En dépit du revirement à 180° de Tshisekedi et Kamerhe. Jacques Djoli : «les chances de Martin Fayulu d’être élu sont énormes»

En dépit du revirement à 180° de Tshisekedi et Kamerhe. Jacques Djoli : «les chances de Martin Fayulu d’être élu sont énormes»

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Un ouragan a secoué l’Opposition congolaise au lendemain du Conclave de Genève (Suisse) ayant débouché sur la désignation du candidat commun Martin Fayulu Madidi pour la présidentielle 2018. Sous la «pression» de leurs bases respectives, Félix Tshisekedi de l’UDPS et Vital Kamerhe de l’UNC, ont publiquement retiré leurs signatures alors que l’encre n’avait pas encore séché. A la fois, Professeur d’université, Sénateur, Inspecteur Général du Mouvement de Libération du Congo (MLC) et acteur majeur qui n’est pas né de la dernière pluie en politique, Jacques Djoli Eseng’Ekeli a fustigé ce revirement rocambolesque de ces deux leaders qui, conformément à l’accord de Genève, viennent de mettre fin à leur carrière politique. «C’est une absence de culture politique, c’est une absence de culture démocratique, c’est une absence de qualité de leadership de refuser le choix opéré au nom de la base». Selon lui, le candidat Fayulu, entouré de «3 King Makers» (Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba, Adolphe Muzito), a d’énormes chances de battre Emmanuel Ramazani Shadary, le dauphin de Joseph Kabila et champion du FCC. Jacques Djoli souligne que l’objectif des partis qui forment la coalition LAMUKA c’est que les élections se passent dans les conditions de crédibilité, de transparence, de pluralisme, d’égalité et d’inclusivité. Ci-après, l’intégralité de cette interview exclusive qui annonce les couleurs de la prochaine bataille électorale en RD Congo. Lisez-la.

Entretien

La Prospérité : 7 leaders de l’Opposition congolaise se sont réunis pendant trois jours à Genève en Suisse. Et ce Conclave a débouché sur la désignation de Martin Fayulu comme candidat commun pour la présidentielle 2018. Curieusement, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, ont, moins de vingt-quatre heures après, renié leurs signatures apposées sur cet accord de Genève. Dans son éditorial (Le Rasoir), La Prospérité a parlé du «Théâtre de chez nous». Comment réagissez-vous ?

Jacques Djoli : Avec raison, le journal La Prospérité peut parler du «Théâtre de chez nous». Effectivement, c’est le reflet de l’ADN de la structuration de nos leaders politiques. Globalement, la classe politique congolaise se caractérise par la faiblesse idéologique de ses membres. Si vous voyez la transhumance politique qu’il y a chez nous où l’on peut avoir quelqu’un qui a été radical dans l’Opposition et qui, du jour au lendemain, devient un extrémiste dans la Majorité. Ce grand écart est un élément structurant de notre jeu politique. Il y a aussi le déficit de la perception de l’intérêt général. Le patriotisme c’est une culture. Je peux aussi donner comme argument la faiblesse de la culture démocratique. Ce qui fait que toutes les élections en Afrique, même si elles sont bien organisées mais souvent elles sont mal organisées, se terminent par la contestation des résultats par les perdants par rapport aux vainqueurs. Le comportement de ceux que vous déplorez, de ce que vous appelez «Théâtre de chez nous», ça ne nous étonne pas parce que nous suivons cette structure depuis longtemps. Celle-ci est dominée des ambitions personnelles.

Mais il ne faut pas dramatiser outre mesure. La Loi électorale et la démocratie organisent une élection présidentielle pluraliste. Nous avons 700 partis politiques et il y a eu 21 candidats Présidents de la République. C’est que le jeu est ouvert. On peut simplement regretter qu’on a perdu du temps et des ressources ; mais c’est normal. Nous ne pouvons que souhaiter à ceux qui sont partis comme à ceux qui sont restés bonne chance aux prochaines élections.

LP : Le magazine Jeune Afrique a mis sur la place publique l’Accord de Genève dont une des dispositions stipule : «Je m’engage en outre à ne pas trahir le peuple Congolais en violant les dispositions précitées. Si je ne respecte pas mes engagements, je mettrais fin à ma carrière politique et je serais soumis à l’opprobre de la Nation et à la sanction de mes pairs. Enfin, je prends la ferme résolution de rester fidèle au présent acte et à l’accord LAMUKA». Ce document été signé notamment par Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe et Jean-Pierre Bemba. Pouvez-vous faire un commentaire là-dessus ?

