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Barbara Kanam : ‘‘ma musique rime avec engagement et respect de l’art’’

Barbara Kanam : ‘‘ma musique rime avec engagement et respect de l’art’’

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Toujours sublime avec sa voix, la diva Barbara KANAM  est la perle rare qui signe sa participation au Jazzkiff qui est le premier festival  consacré aux musiques du monde organisé depuis 2006 à Kinshasa.  A quelques jours du coup d’envoi de cette grande messe  musicale, la chanteuse congolaise s’est confiée au quotidien  La Prospérité. L’occasion pour l’auteure de la chanson « Zawadi » de fixer l’opinion par rapport à sa double consécration humanitaire comme Docteur Honoris Causa et Championne de la promotion des droits de la femme. Découvrons l’artiste à travers cette interview exclusive :  

La Prospérité : Vous étiez l’une des rares femmes artistes à postuler aux dernières législatives nationales au pays. Pourquoi les choses n’ont pas marché alors que vous étiez parmi les candidats favoris  à Kolwezi -Ville?

Barbara Kanam : C’est dommage de constater des tels résultats publiés par la Commission Electorale Nationale Indépendante  (CENI). Je n’y crois  toujours pas. On doit beaucoup apprendre dans la manière de faire la politique dans notre pays. Surtout les mentalités et les mœurs. C’est triste et dommage de voir les gens dépenser leur argent pour battre campagne mais, au finish, ils n’arrivent pas à gagner. Cela ne me décourage pas non pas. Je suis très fière d’avoir battue une très  belle campagne. Je suis allée rencontrer la population et répertorier leurs problèmes. Certains m’ont dit qu’ils n’avaient pas besoin de mes t-shirts pour me choisir.   Les autres m’ont donné même de l’argent. Vraiment, je ne tiens pas compte du résultat par rapport à ce qui s’est déroulé à Kinshasa. Ce qui est important, je sais que j’ai été voté. Allez à Kolwezi  était pour moi une manière de lancer un message fort. Ces élections  m’ont permis de comprendre le rouage politique. C’était une  expérience  enrichissante pour cerner les  différents problèmes sociaux qui gangrènent notre société. De comprendre que le social est le grand  bonheur dont le peuple a besoin. Pourquoi ne pas affronter encore les prochaines échéances électorales à Kinshasa ou ailleurs. Je dois poursuivre mon combat du changement.  Le slogan de ma campagne était « il était temps que ça change ». Pour que ça change, on doit d’abord  aimer son pays.  Je profite de cette occasion pour remercier ma base de Kolwezi  qui m’a votée massivement. C’est qui est important, je suis et je reste leur députée de cœur.   

La Pros. : Vous êtes une des meilleures chanteuses que Lutumba Simaro aimait beaucoup, de son vivant. Que garderez- vous de cette légende de la rumba qui nous a quittés ?

BK : C’est un génie –compositeur de l’histoire de la musique africaine qui est parti. Les meilleures chansons que nous avons dans notre patrimoine musical au Congo, ont été écrites par le  Poète Lutumba. Une bibliothèque qui brûle. C’est un papa qui avait beaucoup d’admirations pour moi. D’ailleurs, il m’a dit avant sa mort qu’il ne peut pas un jour quitter ce monde sans que je puisse chanter une chanson écrite par lui. Raison pour laquelle, il m’a écrit et laissé une belle composition. La chanson en question a été confiée au maestro Souzy KASEYA avec qui nous allons travailler en studio. Je pense que  les mots ne nous suffisent pas pour décrire la qualité de ce grand artiste. C’est un auteur-compositeur exceptionnel. C’est une bibliothèque vivante. Je ne sais pas si nous aurons encore un autre Lutumba dans ce pays. Peut-être après un siècle. C’est un artiste hors pair qui a fait énormément des bonnes choses dans la musique congolaise. Ce papa n’avait pas un caractère d’autosuffisance. Il écoutait et encourageait tout le monde. Toutes ses chansons ont une particularité. Une poésie, un sens.  Surtout ce que j’aimais chez lui, c’est la simplicité. A travers ses chansons, il nous apprenait les choses avec beaucoup de subtilités. Pas d’insanité, pas de vulgarité. Personnellement, j’avais eu la chance de chanter, à l’occasion, de son anniversaire de naissance, il y a quelques années. Je me souviens combien il était très affecté. Je pense que le Congo l’a honoré et l’aimait. Voilà pourquoi, il méritait vraiment un hommage digne de son rang.

La Pros. : Vous êtes honorée avec un diplôme du  Docteur Honorius Causa.  Qu’est-ce qui justifie cette élévation ?

