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Conscience historique et liberté des peuples : «L’éducation au service de la colonisation»

Conscience historique et liberté des peuples : «L’éducation au service de la colonisation»

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C’est dans ce contexte  que toute l’éducation coloniale va se mouvoir. Le colonisé va subir un profond désarmement intérieur qui détruit, à coup sûr, à la racine toute velléité de résistance tout en installant la résignation, la mission, la bassesse, une âme d’esclave. Je comprends pourquoi, à l’époque coloniale, des jeunes élèves devaient, très tôt s’imprégner des devoirs de gratitude, de respect envers leurs maîtres blancs. En indigènes, ils devraient apprendre à apprécier les bienfaits de la Mère-Patrie ; bienfaits qui doivent durer longtemps possible.

C’est ainsi que par un lent processus d’identification les élèves noirs devenaient étrangers à eux-mêmes ; donc aliénés. C’est clair et cela se comprend, le message colonial circulé par l’enseignement colonial est monstrueusement idéologique et vise l’éloignement possible des Noirs de leur être comme personne créée naturellement libre.

Oui, l’exemple que j’ai moi-même de ce fait est éloquent : On a miroité les « avantages » de la colonisation en les comparant à la « barbarie » de nos ancêtres. On nous a bourrés la tête de leçons d’éducation civique et d’histoire coloniale belge pour nous convaincre de la générosité de la Belgique coloniale. On s’est employé à nous démontrer que la colonisation belge était un idéal et une nécessité vitale pour notre vie. C’est autour de ces principes fondamentaux que toute l’action coloniale au sujet de l’éducation et de l’enseignement ont tourné.

Comme on peut le voir ces principes étaient diamétralement opposés à la doctrine de la foi chrétienne qui enseigne l’amour, la charité et l’égalité entre les hommes selon le message de Jésus-Christ. L’école coloniale a donc trahi les enseignements de Jésus tout en le crucifiant encore une fois.

Aucune puissance, on le sait,  n’ignore la puissance  et l’importance de l’enseignement dans la libération des peuples. Mais, comme je l’ai indiqué plus haut, loin d’entamer, par l’éducation et l’enseignement, l’œuvre de la libération indigènes, ce qui était d’ailleurs impossible, « l’œuvre coloniale » était honorée par la crainte viscérale de voir le colonisé la contester. E. M’bokolo, dans son manuel Afrique noire-Histoire et civilisation, a repris les renseignements du Rapport Kervyn (1913). Ecoutez :

« L’enseignement doit être avant tout professionnel. […] La vanité est un des défauts dominants du caractère du Noir. Dès qu’il a un vernis de civilisation, il se croit dans la plus grande partie du Congo, l’indigène dès que lettré, est tenté de se refuser au travail manuel. […] D’autre part, le Noir ayant quelque instruction, jouit de certain prestige vis-à-vis de ses congénères, et, s’il ne travaille pas, devient facilement un facteur d’influence dissolvante, il critique les Européens, excite les Noirs contre eux en exagérant les défauts de ceux-ci et les griefs de ceux-là ; bref il devient une nuisance et un danger. Il faut donc qu’il travaille, et c’est à la moralisation du Nègre par le travail, à savoir par le travail manuel, que doit tendre l’enseignement que nous lui donnons ». Et Kita Masandi K reprend en écho les déclarations du ministre belge des colonies. Ecoutez encore une fois :

« Il est certain qu’un jeune garçon qui a fait plusieurs années de classe, sans usage de ses doigts, répugnera énergiquement à l’apprentissage d’un métier. C’est au début qu’il doit être initié par les travaux manuels d’abord et, le plus tôt possible, par l’apprentissage. Aussi,  faut-il que le programme des écoles primaires fasse, dès le commencement, la place la plus large aux travaux manuels et professionnels, en réduisant d’autant l’enseignement littéraire ».

Ecoutez enfin M. de Fenelon que cite Masandi K.:

« …L’instruction est un devoir qu’on leur doit par les principes de la religion, mais la scène politique et les considérations humaines les plus fortes s’y opposent. L’instruction est capable de donner aux Nègres ici une ouverture qui peut les conduire à d’autres connaissances à une espèce de raisonnement. La sûreté des Blancs… exige qu’on les (nègres) tienne, dans la plus profonde ignorance ».

