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Je suis George Floyd, mais je m’appelle Ernesto Nhamuave !

Je suis George Floyd, mais je m’appelle Ernesto Nhamuave !

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Le 25 mai dernier, par la force de l’image, un fait divers est devenu un symbole, déclenchant du coup une prise de conscience planétaire… George Floyd est mort sous le genou d’un policier blanc de Minneapolis qui, impassible, pose, durant l’agonie de sa victime, tel un chasseur exhibant un trophée.

Ces images insoutenables, et le manque d’empathie du président Donald Trump, ont suscité l’indignation et la colère de l’opinion publique aussi bien américaine que mondiale. Au-delà de ce crime commis contre un homme de 46 ans de race noire,de Denver à Accra, en passant par Tunis, Paris, Washington, Berlin, Tokyo, Canberra et Copenhague, des millions de personnes de toutes les couleurs, et armées de l’idéal de la fraternité, ont dénoncé le racisme et revendiqué notre appartenance à la commune humanité.
En ce moment où le monde pleure donc George  Floyd, cruellement envoyé dans l’au-delà à cause de sa race, c’est le moment pour chacun de balayer devant sa porte, et de se poser la question de savoir s’il lave plus blanc. C’est le moment pour nous Africains de nous regarder dans le miroir, et de nous demander si nous valons mieux que ces policiers racistes des rues de Minnesota … ou si nous sommes pires !
Là, l’image qui me monte à l’esprit, est celle d’Ernesto Alberto Nhamuave, jeune mozambicain de 35 ans, transformé en torche vivante dans une rue d’Afrique du Sud, agonisant sous une douleur innommable, sous le regard de policiers infâmes. Son seul crime ? Etre un étranger … de race noire, dans un pays des Noirs ! Il y a plus de Britanniques et d’Allemands que de Nigérians ou des Congolais, mais il ne viendra à l’esprit de personne de s’attaquer à ces européens.
Il y a eu de nombreuses attaques, désormais cycliques, dans ce pays. D’abord, en 2008, où le bilan d’ensemble fut de 62 morts, environ 670 blessés graves et 17.000 déplacés selon la police ou 200 000 selon les organisations de défense des migrants et réfugiés.

C’est pire que le massacre de Sharpeville perpétré par la police blanche du régime de l’apartheid contre les Noirs en 1960.
Il y eut ensuite 2015 : le bilan officiel fit état de 6 morts et plus de 5.000 étrangers ayant fui pour se réfugier dans des camps.

Enfin, 2019, avec plus de 10 morts, des centaines des magasins pillés, des camions supposés conduits par des étrangers brûlés.
A chaque fois, on remarque une réaction mollassonne des dirigeants sud-africains, qu’il s’agisse de Thabo Mbeki, petit leader sans envergure, charisme de lavette dans ses costumes de petit clerc ; de Jacob Zuma, un illettré doublé d’escroc de grand chemin ; ou encore de Cyril Ramaphosa, lourdaud sans boussole qui se laisse submerger par les discours xénophobes de ses ministres. Comment, pour reprendre un titre magnifique du Washington Post, la vie des Noirs peut-elle compter ailleurs si elle ne compte déjà pas sur la terre d’Afrique du fait des Africains Noirs eux-mêmes ?
Au prochain cycle d’émeutes xénophobes, si les Chefs d’Etat africains gardent ce silence ridicule, et que ce pays n’est pas suspendu de l’UA et boycotté culturellement et sportivement, alors, là, il faudra désespérer de continent, et admettre que nous sommes bien des pays de merde, comme dirait Trump !

Belhar Mbuyi

Journaliste Analyste