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Céni–Processus électoral : Les vérités de Félix devant le Congrès de décembre 2019

Céni–Processus électoral : Les vérités de Félix devant le Congrès de décembre 2019

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(Par Félix Kalala Mwanza/Analyste politique)

*Le Président de la République avait déjà choisi le bon moment pour présenter le panorama de la RDC depuis sa prise de pouvoir à l’issue des élections du 30 décembre 2018. Aucun élément de langage n’avait échappé à cette production magistrale et séduisante  tant la richesse du contenu était soutenue par une cohérence et une solidité à toute épreuve. Ce qui se passe aujourd’hui au pays et qui chauffe l’actualité, est à mettre au compte de l’accomplissement d’une prédiction présentée,  lors de la première prestation de Félix Tshisekedi devant le congrès en décembre 2019.Qu’il s’agisse des réformes à opérer dans le domaine des élections,  en particulier, ou de la gestion des humeurs politiques et des sentiments partisans de manière générale, le Chef de l’ Etat, par une vision de l’aigle, avait déjà plus ou moins défini les perspectives tourbillonnaires de cette gouvernance de coalition fondée sur une hypocrisie ostentatoire.

«Nzambeaponiyo, osalelaye  na Nzotompe  na motemanayomobimba,… !».Il y avait comme de l’électricité dans l’air dans cette salle mythique du congrès du palais du peuple. L’ambiance était bon enfant à l’image de  Noël où chacun pouvait chanter : Un fils nous est né…Un Président nous est donné ! Les plus nostalgiques en avaient eu aussi pour leur compte selon que les moments les plus fous et les plus forts de la Conférence Nationale Souveraine étaient remontés à la surface de toutes les bonnes mémoires. Laurent Monsengwo, tout le clergé catholique, ne pouvait certainement pas manquer d’avoir du rouge dans ses joues, une gorge nouée et des yeux embués avant d’essuyer quelques gouttes de larmes.

C’était la lecture d’une nouvelle page de la démocratie congolaise après une longue parenthèse de plus de deux décennies. C’est un Tshisekedi qui avait indiqué l’heure de grandes vérités et de grandes productions discursives couplées aux grandes allocutions innovantes au moment de grandes mutations devant s’opérer, comme une chirurgie profonde dans les entrailles d’une République qui a longtemps sombré dans la médiocrité, le minimum et l’à-peu-près. C’est un  Tshisekedi qui avait mis au plus haut la barre de son exposé défiant ainsi les prestations solennelles de ceux qui ont déjà marqué l’histoire du monde.

Comme d’habitude, tout  était dans ce discours devant les congressistes parlementaires, surtout la volonté et la détermination de casser le paradoxe séculaire d’un pays potentiellement très riche avec une population horriblement  pauvre. « Loin d’être une fatalité, nous pouvons vaincre la pauvreté et nous la vaincrons », l’a-t-on toujours entendu dire. A croire le procès dit de 100 jours, il y a de quoi saluer les premiers pas dans la direction du changement de la mentalité collective en optant pour une catalyse judiciaire capable de sublimer les valeurs à la hauteur d’un pays grand pour un peuple grand.  C’était du tout dit et du tout cuit n’ayant rien à envier à une peinture bien achevée !

Aussi curieux et intéressant que cela pût paraitre, le discours du Chef de l’Etat, autant qu’il avait mis d’accord même les critiques les plus acerbes, n’avait pas non plus manqué d’émoustiller certains caciques du FCC. Lue  sur son tweeter, la réaction suivante serait venue de l’ambassadeur Kikaya Bin Karubi dans un néologisme qui lui était propre : «Pas d’inuendos, ni de quiproquo, ni d’insinuations, aucune mal-donne, ni méprise politicienne. Le Chef de l’Etat vient d’administrer une leçon aux extrémistes de tous bords sur ce qu’est un homme d’Etat. Aujourd’hui, je suis fier d’être congolais. Chapeau bas Mr le Président ».

De quoi comprendre que les honnêtes gens finissent par écouter la voix de la raison en s’inclinant devant le verdict du «  politiquement correct » quand bien-même les tergiversations continueraient à justifier certains relents pharisaïques. Il est donc clair que les dernières critiques de cet ancien conseiller diplomatique de Joseph Kabila sur le discours du Chef de l’Etat à l’occasion de la fête du 30 Juin, ne constituent ni plus,  ni moins qu’un simplement défoulement d’un pèlerin sans boussole.

Presque dans la même veine, Jeanine Mabunda, présidente de l’Assemblée nationale, sur fond de sa pudeur héréditaire et de son étincelante intelligence, avait, dans un résumé très objectif, salué la grandeur d’esprit et la maturité politique de celui qui n’avait pas manqué de lui jeter les fleurs à la hauteur de ses mérites reconnues par la communauté internationale en tant que femme influente en matière politique.