JD : Ça entre dans la logique de ce que je viens de vous dire. La vie politique ne se résume pas à un tas de textes, il y a une dimension que nous appelons sotériologique, c’est-à-dire, la dimension invisible. Il y a une dimension religieuse, théologique. Ce genre d’engagement c’est comme le serment qui peut amener au parjure. Mais il faut que les acteurs, comme je vous ai dit, aient été moulés à ces principes, à ces valeurs. Or, si les acteurs sont des joueurs qui rusent avec les principes, on arrive à ce jeu-là. Et la conséquence c’est la faiblesse de la qualité du personnel politique. On les appelle des leaders politiques mais qui sont dans une forme de zoologie politique et qui donnent seulement cette scène politique de transhumance, de changement. Ce qui entraine un leadership déficitaire et une gouvernance de basse qualité qui fait qu’en République démocratique du Congo, malgré toutes les richesses que nous avons, nous nous trouvons au bas de l’échelle parce que la qualité du personnel politique pose énormément de problèmes.

LP : En tant que Professeur d’université, Jacques Djoli peut-il éclairer l’opinion sur un concept en vogue actuellement : «base» ? Quel doit être la corrélation entre un leader politique et sa base ? C’est le leader qui guide et éclaire la base ou c’est plutôt l’inverse ?

JD : Certes, il doit y avoir une cohérence entre un leadership et son soubassement. Mais ça ne doit pas devenir une fuite en avant, une manière de se rétracter. Dans l’accord de Genève, chacun de ces acteurs s’était engagé à expliquer à sa pseudo-base pourquoi il s’est engagé. Et que cette base-là, depuis plusieurs mois, sait que nous travaillons pour avoir un candidat commun. Lors d’un meeting sur le Boulevard Triomphal à Kinshasa, le président Félix Tshisekedi avait dit que lorsque nous allons choisir un candidat commun, il ne faut pas que la base puisse nous pousser à refuser celui qui sera désigné. Donc en allant à 7, chacun devait savoir que c’est un jeu démocratique où en sortira un seul vainqueur. Lorsque vous n’êtes pas vainqueur, c’est une absence de culture politique, c’est une absence de culture démocratique, c’est une absence de qualité de leadership de refuser le choix opéré au nom de la base.

En fait cette base c’est quoi ? La trentaine de personnes ou de militants qui se retrouvent sur la rue en train de  crier. Non, je crois qu’il fallait consulter la base avant. A Genève, chacun de ces leaders se fait accompagner par au moins un ou deux collaborateurs qui ont lu et relu le texte de l’accord. Chacun de ces leaders a participé dans la discussion sur le mode de désignation du candidat commun. C’est en ce moment-là qu’il fallait consulter sa base et, surtout, avant de signer. Les personnalités que vous citez, ont signé librement. La qualité d’un leader c’est aussi dans le respect de sa signature. Voilà ce que je peux à ce sujet.

LP : Certains disent que le candidat commun de la coalition LAMUKA, en l’occurrence, Martin Fayulu Madidi, est un «poids-mouche» qui ne pourra pas faire face à Emmanuel Ramazani Shadary, le dauphin du Président Kabila soutenu par le Front Commun pour le Congo (FCC). Voudriez-vous placer un mot sur la popularité ou l’impopularité de Martin Fayulu ?

JD : La popularité d’un candidat c’est une indication sociologique. Faudrait-il aussi que cette indication soit objective. Le candidat Fayulu n’est pas un inconnu sur la scène politique congolaise. Il a été élu et réélu Député provincial de la Ville-Province de Kinshasa. Il a joué un rôle important dans la dynamique «Tshisekedi Président» en 2011. Il est candidat autant que les autres. Mais surtout, il faut respecter la cohérence de son combat politique, la constance de sa vision politique. Je crois que la RD Congo a besoin, de plus en plus, des hommes politiques aux valeurs intellectuelles et morales trempées comme celles de Martin Fayulu. Quant à ses chances pour être élu, je dirais qu’elles sont énormes. Parce que Martin Fayulu est soutenu par ce que j’appelle les «3 King Makers» (les 3 Faiseurs de Roi) : Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba, Adolphe Muzito. Si vous regardez du côté de la Majorité c’est une marmaille, quarante-huit cellules composées des gens venus de tous les horizons et qui ne représentent absolument rien. Véritable coquille vide, le FCC est une structure qui compte sur l’Etat et, d’ailleurs, c’est en violation de l’article 36 de la loi électorale. Mais Martin Fayulu est soutenu par des grandes personnalités, des vraies forces politiques.

