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MEMORANDUM DES EVEQUES DE L’EGLISE CATHOLIQUE DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO AU MINISTRE DE L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE, SECONDAIRE ET PROFESSIONNEL

MEMORANDUM DES EVEQUES DE L’EGLISE CATHOLIQUE DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO AU MINISTRE DE L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE, SECONDAIRE ET PROFESSIONNEL

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Excellence Monsieur le Ministre,

Interpellés au plus profond de notre conscience de pasteurs d’un peuple qui ne cesse de crier sa misère et plus particulièrement d’une jeunesse dont l’avenir nous préoccupe beaucoup, nous prenons la liberté de vous adresser le présent mémorandum, expression de notre sincère compassion.

En effet, réuni en Assemblée plénière du 30 août au 10 septembre 1993, l’Episcopat de l’Eglise Catholique de la République Démocratique du Congo, devant la situation scolaire qui prévaut dans le pays, avait levé l’option qu’il considérait comme le moindre mal, celle de voir les écoles fonctionner, moyennant la contribution des parents.

Cette alternative qu’on avait crue provisoire à l’époque, a été tacitement institutionnalisée pour le plus grand malheur des parents, de leurs enfants, des enseignants et de tout notre système éducatif.

Depuis dix ans maintenant, malgré quelques aspects positifs de ce système, notamment :

  • Le désamorçage des années blanches ;
  • Le fait d’avoir évité à l’élève le vagabondage, la délinquance, la dépravation des mœurs pendant les années de grève ;
  • L’interpellation des parents dans la responsabilité qui leur incombe d’éduquer leurs enfants ;
  • Le soulagement de la misère de certains enseignants, surtout en ville et dans les grands centres.

Des voix n’ont cessé de stigmatiser le système à cause des aspects négatifs suivants :

  • La démission tacite de l’Etat devant ses responsabilités ;
  • L’essoufflement financier des parents et/ou l’incapacité des parents de continuer à prendre en charge les enseignants, car eux-mêmes pour la plupart impayés ou sans emploi ;
  • La détérioration ; voire le mépris de la condition sociale de l’enseignant ;
  • La régression du niveau de l’enseignement ;
  • La baisse d’années en années, du taux de scolarisation ;
  • La marginalisation ou la privation des enfants des familles pauvres, majoritaires dans notre pays, du droit élémentaire et sacré à l’éducation ;
  • Le favoritisme des enfants des familles riches par l’enseignement de qualité.

Etant donné la gravité de ces maux qui rongent continuellement notre système éducatif et hypothèquent ainsi lourdement l’avenir de notre jeunesse ;

Considérant que la situation salariale de l’enseignant constitue l’un des éléments moteurs pour le redressement de notre appareil éducatif ;

Attendu que presque tous les gouvernements qui se sont succédé à la tête de notre pays n’ont réalisé aucune de leurs promesses, tout en soutenant paradoxalement que l’éducation est la priorité des priorités.

Nous, Cardinal, Archevêques, Evêques et Administrateurs diocésains, réunis en Assemblée Plénière du 28 juin au 3 juillet 2004, vous informons que nous mettrons fin au système de la prime accordée aux enseignants par les parents, dans les écoles conventionnées catholiques, à dater du 31 décembre 2004 et demandons au Gouvernement de Transition que vous représentez de bien vouloir payer aux enseignants un salaire décent, équitable et régulier.

En tout état de cause, nous déclinons toute responsabilité devant les réactions que pourrait engendrer l’indifférence de l’Etat face à la présente requête.

Tout en restant ouverts au dialogue pour une éventuelle solution concertée, nous vous prions d’agréer, Excellence Monsieur  le Ministre, l’expression de notre considération.

Fait à Kinshasa, le 3 juillet 2004

Pour la Conférence Episcopale Nationale du Congo

+ L. MONSENGWO PASINYA

Archevêque de Kisangani et Président de la CENCO

C.I. A.S.E. Monsieur le Vice-président en charge de la Commission sociale et culturelle