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Quelles perspectives économiques pour le développement de la RDC ?

Quelles perspectives économiques pour le développement de la RDC ?

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Très souvent, il n’a pas l’habitude de s’exprimer dans les médias. Ses prises de paroles sont bien réglementées et il est parmi les rares personnalités politiques à être respectés par toutes les tendances politiques. Pourtant, il maîtrise mieux l’économie congolaise et la nature ne lui a pas permis de mettre totalement en œuvre sa connaissance pour la nation. Evariste Mabi Mulumba a toute fois, à plusieurs occasions,  partagé sa connaissance de l’économie congolaise. Dans la discrétion, il a aussi été l’un des grands artisans de la réforme du nouveau code minier. Malgré les pressions des géants miniers lors de l’examen de ce nouveau code au sénat, Mabi Mulumba a su tenir tête en apportant des chiffres pour ses intellocuteurs. Rdc26.com est tombé sur l’une des  ses réflexions sur les pistes de solutions pour le développement de la RDC. Analyse qu’on peut retrouver dans la revue « Congo-Afrique » éditée par le Centre d’Etude d’Action Sociale  CEPAS dans son numéro 538. Nous commençons par le premier point.

Analyse :

Introduction

Il faut avant tout relever que depuis le démarrage du processus démocratique, la RD Congo manifeste une ferme volonté d’accéder à un développement intégré dans un processus auto-entretenu, notamment la volonté d’accéder au Club des économies émergentes d’ici 2030. Malgré l’abondance de ses richesses potentielles, la RD Congo vit le paradoxe d’un pays extrêmement riche en ressources naturelles dont les populations vivent dans l’extrême pauvreté :

  • Un revenu par habitant de 500 dollars américains en 2018 ;
  • Un taux de pauvreté de 71%.

La richesse potentielle a été ainsi évaluée dans le livre de Léonide Mupepele. En ce qui concerne les ressources minérales, ce livre renseigne que la RD Congo détient le premier rang mondial pour le Cobalt avec les ¾ des réserves mondiales, le premier rang mondial pour le diamant industriel (80%), la 3e réserve mondiale de Fer, le 3e rang mondial pour le Pyrochlore, le4e rang mondial pour le Cuivre, le 5e rang pour le Coltan et le 8e rang pour la Cassitérite.

Cette situation relève d’un paradoxe quand on rapproche ce scandale géologique à l’extrême pauvreté de la population congolaise. La persistance de ce contraste est d’autant plus inexplicable quand il est établi que les nombreux gisements de minerais à haute teneur et leur faible coût d’exploitation attirent les entreprises minières du monde entier vers la RD Congo. En outre, le coût d’exploitation du secteur minier en RD Congo a l’avantage d’être plus faible que dans les autres pays, comme l’Afrique du Sud, riches en minerais.

          En prenant en compte l’écologie planétaire, grâce à l’importance de sa forêt, la deuxième du monde tropical, la RD Congo représente un enjeu mondial majeur dans la lutte contre les émissions de gaz à effets de serre. La déforestation évitée, les Paiements pour Services Environnementaux (PSE) et les mécanismes de Réduction des Emissions dues à la Déforestation et à la Dégradation (REDD) érigent la forêt en bien mondial, en puits de carbone, et plus prosaïquement, en nouvelle rente en faveur de la RD Congo.

  1. Etat des lieux sur la politique économique du Gouvernement

Depuis 2002, la RD Congo a mis en œuvre un programme économique comportant deux volets : des mesures d’assainissement budgétaire et monétaire devant stabiliser le cadre macroéconomique d’une part, et d’autre part, des réformes structurelles devant relancer les investissements et la production.

  1. Les résultats des programmes de stabilisation

Le premier résultat a été la stabilisation remarquable des prix et du change accompagnée d’une succession de taux de croissance positifs sur une période de plus de dix ans. D’où un grand contraste avec la décennie allant de 1990 à 2001 où l’on a connu des taux d’inflation avoisinant 10.000% en 1994 et une succession de taux de croissance négatifs.

Le second résultat a été l’achèvement satisfaisant de la première revue du programme économique du gouvernement signé le 11 décembre 2009, appuyé par la Facilité Elargie de Crédit (FEC) du FMI. Ce qui a permis à la RD Congo d’atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE renforcée le 30 juin (pour le FMI) et le 1er juillet 2010 (pour la Banque Mondiale) et de bénéficier de l’initiative d’Allègement de la Dette Multilatérale (IADM), avec un important effacement de la dette  de 12,5 milliards de dollars américains. Ainsi, un des goulots d’étranglement majeur dans le financement du développement du pays a pu être aplani.

Il nous faut à ce niveau dissiper un malentendu concernant les économies réalisées au point d’achèvement, une part importante de la dette ayant été effacée, il est recommandé que les économies réalisées soient déployées en faveur des dépenses pro-pauvres (éducation, santé, infrastructures). Ces économies n’existent pas, la RD Congo, avec l’accord des créanciers, ne remboursait pas sa dette envers le Club de Paris (dont la dette s’élevait à 6,7 milliards de dollars).