En plus de sa joie et de son honneur de présider ce congrès à forte charge émotive et pédagogique, Mme Jeanine  avait  également félicité le Chef de l’Etat de bien entretenir l’idée de la coalition actuelle selon qu’il  les avait invités à transcender leurs divergences, à s’évaluer et à procéder aux ajustements nécessaires, avec un objectif de bâtir un nouveau Congo fort, stable et prospère au cœur de l’Afrique. Dieu seul sait de quoi  est animée Mme Jeanine Mabunda pour s’investir, depuis peu, dans un exercice avilissant qui, malheureusement, la rend indésirable, vis-à-vis du peuple congolais. En tout cas, elle n’est plus dans le franc jeu  tant qu’elle multiplie les artifices susceptibles d’engendrer une crise fatale dans le fonctionnement des institutions.

Ne pas toucher au fruit interdit

On avait souvent entendu Félix Tshisekedi dire qu’il n’avait aucun intérêt de créer une crise ni de fouiner dans le passé pour y trouver de quoi troubler les eaux tranquilles, en vue de  mener à bon port les cargaisons de son quinquennat. Ses faits et gestes le prouvent à suffisance, non sans lui valoir de la part de ses pires pourfendeurs, la réputation d’un faiblard et d’un pantin à qui tout est dicté par son prédécesseur. Erreur ! Ils oublient que la diplomatie a son langage et  les négociations ont leurs techniques. L’actuel Chef de l’Etat doit avoir déjà choisi le «  Qui perd-gagne » pour bien tirer son épingle du jeu. Et on voit bien qu’au bout de chaque épisode, c’est lui qui gagne en crédibilité et en confiance.

Par ailleurs, lors de son allocution devant le congrès, Félix n’avait pas côtoyé le dos de la cuillère pour trancher net sur certaines questions qui fâchent et qui alimentent, ce jour, les débats dans plusieurs salons politiques, surtout concernant une éventuelle candidature de Joseph Kabila aux élections de 2023. «Aucune disposition verrouillée et intangible de la constitution ne sera touchée », avait-t-il martelé non sans faire allusion aux incongruités qui avaient caractérisé les élections des Gouverneurs des provinces et des sénateurs. Inutile de rappeler qu’une corruption ostentatoire et plus ou moins pathologique avait prévalu pour justifier le mandat de ceux qui se pavanent d’avoir la majorité parlementaire. Voilà qu’ils se voient confronter à une majorité politique qui leur livre une bataille bien rangée. Tout est suivi à la loupe par ces gilets jaunes (version congolaise) pour dissuader toute tentative de nature à arrêter l’envol politique et économique de la RDC.

Devant le congrès, le pilote de la nouvelle dispensation politique avait dit qu’il était important et urgent que le système électoral en RDC soit revisité et repensé de manière à l’adapter aux besoins de la commodité gouvernementale et de la stabilité des institutions.

Au nombre des priorités, il y a le mode du scrutin indirect qui doit être remplacé par le scrutin direct pour ainsi donner à la population l’occasion d’avoir, par un suffrage objectivement octroyé, des gouverneurs et des sénateurs reflétant l’expression de son libre choix. La problématique du second tour aux  élections présidentielles à  deux tours n’avait pas non plus échappé à l’agenda prévisionnel du nouveau Chef de l’Etat.

C’est dans la même optique que l’Union Européenne avait appelé, le lundi 9 décembre 2019, les autorités congolaises à procéder à la réforme de la Commission électorale Nationale Indépendante (CENI) et de la Cour Constitutionnelle.

Elle avait expliqué que cette réforme permettrait la stabilité des institutions actuelles et la possibilité d’organiser les futures élections dans des conditions les plus souhaitables. Elle avait donc appelé  à la réforme des institutions garantes de la démocratie et des processus électoraux, en particulier la Cour Constitutionnelle et la Commission Nationale Indépendante, dans le cadre d’un processus inclusif et crédible.

Selon elle, et après avoir examiné la situation de la RDC depuis les élections de décembre 2018, la transparence et la crédibilité de prochains scrutins ainsi que la participation de tous, y compris des jeunes et des femmes, seront essentielles pour consolider la stabilité en RDC.

Qu’il s’agisse particulièrement des dérives monstrueuses à l’actif de la Cour Constitutionnelle en matière électorale, le toilettage opéré, il y a peu par le Chef de l’Etat dans le domaine judiciaire est une preuve suffisante de sa détermination à remettre de l’ordre dans la boutique. Quant à la CENI et au processus électoral, ceux qui prétendent apprendre  à un vieux singe à faire des grimaces peuvent déjà se raviser avec intérêt.

