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Système coopératif et promotion d’une classe moyenne en Afrique subsaharienne

Système coopératif et promotion d’une classe moyenne en Afrique subsaharienne

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*En luttant pour l’indépendance de l’Afrique, nos ancêtres désiraient conquérir leur autonomie non seulement sur le plan politique, mais surtout sur le plan économique.  Pour eux, l’Afrique devrait être libérée du cartel monopoliste colonial qui soumettait les peuples au travail forcé et mal rémunéré, aux cultures obligatoires, à la confiscation des terres, à la déportation et autres pratiques oppressives.

  1. Conquête de l’indépendance économique

Lors de l’accession de leurs pays à l’indépendance, les Africains rêvaient de reprendre la possession de leurs meilleures terres, de créer des unités autogérées pour les cultiver, suivant la tradition communautariste millénaire.

Considérant leurs aspirations, la vision des pionniers de l’indépendance pouvait être structurée suivant le modèle d’une république au sein de laquelle l’autonomie économique ou la « démocratisation des structures socioéconomiques » serait la résultante de la décentralisation politico-administrative.

Cela ne pouvait être possible qu’en créant des entreprises coopératives,  gérées par eux-mêmes, en vue de satisfaire prioritairement  leurs besoins existentiels, et ce, dans toutes les branches de l’économie.  Dans cette optique, la Constitution de la RDC garantit les droits économiques et encourage l’exercice du petit commerce par les Congolais (article 35 alinéa 2). Tandis que l’activité de sous-traitance est réservée aux entreprises à capitaux congolais (Loi n° 17/001 du 08 février 2017 fixant les règles applicables à la sous-traitance dans le secteur privé).

Au lieu de rééditer l’expérience malheureuse des « nationalisations » ou décréter la création d’une classe d’entrepreneurs ex nihilo, les Africains pouvaient utilement prendre en main les activités économiques nationales en constituant des sociétés coopératives viables et solides, avec l’apport de nouvelles techniques managériales et d’audit.

  1. Système coopératif africain

Par essence, le système coopératif permet de moderniser et de professionnaliser les secteurs informel et rural, en y apportant les réformes managériales.En fait, les coopératives sont des institutions de solidarité et donc, des  plates-formes dans lesquelles les citoyens à la base peuvent monter des projets socio-économiques avec très peu de moyens financiers, pour répondre à leurs besoins prioritaires dans les domaines de l’agriculture, l’approvisionnement en denrées alimentaires, eau et énergie, logement, transport, santé, éducation, sport, culture etc…

En outre, les assemblées coopératives soulèvent naturellement les questions socio-économiques et explorent les solutions idoines qui enrichissent la culture et l’expertise des populations.  A cet égard, Raymond W. Miller de l’Institut Américain de Coopération affirme que le coopératisme est un professeur à l’école de la démocratie. Il s’investit tellement dans la défense des libertés qu’il garantit aux coopérateurs, par son principe de la porte ouverte, la liberté d’adhérer et de se retirer à tout moment. Bien plus, il ne tolère  parmi ses membres quelques discriminations que ce soit d’ordre politique, social, ethnique, tribal, racial, religieux ou autre.

C’est en contribuant à l’augmentation du rendement agricole à l’hectare et en contractualisant le marché agricole des produits vivriers, que le mouvement coopératif inciterait la majorité des Africains à opérer leur mutation vers la modernité.  L’accroissement consécutif du revenu permettrait de développer les coopératives d’épargne qui financeront les investissements dans les autres branches de l’économie nationale, notamment dans le monde rural.  Assurément, la trilogie de la diversification de l’économie serait : « éducation coopérative, coopération agricole et financiarisation rurale ».

  1. Programme coopératif de développement économique

A la vérité, l’Afrique n’a pas acquis son indépendance pour confier de nouveau ses terres et ses mines aux sociétés transnationales, qui ont le loisir de les exploiter en soumettant la main-d’œuvre locale à la corvée mal rémunérée.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, tant que les structures socioéconomiques héritées de l’époque coloniale seront reconduites, et que l’économie sera essentiellement orientée vers l’exportation des matières premières, les profits générés par les activités économiques seront globalement transférés à la métropole.

Sans réforme fondamentale des structures économiques de quasi-subsistance, la démocratie et l’Etat de droit resteront une asymptote.  De fait, les structures dualistes et extraverties ne suggèrent que les régimes autocratiques et totalitaires.  D’autant plus qu’exclus de la sphère de gestion des secteurs les plus profitables de leur économie, l’immense majorité des citoyens ont tendance à se retrancher dans leurs espaces tribaux où, malheureusement, la démocratie, ni les libertés ne peuvent être défendues.

Il va sans dire que l’incapacité à donner une assise solide au développement a exacerbé les conflits sociaux, l’appétit des puissances étrangères et  l’instabilité politique  (Leipziger D. et ali 2006).

