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La communauté scientifique africaine face à la crise sanitaire et économique liée à la pandémie de COVID-19

La communauté scientifique africaine face à la crise sanitaire et économique liée à la pandémie de COVID-19

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(Par Albert Lutete Mvuemba, Expert  Economiste Indépendant)

  1. COVID-19 et crise économique

Depuis décembre 2019, la virulence du nouveau coronavirus a plongé le monde dans une pandémie  qui augure de graves conséquences sur le plan économique.  Les haruspices se perdent en conjectures concernant la riposte sanitaire et le plan de mitigation de la crise économique.  Selon toute apparence, le recours massif à la planche à billets par les gouvernements des pays industrialisés présage une prochaine période d’instabilité monétaire, avec l’accroissement significatif des déficits budgétaires et extérieurs, l’hyperinflation, le chômage et la contraction de principales économies.

Au moment où l’horizon se bouche, les populations sont suspendues aux lèvres des scientifiques qui promettent un remède et un vaccin, malgré la guerre de protocoles thérapeutiques observée sur la scène internationale.

A part la mise sur le marché du COVID ORGANICS  malgache, la contribution des Africains au succès de la riposte à la pandémie de COVID-19 reste marginale.

Plus que jamais, la question de la gouvernance publique soulève aujourd’hui une vive controverse en Afrique.

D’aucuns se demandent comment l’Afrique peut réorganiser  ses universités, centres et laboratoires de recherche afin de se prémunir contre les futures crises sanitaires et économiques.

  1. Soutien à la communauté scientifique

Ce qui différencie les pays qui réussissent de ceux qui régressent est l’existence d’un processus permanent d’apprentissage qui permet aux entreprises, aux secteurs et, en définitive, à l’ensemble du pays de réaliser pleinement son potentiel. D’où, l’obligation des pouvoirs publics de bâtir prioritairement un système éducatif efficace et assez innovant pour faciliter le développement de la nation.  Promouvoir une « société d’apprentissage », telle est la nouvelle perspective quant à la manière dont l’Etat peut stimuler la croissance et le bien-être (Stiglitz J.E. et ali, 2014).

Il y a donc nécessité de soutenir la communauté scientifique en vue d’une large diffusion des connaissances scientifiques et technologiques dans une « nation éclairée » (learning society).

Ainsi, la réforme sociale induirait l’utilisation optimale du potentiel local pour le renforcement de la gouvernance, la démocratie, la redevabilité des gestionnaires, la pertinence de programmes d’actions, la sublimation de l’esprit d’entreprise, et par-dessus tout, le bien-être général.  Toute l’intelligentsia devrait s’empêtrer dans la recherche scientifique aux fins d’apporter aux gouvernants et aux entrepreneurs les innovations managerielles et techniques.

En effet, l’aptitude des gouvernants à mobiliser les chercheurs scientifiques, les techniciens et les artistes dans de vastes programmes de développement des institutions sociopolitiques, ainsi que des infrastructures socio-économiques et militaires, explique, pour une large part, le rayonnement de l’Egypte pharaonique, du Royaume de Kouch, de la civilisation d’Axoum, des cités grecques antiques, de l’Empire  romain, de l’Europe occidentale, de l’Union soviétique, des USA et de la Chine émergente (Lutete A. 2019).

  1. Communauté scientifique et développement économique

De nos jours,  il est loisible aux pays du tiers-monde d’accéder aux connaissances scientifiques mondialement disponibles, à l’effet de renforcer leur capacité d’innovation et leur productivité.

En effet, la concurrence croissante sur les marchés mondiaux a été un moteur d’innovation et de diffusion technologique, à telle enseigne que la Corée et la Chine ont rejoint le groupe de cinq pays les plus innovateurs du G-5 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France et Royaume-Uni).    L’édification d’un système éducatif idoine a permis à leurs citoyens de cultiver le management moderne, et pareillement,  de mieux comprendre et appliquer les technologies de pointe.

Selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques, la Chine a multiplié par neuf ses dépenses de recherche et développement depuis le début des années 2000, ce qui les porte à 375 milliards de dollars.  Elle n’est plus devancée dans ce domaine que par les Etats-Unis (450 milliards de dollars), et dépasse nettement le Japon (150 milliards de dollars). (Eugster J. et alii 2018).

En vérité, le développement en Occident n’a jamais été une génération spontanée, mais la résultante d’un apport intellectuel des économistes classiques (Adam Smith, David Ricardo….) qui ont assuré le triomphe du capitalisme (1870-1914) ; les néoclassiques dont les plus célèbres sont Léon Walras, Alfred Marshall, Friedrich von Hayek, Arhur Pigou, Joseph Shumpeter qui adoptèrent la formalisation mathématique.

Face à la crise de 1929, la révolution inspirée par John Maynard Keynes enclencha les décennies de prospérité (les trente glorieuses), prolongée par le corpus théorique édifié par l’école de la synthèse néoclassique (Samuelson),  la contre-révolution monétariste (Milton Friedman), les nouveaux classiques (Robert Lucas), les économistes de l’offre (Arthur Laffer) à l’origine de la politique fiscale mise en œuvre sous l’administration Reagan…

  1. Urgence du développement de la communauté scientifique africaine.

Force est de constater que 60 ans après les indépendances, l’Afrique ne se préoccupe pas de l’éclosion des savants et start-up qui lui permettraient de se mettre en ordre de bataille en perspective d’une victoire économique, militaire et stratégique sur l’échiquier international.

L’édification d’une « société scientifique » en Afrique a été un four complet.  Où est notre Panthéon, notre conseil scientifique national, notre académie des sciences, notre Silicon Valley ?  Où sont nos centres de recherche, nos laboratoires, institutions d’intelligence et stratégie économiques, nos vulgarisateurs agronomes, médecins de campagne  et centres de santé, producteurs culturels et maisons d’édition, nos fédérations coopératives et incubateurs des PME ?

Devant les menaces de guerre commerciales, monétaire et bactériologique, l’Afrique devrait s’armer et développer son propre background scientifique et technique pour se protéger contre les chocs exogènes.

Les gouvernements africains se doivent de protéger leurs populations parce qu’à l’évidence, aucune disposition du droit international ne peut assurer leur sécurité devant l’avidité de l’aristocratie financière internationale.

Cela nécessite la réforme politique  à la japonaise afin de sélectionner les meilleurs diplômés des universités dans la Fonction publique, et, à l’échelon politique, les meilleurs des fonctionnaires à l’instar de la sélection nationale de football rivée sur les critères techniques, sans discriminations ethnique, tribale, partisane ni raciale….

En ce qui concerne les pays africains, l’édification de la « nation scientifique » partira de la construction d’une grande université dans chaque province.  Ensuite, il serait question de doter ladite institution d’équipements et du personnel rigoureusement sélectionné, en faisant notamment appel à la diaspora et en encourageant la naturalisation d’experts étrangers. Au sein de chaque faculté, un centre de recherche pourra constituer les bases de données et définir les grands axes de développement socio-économique de la région où il est installé.  Ce centre sera appelé à devenir un incubateur local des projets d’entreprises et des start-up intégrés dans une agglomération prospère.

Enfin, il faudra développer la recherche et la formation permanente, en prévoyant spécialement dans le cycle universitaire le retour d’expérience, à travers l’obligation faite à tout diplômé de restituer au bout de quinze ans de pratique professionnelle, une publication scientifique à déposer auprès d’un jury du Département de recherche de la faculté fréquentée, avec la possibilité de délivrance d’un titre honorifique au cas où son étude serait acceptée par ledit jury.

  1. Système coopératif et diffusion des connaissances scientifiques et technologiques

Comme lors de la grande dépression de 1929, la précarité incite souvent les populations à se regrouper dans des sociétés coopératives, et à évaluer le potentiel local pour produire les biens et services essentiels à leur bien-être, et ce,  au moindre coût  (pratique de juste prix).

