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66 ans, le guitariste Pépé Manuaku regagne l’Angola, son pays d’origine

66 ans, le guitariste Pépé Manuaku regagne l’Angola, son pays d’origine

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Malgré ses brouilles avec  Nyoka Longo,  Président-gérant  du  groupe Zaiko Langa Langa,  Pépé Felly MANUAKU WAKU restera une légende dans l’histoire de la musique congolaise. Magicien de la guitare, ce  virtuose soliste est une référence d’un clan, mieux de toutes  les  générations.  Hélas ! 60  ans après l’indépendance de la RDC, pays qui l’a vu grandir et l’a façonné, cet artiste a jugé bon de retrouver l’Angola,  pays de ses ancêtres. Donc, il ne servira plus le Congo-Kinshasa  comme avant. Au cours de son passage à  Luanda, MANUAKU qui a révélé ses souches  angolaises, envisage désormais de s’installer en Angola.  Le patron de Grand Zaiko Wawa a déjà un projet de construire une école de musiques à Mbanza  Kongo dans le but de promouvoir les talents angolais  et surtout revaloriser la culture angolaise, avait-il précisé lors d’un entretien avec la presse.

Quelles sont les  raisons de votre séjour à Luanda, en Angola, votre pays d’origine ?

PEPE FELIX MANUAKU : D’emblée, je suis natif de Sera di Kanda.  Pour moi, je suis rentré dans mon pays. C’est  un pèlerinage. C’est l’exorcisme qui se fait là, en commençant par traiter mes papiers d’identité. Sachez que j’ai déjà reçu mon bilhette. Je continue à présent les démarches jusqu’à obtenir mon passeport en tant que citoyen angolais. Ceci va me permettre à revenir à chaque fois en Angola sans les formalités des visas,  des prises en charge ou des invitations… Je ne veux plus de ça.

Quelle a été votre place dans la fondation de Zaiko Langa Langa, orchestre  mythique congolais qui a soufflé sur ses 50 bougies l’année dernière ?

PFM : Ma place sur la création de Zaiko Langa Langa  n’a pas d’importance.  Mais, puisque vous  insistez sur la question, je vais quand même la préciser pour certains lecteurs parce qu’il s’agit aussi de l’histoire. Le premier musicien qui était à la base de la création de cet orchestre est bel et bien moi la personne qui vous parle. Donc, Pedro MANUAKU Félixa WAKU… Le deuxième musicien à se joindre à moi s’appelle Jules SHUNGU WEMBADIO alias Papa Wemba qui est venu donner corps et vie à ce projet qui va devenir à ce jour un groupe mythique en Afrique noire. Ainsi de suite, jusqu’à être rejoint par notre frère et ami Nyoka Longo.

Parlez-nous du secret de votre touche endiablée de la guitare ?

 PFM : J’avais eu la chance de naître avec une certaine malformation au niveau des mains. J’étais né avec les  doigts tordus. C’est  ma mère qui me redressait les doigts jusqu’à donner le résultat que nous avons aujourd’hui dans ma carrière. D’abord, j’avoue que   ces doigts tordus m’ont donné une facilité de mieux  plaquer certains accords que les gens qui ont des doigts justes, normaux, auront de la peine dans leur façon de gratter la guitare. Deuxièmement, j’ai aussi beaucoup  écouté les ‘‘Maîtres’’ : Docteur Nico Kassanda et Franco. Ces légendes constituent les deux premières  écoles qui existaient dans la Rumba.  J’avais également écouté mon grand père Manuel Dolivera.  On n’en parle pas trop souvent mais le premier orchestre qui a  existé en RDC, à Léopoldville (Kinshasa), à l’époque s’appelle : San Salvador. Avant, il n’y avait pas d’orchestre, si ce n’est des griots avec des musiciens qui jouaient à la guitare en chantant directement. Le premier concert auquel j’ai eu le privilège d’assister dans ma vie était avec le groupe San Salvador. Et, partant de-là, je commençais à m’imprégner déjà de quelques  vibrations sonores. Ainsi,  j’ai réussi à me démarquer en fusionnant les deux écoles de Franco et Nico jusqu’à créer la voie du milieu qu’on appelle aujourd’hui le style Zaiko, le style Pepe Felly, le style soukous, Coupé-décalé…

Vers les années 80 alors que l’orchestre avait atteint son apogée, vous avez décidé de quitter le bateau de  Zaiko pour former le Grand Zaiko WAWA. Est-ce que cette option était vraiment la meilleure décision pour poursuivre votre vie artistique en solo ?

PFM : Je pense que chaque chose qui nous arrive dans la vie a un prix. C’était un plan prévu comme ça.  N’eût été la création de Grand Zaiko Wawa, je crois que les artistes comme Défao, Chimita et les autres n’allaient pas trouver la possibilité de pouvoir être  sous le coup des projecteurs et se faire connaître comme aussi des vedettes qui ont apporté un plus dans  cette musique  au grand public.  Chaque chose a ses raisons. Personnellement, mon départ dans Zaiko m’a permis d’expérimenter une autre forme de musique et surtout de bien introduire l’instrument qu’on appelle le synthétiseur. J’avais, un peu, commencé dans Zaiko Langa Langa mais c’était timide. C’est dans le Grand Zaiko Wawa que j’ai eu la facilité de l’incorporer et de sortir des jeunes talents qui ont fait aussi de belles prestations et ont apporté quelque chose dans la musique congolaise. Grace à cela, j’ai approfondie aussi mes expériences jusqu’à devenir un professeur visiteur dans une université de la planète.

Quels sont vos projets artistiques en Angola ?

PFM : J’ai eu à la bénédiction de parler de mon projet à l’administrateur du territoire de Mbanza Kongo. Il m’a offert un cadre à la Bibliothèque Municipale Kimpa Vita qui va abriter l’école de musique que je vais installer à Mbanza Kongo. Et cela, en attendant qu’un terrain me   soit octroyé et que je puisse construire une école sur cet espace.  Mon but est de transmettre la connaissance et de créer les structures qui permettront à ceux qui aspirent à faire le métier de musique de l’apprendre avec les normes qu’il faut. Et, surtout de revaloriser aussi nos instruments traditionnels, de reconstituer les ‘‘masikulu’’. Etudier tous ces instruments et  former les luthiers  qui vont se mettre à fabriquer  ces instruments traditionnels en parallèle avec les instruments modernes.  L’idéal est d’arriver à moderniser  nos bases  culturelles. Je pense qu’un peuple sans culture, c’est un peuple appelé à disparaître. Le moment est venu de faire une mise à jour de notre culture et préparer les structures qui  vont nous permettre de faire la transmission. On doit faire le relai avec la génération actuelle.  Qu’elle sache ce qui a eu avant et ce qui a maintenant et puis qu’est-ce qu’il faut préserver pour le lendemain.  C’est très important !

Avez-vous un message particulier à adresser au peuple angolais ?

PFM : Premièrement, je remercie  nos autorités de l’accueil. J’étais très bien accueilli partout où je suis passé à Kuimba, à Mbanza Kongo, à Luanda. Les autorités de l’Angola, mon pays, m’ont reçu à bras ouverts. Je remercie aussi mes frères et sœurs angolais. Je me suis retrouvé vraiment dans les bains qu’il me faut.

Propos retransmis par Jordache Diala