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Coronavirus et « infodémie » : «Nous ne combattons pas seulement une épidémie, nous combattons aussi une « infodémie », (Tedros Adhanom Ghebreyesus)

Coronavirus et « infodémie » : «Nous ne combattons pas seulement une épidémie, nous combattons aussi une « infodémie »,  (Tedros Adhanom Ghebreyesus)

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L’ « infodémie »

L’« infodémie » est une épidémie de « fakes news » ou « fausses nouvelles » sur un sujet donné. Le Covod 19 a entraîné une épidémie de fausses nouvelles, de fausses informations qui vont des théories « complotistes » aux remèdes miracles. Selon le dispositif français de coopération international de lutte contre les pandémies, l’ « infodémie » est un obstacle à la lutte contre l’épidémie ; « la diffusion de fausses informations peut produire des réactions de panique injustifiées, de stigmatisation, ou, à l’inverse, des espoirs non-fondés qui éloignent les personnes des mesures de protection scientifiquement validées ». Une lutte efficace contre les épidémies passe aussi par une information fiable, que cette information viennent de la  communauté scientifique ou des pouvoirs publics dans les prises de décision, afin de lutter   contre l’épidémie (confinement, déconfinement, application des gestes-barrière,  fermeture des frontières, etc.). Parmi les informations les plus dangereuses qui circulent, sur internet, figurent les « pseudo-remèdes » naturels, à base de plantes. Un exemple : le soit disant « remède miracle » de Madagascar. Le président malgache, Andry Rajoelina, a fait distribuer à sa population et dans les écoles une tisane-bio baptisée Covid Organics, à base d’artemisia et d’autres herbes, censée donner « des résultats en sept jours ». La tisane du président malgache a connu un large retentissement sur les réseaux sociaux africain et Andry Rajoelina a immédiatement été élevé au rang de héros du continent. Or, les études scientifiques montrent que l’artémia est, contre le Covid 19, inefficace et potentiellement dangereuse. Face à ce déferlement de remèdes miracles, l’OMS a rappelé qu’aucun traitement, ni pharmaceutique ni naturel, n’avait fait la preuve de son efficacité contre le coronavirus.

La liste des faux remèdes simples et efficaces

L’argument habituel est le suivant : les laboratoires pharmaceutiques, toujours à la recherche des formidables profits générés par les vaccins, orchestrent une conspiration du silence destinée à cacher cette vérité selon laquelle il existe des remèdes simples et efficaces contre le Covid 19 comme l’argile ou le buis, le rinçage du nez à l’eau de mer, la vaporisation de chlore ou de l’alcool sur tout le corps, la consommation d’ail, les bains chauds, le nettoyage à l’huile de sésame des objets contaminés, etc. Certains préconisent la consommation d’alcool, de cocaïne, afin d’éliminer le virus, d’autres se partagent les schémas de dessins occultes supposés protéger contre l’épidémie. Au Bénin, au Sénégal ou au Mali, marabouts, tradipraticiens ou adeptes du vaudou proposent des solutions qui relèvent, au mieux, de la médecine douce ou, au pire, du charlatanisme. Un grand maître marabout béninois, spiritualiste international, praticien traditionnel, éminent prêtre vaudou, désenvoûteur, propose, contre le Covid19, une tisane qu’il faut payer très cher. Rien de tout cela n’est vrai, bien sûr. Les seuls moyens de se protéger du Covid-19 sont sans cesse rappelés dans des campagnes d’information : se laver les mains régulièrement avec un savon ou un gel hydro-alcoolique, respecter la distanciation sociale et les gestes-barrière, porter un masque, etc.

L’illusion des communautés protégées

Le continent africain étant relativement épargné, pour l’instant, par l’épidémie du Covid19, les réseaux sociaux popularisent l’idée que, pour de multiples raisons,  les Africains résisteraient mieux à la pandémie : le climat africain, la jeunesse de la population du continent (41 % a moins de 15 ans. 95 % ont moins de 65 ans, l’âge médian de la population était, en 2017, de 20 ans contre 42 ans en Europe), l’effet protecteur contre le coronavirusdes traitements prophylactiques pour la malaria comme la fameuse chloroquine, etc. Là encore, il n’en est rien : aucune preuve scientifique ne vient étayer l’hypothèse d’une Afrique à l’abri de la diffusion du virus sur le continent africain. Dans ma dernière Chronique (lundi 11 mai 2020), j’ai mis en évidence une meilleure sensibilisation de l’Afrique aux risques épidémiques avec des gouvernements qui, prenant rapidement conscience de la gravité du Covid 19, ont fermé les frontières et instauré des mesures de confinement.

Les théories complotistes

Toute situation de crise renforce un climat de suspicion qui engendre les théories du complot chez ceux qui cherchent à trouver leur bouc émissaire.Les théories « complotistes »  sur le Covid19 sont apparues dès janvier 2020. Notons celles qui affirment que le nouveau Coronavirus a été créé, par l’homme, en Chine, une « infox » qui prospère sur les réseaux sociaux et que partagent 26% des personnes interrogées lors d’un sondage récent. Ajoutons les théories d’un complot fomenté, pêle-mêle, par les juifs, la Fondation Bill Gates et la mafia « pharmacratique et vaccinaliste », tout ce beau monde cherchant à instaurer  un « gouvernement mondial », afin d’imposer au monde des essais cliniques clandestins, une campagne de vaccination universelle et un traçage électronique. Terminons par ceux qui interprètent le Covid19 comme un « châtiment divin » envoyé pour punir les hommes de leur immoralité.Pour l’Etat islamique (EI), le Covid19 est un châtiment qui frappe les « croisés » et les ennemis de l’Islam (Chine, Europe, États-Unis, Iran chiite).

Une désinformation dangereuse

La lutte contre la désinformation est une priorité dans la lutte contre la pandémie du Covid19. Pour décrire cette surabondance d’informations qui mélangent les faits, les rumeurs, les fausses nouvelles, les remèdes  miracles, l’OMS parle d’« infodémie », un néologisme créé par Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé, qui a déclaré, le 2 février 2020 : « Nous ne combattons pas seulement une épidémie, nous combattons aussi une ‘infodémie’ ». Le rôle de la presse est aussi de lutter contre cette dangereuse « infodémie ».

Christian Gambotti

Agrégé de l’Université  

Président du think tank

Afrique & Partage

Directeur des Collections

L’Afrique en Marche,

Planète francophone