Devant les obstacles majeurs. Elections 2018 : le CLC promet de reprendre du service

This post has already been read 311 times!

Violation du principe d’inclusivité, non-respect du consensus national et inféodation de la CENI et de l’appareil judiciaire au pouvoir en place. Et s’ajoute à cela l’ambigüité de la problématique du financement des élections, sans plan de décaissement. Voilà, succinctement, ce que le Comité Laïc de Coordination qui est, une fois de plus monté au créneau, reproche au Gouvernement ainsi qu’à toutes les parties impliquées dans l’organisation des élections prévues en date du 23 décembre prochain. Dans une correspondance adressée au Secrétaire Général des Nations Unies, ils ont épluché les dessous des cartes qui, semble-t-il, relèvent d’un agenda caché. Cependant, ont-ils prévenu, si toutes les équations ne sont toujours pas résolues dans les jours qui viennent, elles constitueraient en elles-mêmes, les germes de conflit qui, inéluctablement, conduiraient vers une crise généralisée, pouvant plonger le pays ainsi que la sous-région dans le chaos. Le CLC invite l’ensemble de la Communauté internationale à accentuer ses efforts pour que les contraintes sus évoquées soient résolues avant le 19 septembre 2018, date la publication des listes définitives de candidats présidents et députés nationaux. Dans le cas contraire, le CLC se verra dans l’obligation de poursuivre jusqu’au bout son combat non violent pour le respect des règlements en vue d’une alternance démocratique et pacifique. Lisez ci-dessous, l’intégralité de la lettre du CLC adressée au SG de l’ONU.

 

Excellence Monsieur le Secrétaire Général,

  1. Le comité laïc de coordination (CLC) a noté avec satisfaction le renoncement du Président Joseph Kabila à un troisième mandat du reste inconstitutionnel. Il regrette cependant qu’il a fallu le sacrifice des centaines de morts et de blessés ainsi que des arrestations et détentions arbitraires massives, qui auraient pu être évitées. Malgré tout, il salue ce geste rendu possible grâce au combat du peuple congolais et à l’accompagnement de la communauté internationale.
  2. Aussi, félicite-t-il la communauté internationale pour son extraordinaire engagement auprès du peuple congolais tout au long de ce combat pour soutenir la tenue d’élections démocratique conformément à la Constitution congolaise. Il s’agit de cet engagement matérialisé, entre autres, par toutes les initiatives ayant découlé des résolutions 2277, 2348 et 2409 du Conseil de Sécurité des Nations Unies (ONU) ainsi que les prises de position et recommandations pertinentes de l’union Africaine (UA), sans oublier celles de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL), de la Communauté de Développement des Etats de l’Afrique Australe (SADC), de la Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC)et de l’Union Européenne (UE).
  3. Le CLC relève cependant que beaucoup reste encore à faire car, ce geste de respect des dispositions constitutionnelles, salué par tous, n’apporte qu’une assurance limitée puisqu’il ne constitue qu’un élément d’un ensemble. Si l’on n’y prend pas garde, il pourrait occulter la nécessité et l’urgence de s’attaquer à d’autres problèmes préoccupants dont la persistance continue à éloigner le processus électoral de son objectif. Les questions encore pendantes sont les suivantes : la violation du principe d’inclusivité, le non-respect du consensus national et l’inféodation de la CENI et de l’appareil judiciaire au pouvoir en place.

