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Procès 100 jours : des révélations troublantes !

Procès 100 jours : des révélations troublantes !

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*Longue, très longue, épuisante et révélatrice aura été l’audience de ce jeudi 4 juin 2020 dans le procès de détournement des fonds, dans le cadre du programme d’urgence de 100 jours du Chef de l’Etat, spécialement dans le volet infrastructures lié à la construction des logements sociaux. Amorcée à 9 heures, cette quatrième manche, faisant suite à celle du mercredi, a pris fin à 22 heures 30’, après que le juge président ait renvoyé pour le 11 juin prochain la cause pour plaidoirie. La chambre du Conseil s’est réunie à huis clos pour examiner les nouvelles requêtes de mise en liberté provisoire de prévenus Samih Jammal mais aussi Vital Kamerhe sur qui, jusqu’à ce jour, aucun lien direct ne le lie aux sociétés Samibo et Husmal, impliquées dans le détournement.

Après le défilé de toutes les personnes citées comme témoin ou renseignant invitées à éclairer le tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe, siégeant en chambre foraine à la prison centrale de Makala, ce n’est qu’aux dernières heures de l’audience que certaines révélations ont surgi.

Marcellin Bilomba, le Conseiller principal du Chef de l’Etat en charge des questions économiques et financières, fustigeant le mode de travail à la Présidence de la République, a déclaré avoir été à la Banque centrale du Congo où il était « les yeux du chef », pour voir clair dans le décaissement des fonds. A cet effet, il atteste, concernant l’achat et le montage des maisons préfabriquées, que 66 millions 700 milles dollars américains ont été décaissés.

Alors que depuis le début du procès, le tribunal et d’autres témoins parlent d’un montant de plus de 57 millions USD.

Pour lui, c’est le directeur de cabinet du chef de l’Etat qui était le responsable du programme de 100 jours.

Des confrontations

Appelé au tout début de l’audience de ce jeudi, Henry Yav Mulang, l’ancien ministre des Finances, a  plutôt assuré avoir débloqué des fonds d’une valeur de 57 millions USD à la société Samibo appartenant à l’homme d’affaire libanais Samih Jammal et 2 millions USD à la société Husmal, sur base des courriers de Vital Kamerhe, « en procédure d’urgence et du plan de décaissement».

Par ailleurs, il fait mention que les 57 millions ont été payés en plusieurs tranches, et que dans le plan de décaissement, il y a avait déjà les noms des prestataires. Il n’a également pas participé au choix des entreprises, a-t-il dit. Des affirmations que le prévenu Kamerhe a affirmées.

Le Gouverneur de la Banque Centrale, quant à lui, a insisté sur le fait qu’il n’était pas dans l’équipe de supervision du programme de 100 jours. A la barre, il a dit ne pas se souvenir comment le paiement de deux millions de dollars avait été opéré à la société Husmal.

Deogratias Mutombo a également expliqué au cours dans son témoignage, que la BCC qui n’a aucun moyen de vérifier ce que font les banques privées, avait demandé à Rawbank de payer le compte Samibo Ecobank.

D’un autre côté, Pierre Kangudia, l’ancien ministre du Budget, au cours d’une véritable confrontation avec Vital Kamerhe, à la barre, a souligné qu’il n’a jamais été au courant de l’existence d’une équipe de supervision du projet 100 jours et qu’il en faisait partie. ‘’Je l’ai appris au cours de ce procès, le 11 mai‘’, a-t-il fait savoir.

Concernant la construction des maisons préfabriquées, Pierre Kangudia dit qu’il n’en avait jamais entendu avant. Informé par l’ancien ministre des Finances qui demandait la régularisation pour une partie de la somme affectée, il n’avait pas été saisi, même pas par copie. L’ancien ministre a souligné que la régularisation a été faite au regard de l’urgence du projet.

Des connaissances réfutées

En outre, à la question du ministère public de savoir s’il connaissait Jammal, Pierre Kangudia  a laissé entendre qu’il s’agit d’une vieille connaissance, depuis 1993.

Au début de cette année, il confirme avoir vu Samih Jammal dans la salle d’attente du bureau du dircab où lui a été reçu en premier, sans savoir pourquoi ce dernier était là.

Le responsable de Samibo a aussi avoué avoir été reçu par Vital Kamerhe pendant quelques minutes, avant de dire qu’il ne se rappelle pas très bien s’il avait été reçu ou pas. Lors de la première audience, il avait déclaré ne pas le connaître.

