questions qui ont été posées : visite manquée d’Antonio Guterres, le Gouvernement dit : pas besoin d’aide logistique, je m’occupe de ma logistique. Ce n’est pas là un mariage un peu bizarre entre le Gouvernement et la MONUSCO ? C’est vrai, vous semblez ne pas accepter cela, mais vous êtes face à un partenaire qui est froid envers vous, pourquoi vous n’arrêtez pas de dire que ça va, tout va bien ?

Porte-parole de la MONUSCO [Florence Marchal] : Vous voyez le verre à moitié vide, pardonnez-moi, moi je vois le verre à moitié plein. On est chacun dans son rôle. On n’a pas fait de publicité autour de cela, mais il y a quelques jours, l’arrangement technique entre la Mission et le Ministère de la Défense pour le soutien aux FARDC a été prolongé. Donc, ce qui montre bien qu’il existe une collaboration au quotidien.

Amen Dimwany/Numerica TV: [Une collaboration] minime?

Minime ? Une collaboration en ce qui concerne un pan entier de la mise en oeuvre du mandat de la Mission qui est la neutralisation des groupes armés, je n’ai pas la même lecture que vous.

Deuxièmement, toujours en ce qui concerne ce mandat, on y a fait allusion, une fois encore nous ne nous sommes pas imposés, il y a tout le travail qui est fait pour juguler l’épidémie d’Ebola, il y a tout le travail qui se fait dans les prisons, il y a tout le travail qui se fait dans les cours de justice afin de lutter contre l’impunité, il y a le travail des collègues des droits de l’homme, j’y ai fait allusion en début de conférence avec les formations organisées tous les mois.

Le mois dernier, il y a plus de 2 000 personnes qui ont été formées aux notions de base des droits de l’homme, à la promotion et à la protection des droits de l’homme y compris des personnels des ministères.

Donc, le travail se fait et ensuite, je vous rappelle que nous n’avons pas de mandat exécutif, que nous sommes dans un Etat souverain et que nous sommes une fois encore, ici dans le cadre certes du mandat du Conseil de sécurité mais à l’invitation des autorités congolaises.

Question 9

Justin Kabumba/Congo Synthèse et Afrique Media (Goma) : Je reviens sur la question des rebelles sud-soudanais qui restent toujours cantonnés dans le camp de Munigi, dans le territoire de Nyiragongo, c’est d’ordre sécuritaire, Mme Marchal. Madame, vous savez très bien que l’ancien rebelle, Riek Machar a signé, il y a peu, un accord de paix avec le président sud-soudanais. Un accord de paix par rapport à ce qui s’est passé dans ce pays. Maintenant on ne sait pas, parce que tous ces rebelles restent cantonnés dans le camp de Munigi et sont en train de pulluler partout dans le territoire de Nyiragongo, et cela inquiète beaucoup la population de ce coin.

Qu’est-ce que la MONUSCO pense de ces rebelles, parce qu’on sait que leur leader rebelle a signé un accord de paix ?

Porte-parole de la MONUSCO [Florence Marchal] : Effectivement il reste des ex-combattants soudanais ici dans le Nord-Kivu.

Je voudrais quand même préciser que le service de la lutte antimines [des Nations Unies] a détruit, éliminé les armes et les munitions remises par ces ex-combattants. Donc, les combattants qui se trouvent à Munigi sont des combattants désarmés, premièrement.

Et ensuite, beaucoup d’entre eux sont déjà partis vers des pays tiers qui leur ont délivré des visas et la MONUSCO poursuit ses consultations avec plusieurs ambassades afin de trouver des solutions pour ceux qui sont toujours sous sa garde à Goma.

Donc, oui, nous sommes d’accord avec vous, il est primordial de trouver une solution rapide pour les personnes qui sont toujours présentes à Goma et c’est un travail que nous faisons avec les ambassades qui sont prêtes à leur accorder un visa.

C’est une situation qui est également suivie par le Comité d’appui technique de l’Accord-cadre pour la paix pour la sécurité et la coopération pour la RDC, le fameux Accord d’Addis-Abeba.

Donc, c’est quelque chose que nous suivons et comme vous, nous espérons que très prochainement tous les ex-combattants soudanais auront pu quitter à la fois le camp de la MONUSCO et la RDC.

Question 10

Nkiere May/Agence Congolaise de Presse : J’ai une petite suggestion. Quand vous avez parlé de la mort de Kofi Annan, je me suis rappelé sa visite ici dans notre pays en 2001 et en 2006. Il y a des amis ici que je vois, des journalistes qui ont participé à ses voyages. Il y en a même qui se sont faits réfugiés et qui ont failli même se faire prendre à Bukavu une fois. Qu’est-ce que le Division de l’Information publique et le Bureau du porte-parole entendent faire pour tous ces amis, tout comme ceux de votre Division de l’Information publique qui ont risqué leur vie en accompagnant le Secrétaire général des Nations Unies et d’autres membres des Nations Unies pendant toute cette période difficile qu’a connue notre pays ? Est-ce qu’à l’occasion de la Journée internationale de la paix [célébrée le 21 septembre], votre division n’entend pas ne fut-ce qu’honorer tous ces amis et même les amis de la Division de l’Information publique ?

