Pas un pas sans la prospérité.
Chaque jour, du lundi à samedi, reprise des publications quotidiennes

Criminologie et ordre public : Mova Sakanyi sonne le tocsin face à la puissance de la foule !

Criminologie et ordre public : Mova Sakanyi sonne le tocsin face à la puissance de la foule !

This post has already been read 467 times!

L’ordre public est une construction sociale garantie par la puissance publique pour permettre le déroulement harmonieux de la vie en communauté. Il est régi par des règles contraignantes. Nul ne peut y déroger sans encourir des sanctions sévères. C’est l’analyse autour de laquelle se sont jetés dans la marre les professeurs Henri Mova, Sara Liwerant et Kaumba Lufunda ce jeudi 21 février 2019 dans le cadre de la 4ème conférence organisée par l’Académie Africaine de Formation Politique. Sous le thème ‘’Kinshasa : Regard de criminologues‘’, il a été mis en lumière sur comment la criminologie peut aider à résoudre le problème de l’ordre public ? Ce, étant donné que les foules ont la facilité de se réunir par Internet, contrairement à l’époque où il fallait des meneurs.

Les rues bruissent de saccades non cadencées des foules qui battent le pavé pour réclamer le triomphe de l’une ou l’autre idée, parfois pour revendiquer l’une ou l’autre chose. On marche, les foules se forment, les masses s’assemblent pour conquérir les places fortes des villes et narguer les bien-pensants ou la minorité régnante…

La problématique de ce séminaire, en effet, met en exergue le point de rencontre entre la prévention des crimes de toutes sortes et la foule de plus en plus en vue, de plus en plus conquérante, de plus en plus bruyante et occupant des espaces de vie commune. Si la foule et sa dynamique sont censées être criminogènes, comment concevoir la vie en communauté alors même que les médias nous mettent pleins les yeux des scènes des foules en furie à travers le monde, renversant tout sur leur passage, s’adonnant gaiement à des «crimes joyeux», réfléchit à haute voix le professeur Mova Sakanyi. Quelles sont les responsabilités pénales et sociales des personnes dépersonnalisées en agissant dans une foule ?

Déjà, il appartient à l’Etat de protéger les personnes et leurs biens. C’est le maintien de l’ordre public qui en est l’expression la plus visible. Or, le moins qu’on puisse dire, est que cet Etat est en crise.

Un grand malaise s’observe dans les relations entre l’Etat et ses citoyens car, ceux-ci ont perdu le sens de l’Etat comme garant de l’ordre public. En gros, les peuples n’entendent respecter l’ordre public que dans la mesure où tout le monde s’y soumet ; en commençant par les autorités.

La foule a-t-elle pris le pouvoir ?

De la criminologie et de l’ordre public : la foule a-t-elle pris le pouvoir ? C’est le sous-thème sur lequel s’est appesanti le Ministre sortant de l’Intérieur et Sécurité, pensant que le monde paraît en ébullition tant les peuples, les foules, les publics, les masses, les travailleurs, la plèbe semblent avoir pris le pouvoir.

Aussi avons-nous pensé pour le présent séminaire de convoquer la criminologie pour venir à la rescousse des politiques publiques quant au maintien de l’ordre public dans un monde caractérisé par les foules «souveraines».

La naissance de la puissance de la foule s’est faite d’abord par la propagation de certaines idées lentement implantées dans les esprits, puis par l’association graduelle des individus amenant la réalisation de conceptions jusqu’alors théoriques.

Gustave Le Bon sent le danger de l’avènement des foules et s’avoue impuissant face à leur omnipotence et leur capacité de destruction. Pour lui, «les civilisations ont été créées et guidées jusqu’ici par une petite aristocratie intellectuelle, jamais par les foules. Ces dernières n’ont de puissance que pour détruire. Leur domination représente toujours une phase de désordre. Une civilisation implique des règles fixes, une discipline, le passage de l’instinctif au rationnel, la prévoyance de l’avenir, un degré élevé de culture, conditions totalement inaccessibles aux foules, abandonnées à elles-mêmes».