Kamerhe, quant à lui, a soutenu qu’il n’a pas reçu Jammal qui a plutôt été reçu par un de ses experts. Et pour ce qui est de la supervision du projet 100 jours, il affirme que Kangudia a participé plusieurs fois aux réunions à la présidence de la République.

Par ailleurs, Pierre Kangudia a relevé le fait que le communiqué officiel de la Présidence du 25 janvier 2019, interdisant tout mouvement des fonds dans les entreprises et services publics avait totalement paralysé l’ancien gouvernement.

Il fallait, selon lui, l’aval du Directeur du Cabinet avant d’effectuer tout mouvement de fonds. Cette autorisation était écrite. ‘’Moi, je recevais ces autorisations pour la liquidation des dépenses‘’.

Au passage, des membres de la chaine de la dépense à la barre, Vital Kamerhe s’est dit heureux de constater que ces derniers ont tous reconnu avoir participé aux réunions sur le programme de 100 jours. Il note aussi que le gouverneur de la BCC a déclaré qu’il était instruit par le ministre des finances.

Aussi, Vital Kamerhe se demande toujours comment ces fonds ont atterri dans ses poches…

Des témoins de taille

Le comptable principale de la Présidence appelé à la barre comme dernier témoin, a affirmé que 1 millions 342 mille USD ont été sorti pour dédouaner 300 maisons préfabriquées. Une somme, précise-t-il, qui a été remise à John Ntumba, ministre de la Formation professionnelle, sur instruction du directeur de cabinet du chef de l’Etat. Ce dernier a acquitté le document au nom et pour le compte de Jeannot Muhima, chargé de la logistique à la présidence, qui se trouvait à Matadi.

Aussi, a-t-il reçu de la Banque centrale 1 millions 154 mille USD remise cette fois à Jeannot Muhima pour dédouanement et transport des containers. Ensuite, se référant toujours au directeur de cabinet, il a également reçu 1,07 millions comme prime des membres du comité de suivi du programme de 100 jours pour 4 mois.

Avant lui, les témoins Peter Kazadi et Justin Kamerhe étaient invités à la barre en tant que membres dudit comité. Mais aussi la femme de Vital Kamerhe, Amida Shatur, sa belle-fille, Soraya Mpiana, et son cousin, Daniel « Massaro », toujours dans le cadre de l’affaire liée à l’achat et l’érection des maisons préfabriquées.

Signalons que ce jeudi 4 juin, l’audience s’est poursuivi par une confrontation entre le DG de la DGCMP, M. Ngongo Salumu, qui était également intervenu mercredi dernier, et le prévenu Vital Kamerhe.

Il a réaffirmé que le projet d’avenant concernait le marché initial de 900 maisons, et que pour le reste c’était irrégulier. La DGCMP avait demandé au ministère du Développement rural de transmettre le devis, ce qui n’a pas été fait, raison pour laquelle il n’a pas été autorisé.

Par contre, le contrat régulier est celui de 26 millions 750 mille USD qui a suivi toute la procédure jusqu’à obtenir l’approbation.

Pour  ce qui est des 1500 maisons, il n’existe pas de contrat, ni d’avenant.

A la question du procureur général de savoir s’il existe un contrat qu’on peut signer verbalement comme l’avait avancé Kamerhe, le DG reste formel : le marché public est un contrat écrit entre l’Etat et un fournisseur

A Kamerhe de rétorquer : « le contrat peut être verbal et être régularisé plus tard… ». Comme cela a été le cas pour le camp Tshatshi avec la société Safrimex.

Soraya Mpiana pas impliquée

Nicolas Kazadi, l’ambassadeur itinérant du chef de l’Etat, les ministres Thomas Luhaka et Molendo Sakombi, le commandant de la garde républicaine étaient également parmi les témoins interrogés hier.

Au cours de cette audience, il est également à retenir une rosse confrontation entre Daniel Massaro et le conservateur Kilangalanga au sujet du titre immobilier attribué à Soraya Mpiana. Le conservateur a reconnu avoir livré un certificat au profit de Soraya Mpiana sur la baie de Ngaliema. C’est Daniel Massaro qui a proposé le nom de cette dernière. « Jammal m’a vendu une parcelle puis m’en a offert une autre. Le nom qui m’est venu en tête à mettre sur le titre immobilier est celui de Soraya Mpiana », dit-il.

Massaro, cousin de Vital Kamerhe et assureur, a souligné que le dossier dont il est question avec Soraya n’est connu ni d’elle-même, ni d’aucun membre de sa famille.

La Pros.