Porte-parole de la MONUSCO [Florence Marchal] : Je prends bien note de votre remarque et de votre proposition. On va voir, justement vous l’avez dit, entre le bureau du porte-parole les collègues de la Communication stratégique et Information publique ce qu’il est possible de faire, mais pour l’instant, je n’ai pas de réponse plus précise.

Mais en tout cas, je suis quand même assez honorée d’apprendre que vous aviez couvert les visites de Kofi Annan. Et hier, en préparant cette conférence de presse, j’ai vu qu’il s’était rendu à Kisangani, deux fois, et qu’il avait eu beaucoup d’échanges avec les journalistes. En deux jours, il y avait eu trois conférences de presse, donc ce n’était que du bonheur pour vous.

Mais je me suis aussi rendu compte que les messages clés qu’il avait envoyés, on pourrait encore les utiliser aujourd’hui. C’était un appel à aller vers des élections, on l’a dit, inclusives, apaisées et crédibles.

C’était un appel à ce que ce pays connaisse une stabilité durable. Donc, il est parti mais ses messages restent.

Question 11

Daniel Mitshombero/Visions Shala (Goma) : J’ai deux petites préoccupations. Le Gouvernement congolais et la CENI sont pour les élections le 23 décembre [2018]. L’opposition est pour les élections à la même date, mais sans machine à voter avec la décrispation de la crise bien sûr et beaucoup d’autres points qui sont soulevés là-bas.

Certains analystes pensent qu’il faut une transition pour organiser les bonnes élections dans le pays. Quelle est la position de la MONUSCO quant à ce ?

En plus de cela, je suis en train de voir des femmes qui sont à l’extérieur ici à Goma, elles réclament un certain nombre de choses, je ne sais pas, c’est quoi leur sort à la fin ?

Porte-parole de la MONUSCO [Florence Marchal] : Je vais répondre à la première question, la deuxième est beaucoup trop vaste. La position de la MONUSCO, c’est celle qu’il y a une Constitution, un accord, celui du 31 décembre [2016] et un calendrier électoral. Donc, c’est la combinaison de tout cela qui est notre feuille de route. Donc, élections le 23 décembre 2018.

Question 12

Alain Muzi/Radio Eglise du Christ au Congo : Hier mardi, les représentants du COE [Conseil œcuménique  des églises], la CETA [Conférence des églises de toute l’Afrique] de l’ECC, et du Vatican [étaient] en échange avec les opposants congolais, les opposants ont craint, en ce qui concerne l’inclusivité du processus électoral, pressentent que la CENI pourrait invalider certains candidats, notamment Jean-Pierre bemba, Félix Tshisekedi et autres, est-ce que vous pressentez la même crainte ?

Porte-parole de la MONUSCO [Florence Marchal] : On va être tous patients. Je crois que la liste provisoire [sera] publiée après demain, le 24 [août] et la liste définitive le 19 [septembre].

Donc attendons la publication des listes et puis, nous nous prononcerons à ce moment-là.

Question 13

Symphorien Katumba/L’Explorateur : Je m’intéresse à OCHA. Est-ce que l’aide humanitaire dispose d’un agenda par rotation d’aide sans rupture ? Ou soit la livraison [de l’aide humanitaire] subit des carences auprès des réfugiés qui attendent de vous l’aide humanitaire ? Y a-t-il rupture d’agenda de sorte que l’aide puisse leur arriver afin qu’ils puissent vivre convenablement comme nous ici ?

Représentant de l’équipe de pays des Nations Unies [Joseph Mankamba] : Ce qui est vrai est que tout ce que nous apportons comme assistance est défini dans un programme, dans un plan, ce que nous appelons le plan de réponse humanitaire qui est élaboré au début de chaque année. C’est sur base de ce plan que la plupart des activités et la plupart des actions humanitaires sont menées à travers le pays.

Mais il arrive aussi des fois que devant certaines circonstances, certaines situations qui arrivent subitement, qui n’avaient pas été prévues, les humanitaires élaborent des plans d’urgence, pour définir des actions qui peuvent être menées.

Mais dans tout cela, il y a des activités qui sont définies, des projections qui sont faites en termes d’assistance à apporter, mais tout cela ne peut être concrétisé que si on réunit les moyens nécessaires. Si les plans qui sont définis ne sont pas exécutés à la lettre, c’est quand on n’a pas encore réuni les financements tels que requis.

Donc s’il y a du retard, s’il y a des petits soucis, s’il y a une assistance insuffisante jusqu’à présent, c’est parce qu’on n’a pas encore réuni les fonds conséquents pour pouvoir apporter de l’assistance mais on y travaille jour et nuit pour pouvoir réunir le minimum et apporter l’assistance autant qu’on le pourra.

Porte-parole de la MONUSCO [Florence Marchal] : Merci à tous pour votre participation à cette conférence de presse. Prochain rendez-vous, le mercredi 5 septembre à 11h15, heure de Kinshasa et 12h15’, heure de Goma. A bientôt.