Les missionnaires « chrétiens coloniaux sont des formidables personnes »

L’ensemble de ces principes, comme on peut le remarquer, ne s’écarte nullement de la philosophie de base de la colonisation elle-même. Aux missionnaires on a confié l’éducation, l’instruction et l’enseignement  des colonisés jeunes et adultes.

Eux avaient le devoir et la noble mission d’implanter l’œuvre de la colonisation dans l’âme, encore « primitive » des populations des colonies qui sont, entre temps, devenues des « territoires d’outre-mer ». A leur arrivée en Afrique, ils (les missionnaires) étaient tout naturellement et solidement, imbus de préjugés culturels que l’on connaît. Ces derniers, dans un contexte colonial ethnocentrique, avaient coffré les missionnaires dans une situation telle qu’ils ne devraient pas avoir d’autres choix que de croire œuvrer en terrain vierge et à partir du point zéro avec leurs sujets indigènes.

Les exemples sont multiples dans la grande littérature missionnaire coloniale. Mgr Roelens, dans son livre Notre vieux Congo, tente « une esquisse psychologique de nos Noirs ».

Lucien Laverdière, comme moi-même avons lu que le Noir est « un grand enfant, impulsif, paresseux, inconstant, égoïste, marqué par la superstition. On n’arrive pas toujours à saisir le lien qui unit leurs idées, le fil qu’elles suivent, ni les motifs qui déterminent leurs actions ».

On pourrait multiplier les exemples.

C’est dans cette mentalisation du Blanc envers le Noir que les missionnaires coloniaux vont se considérer ou être considérés par les Noirs comme civilisateurs,colons,conquérants, défenseurs des indigènes, hôtes de passage, frères universels des hommes, témoins de la catholicité, grands chefs, juges, maîtres, patriarches, héros et Héraults de Dieu, hommes à tout faire, hommes d’affaires, hommes de prières et de méditations,  militaires  ou  soldats  du  Christ,  pasteurs  et animateurs des communautés, conseillers spirituels, perturbateurs, paternalistes, racistes, diables, pionniers, aventuriers de Dieu, prêtres-guérilleros, célibataires, savants en tout, sorciers blancs, devins,… Bref, des hommes venus en Afrique pour civiliser les Noirs.

La résistance

La pénétration brutale des Européens et des Arabes en Afrique n’était pas, pour les Noirs, une promenade de santé. Les envahisseurs ont rencontré des résistances farouches  de  la  part des Africains. Malgré l’épuisement dû à la traite, l’Afrique n’était pas un continent colonisable à merci.

Loin d’être une sorte de vide politique livré à l’anarchie, à la sauvagerie sanglante et gratuite, loin d’être un continent de l’esclavage accepté et de l’ignorance brute, où la misère donnait libre cours, loin d’être ce continent des enfants sages comme des lapins dans un clapier, l’Afrique Noire, face à l’envahissement de ce moment-là, est reconnue aujourd’hui, comme un continent des braves  résistants. Des leaders d’une étoffe exceptionnelle ont réellement tenté de redresser le cours implacable du destin et de recréer les grands ensembles politiques durant les « Grands siècles ».

Les Tchaka, OusmanDarmFodio, El-Hadji Omar, Samori, le Mahdi, Ménélik d’Ethiopie, Mamadou et les autres sont soulignés avec éclat dans l’histoire. Eux, très vite, ont compris que les démons satanés étaient réellement démoniaques. Ils comprirent mêmement que le danger qui s’abattait sur eux était mortel. Sans des formes diverses, ils ont défendu leur terre, souvent mètre par mètre.

C’est par milliers qu’il faut compter les combats qu’ils ont livrés. C’est par milliers qu’il faut compter les victimes. Ces temps, les Africains doivent les mémoriser en termes d’atrocité, de violence de mort et de descente aux enfers. Non, l’envahissement de l’occupation de l’Afrique noire par les truands européens et arabes n’étaient pas une simple œuvre de balade exotique. L’histoire de toute l’Afrique résistante a inscrit des noms glorieux des résistants et doit être apprise par les Africains comme leur patrimoine. Eux sont les vraies sources du nationalisme africain. Un hommage festoyant doit leur être rendu en termes d’anniversaire.

Professeur Jean Kambayi Bwatshia

Directeur du Centre de Recherche sur les Mentalités

et l’Anthropologie Juridique «Eugemonia»