Journal la Prospérité

Situation de l’enfant dans la rue. Halle de la Gombe : le film « Maki’ la » relance les débats

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Ils sont appelés abusivement enfants de la rue alors que la rue n’enfante pas. Pour jeter le discrédit à l’endroit où ils ont atterri après avoir quitté leurs maisons de provenance,  le sobriquet ‘’shégués’’, un pseudonyme qui n’a jamais existé dans le patrimoine culturel congolaise, leur est collé en plus de l’appellation sus-évoquée. D’aucuns penseraient que ces enfants en situation de la rue vivent dans un autre cosmos donc qu’ils n’ont pas des sentiments, émotions, encore moins les remords des forfaits qu’ils commettent parfois. Une telle affirmation est fausse, puisque le film «Maki’ la» de Machérie Ekwa Bahango projeté en avant première le mercredi 5 septembre à l’Institut Français de Kinshasa prouve le contraire et ravive, par ricochet, le débat quant à la perception de la société de ses enfants atypiques qui ont pour maison la rue.

L’Institut Français de Kinshasa qui fait peau neuve de ses installations était cadre d’honneur pour accueillir l’avant première du film « Maki’ la», un opus cinématographique tourné entièrement en République Démocratique du Congo mais qui fait beau vent en glanant des prix dans la sphère du cinéma çà et là sur la petite planète bleue. Faut-il signaler également au passage que l’Institut Français de Kinshasa a un nouveau coordonnateur culturel en la personne d’Etienne Russias qui succède à Malauri Cavas qui se trouve actuellement à l’Hexagone pour la même cause qui est celle de faire émerger la culture dans tous ses états.

Un public important avait fait le déplacement mercredi pour la Halle de la Gombe. Samuel Pasquier, le directeur délégué de l’Institut Français, parle de 1200 à 1300 personnes qui ont investi l’espace grande halle en marge de cette projection qui révèle au grand jour les réalités parfois ignorées de la société de l’enfant en situation de rue. Ce film Makila exhume plusieurs faits ayant occasionné l’enfer de ceux qui, aujourd’hui, regardent d’un mauvais œil ces enfants alors qu’hier ces derniers étaient aussi normaux que ceux qui jouissent de la chaleur familiale. Au-delà de l’émiettement de la fonction publique par  les décideurs, une réalité qui n’hésita pas à faire perdre aux parents leur autorité vis-à-vis de leurs enfants, il y a également cette affaire des guerres récurrentes dont le pays de Lumumba aura été victime les années 90 puis début 2000. En parlant de ces guerres, certains auteurs parlent même d’un holocauste oublié puisque ces conflits armés ont occasionné la disparition de plus de 8 millions de congolais.

‘‘Mes parents avaient été assassinés, je ne sais même pas comment je suis sorti de ce carnage. J’ai commencé à faire la rue à l’âge 13 ans, dans mon parcours j’ai  rencontré Mbingazor. C’est lui qui m’a appris à tuer, voler, … depuis lors j’avais perdu le sens de l’humanité…’’. Voilà un extrait de conversation de Maki’ la et Acha dans le film.  Cela revient à dire que ceux qui tirent de ficelles à l’interne, tout comme à l’externe du pays  doivent savoir que leurs intérêts mesquins ne cessent de faire des victimes innocentes et un jour l’histoire les condamnera sans pitié.

Quant à la projection, c’était époustouflant, le film a su captiver le public. L’opus a été à plusieurs fois applaudi par l’assistance suite à sa qualité artistique et bien attendu par la thématique que la réalisatrice a proposé.  L’on pouvait également appréhender quelques goûtes de larmes culer des yeux des participants puisque le sujet était tellement fort et poignant. Même la réalisatrice n’a pas su contenir ses larmes pour le succès qu’aura récolté sa toute première œuvre, et surtout qu’elle a eu ses débuts dans le monde du cinéma en tant qu’autodidacte. Avec les larmes aux yeux, elle a pu expliquer à l’assistance la genèse de son œuvre. ‘’ J’ai pu partager quelques expériences avec les enfants dans la rue, ce qui sera pour moi une source d’inspiration’’, a-t-elle fait savoir. Par la suite, elle s’est montrée reconnaissante auprès de ceux qui l’ont aidé à réaliser ce film, son premier-né dans le domaine de l’art.

Francis Sengeyi