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Affaire Jean-Marc Kabund : S’achemine-t-on vers la désacralisation de la justice ?

Affaire Jean-Marc Kabund : S’achemine-t-on vers la désacralisation de la justice ?

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L’actualité  en République Démocratique du Congo est dominée par différents procès portés devant les instances de justice. Parmi les plus médiatisés,  figurent sans nul doute celui de Vital Kamerhe portant sur les 100 jours des travaux d’urgence du Chef de l’Etat et naturellement sur l’affaire Jean-Marc Kabund contre Jeanine Mabunda et l’Assemblée nationale qui est sous examen au Conseil d’Etat.

Nous voulons nous attarder sur le deuxième procès opposant l’ancien 1er Vice-Président du Bureau de la Chambre basse du parlement à sa Présidente.

Pour mémoire, l’Honorable Jean-Marc Kabund avait été débouté de son poste de 1er Vice-Président, le 11 mai 2020 à l’issue d’un vote organisé à la suite d’une pétition de défiance initiée par le député  MLC Jean-Jacques  Mamba.

L’éjection de cet élu de l’UDPS a véritablement suscité une vague de commentaires à sens divers dans l’opinion.

La conséquence de ce vote, les gens peuvent aisément le deviner : un vide était créé à ce poste. Etant donné que le Bureau de l’Assemblée était amputé de l’un de ses membres.

Poste  qu’il fallait logiquement combler par un autre député de l’UDPS.

En effet, après plusieurs tergiversations et hésitations, le parti présidentiel se décidera enfin de désigner le remplaçant de Jean-Marc Kabund en la personne de l’Honorable NSEYA Patricia, élue de grand-Katanga.

Nous sommes en début Juin, Madame la Présidente de l’Assemblée Nationale publiera un calendrier électoral pour fixer au Vendredi 12 Juin 2020, la date de vote de celle appelée à succéder au bouillant Jean-Marc Kabund –a- Kabund.

C’est dans cette période que l’ancien 1er Vice-président du Bureau de la Chambre basse du Parlement portera l’affaire devant le Conseil d’Etat le 9 Juin. Mais pourquoi Ô diable a-t-il attendu plus de 3 semaines avant d’assigner Jeanine Mabunda à la Haute Cour ? Difficile en tout cas de deviner.

En effet, le conseil d’Etat, une fois saisi, déclarera la plainte recevable et fondée après examen du dossier le 10 Juin. Et après confrontation de deux parties, le Conseil d’Etat écrira au Bureau de l’Assemblée nationale pour surseoir à l’élection au poste du 1er Vice-président.

Mais, le Bureau de la chambre basse ne l’entendra pas de cette oreille. Il maintiendra sans coup férir son calendrier électoral estimant que le Conseil d’Etat devrait respecter le principe de séparation de pouvoir. C’est de là que partira le bras de fer.

La primauté de la justice

Un incident s’est produit vendredi 12 Juin au Palais du Peuple où les députés nationaux ont été  empêchés d’accéder à l’hémicycle pour aller participer au vote de la remplaçante de Jean-Marc Kabund au Bureau.

Les analystes avertis se sont demandés pourquoi Jeanine Mabunda a-t-elle résolu de résister à l’avis du Conseil d’Etat ?

Ils estiment que le bras de fer qu’elle a engagé contre la Haute Cour était non seulement inutile mais créait  aussi un fâcheux précédent.

Parce que partout au monde quand la Haute Cour a parlé, il ne peut y avoir encore aucune objection. Etant donné qu’elle est le dernier arbitre, pour trancher tout différend et de tout ordre en RDC.

Heureusement que la Présidente de l’Assemblée nationale s’était ressaisie après en demandant aux députés nationaux de laisser la justice faire son travail. Ce recul dans sa position initiale, a permis d’apaiser la tension.

Mabunda, en sa qualité d’un des Chefs de corps constitués et deuxième personnalité de la République, ne devrait pas avoir des réactions épidermiques. Elle est appelée à analyser froidement toute situation avant d’engager sa responsabilité.

Elle est située au sommet de la montagne. Où tous les regards sont fixés. Elle doit avoir des réserves et s’entourer de beaucoup de précautions dans tout ce qu’elle entreprend. La stabilité des institutions en dépend.

Parce que si le personnel politique du pays oublie que la Cour constitutionnelle, la Cour de Cassation et le Conseil d’Etat sont les seules Instances Judiciaires du pays où des arrêts et avis sont opposables à tous, alors là, nous ouvrons la voie à la jungle et au désordre.

Aucun autre citoyen de ce monde ne viendra nous apprendre à respecter les lois de la RDC. Il appartient aux congolais seuls, toute classe sociale confondue et sans distinction de couleur politique de le faire. Il n’y a pas une autre alternative.

En effet, en ce moment où la justice congolaise commence à recouvrer ses lettres de noblesse, il est du devoir de tout citoyen congolais d’y contribuer.

C’est à cette condition et à cette condition seulement que nous  pourrons bâtir un pays plus beau qu’avant comme le stipule d’ailleurs et clairement notre hymne national, le débout congolais.

Jean-Pierre Seke