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Quand King Kester Emeneya créa ce monde des artistes à son image

Quand King Kester Emeneya créa ce monde des artistes à son image

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*«Quand nous avions créé ce monde des artistes à notre image… », déclarait, lors de ses apparitions médiatiques, le légendaire King KesterEmeneya qui regagna le lumineux Royaume des Cieux, le jeudi 13 février 2014. D’une hauteur de 2m80 et pesant 200 kilos, une imposante statue sera érigée et inaugurée à Kikwit, province du Kwilu, en l’honneur de Jean Emeneya Mubiala, le dimanche 30 juin 2019. A l’initiative du Collectif des amis de la culture pour l’émergence et avec l’appui du député provincial Papy Mitete, ce chef-d’œuvre artistique du sculpteur Kablo changera chaque année des habits, coiffure, chaussures, et posture. Des nombreux touristes auront la possibilité de contempler ce monument sous forme d’un mausolée à l’intersection du boulevard national et de l’ex-avenue de l’université débaptisée avenue King Kester. Natif de la ville de Kikwit, en République démocratique du Congo, King KesterEmeneya, Nkwamambu, était un artiste musicien pétri de talents, innovateur et multidimensionnel.

Et King Kester créa son monde

«Avec un répertoire pléthorique fait de chansons intemporelles, combinant des phrases d’exception, une présence scénique d’un magnétisme troublant, une voix timbrée à l’aigu lumineux, des danses atypiques, jamais conformistes, ni banales, le King a été un artiste au sens complet du terme. Tout se combinait en lui : des prises de paroles altières; des jeux de mots dénotant un esprit créatif hors pair; une bonté rieuse; avec un humour grinçant, ravageur, et truculent, sur fond d’un culte de la «Sape» quasi satirique, lorgnant une désinvolture aux allures de sabotage des conformismes». Ainsi, le brillant écrivain congolais, Didier Mumengi, a admirablement peint cette Super Star de la musique afro-congolaise.

Contrairement à certains de ses contemporains artistes musiciens congolais, King Kester Emeneya était une bibliothèque vivante, un personnage cultivé et intelligent, qui combattait l’obscénité dans l’art musical et qui maîtrisait parfaitement l’histoire de la musique de son immense et beau pays au cœur du continent noir. Il la connaissait par cœur. Dans ses nombreuses interviews, il analysait, décryptait et parlait, avec maestria, de précurseurs musicaux Wendo Kolosoy et Paul Kamba qui avaient, chacun, fondé les tout premiers orchestres «Victoria» sur les deux rives du majestueux fleuve Congo, du père de la musique congolaise moderne Joseph Kabasele dit Grand Kallé, du seigneur Rochereau TabuLey, du Grand Maître Franco Luambo Makiadi, du Docteur Nico Kasanda (guitariste incomparable), de Vicky Longomba, de Jeannot Bombenga, de Lutumba Simaro Masiya qui vient de rendre l’âme à Paris à l’âge de 81 ans et compagnies. Tous ces grands noms dont King KesterEmeneya était la synthèse musicale, lui avaient donné cours par correspondance, répétait-il. De son aveu propre, Gina EfongeIsekofeta, ancien de l’orchestre ZaïkoLanga-Langa, est son mentor dans le monde artistique.

En 2011, Pascal TabuLey, alias le «monument vivant», déclara : «Emeneya est mon dauphin (descendant)». Maintenant que cette Super Star vient de s’envoler telle une colombe vers les cieux, ses «jeunes frères artistes» Félix Wazekwa, Reddy Amisi, Noël Ngiama Werrason, Jean-Bedel Mpiana, Adolphe Dominguez, Alain Mpela, Ferré Gola et tant d’autres, très affectés par son décès, vont sans nul doute assurer la relève et perpétuer son savoir-faire. Par ailleurs, Emeneya se formait de manière permanente par la lecture des livres; il écrivait et parlait couramment l’Anglais, la langue de William Shakespeare.

Emeneya, le Croyant

 

«En tant que descendant d’Abraham et de Moïse, je vis selon l’Esprit avec Lequel Dieu a créé ce monde», proclamait souvent Jean Emeneya Mubiala, un Croyant au vrai sens du terme. Quand Emeneya parlait de Dieu Tout-Puissant ou de son Fils Jésus-Christ, le Sauveur de l’Humanité, il n’y avait ni églises de réveil, ni artistes musiciens dit chrétiens en RDC, alors Zaïre. Comme témoignage éloquent, sa pathétique prière introduisant le clip de la chanson «Nzila Velele» qui signifie «le Chemin du Ciel, du Paradis».

Au cours d’une émission télévisée, le présentateur avait demandé à Kester Emeneya de dire ce qu’il reprochait à Papa Wemba et Koffi Olomide. Voici sa réponse : «Ces gens-là font ce que la Bible interdit. Mais, ce sont mes frères». Emeneya n’était donc pas rancunier, il savait pardonner. Autre fait marquant : son groupe musical Victoria Eleison qui veut dire «la Victoire vient de Dieu» fut fondé la veille de la Fête de Noël, le 24 décembre 1982.