On n’en dira pas assez en évoquant l’instrumentalisation et la manipulation dont les cours et tribunaux faisaient l’objet pendant tout le règne de Joseph Kabila, foulant ainsi aux pieds le sacrosaint principe démocratique de la séparation des pouvoirs selon la théorie de Montesquieu. A comprendre donc que l’initiative des Messieurs Minaku et Sakata, au-delà d’être de simples pétards mouillés, renseigne déjà suffisamment sur ce que sera la position de Félix Tshisekedi quant à la candidature de Ronsard Malonda à la présidence de la CENI. Tentative inutile !

En gros, l’actuel Chef de l’Etat a réellement conscience de la mauvaise qualité des élections de Décembre 2018. Au cas contraire,  il aurait logiquement la majorité écrasante selon même tous les résultats des maisons de sondage à l’interne comme à l’externe. Plusieurs fois, on l’a entendu dénoncer la corruption à outrance ayant caractérisé ces scrutins scabreux. Comme quoi, les reformes à réaliser au sein de la Commission Electorale Nationale Indépendante occupent aussi une place de choix dans ses préoccupations majeures en tant que garant du bon fonctionnement des institutions.

Les confessions religieuses et les élections

«Joseph Kabila ne sera plus jamais président de la RDC », entend-on dire non sans raison. Mais, ses oilles continuent à y croire selon qu’entre eux et les confessions religieuses, c’est une histoire d’un vieil amour. Leur galéjade est aussi soutenue par certains constitutionnalistes véreux qui pensent mieux faire en tentant de lire les textes juridiques avec les lunettes partisanes.

Depuis feu Monsieur l’Abbé Malumalu, en passant par le pasteur NgoyMulunda jusqu’à la dernière aventure de Corneille Nangaa, les confessions religieuses, en plus d’avoir longtemps abusé de la confiance de la population, ont largement montré leurs limites.

On a vu également de quelle sauce était capable Monsieur l’Abbé Bosco Bahala, un autre pasteur catholique, à la tête du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) qui est aussi une institution d’appui à la démocratie. Ainsi, vouloir soumettre encore et toujours l’administration électorale au leadership des confessions religieuses ou de quiconque se réclamerait de ces obédiences déjà gangrénées par le mercantilisme, c’est exhumer le débat de la crédibilité, de la transparence et de l’inclusivité  du processus électoral.

Aussi est-il important de rappeler que la roublardise du FCC ne date pas de la dernière pluie. On l’a vu à l’œuvre dans sa complicité ouverte avec  Corneille Nangaa quant à l’usage de la machine à voter pour pousser le camp adverse au boycott. Déjà en cachette, et pour défier la CENCO, Joseph Kabila aurait  monté de toutes pièces, une autre structure opportuniste des confessions religieuses dénommée (CIME) pour s’en servir comme base-arrière là où les catholiques se montreraient intransigeants face à ses multiples tentatives de revenir au pouvoir.

On sait de quoi est capable l’écurie de Sony Kafuta, Denis Lessie, Kankienza et autres zinzins qui nous tiennent lieu de pasteurs.

C’est sans contredit que c’est  cette  structure très mal connue dans les girons de la société civile qui a présenté la candidature de Ronsard Malonda à la tête de la CENI. A l’évidence, aucun congolais n’est plus disposé à admettre que l’organisation des élections en RDC soit éternellement l’affaire des confessions religieuses. Cela vaut aussi pour l’église catholique dont personne n’attend revivre les exploits malheureux de Feu Muholongu Apollinaire Malumalu.

Que conclure ?

Concernant les élections à venir, les bons observateurs, sachant lire objectivement le déroulement des processus électoraux depuis 2006, ont tous les éléments d’analyse pour déjouer la  félonie du FCC qui, pendant 18 ans de règne, s’évertuait à instrumentaliser la justice et toutes les institutions d’appui à la démocratie. Les mauvais penalties dont parlait Moise Katumbi n’étaient pas de simples figures de style. Bien au contraire !

«Chasser le naturel, il revient au galop », dit-on. Avec un bilan largement négatif, ceux dont la gestion a été décriée, affichent encore et curieusement, leur appétence de revenir aux affaires en galvaudant la compréhension des textes juridiques et en  brouillant les cartes des négociations selon le diktat de leur boulimie voulant tout ramener au niveau de leur nombril.

Il est donc à comprendre que les hostilités déjà ouvertes depuis peu entre le FCC et la majorité de la population congolaise, sont principalement liées au choix des animateurs des institutions d‘appui à la démocratie.

Le grand mérite du dernier discours de Félix Tshisekedi à l’occasion du 60ème anniversaire de l’indépendance de la RDC, c’est  de mettre aussi en exergue la personnalité d’un homme pas facilement manœuvrable et qui ne compte pas rééditer les spectacles désolants selon qu’il tient à la qualité de son bilan à présenter au peuple congolais d’ici à la fin de son premier mandat.