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Afrique : 60 ans après les indépendances, Matata Ponyo souligne la nécessité d’un deuxième sursaut

Afrique : 60 ans après les indépendances, Matata Ponyo souligne la nécessité d’un deuxième sursaut

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Soixante ans après les indépendances, l’Afrique est encore un continent pauvre. 33 parmi les 47 pays les moins avancés du monde sont en Afrique. Et aujourd’hui plus que jamais, elle a besoin d’un deuxième sursaut. C’est l’essentiel de la réflexion menée par le Sénateur Matata Ponyo, qu’il a livré mercredi 1er juillet 2020 au cours d’une séance académique devant ses collègues de la chambre haute du Parlement. Autour de thème « AFRIQUE,  RÉVEILLEZ-VOUS ! », l’ancien Premier ministre a relevé, chiffres à l’appui, le parcours et bilan du continent 60 après les indépendances, de la RDC, et proposé des pistes de solutions dont la recette magique du binôme « Leadership-Gouvernance ».

Pour le Sénateur Matata, en effet, l’Afrique a véritablement besoin d’un deuxième sursaut après celui d’avant les indépendances. Cette fois, dit-il, il n’est plus question d’indépendance politique telle qu’octroyée formellement par les puissances coloniales dans les années 1960. Mais plutôt celle de l’indépendance économique qu’il faudra, à tout prix, conquérir et acquérir. Ce, en se dotant de la même énergie et de la même détermination qu’avaient les pères fondateurs des nations africaines pour libérer totalement l’Afrique de l’emprise de la pauvreté. Et selon lui, dans cette quête révolutionnaire, la République démocratique du Congo occupe une place de choix.

‘’Aujourd’hui, l’Afrique produit 2% de la production mondiale. Comment voulez-vous qu’elle soit respectée ? Comment voulez-vous que l’Afrique participe au commerce mondial et qu’elle soit prise au sérieux ?‘’, s’est interrogé le Sénateur devant l’auguste chambre haute.

Augustin Matata note qu’en RDC, le revenu moyen du congolais en 1960 qui était de plus ou moins 1000 dollars, aujourd’hui le revenu moyen est à 435 dollars. Il a fortement chuté, 60 ans après.

D’où, pour lui l’importance pour le Sénat, où l’on retrouve les sages de la République, la nécessité de soulever cette question qui n’est pas seulement congolaise mais aussi africaine. ‘’Nous avons proposé une solution : c’est le leadership de qualité et la gouvernance de qualité. C’est le binôme magique qui a fait que les pays développés existent, que des économies émergentes existent aujourd’hui‘’, a proposé l’ancien Premier ministre de la RDC.

Selon lui, une des principales raisons du retard de l’Afrique réside dans sa faible industrialisation. Dans un exposé interpellateur, Matata Ponyo rappelle que la part de l’Afrique dans la valeur ajoutée manufacturière mondiale est de moins de 2% à fin 2000. Aussi, le déficit d’industrialisation est dû notamment au déficit énergétique. A fin 2019, plus de 52% de la population en Afrique n’ont toujours pas accès à l’électricité.

Indépendance économique pour la RDC

Soixante après l’indépendance politique, aujourd’hui, la RDC a besoin de l’indépendance économique, souligne Augustin Matata.

Une indépendance économique, dit-il, pour financer l’électrification de ses villes, quartiers, et villages, pour financer l’élargissement du réseau national de distribution d’eau potable, mais aussi pour financer la santé, l’éducation, l’agriculture, et la construction des infrastructures de base.

Une indépendance économique pour combattre la pauvreté sous toutes ses formes et apporter la prospérité et de la dignité. Une indépendance économique pour véritablement faire de la RDC, le socle de l’émergence africaine, a souhaité le Sénateur Matata.

‘’Un Congo avili et pauvre est donc un danger pour son unité, voire son existence. Il constituerait un paravent à tous ceux qui rêvent de sa balkanisation. Il est donc plus qu’urgent que la RDC, une nation ayant une destinée africaine, se consolide économiquement pour protéger son unité et jouer pleinement son rôle […] Pour tout dire, avec sa position géographique au centre du continent et ses richesses naturelles, la RDC constitue le cœur de l’Afrique, et à ce titre elle a la mission de faire vibrer économiquement l’Afrique toute entière‘’.

Leadership éclairé, gouvernance de qualité

Matata Ponyo, réfléchissant à haute voix dans la salle de plénière du Sénat, a relevé que le problème de base auquel les pays africains ont été confrontés, durant les soixante années de leurs indépendances, est principalement lié à celui du déficit de leadership et de la gouvernance.

A l’en croire, ce déficit se traduit fondamentalement par l’incapacité de la classe politique à mobiliser suffisamment des ressources internes pour financer des politiques et stratégies de développement économique susceptibles de favoriser la création de richesse et la prospérité́ des africains. Cette incapacité, à son tour, a contraint les dirigeants africains à dépendre des appuis techniques et financiers des partenaires multilatéraux et bilatéraux pour mettre en œuvre la plupart de leurs projets de développement.

Ainsi, il suggère que l’Afrique a besoin d’un leadership éclairé, notamment capable de porter une grande vision au profit de la majorité et de la mettre en œuvre de manière durable quelle que soit la nature des obstacles.

Mais également de créer des États développeurs qui n’existent quasiment pas dans le continent, sauf quelques exceptions. Les États développeurs qui sont des États forts, capables de prendre de décision d’envergure, de décisions claires, et de les faire appliquer et respecter.

L’Afrique a, en outre, besoin d’une gouvernance de qualité plus que du financement lui-même, précise Matata Ponyo. ‘’Une gouvernance politique lui permettant de se choisir des vrais leaders et non des dirigeants. Une gouvernance économique lui garantissant une gestion efficace et efficiente de ses ressources tant dans le secteur public que dans le secteur privé. Une gouvernance sécuritaire lui garantissant la paix et la sécurité sans lesquelles, il est impossible d’imaginer la mise en œuvre effective d’un programme économique dans les différents États. Une gouvernance juridique et judiciaire permettant aux entreprises et particuliers d’évaluer les opportunités économiques et d’agir en conséquence sans craindre des ingérences arbitraires ou l’expropriation. Une gouvernance sociale lui permettant de préserver l’équilibre social tout en veillant à la protection des plus faible‘’, a-t-il souligné.

Boris Luviya