Si vous prenez Moïse Katumbi, c’est une puissance nationale avec une grande assise au Grand Katanga. Au-delà de Katumbi, c’est Ensemble pour le Changement, regroupement politique qui a présenté le plus grand nombre des candidats Députés nationaux et provinciaux. A côté de Moïse Katumbi, vous avez Jean-Pierre Bemba Gombo, un leader charismatique. Vous avez vu récemment le nombre des personnes qu’il a drainées à son retour au pays. Quelle est l’assise historique de Jean-Pierre Bemba ? En 2006, c’est 42% d’électeurs à l’élection présidentielle. A côté de Bemba, vous avez Adolphe Muzito «Mfumu Mpa». C’est, aujourd’hui, le vrai héritier du pouvoir dans le Grand Bandundu. Le Parti Lumumbiste Unifié (PALU) est mis en miette.  Mais la personnalité qui symbolise le nouvel élan du PALU c’est Muzito. Et vous avez le Professeur Matungulu qui est une sommité scientifique qu’il ne faut pas présenter. Ce sont là les quatre leaders. Et dans chacun de leurs groupes vous trouvez des personnalités fortes.

Au sein de la plateforme Ensemble, vous avez Pierre Lumbi, Christophe Lutundula, Claudel André Lubaya, Delly Sessanga, Jean-Bertrand Ewanga et compagnies. Au MLC, vous avez Eve Bazaiba, Fidel Babala et autres. Les gens se trompent. Lorsque la machine LAMUKA va se mettre en branle, beaucoup seront étonnés.

LP : Abordons les scrutins combinés du 23 décembre prochain. Le parti MLC et ses Alliés dont vous êtes l’Inspecteur Général iront-ils à ses élections avec la machine à voter et un fichier électoral que Martin Fayulu qualifie de corrompu ?

JD : Ce n’est pas seulement Martin Fayulu qui le dit.  La machine à voter est un outil illégal qui n’est pas prévu dans la Loi électorale. Et ce n’est pas dans le règlement qu’on peut inventer quelque chose qui n’est pas prévu par la Loi. Par ailleurs, la nature constitutionnelle de cet outil est discutable. Parce que nous ne savons pas comment le caractère secret du vote sera assuré dans un environnement où l’outil informatique n’est pas suffisamment vulgarisé. Et que nous avons une population rurale d’environ 70% et même un très grand nombre d’analphabètes. La sensibilisation sur cet outil a été très faible, tout juste cosmétique. Donc,  nous risquons de nous trouver avec une machine qui est non seulement illégale, mais non comprise par la base, et surtout, non consensuelle.

L’objectif des partis qui forment la coalition LAMUKA c’est que les élections se passent dans les conditions de crédibilité, de transparence, de pluralisme, d’égalité et d’inclusivité. C’est, d’ailleurs, la condition pour avoir un climat postélectoral serein et, surtout, des institutions légitimes et efficaces. Mais, apparemment, ce n’est pas le jeu de la CENI et de ceux qui sont en train de la manipuler. Ils veulent avoir des élections quelle que soit la qualité et peut-être de provoquer un chaos électoral. Nous, nous disons que nous ne voulons pas de cela. Et nous tenons à ce point de vue jusqu’au moment où les choses devront ou doivent changer.

LP : Enfin, pouvez-vous nous parler de l’avenir politique de votre leader Jean-Pierre Bemba Gombo ? Et Jacques Djoli Eseng’Ekeli sera-t-il candidat, à quel niveau ?

JD : Jean-Pierre Bemba va être ici au pays dans le cadre des prochaines élections. Il va être aux côtés du candidat commun, Martin Fayulu, conformément à l’accord de Genève. Avec ses autres pairs, ils vont essayer de conduire le candidat Martin Fayulu à la victoire. Parce que nous savons que dans un jeu transparent et légal, le candidat de l’Opposition porté par l’ensemble du peuple congolais va gagner les élections.

C’est dans cette perspective qu’il y aura certainement dans le programme arrêté dans l’accord des réformes profondes de notre système politique. Nous devons notamment revenir au principe de deux tours pour la présidentielle. Nous devons avoir une CENI beaucoup plus indépendante, crédible et professionnelle. Nous devons réformer le système judiciaire jusqu’à la Cour constitutionnelle qui s’est discréditée dernièrement. Et, dans ce cadre-là, le dossier de Jean-Pierre Bemba qui n’avait pas encore terminé sa course au niveau de la Cour Pénale Internationale (CPI), il n’a pas encore un arrêt définitif. A 56 ans, Jean-Pierre Bemba a tout son avenir pour jouer son rôle de citoyen congolais. Pour les joutes électorales du mois de décembre, il sera là pour soutenir Martin Fayulu, le candidat commun de l’Opposition, et aussi les candidats de son parti aux élections législatives nationales et provinciales en vue d’avoir la Majorité dans les deux Chambres et avoir des provinces où nous pouvons offrir au peuple congolais une vraie alternative, une vraie espérance politique.

En ce qui me concerne, je suis candidat Député provincial pour la ville de Boende et candidat Député national pour le territoire de la Tshuapa. Dès la semaine prochaine (22 novembre), nous serons sur le terrain pour battre campagne. Je vous remercie.

Propos recueillis par James Mpunga Yende

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