Emeneya, l’Humoriste

Artiste né, King Kester Emeneya, alias Evala Malakozi, le Grand Bachelier, MelaKampé, Muntu wa Zamani, Kwangolo Zonso, Atariwambi, MfumuMpa, Docteur Honoris Causa, etc., avait incontestablement le sens de l’humour. Il fascinait les journalistes, les animateurs audiovisuels, les chroniqueurs, les téléspectateurs et les auditeurs. Tout le monde est passé par là. Les grandes audiences que suscitaient ses passages médiatiques étaient surtout dues à ses qualités d’humoriste et à son franc-parler. Avec Evala, personne ne s’ennuyait et c’était tout le temps la bonne humeur. Selon ses dires, il avait été le premier musicien de sa génération à s’acheter une belle maison pendant que ses pairs «étaient dans des berceaux chez leurs parents».

«Emeneya avait jeté le rythme dans la rue et ses petits de Wenge Musica BCBG 4×4 l’ont ramassé à Bandal». La Super Star Werrason  a confirmé que King Kester Emeneya demeure son idole. Le célèbre JB Mpiana dit «Moto Pamba» faisait tout pour imiter sa façon de tenir le micro et l’a rejoint dans le monde de la Sape tout comme Adolphe Dominguez Tata Mobitch, Alain Mpela, Blaise Bula, Marie-Paul Kambulu et bien d’autres ont intégré sa prestigieuse école des «chanteurs deuxième voix nuancée».

Du grand humoriste King Kester Emeneya, on retiendra beaucoup d’anecdotes qui ne cesseront de nous faire éclater de rire. C’est notamment sa première rencontre avec Jules Shungu Wembadio dit Papa Wemba et Antoine Agbepa Mumba alias Koffi Olomide dans le Village Molokaï dans le quartier Matonge, commune de Kalamu. «Le Nkourou (Papa Wemba) abandonna son orchestre Viva la Musica, à quatre reprises, entre les mains du Directeur artistique Emeneya»; «le refus catégorique de musiciens de Viva la Musica de porter en triomphe le leader Jules Presley sur le «Tipoyi» (trône portable)»; «les musiciens Evoloko Joker et Benz Bozi Boziana voulaient donner l’impression de parler couramment Français, la langue de Molière. Chaque fois que ces derniers apercevaient des passants, l’un récitait, à haute et intelligible voix, «le laboureur et ses enfants», et l’autre «la cigale et la fourmi», des fables de l’illustre Jean de la Fontaine.

Emeneya, le Sapeur

«Il était comment ? Bien sapé, bien coiffé, bien parfumé, …», scandaient Kester Emeneya et son aîné Papa Wemba, les deux Rois de la Sape. Au cours de la décennie 80, le King avait participé à un documentaire sur la Sape réalisé par la chaîne de télévision britannique BBC. Cet artiste avait toujours reconnu que c’était le mythique Stervos Niarkos Ngatshie, initiateur de la fameuse «Religion Kitendi» (Religion de l’habillement), qui les avaient tous initiés dans cette Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes (Sape) créée par des Congolais de Brazzaville. Et le jour qu’il avait découvert ce phénomène Sape à Paris (France), Jean Emeneya Nkwamambu était accompagné de son ami et collègue de Viva, Jean Djuna Djanana, le père biologique du célèbre rappeur congolo-français Maître Gims (de son vrai nom Gandhi Djuna).

Cette brillante Etoile Noire casquait des sommes colossales pour se procurer des «pièces rares» : des blousons en cuir, des chaussures en croco J.M. Weston, des vestes en papiers, des jeans griffés et autres tenues confectionnées par les grands couturiers. La tenue vestimentaire fait partie de l’argumentation des célébrités. A Kinshasa, beaucoup se souviennent de sa remarquable  voiture BMW de couleur rouge Bordeaux.  A l’instar de Papa Wemba, King Kester a fait connaître au public congolais des couturiers de renom tels que Yoji Yamamoto, Kasamoto, Masatomo, Gianni Versace, … Lors de ses funérailles au Palais du Peuple, une forte délégation des Sapeurs de Brazzaville et de la diaspora congolaise lui a rendu un vibrant hommage en défilant de manière spectaculaire.

Le génie créateur Kester Emeneya qui n’appartenait plus à sa famille biologique, sa tribu, sa province, son pays, son continent, était devenu un citoyen du monde. Le stade de football situé dans sa commune de résidence, Bandalungwa, dans la ville de Kinshasa porte désormais le nom de King Kester Emeneya. Et un imposant monument à ériger en l’honneur de cet homme de grande envergure à Kikwit, sa ville natale.

Emeneya, le Musicien

«Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’années», a écrit l’illustre poète dramatique français Corneille dans son best-seller «le Cid». Dès l’âge de 17 ans (en 1973), Jean Emeneya Mubiala entame sa carrière dans Nzube Eleison puis les Anges Noirs, dans l’ex-province du Bandundu. Par la suite, il évolua dans le groupe Les Kassapards composé d’étudiants de l’Université de Lubumbashi dans le Grand Katanga.