 

  1. Les réformes structurelles pour favoriser les investissements

C’est dans ce cadre qu’il a fallu clarifier les législations susceptibles d’assurer la sécurité juridique et judiciaire. Il a été notamment promulgué un nouveau code d’investissement, un code minier, un code forestier, un nouveau code du travail. Le résultat spectaculaire des retombées de la promulgation du code minier a été la relance du secteur minier perceptible, notamment dans la province du Katanga et l’affluence des investisseurs internationaux. La production minière a connu une augmentation notable surtout pour ce qui est du Cuivre et du Cobalt, à la lecture des statistiques ci-après :

Evolution de la production du Cuivre et du Cobalt en tonnes

  2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Cuivre 37.845 26.311 16.359 18.995 26.389 99.121 235.742 335.066 309.181
Cobalt 11.637 11.865 7.341 8.851 8.234 15.384 41.464 42.461 56.258

 

  2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017
Cuivre 497.537 499.198 619.942 922.016 1.030.129 1.039.007 1.023.687 1.094.638
Cobalt 97.693 99.475 86.433 76.517 74.912 83.529 68.822 82.461

 

Source : BCC, Rapport Annuel 2017.

 

Cependant, selon les experts de la Banque Mondiale, la contribution du secteur au PIB, aux recettes de l’Etat et à l’emploi formel reste limitée. Les mêmes experts affirment que la fiscalité du secteur minier correspond aux normes internationales, mais le taux de recouvrement fiscal reste à améliorer. Si les bénéfices générés par les groupes industriels présents dans le pays sont difficiles à estimer, l’écart entre la valeur ajoutée domestique et la valeur ajoutée internationale dans ce secteur, reste significatif. Le décalage entre les revenus générés par l’exploitation des ressources naturelles, les recettes de l’Etat, le développement de liens économiques domestiques et la redistribution vers les programmes sociaux et contribuant à une réduction de la pauvreté risque de s’accroître si une meilleure gouvernance du secteur n’est pas assurée.

Ce seul constat explique pourquoi des taux de croissance économique élevés enregistrés par la RD Congo ne se ressentent pas sur le plan social. Les performances de l’économie congolaise suite aux investissements dans le secteur minier se manifestent dans les recettes d’exportation du pays qui sont passées de 1,368 en 2005 à 9,471 milliards en 2011 et 11,468 en 2017.

 

Evolution des recettes d’exportations de la RD Congo de 2005 à 2017 en millions de USD

 

 

  2005 2006 2007 2008 2009 2010
Exportations 1.368,5 1.586,7 2.600,0 6.869,8 4.371,0 8.477,9

 

2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017
9.471,9 8.871,5 11201,4 11706,4 10.083,8 8736,2 11.468,4

 

Toutefois, quand on analyse la balance commerciale du pays, on se rend compte que l’économie du pays reste fragile, car reposant sur les matières de base dont les prix sont volatiles. En 2009, 2010, 2011, 2012 et 2017, 98% des recettes d’exportations proviennent de quatre produits (le cuivre, le cobalt, le pétrole et l’Or), alors que les produits agricoles et industriels ne représentent respectivement que 1,3 et 0,4% en 2011, et 0,6 en 2017.

Cette situation contraste avec celle connue en 1959, où les produits miniers rapportaient 57,2% des recettes en devises du pays et les produits agricoles 42,8%. La croissance du secteur extractif n’a cependant pas généré des recettes importantes pour le développement, ni une forte augmentation des réserves étrangères :

« Il est anormal qu’un pays dont les exportations de pétrole et de minerais se sont élevées à 48,5 milliards de dollars pendant le super-cycle de la production minière industrielle (2010-2014) paye 9,9 milliards pour rémunérer les investisseurs, reçoivent 6,9 milliards de recettes et se retrouve dans une situation de quasi crise avec une baisse des réserves et des recettes insuffisantes. Cela démontre que le choix de recourir à des industries multinationales exerçant dans le secteur formel n’a pas produit les retombées escomptées pour l’Etat. Cela tient aux limites du Code Minier, l’incapacité de l’Administration de faire appliquer les dispositions du Code et à recouvrer des recettes auprès des différents producteurs et aux faiblesses institutionnelles qui laissent le secteur et sa rente être captés par des intérêts privés. Il faut remédier à tous ces aspects pour accroître la résilience de l’économie de la RDC»[2].

Nous avons ici l’explication d’une croissance qui ne profite pas à la population et au pays : une croissance non inclusive. C’est un constat fait de l’application de ce Code Minier qui a été révisé depuis mars 2018.

[1] Léonide MUPEPELE, L’industrie minérale congolaise : Chiffres et défis, Paris, L’Harmattan, 2012.

[2] Banque Mondiale, Révision du Code Minier – Examen, Observations et Analyse Comparative, avril 2016, p.13. Il s’agit du Code Minier de juillet 2002.

Evariste  Mabi Mulumba

Source : « Congo-Afrique » éditée par le Centre d’Etude d’Action Sociale  CEPAS dans son numéro 538