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Paul Le Perc : «notre combat est aussi de professionnaliser les artistes du jazz en RDC»

Paul Le Perc : «notre combat est aussi de professionnaliser les artistes du jazz en RDC»

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Paul Ngoie dit Le Perc est l’un des précurseurs de la musique jazz en République Démocratique du Congo. Par sa personnalité et sa prouesse artistique, le patron du groupe J’afrozz a réussi à imposer son nom dans  l’arène musicale où il est considéré comme étant une des têtes pensantes dans le secteur de la culture en RDC. A la fois opérateur culturel et musicien professionnel, il est également initiateur du festival international ‘‘Kinshasa Jazz’’, qui est réputé parmi les plus grandes rencontres des friands du jazz dans la Capitale. A l’occasion de la célébration de la Journée internationale du Jazz, le célèbre percussionniste congolais  a accordé une interview exclusive au journal La Prospérité  au cours de laquelle il  explique la quintessence de cette fête et défend surtout  sa vision de professionnaliser les artistes du jazz au Congo-Kinshasa.

La Prospérité : Que représente pour vous la date du 30 avril consacrée à la célébration de la Journée  internationale du Jazz dans toute l’humanité ?

Paul Le Perc : C’est en novembre 2011 que l’UNESCO  avait décrété officiellement cette journée  internationale de Jazz qui est désormais célébrée  chaque année dans le monde. Car, le jazz fait partie de ces phénomènes qui ont participé dans le combat contre le racisme. Son rythme a joué une influence positive et très verticale dans la lutte contre la discrimination et la division entre les noirs et les blancs aux Etats-Unis. Elle est considérée comme une musique de paix qui a réussi à mettre ensemble  toutes les races (noires, jaunes, blanches…). Donc, une musique qui rapproche le peuple. Ainsi, l’ONU a décidé qu’elle soit célébrée dans toute l’humanité.

La Pros. : Quel est son apport dans un pays comme le nôtre ?

Paul Le Perc : Il faut souligner que le jazz fait partie des grands courants musicaux que nous avons dans le monde. Nous avons la musique traditionnelle, jazz, classique et la musique de variété. Ceux qui font la musique des variétés se sont inspirés et basés  du jazz.  C’est un style précurseur qui a été tiré de classique pour créer d’autres formes de musique moderne. Le jazz a existé depuis les années 30. Dans les années 60, il y a eu plusieurs formes de jazz qui ont donné naissance à d’autres styles de musique dans le monde. Au-delà de sa nature d’être une musique d’improvisation, il mérite d’être célébré, enseigné et pérennisé vu son apport dans l’histoire de l’humanité.

La Pros. : Cette année, les jazzmen du monde entier ont célébré la fête en mémoire de Manu Dibango décédé de suite de Covid-19. Quel a été le rôle ce grand saxophoniste africain dans l’expansion de cette musique ?

Paul Le Perc : Manu Dibango est une légende africaine du jazz dans le monde. Il est parmi les premiers africains qui ont évolué en Europe. Il a vécu également chez nous au Congo Kinshasa où il a évolué aux côtés du Grand Kalé, le père de la rumba congolaise.  Aujourd’hui, Manu est une référence. Des grands noms de la scène musicale africaine évoluant aux Etats-Unis, en Europe ou ailleurs sont passés à  l’école de Manu Dibango.  Je cite : Lokwa Kanza, Tchabona… Donc, nous sommes fières de Manu qui  mérite nos hommages. Paix à son âme !

La Pros. : Est-ce que le Jazz a réellement sa place en RDC où la Rumba et la musique urbaine dominent sur toutes les lignes ?

Paul Le Perc : Evidemment ! Certes, faut-il le reconnaître aussi que les choses n’étaient pas facile au début lorsqu’on essayait encore de jouer le jazz à Kinshasa. Il n’y a pas vraiment un groupe musical où on peut trouver des professionnels de jazz. Je me souviens encore de nos premiers spectacles en la salle Brel à la Wallonie Bruxelles à Gombe où il n’y avait vraiment pas de public. La salle était presque vide. Mais, aujourd’hui, les données ont changé. Nous avons imposé même un grand Festival référence, « Kinshasa Jazz » qui est devenu  le plus grand rendez-vous annuel de la musique jazz en RDC. Il y a même toute une avenue baptisée par les fans  « Rue de jazz » en ville où a lieu chaque année le Festival. Je pense que n’eût été cette pandémie de Covid-19, on allait organiser un grand  évènement pour célébrer la journée mondiale de Jazz à Kinshasa.

La Pros. : Quels sont vos défis majeurs pour enraciner,    populariser davantage le jazz en RDC ?

Paul Le Perc : Oui ! On a l’impression que le jazz est une musique réservée à une catégorie des personnes en RDC. Mais, il ne faut vraiment des moyens pour changer un peu cette appréhension du jazz dans notre pays. C’est vrai ! Nous avons aujourd’hui  des festivals spécifiques et plusieurs orchestres avec des jeunes  jazzmen très talentueux qui travaillent pour la promotion de cette musique. Mais, il est important que nous organisions des formations pour professionnaliser  le jazz dans toute sa dimension. Ces jeunes doivent  enregistrer des chansons et vendre leurs œuvres. Donc, nous nous battons pour la professionnalisation des artistes musiciens du jazz. Donc, on a besoin des soutiens de tout le monde pour parvenir à ce genre projet.

La Pros. : Comment avez-vous célébré la fête du jazz à  Kinshasa ?

Paul Le Perc : Tout le monde entier l’a fêté à la maison. On n’a pas de choix pendant cette période de crise  sanitaire  liée au Covid-19 qui nous impose le confinement. Toutefois, le ‘‘Collectif MIND’’ m’avait convié à participer à la cérémonie du dévoilement d’un graffiti spécial dédié à Manu Dibango, le 30 avril 2020, à l’occasion de la célébration de la journée internationale du Jazz.  J’étais là pour faire la  présentation de cette œuvre d’art réalisée en mémoire de notre légende continentale. 

Propos recueillis par Jordache Diala