A tout prendre, l’amélioration de la gouvernance reste la condition sine qua non de la prospérité des nations.  Cela ne peut se réaliser que par la lutte contre la corruption au travers d’une nouvelle plate-forme de dialogue entre les gouvernants, les citoyens et les entreprises, pour abolir le système politique dirigiste basé sur la grande corruption et la captation de l’Etat par les hommes du sérail. Un consensus national devrait être dégagé autour de la méritocratie et la sélection rigoureuse des politiques, le relèvement de la moralité publique, la réforme du système électoral en vue de proscrire la marchandisation des suffrages…

Dans la foulée des réformes,  le système coopératif pourra permettre l’éclosion d’une classe moyenne de vrais entrepreneurs, en modernisant et professionnalisant les secteurs informel et rural, et, qui mieux est, en arrêtant le gaspillage des ressources par les PME, qui souvent naissent et disparaissent aussitôt, faute d’études de faisabilité et de rigueur managériale.

Dans le droit fil de la doctrine coopérative, les populations peuvent édifier une économie autocentrée, en intégrant horizontalement et verticalement les sociétés coopératives, tant à l’échelon local, provincial, national que régional. Ce sera la base d’un nouveau partenariat entre l’Etat, les provinces et ETD, les investisseurs internationaux, les organismes multilatéraux et les populations locales, dans un nouveau pacte pour la croissance et l’emploi.

Ainsi, l’on pourra décentraliser les entreprises publiques dans les secteurs de l’énergie, eau, voirie et assainissement, en créant des filiales dans l’arrière-pays, en joint-venture avec les provinces, les ETD, les unions et fédérations coopératives.  Les entreprises publiques transformées en holdings s’occuperont de la production, tandis que les filiales mixtes se chargeront de la distribution dans les circonscriptions territoriales.

  1. Promotion de la classe moyenne africaine

Les gouvernements africains devraient tirer parti de l’afflux actuel des investisseurs internationaux, qui traduisent un environnement international favorable à l’Afrique, désormais reconnue comme le « continent stratégique ».

Cependant, nul ne peut oublier que le monde est entré dans une guerre économique et dans un cycle de criminalité intense. Faute d’adopter des réformes socioéconomiques et politiques vigoureuses,  l’Afrique risque d’être envahie par la horde de faux investisseurs qui s’acharnent à faire main-basse sur ses ressources comme en 1885.

En effet, la criminalité transnationale évolue à un rythme effrayant.  D’après un rapport publié en 2017 par l’organisation Global Financial Integrity (Washington), le chiffre d’affaires annuel de onze des principaux marchés illicites serait compris entre 1.600 et 2.200 milliards de dollars.  Il s’agit entre autres  de la vente de la drogue, de l’extraction minière illégale, du vol des minéraux et biens culturels, de l’abattage illégal des forêts…

Au lieu d’idéaliser un système d’exonérations fiscales et de concessions tarifaires réservées aux sociétés transnationales, la réforme de bon aloi serait la refonte du système fiscal (suppression de 80 % de taxes non rentables) pour alléger les charges d’exploitation des PME nationales, dans le but de vivifier l’esprit d’entreprise et l’autonomisation des populations rurales.

A l’instar des pays d’Asie, les Etats africains se doivent d’améliorer le système éducatif en vue de se doter d’un capital scientifique, permettant de bâtir une économie privilégiant les intérêts nationaux.  Les institutions universitaires devraient vulgariser le système coopératif et constituer des centres de recherche, afin de jouer leur rôle d’incubateurs d’entreprises coopératives.  Avec leur apport, les populations pourront se regrouper dans des sociétés coopératives pour mener des projets d’investissement plus productifs, plus rentables, mieux gérés et sécurisés, sous tous les rapports.

Il serait donc temps d’élever les principes coopératifs dans la gouvernance des pays africains.  Les valeurs de solidarité, entraide, démocratie, fédéralisme, équité, probité, effort productif que prône  la doctrine coopérative sont indispensables  aux fins de transformer radicalement les structures économiques héritées de l’époque coloniale, et d’exploiter tout le potentiel économique de l’Afrique, particulièrement les chaînes des valeurs dans les milieux ruraux.

  1. Code éthique du développement économique

« L’union fait la force », telle est la devise coopérative et le credo des peuples suisse, israéliens et danois, qui ont puisé dans la doctrine coopérative les ressources pour instaurer un système d’autogestion de principales branches de leur économie nationale, et développer le savoir-faire scientifique et le courage de surmonter ensemble n’importe quelle difficulté.  Particulièrement, les kibboutz israéliens étaient inspirés de la vie des apôtres de Jésus-Christ qui menèrent une existence communautaire, rattachée à la parole de Dieu (Actes 4 : 32-35).

Vivement, la réforme coopérative suscitera l’avènement, en Afrique, de l’Etat de droit, efficacement décentralisé, relevant la moralité publique, cultivant le patrimoine scientifique qui amènera les Africains à contrôler  leur économie nationale respective, en bannissant les discriminations ethniques, tribales, politiques ou religieuses.

De ce point de vue, il faudrait une révolution spirituelle au sein des institutions et dans chaque nation.  L’évangile de Jésus-Christ peut alors constituer une voie de sortie de crise, en instruisant les peuples à rechercher les valeurs morales transcendantes qui constituent le code déontologique du développement socio-économique, pour une vision clairvoyante de la nouvelle donne économique (2 Chroniques 7 : 14, Deutéronome 28 : 12-14 et Malachie 3 : 10-18).

Albert Lutete  Mvuemba

Expert Economiste Indépendant