BK : C’est mon travail. C’est mon Dieu. Le fruit de tout le travail réalisé depuis ma carrière. Je ne me voyais pas moi recevoir un tel prix vu la dimension qu’on donne à ce  diplôme qui décerné à des grandes personnalités. Ce titre de ‘‘Docteur Honoris Causa de la World Music’’  m’a été décerné  sous la houlette de l’Observatoire   Africain de la Sanction Positive et Valeurs de la Paix, OASP, qui a reçu mandat  de  Miami Institute Florida USA. C’est la plus haute distinction reconnue par les scientifiques dans  un domaine précis. Qu’est-ce que j’ai  fais pour le mériter ? Ces éminents professeurs m’ont répondu : ‘‘Nous avons fait le sondage, et nous avons estimé de vous décerner ce prix pour votre dévouement, pour l’image que vous transmettez à travers vos œuvres’’. C’est pour moi un honneur. Car, le monde a compris qui est un artiste et ce que nous représentons dans la société.  Cette reconnaissance par les scientifiques Africains et Américains d’une artiste est une première dans le monde musical.  Donc, je suis la première artiste féminine congolaise à recevoir ce prix. C’est un titre honorifique que je ne m’y attendais pas du  tout. Ce diplôme honore les artistes qui font un travail de qualité pour la promotion de notre culture. Le  travail m’a payé.

La Pros. : Après ce titre de Docteur honoris causa, le Gouvernement de la République vous a élevée au rang  d’Ambassadrice des droits de la femme. Quelle sera concrètement votre mission ?

BK : Ouf ! Je remercie d’abord Mme la Ministre du Genre, enfant et famille, Chantal SAFU, qui m’a parrainé en qualité de Championne de la promotion des droits de la femme. Certes, un honneur et une marque de confiance mais surtout une lourde responsabilité pour cette Diva africaine  vis-à-vis de mes engagements personnels en tant que femme et artiste. Mon pays m’a choisi pour être vulgarisatrice du Protocole de Maputo.  A travers ma voix, j’ai désormais l’engagement de militer en faveur d’une maternité responsable  et la promotion du droit à la santé  de production.  Il s’agit de porter la voix des autres, d’être leur ambassadrice auprès de décideurs et autres acteurs sociaux en faveur des droits de la femme. A travers ma ‘‘Fondation Kanam’’, nous sommes engagés pour combattre toutes formes des discriminations liées au genre et autres abus qui en découlent. Je n’oublierai pas aussi l’Ong internationale IPAS qui travaille à la mise en application des dispositions du Protocole de Maputo. 

La Pros. : Que des engagements à caractère humanitaire et social. Est-ce que vous aurez toujours le temps pour la musique ?

BK : C’est vrai,  je suis très occupée. J’ai été candidate à la députation  nationale qui m’a pris pratiquement  beaucoup de temps. Aujourd’hui, je suis élevée comme Docteur Honoris Causa qui me prend aussi beaucoup de temps ; j’ai aussi la Fondation  Kanam qui me prend pratiquement beaucoup de temps. Mais, je n’abandonne pas la musique. D’ailleurs, je prépare un single dont la sortie est prévue à la rentrée, au mois de septembre. Souvenez-vous que je vous ai parlé de mon projet «First Lady» qui consiste à rendre hommage aux femmes artistes ayant marqué l’histoire de ce pays notamment : Lucie EYENGA, Pongo Love, Abeti Masikini.  Je prône la solidarité, l’amour, la fraternité et le respect des autres. J’ai commencé par la chanson « Lisanga ya  mbanda » où, j’ai rendu hommage à Tabu Ley qui est son auteur, en passant par Mbilia Bel. Maintenant,  je fais le remix d’une très belle chanson « Cicatrice d’amour » de Tshala Muana dont le lancement intervient pour bientôt.  Je suis en train de préparer aussi mon propre album pour la fin de l’année.  Avec mon équipe, nous continuons à travailler en coulisse pour faire rêver et apporter bonheur à notre public.  Il y a beaucoup de belles surprises.

La Pros. : Qu’est-ce que le public peut encore attendre de vous après votre spectacle légendaire au Showbuzz à Kinshasa ?

BK : Mon dernier spectacle  intitulé  « Je vous dis oui » à Showbuzz a été  une façon pour moi de donner et de montrer mon parcours musical qui est influencé par plusieurs tendances et style de musique.  J’ai commencé ma carrière musicale dans le gospel, avant d’emprunter la World musique. Il a fallu faire voir au public d’où vient Barbaba et où elle va ? Raison pour laquelle, vous avez vu cette dimension de chose. Cette fois-ci, je vous invite au festival Jazzkiff  du  au 14 au 15  juin à la Halle de la Gombe où nous allons célébrer le Congo. Vous allez découvrir une autre facette de Barbara. Contrairement aux éditions antérieures, le festival  Jazzkiff a mis, cette année, un accent particulier sur les artistes congolais qui sont ouverts à la scène internationale. Nous serons moi BARBARA, Ray LEMA et LOKWA Kanza. C’est vraiment un challenge, un défi qui est important dans la carrière d’un artiste.

Propos recueillis par Jordache DIALA