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Rupture ?

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«…J’accorde à la restauration de l’Etat de droit la première des priorités dans mon combat pour l’édification d’un nouveau Congo».

Ce ton ferme et menaçant a été employé par le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, dans son allocution à l’occasion de la célébration du 30 juin 2020. A qui faisait-il allusion en utilisant le terme «méchants» ? Beaucoup d’analystes et éditorialistes pensent que cette pique vise le camp de son partenaire politique Joseph Kabila, le Front Commun pour le Congo (FCC), surtout, les compagnons ou lieutenants de cet ancien Chef d’Etat.

Plusieurs extraits de ce discours-fleuve (25 pages) le démontrent. Tout le monde sait que le bout de phrase «La République des juges» a été lâché par la Présidente de l’Assemblée Nationale, Jeanine Mabunda Lioko, issue du FCC. C’était pendant le bras de fer entre cette institution parlementaire et le Conseil d’Etat. L’une avait déchu du poste de Premier Vice-Président de la Chambre basse du Parlement Jean-Marc Kabund, proche de Félix Tshisekedi, et l’autre l’avait réhabilité avant que la Cour constitutionnelle confirme la destitution. «J’ai entendu certains parler avec ironie ou crainte de la République des juges. La réalité est plutôt que le pouvoir judiciaire demeure confronté à de nombreux défis en termes de ressources, de capacités et d’indépendance», a rétorqué Félix Tshisekedi dans cette même allocution.

Cette même logique de coup pour coup apparaît dans sa réaction musclée sur les trois propositions des lois controversées initiées par Aubin Minaku et Garry Sakata, deux Députés nationaux du FCC. Le Chef de l’Etat les a prévenus comme suit : «La Justice recouvre peu à peu son indépendance. Les avancées enregistrées l’ont été au prix de sacrifices extrêmes…». Fatshi a martelé qu’aucune majorité politique ou parlementaire, d’où qu’elle vienne, ne peut outrepasser les principes fondateurs de la République.

Pourtant, selon les initiateurs de ces trois propositions des lois violemment contestées dans la rue et canalisées vers la Commission PAJ de l’Assemblée nationale, celles-ci viseraient à créer un cadre de concertation entre l’Exécutif et le Judiciaire. Mais, les détracteurs pensent que cette démarche a plutôt pour but de mettre les Procureurs sous les bottes de l’Exécutif, spécialement du Ministre de la Justice et Garde des Sceaux. A ce dernier, reviendrait la conduite de la politique de la justice et il deviendrait membre du Conseil Supérieur de la Magistrature. Cette affaire avait même suscité la brève arrestation du VPM Célestin Tunda au niveau du Parquet Général près la Cour de Cassation.

Beaucoup revenait sur la «promesse» du Président Félix Tshisekedi de ne pas fouiner le passé. Cependant, dans son discours prononcé la veille de la commémoration des 60 ans d’indépendance de la RD Congo, il a clairement changé de fusil d’épaule. «Je souhaite que l’expérience douloureuse révélée au cours du procès en rapport avec le Programme des 100 jours tourne définitivement la page de la longue série de projets et programmes qui, à travers l’histoire de notre pays, ont donné lieu à d’important coulage des ressources publiques en toute impunité…». Ce message clair comme l’eau de roche sous-entend qu’à l’instar du Directeur de Cabinet du Président de la République, Vital Kamerhe, pourraient bientôt être déférés devant la Justice bien d’autres «gros poissons» tels qu’Augustin Matata, Albert Yuma, Bruno Tshibala, José Makila, et, logiquement, Joseph Kabila, comme l’a toujours réclamé le mouvement citoyen «Eveil Patriotique» de l’évêque Pascal Mukuna. Wait and see.

Ainsi donc, l’avenir de la coalition FCC – CACH ne tient plus qu’à un fil. D’autant plus que, sans ambages, Félix Tshisekedi a fustigé la maffia au sein de cette classe politique à l’occasion des 60 ans d’indépendance de son pays. Est-ce une véritable rupture ?

La Pros.