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Ça brûle au Kongo Central : Atou Matubuana destitué !

Ça brûle au Kongo Central : Atou Matubuana destitué !

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*Le mercredi noir que d’aucuns redoutaient a vécu à Matadi. Ce 4 décembre 2019, les députés provinciaux se sont retrouvés au siège de l’hémicycle provincial pour se prononcer sur le oui ou le non de la motion de défiance déposée contre le gouverneur Atou Matubuana Nkuluki par l’Honorable André Masumbu Baya. En dépit des incidents qui ont émaillé la plénière suivie de sa délocalisation à un autre endroit, 24 députés sur les 41 viennent de destituer le chef de l’exécutif provincial du Kongo Central. Est-ce la fin d’un feuilleton ? Le dossier est suivi de très près. Et de partout.

Jamais dans son histoire, le Kongo Central n’a aussi été secoué par des querelles intestines le poussant à devenir ce théâtre des affrontements politiques et politiciennes. La goutte d’eau qui a surtout fait déborder le vase est cet incident Mimigate qui a salit la réputation de tout un peuple, provoquant des agitations et des récupérations politiciennes toujours avec des manœuvres qui visent la division des populations restées unies depuis des lustres. Les «makuku matatu » survivront-ils ou voleront finalement en éclats ?

Ces deux dernières semaines, les choses sont allées négativement ou positivement (tout dépend du camp auquel on s’appartient) très vite, trop même, dans cette province jadis considérée comme un oasis de paix. Depuis que la plénière de l’Assemblée provinciale du mercredi 27 novembre 2019 avait autorisé le gouverneur intérimaire, Marcel Matumpa, de remanier et d’opérer des profonds changements dans les services de l’Etat, 48 heures ont suffi, soit le vendredi 29 novembre 2019, pour que le vice-premier Ministre et Ministre national de l’Intérieur, Gilbert Kankonde, puisse réhabiliter, à la surprise générale de tous, le duo Atou Matubuana-Justin Luemba, court-circuitant ainsi les dispositions antérieures prises localement, lesquelles dispositions allaient, selon plusieurs analystes, calmer les esprits restés surchauffés et peut-être enfin, permettre à la province de décoller.

Malheureusement, à la diffusion de ce message officiel du VPM Kankonde, l’indignation et la déception de la population étaient à son comble. « Le pouvoir en place venait de cracher sur le peuple Kongo », clamait-t-on partout à travers les villes et villages de la province où l’information est tombée comme un cheveu dans la soupe.

Au Front Commun pour le Congo (FCC), la déclaration de son Coordonnateur national, Néhémie Mwilanya Wilondja ne s’est pas fait attendre. Le 30 décembre 2019, le regroupement politique qu’il pilote, a lui aussi suivi avec étonnement la décision du VPM réhabilitant le gouverneur et son vice-gouverneur. « Le FCC regrette cette décision prise sans tenir compte des observations pertinentes contenues dans sa déclaration du 31 août 2019. Il réitère, conformément à ses principes et à ses valeurs, sa position antérieure, vis-à-vis de ce leadership provincial qui a clairement failli sur le plan éthique et œuvrera dans le sens de doter le Kongo Central de nouveaux dirigeants pétris de valeurs républicaines et Ne Kongo éprouvées. Le FCC estime, par ailleurs, que le bien-être de nos populations ainsi que le progrès tant souhaité ne peuvent se concevoir dans le cadre d’une gouvernance exercée par défi, au niveau de certaines provinces dont le Kongo Central, et ce, au mépris des valeurs pertinentes qu’elles incarnent et des Majorités au sein des Assemblées provinciales issues des dernières élections », a-t-il prévenu.

Pour sa part, après avoir pris immédiatement ses fonctions par la tenue, le samedi 30 novembre 2019, de son tout premier conseil des ministres depuis sa réhabilitation, le gouverneur Atou Matubuana Nkuluki avait été notifié le lundi 02 décembre 2019 par le président de l’organe délibérant du Kongo Central qui l’invitant à se présenter à la séance plénière de ce mercredi 04 décembre 2019 à 11 heures pour aller présenter ses éléments de défense contre la motion de défiance déposée contre lui par l’honorable André Masumbu Baya.