Par la mondialisation, le temps mondial, l’avènement de nouvelles technologies de l’information et de la communication, les foules s’amassent encore plus nombreuses. La massification est un fait indéniable. Question : ‘’si la foule est criminelle par nature, comment assurer avec succès le maintien de l’ordre public tant il s’agit d’assagir une nébuleuse monumentale déchaînée ? ‘’

Dans la mesure où la foule serait désormais devenue une puissance irrésistible, comme pense Hector Pessard, il faut une approche pluridisciplinaire et interdisciplinaire. Une réflexion s’impose donc pour cerner la problématique…

Les mouvements de foule semblent être incontrôlables. L’Etat doit se doter des capacités cognitives et pragmatiques conséquentes pour contenir les poussées de fièvres populaires.

Le maintien de l’ordre public est à ce prix. Les masses manifestantes requièrent un encadrement efficient faute de quoi la moindre étincelle serait porteuse de dynamites susceptibles d’embraser toute la cité. Les enchaînements de phénomènes variés des actions diverses peuvent entrainer des résultats inattendus.

La criminologie dans ses états

Lors de ce séminaire organisé par l’AAFP que dirige le Professeur Henri Mova Sakanyi, ce dernier a démontré la force de la multitude par des exemples récents comme les printemps arabes ou les gilets jaunes, prise de la Bastille. Peu avant, la session a commencé par une définition simple de la criminologie. Le Professeur de criminologie Sara Liwerant a expliqué ce qu’est un criminologue. D’entrée de jeu, elle a précisé que la criminologie est différente de la criminalistique qui concerne plutôt les “profiler” ou les enquêteurs comme dans les séries policier.

En revanche, le criminologue analyse les situations problématiques qui peuvent ou ne pas être criminalisées. Après le volet théorique, est venu le volet empirique, c’est ainsi que le cas du phénomène Kuluna a été passé au peigne fin pour mettre en exergue le rôle du criminologue. A travers les perspectives dégagées par les études en vue de sortir de la violence du «Kuluna», elle entrevoit de s’éloigner d’une vision pénalo-centrée pour envisager des dispositifs de prévention et de sortie de violence ; développer des politiques publiques émancipatrices : les droits socio-économiques ; articuler les circuits d’opportunités construits par les jeunes ; mais aussi identifier avec eux leurs besoins spécifiques.

Autre intervention, celle du Professeur Kaumba Lufunda sur les visages et paysages de la délinquance. Selon lui, l’enjeu de ce séminaire de l’Académie Africaine de Formation Politique est de tirer la sonnette d’alarme sur le fait que les foules deviennent de plus en plus meurtrières.

Précisant que le phénomène de criminalité prend diverses figures selon que l’on se trouve dans tel environnement ou dans tel autre, il insiste sur le fait que le but de la présente étude n’est pas de diffuser des propos alarmistes sur la criminalité dans la ville de Kinshasa. Son seul souci consistait à attirer l’attention de tous ceux qui veulent comprendre la dynamique de la vie en ville et des urgences qui en découlent, sur la double incidence des contraintes naturelles et des contraintes d’aménagement sur l’apparition de certaines formes de criminalité autant que sur leur transformation, et partant leur évolution.

Cependant, le paysage kinois se prête à certaines formes de criminalité, mais cela ne signifie guère qu’il est impossible de faire autrement ; bien au contraire, estime le Professeur Eddy Kaumba. ‘’Notre manière d’habiter un espace dont nous connaissons les points sensibles doit s’orienter vers un style qui ne favorise pas l’éclosion d’une délinquance prévisible, et donc comprimable, à défaut d’être suppressible‘’. La présente réflexion est un appel à la reconnaissance des droits de la ville, c’est-à-dire, un rappel des obligations de l’Etat face à l’aménagement du milieu urbain et à l’organisation des conditions de vie dans la ville.

D’où on se dit ‘’réfléchissons sur le mouvement des foules pour comprendre le phénomène et s’en sortir‘’, conclut le Professeur Mova.

Boris Luviya

Contactez-nous !

  • Editeur - Directeur Général :

    Marcel Ngoyi



  • Phone: +243818135157
  • Mobile: +243999915179
lgo-data-consult Site web réalisé par dataconsult-rdc.com