En juin 1977, Emeneya avait intégré le groupe Viva la Musica de Papa Wemba pour le quitter cinq ans plus tard. Le 24 décembre 1982, l’orchestre Victoria Eleison des «12 Apôtres,» avec Emeneya comme leader, voyait le jour. Parmi ces talentueux artistes musiciens ayant claqué la porte de Viva la Musica pour créer Victoria Eleison, figuraient Pépé Bipoli, Debaba El Shabab, Petit Prince, Tofla Kitoko, Safro Manzangi, Joly Mubiala (jeune frère de King), Maître Pinos, Otis Koyo Ngonda, Jean Emeneya Mubiala, … Pétri de talent et plein d’initiatives, le «Professeur visiteur» Kester Emeneya avait beaucoup apporté, voire révolutionné la musique congolaise «ghettoïsée». Il avait été le premier artiste musicien d’Afrique centrale à utiliser le synthétiseur et la programmation musicale assistée par ordinateur dans son célèbre album «Nzinzi» vendu à des centaines de milliers d’exemplaires partout dans le monde.

Le King avait aussi été le premier artiste musicien à avoir pris le risque de se produire au gigantesque Stade des Martyrs de la Pentecôte à Kinshasa. Ce fut une grande réussite. Lui et son groupe avaient livré des centaines de concerts sur les cinq continents. Succès fou notamment, au Japon. Lors de son passage au pays du soleil levant, King Kester Emeneya avait créé à son image un autre Victoria Eleison composé uniquement des artistes musiciens japonais de souche.

L’entièreté de sa discographie ne comporte aucune chanson à caractère obscène. Il était à la fois auteur, compositeur et interprète d’un grand nombre de chefs-d’œuvre musicaux, de «chansons anthologiques» : «Ata Nkale»; «Ndakoyandele»; «Ngonda»; «Dikando»; «Ngabelo»; «Okosinga Mfumu»; «Sans Préavis»; «Abisina»; «Dembela»; «Surmenage»; «Sangoya Mabala Commission»; «Manhattan»; «Kimpiatu»; «Willo Mondo»; «Bénédiction»; «Kisiwu»; «Nzinzi»; «Mela Primus»; «Lusala Muan’Africa»; «Mukosa»; «Teint de Bronze»; «Livre d’Or»; «Admirable»; «Soirée dansante»; «Everybody»; «My Baby»; «Comme la rue»; «But na filet»; «Noni»; «Cigarette»; «Milonga Kwango»; «Béatrice»; «Daisy»; «Muana Mwasiya Matadi»; «Didi Kinwani»; «Kikaya»; «Reine des Fleurs»; etc. Des millions de mélomanes continuent d’attendre la sortie officielle de l’opus posthume de leur Icône, «This Is Me» («Ezanga» – inspiré du verset biblique Jean 9, 9).

En présence de son admirable et digne épouse, Florence Bandu Emeneya alias «la Reine des Fleurs», ancienne Miss Congo et ex-journaliste, de ses nombreux enfants, de sa mère (aujourd’hui décédée), et de milliers de Kinoises et Kinois, King Kester Emeneya avait été décoré, à titre posthume, de la Médaille d’Or du Mérité Civique par le Chancelier des Ordres nationaux au cours d’une cérémonie solennelle précédant l’inhumation.

La toute dernière fois qu’Emeneya Nkwamambu avait tenu le micro sur un podium (ultime prestation scénique), c’était au magnifique cadre «La Voix du Fleuve» à Mimoza dans la commune de Ngaliema (Kinshasa), dans la soirée du dimanche 24 novembre 2013. Autrement dit, le lendemain de son 57ème anniversaire de naissance. Ce soir-là, affaibli par la maladie du cœur, il n’avait pu entonner qu’une seule chanson : «Sangoya Mabala Commission». Et ce fût la fin !

Tel un grand Chef d’Etat extrêmement populaire, Emeneya avait été honoré par le peuple congolais et inhumé, le dimanche 2 mars 2014, à la Nécropole entre Terre et Ciel, dans la bourgade Est de Kinshasa, sous une fine pluie, signe de bénédiction. Adolphe Muzito, ami d’enfance de King et Premier ministre honoraire, les Gouverneurs de provinces André Kimbuta et Jean Kamisendu, ses pairs artistes et ses fidèles compagnons dont Didi Kinwani, Empereur Tshatsho Mbala, Ange Tunani, Godard Motemona, Grevy Mfutila Liyebo, Lolo Mutima, Guy Kimvula, Luxène Musengi, Joyce Lema, Thithi Levallois, Tonino Fernando, Colonel Karllewis Kinzumba Nkokila, Colonel Bruno Mupepe, Major Serge Kimweti, Christian Mambu, Maître Scanta, Conseiller James et les artistes musiciens de Victoria Eleison Dream Team Dream Band … étaient au cimetière.

«Aluta continua, Victoria e certa ! Gloire à Dieu ! Amen !», avait coutume de scander la Super Star King Kester Emeneya, une légende vivante.

James Mpunga Yende

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