Le 03 décembre 2019 à 1 heure du matin, un arrêté venait d’être lu à la RTNC/Kongo Central annonçant le réaménagement technique du gouvernement provincial qui ne compte plus que de neuf ministres. Marcel Matumpa, l’intérimaire et Anne-Marie Tsasa, la Secrétaire générale du gouvernement, épouse à l’honorable André Masumbu Baya, l’auteur de la motion de défiance contre le gouv Atou, sont limogés.  Le ministre Pierre Kabangu reprend son poste de ministre des Finances, Economie, Commerce, Industrie, PME et Artisanat. Tandis que les postes des commissaires généraux sont suspendus.

Le gouverneur a aussi abrogé tous ces arrêtés pris par l’intérimaire Marcel Matumpa notamment ceux ayant relevé le ministre des Finances de ses fonctions; nommant un DG et un DGA à la Direction générale des recettes du Kongo central; suspendant l’Administrateur du territoire de Seke-Banza; abrogeant l’arrêté nommant un chargé de mission et des experts à la DGR/KC par Atou Matubuana; créant le Fonds routier du Kongo central. La cohésion provinciale tant vantée venait de recevoir de nouveau, un coup dur.  S’agissaitt-il là d’un règlement de comptes ? Se demandait-on. Mais selon le chef de l’exécutif provincial réhabilité, son intérimaire aurait outrepassé ses prérogatives.

Au sein du bureau de l’Assemblée provinciale par contre, les violons étaient loin de s’accorder. Une lettre avait été adressée lundi 02 décembre 2019 au président Matusila par trois de ses collègues du bureau. Ces derniers fustigent son initiative unilatérale d’avoir notifié le gouverneur Atou Matubuana d’une motion de défiance initiée à son encontre sans que d’autres membres du bureau ne soient informés. Ceux-ci accusent Matusila de violations flagrantes et répétées du Règlement intérieur régissant leur organe délibérant.

Ils se disent  “étonnés” de cette attitude qu’ils qualifient de “précipitation” du président de l’Assemblée provinciale de contourner d’autres membres du bureau. “Cette précipitation de votre part consistant avec mépris de contourner d’autres membres du bureau, pourtant,  majoritaires, sur une question éminemment importante concernant l’avenir de toute la province, constitue une faute lourde, en ce qu’elle viole les prescrits de l’article 28 de notre Règlement intérieur, chose qui vous est constamment reprochée“, regrettent-ils.

Réagissant à cette correspondance, le président de l’Assemblée provinciale du Kongo central a contredit ses collègues membres du bureau parce que, dit-il, à la réunion du bureau qu’il avait tenu le même lundi 2 décembre,  il avait pris soin de porter à leur connaissance la teneur de cette motion de défiance. Il ajoute en disant que compte tenu de l’urgence de la question, cela ne peut constituer une faute lourde aux regards des prescrits de l’article 184 du règlement intérieur de l’Assemblée provinciale qui formule clairement que le dépôt d’une motion de censure ou de défiance est constatée par sa remise par ses signataires au président de l’Assemblée provinciale.

Le président Matusila estime donc être en droit d’affirmer que la compétence d’assurer une mission générale de direction et de représentation de l’Assemblée provinciale prévue par l’article 30 alinéa 1 du règlement intérieur lui est dévolue en sa qualité de président de l’Assemblée provinciale. C’est dans ses attributions prévues à l’article 30  notamment,  au point 21, lequel article lui donne compétence d’assurer la liaison entre l’Assemblée provinciale et les autres institutions.

La tension est restée vive à la plénière de ce mercredi, jour où devait être examinée la motion de défiance contre le gouverneur Atou Matubuana, présent dans la salle de l’hémicycle provincial. Cette plénière qui devait être interrompue suite au message du vice-premier Ministre et Ministre de l’Intérieur, Gilbert Kankonde convoquant tous les membres du bureau de l’Assemblée Provinciale à Kinshasa, a été tout de même poursuivie sur demande du président pour que soit épuisé  l’ordre du jour.

De quoi nous réserve l’avenir cette province au vu de turbulences politiques et politiciennes qu’elle subit ? A quand son redécollage tant attendu par son peuple ? La réponse à toutes ces questions est pour bientôt lorsqu’on sait que les ténèbres ne règneront pas pour toujours,  comme le réaffirme  si bien  les Saintes écritures.

Charles Nguvulu