Excellence Monsieur le Secrétaire Général,

  1. Alors que la nécessité d’organiser des élections inclusives a toujours été affirmée dans l’accord de la saint-sylvestre comme un impératif incontournable, acceptée tant par la Communauté nationale qu’internationale, le Président Joseph Kabila continue d’exclure délibérément certains acteurs politiques de l’opposition et de la société civile. Tel est le cas de Moïse Katumbi. De plus, il s’efforce d’écarter de la compétition électorale certains autres candidats à l’élection présidentielle, comme Jean-Pierre Bemba dont l’invalidation a été annoncée par le porte-parole de la Majorité Présidentielle, lors de l’une de ses conférences de presse, s’attribuant ainsi que les prérogatives de la CENI et la Cour Constitutionnelle. Par ailleurs, des sources concordantes font également état de tentatives de mise en place des stratégies d’exclusion de la candidature de Félix Tshisekedi des listes électorales.
  • C’est, pourtant, dans le souci de respecter ce principe d’inclusivité que l’Accord du 18 octobre 2016 de la Cité de l’Union Africaine avait été rejeté pour être remplacé par  celui du 31  décembre 2016. Tel que stipulé dans son préambule, les participants avaient signé cet Accord, « mus par la volonté de trouver une entente commune basée sur la recherche de plus d’inclusivité en vue du règlement des problèmes politiques causés par le retard de l’organisation de élections, et attendu que cette recherche d’inclusivité devait se faire en harmonie avec la Constitution et les résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité (…) »
  • Par ailleurs, la résolution 2409 du Conseil de Sécurité souligne précisément, en son point 6, « qu’il faut tout faire pour que les élections du 23 décembre 2018 soient transparentes, crédibles, inclusives et sûres ». Cette résolution « exhorte le Gouvernement et toutes les parties concernées à créer les conditions nécessaires pour que ce processus électoral soit libre, juste, crédible, ouvert, transparent, pacifique et conforme au calendrier électoral, à la Constitution congolaise et à l’Accord du 31 décembre 2016 (…) » (point 10).
  • L’exclusion de Moïse Katumbi, celle programmée de Jean-Pierre Bemba, de Félix Tshisekedi ou de tout autre citoyen congolais qui remplit des conditions requises d’éligibilité, est de nature à embraser le pays et l’ensemble de la sous-région.

Excellence Monsieur le secrétaire général.

  1. Le consensus national incarné par l’accord de la saint sylvestre n’est d’application que de manière biaisée et sélective, suivant le bon vouloir de la Majorité Présidentielle pourtant signataire dudit Accord. Et cette situation, à l’état, ne garantit nullement le respect de l’égalité des chances dans la compétition électorale prévue.
  • Les mesures de décrispation politique jugées comme préalables incontournables pour des élections apaisées attendent encore d’être mises en œuvre. La monopolisation des médias publics par une famille et la fermeture des médias privées demeurent préoccupantes. Aucune mesure d’élargissement des prisonniers politiques emblématiques, comme Eugène Diomi Ndongala, Jean-Claude Muyambo ou Franck Diongo, n’a été arrêtée, comme le réclame cet Accord.
  • La partialité dans le traitement des candidats à l’élection présidentielle est plus que visible. Le candidat de la majorité présidentielle, Ramazani Shadary, bénéfice d’ores et déjà d’un traitement de faveur. Bien que n’exerçant aucune fonction gouvernementale, il fait désormais partie des délégations officielles de la République à des conférences des chefs d’Etat, comme lors du 38è sommet de la SADC à Windhoek en Namibie. En outre, quelques jours auparavant, il avait bénéficié d’un entretien privé avec un chef d’Etat étranger en visite de travail en RDC.
  1. L’inféodation de la Commission Electorale Nationale Indépendante au pouvoir en place demeure fort préoccupante, puisque c’est à cette institution qu’incombe la gouvernance électorale en toute impartialité. Instrumentalisée à souhait, elle reste sourde à tous autres conseils et recommandations tant de la part de la Communauté nationale qu’internationale.

A titre illustratif, on fait entre autres les deux constats suivants :