En effet, les populations en détresse alimentaire dans les villes n’ont d’autres ressources que de se regrouper au sein des sociétés coopératives de consommation, tandis que celles de campagnes coordonnent efficacement la production, l’approvisionnement en intrants et la commercialisation des produits, en neutralisant les spéculateurs et usuriers.

Dans un monde dominé par les sociétés multinationales et l’aristocratie financière internationale, l’Afrique ne peut sortir de l’ornière de la pauvreté qu’en réorganisant ses forces vives dans des sociétés coopératives, afin de relever la productivité générale des facteurs et d’exploiter les chaînes de valeurs dans les zones rurales.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, tant que les structures socioéconomiques héritées de l’époque coloniale seront reconduites, et que l’économie sera essentiellement orientée vers l’exportation des matières premières, les profits générés par les activités économiques seront globalement transférés à la métropole.

Sans réforme fondamentale des structures économiques de quasi-subsistance, la démocratie et l’Etat de droit resteront une asymptote.

A l’échelle de chaque entité territoriale et selon les besoins exprimés, les réformes sous la bannière du mouvement coopératif tonifieraient la dynamique de la production des secteurs informel et rural, de manière à inciter les populations  à opérer rapidement et profondément leur mutation vers la modernité économique.

Par ailleurs, la doctrine coopérative présente des atouts pour relever le standard moral et éducatif des populations pour faire face à la dépravation des mœurs administratives et politiques ainsi qu’à la perversion des rapports socio-économiques.  C’est à juste titre que Raymond W. Miller de l’Institut Américain de Coopération, affirme que le coopératisme est un professeur à l’école de la liberté.

C’est précisément en réussissant à déclencher la croissance dans l’agriculture, dans un continent qui a une vocation agricole, que le mouvement coopératif fournira à l’immense majorité des africains les moyens de créer les institutions coopératives de formation permanente qui pourront collaborer avec le monde scientifique

  1. Code éthique du développement économique

De toute évidence, avec la crise sanitaire et économique consécutive à la pandémie de COVID-19, le monde ne pourra pas sortir du confinement auquel l’a forcé le nouveau coronavirus, sans la vision d’une nouvelle société qui va ouvrir le 21e siècle spirituel.

Tout indique la tendance à la restauration de l’ordre social en conformité avec les préceptes de l’Evangile de Jésus-Christ : d’une part, les peuples se doivent de se libérer de leurs propres travers, s’affranchir de l’impiété, la luxure, l’impudicité, la beuverie, la fraude, la corruption, le meurtre et les rapines pour mener une vie glorieuse conforme à la parole de Dieu et sa promesse de bâtir un royaume fondé sur le droit et la justice.

D’autre part, l’aristocratie financière internationale et ses suppôts, devraient s’engager dans une cure drastique contre le virus du profit et de l’argent facile.  L’heure de la sanctification a sonné.

Confiné dans la pénombre de sa maison, chacun est appelé à définir, dans la profondeur de son âme et de sa conscience, le meilleur chemin de sa vie, celle de sa famille, de son peuple, de sa nation et du monde. (vision clairvoyante de l’Evangile selon Mathieu 6 : 33 et 20 : 29-34 et de l’Epître de Jean 4 : 12-21).

Rien ne pourra plus contrarier les peuples dans leur aspiration pour un monde nouveau où les rapports humains, les valeurs morales et spirituelles prévaudront sur les valeurs boursières. Le monde devrait prendre ce tournant vers la période de grâce annoncée par Jésus-Christ dans  l’Evangile selon Luc 4 : 18-19.

L’évangile de Jésus-Christ peut alors constituer une voie de sortie de crise, en instruisant les peuples à rechercher les valeurs morales et spirituelles qui constituent le code déontologique du développement socio-économique, et la clé de maîtrise de la nouvelle donne sanitaire (2 Chroniques 7 : 14 et Malachie 3 : 10-18).

Albert LUTETE

Expert Economiste Indépendant