  • La loi électorale n’a pas prévue le recours à la machine à voter dans le calendrier des élections : présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales qu’elle a rendu publique le 5 novembre 2017, la CENI avait même programmé, du 20 septembre au 6 octobre 2018, les préparatifs techniques de l’impression des bulletins de vote. Ceux-ci sont censés être imprimés, du 7 octobre au 15 novembre et distribués du 16 novembre au 5 décembre 2018 dans les différents bureaux de vote. Alors qu’on est dans les délais, contre toute attente, malgré le rejet de la population, la CENI improvise et s’entête à imposer, à la place des machines à voter.
  • La publication et le nettoyage du fichier électoral, maintes fois réclamés, n’ont jamais été réalisés. L’audit effectué par l’organisation internationale de la francophonie a relevé de très graves faiblesses dans ce fichier, notamment le manque d’empreintes digitales pour 16, 6% soit six millions sept cent mille d’enrôlés (6,7 million) et des millions de cartes vierges portées disparues, sans oublier le cas de 498.345 enrôlés qui n’auront pas l’âge de voter (18 ans), le 23 décembre 2018. Le refus de remédier à cette situation passe pour une preuve irréfutable de l’existence d’un agenda caché à la base de ces anomalies.
  1. L’instrumentalisation de la Justice, des Forces de Police, de l’Armée et des Services de Sécurité à des fins partisanes au profit de la Majorité Présidentielle fait l’objet du lot quotidien qui ne garantit pas la jouissance équitable de la justice électorale.
  • La Cour Constitutionnelle, par sa loi organique, son Règlement Intérieur et sa configuration, fait déjà craindre de sa partialité dans le traitement des futurs contentieux électoraux.
  • Le harcèlement judicaire et politique des jeunes des mouvements citoyens, notamment dans le cas de Carbone Béni et de ses compagnons de Filimbi qui n’ont fait qu’exercer leurs droits de liberté d’opinion, est inacceptable.

Excellence Monsieur le Secrétaire Général,

  1. En conclusion, au regard de ce qui précède, le CLC attire votre particulière attention et celle de l’ensemble de la Communauté internationale sur les perspectives peu rassurantes en matière d’inclusivité et de crédibilité qui continuent à hanter l’avenir de la RDC. A cela s’ajoute l’ambigüité de la problématique du financement de ces élections, sans plan de décaissement et où le discours volontariste du Gouvernement est en contradiction flagrante avec la réalité concrète du terrain.
  • Si toutes équations ne sont pas résolues dans les jours qui viennent, elles constitueraient en elles-mêmes, les germes de conflit qui, inéluctablement, conduiraient vers une crise généralisée, pouvant plonger le pays ainsi que la sous-région dans le chaos.
  • Car, il ne sera pas possible de contenir plus longtemps la colère de la population déçue et excédée par le comportement antidémocratique de ses dirigeants. Faudra-t-il que le sang des congolais coule à nouveau ?
  • Le retour à l’ère des violences des rebellions serait de nature à remettre en cause les acquis si précieux des accords du Sun City, fondement de la troisième république, obtenus à l’arrachée au prix de tant d’efforts et de soutien de la Communauté internationale.
  1. Voilà pourquoi, avec insistance, le CLC invite une fois de plus la Communauté internationale, en particulier les Nations Unies, l’Union Africaine, l’Union Européenne, la SADC, la CEEAC et la CIRGL, à accentuer leurs efforts pour qu’aucun acteur politique ne soit exclu du processus électoral, que la machine à voter soit retirée, que le fichier électoral soit nettoyé et que toutes les mesures de décrispation politique soit réellement d’application. Tout cela avant le 19 septembre 2018, date la publication des listes définitives des candidats présidents et députés nationaux.
  • Si ces dispositions ne sont pas remplies, le CLC se verra dans l’obligation de poursuivre jusqu’au bout son combat non violent pour le respect des règlements en vue d’une alternance démocratique et pacifique. Puisque le Président Kabila, son gouvernement et la haute direction de la CENI sont devenus, par leur partialité, des obstacles majeurs à la tenue des élections crédibles en RDC, il s’agira :
  • D’exiger qu’ils soient déchargés, toutes affaires cessantes, de leurs prérogatives dans la gestion du processus en cours ;
  • De solliciter des Nations Unies et de l’Union Africaine d’assurer le parachèvement de ce processus électoral de tous les dangers, en collaboration avec une expertise congolaise exempte de toute ambition électorale et ayant un sens d’abnégation confirmée.

Vous remerciant d’avance pour la bonne attention que vous voudrez bien réserver à ce plaidoyer, nous vous prions d’agréer, Excellence Monsieur le Secrétaire Général, l’assurance de notre très haute considération.

POUR LE COMITE LAIC DE COORDINATION

Mr Jonas Tshiombela, Pr Isidore Ndaywel, Mme Gertrude Ekombe, Mr Franklin Mbokolo

 

Contactez-nous !

  • Editeur - Directeur Général :

    Marcel Ngoyi



  • Phone: +243818135157
  • Mobile: +243999915179
lgo-data-consult Site web réalisé par dataconsult-rdc.com