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Mini-sommet de Goma : les vrais raisons du rendez-vous manqué

Mini-sommet de Goma : les vrais raisons du rendez-vous manqué

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Pour Mme la Ministre d’Etat aux affaires Etrangères, c’est l’imminence de l’Assemblée Générale de l’ONU qui a causé ce report sine die du sommet prévu entre la République Démocratique du Congo, l’Ouganda, le Burundi et l’Angola.

Il apparait clairement que ce n’est pas la seule vraie raison.  Car, en dehors de l’Angola qui ne partage aucune frontière avec le Rwanda, tous les autres pays avaient des raisons de redouter Goma dont la proximité avec les zones rouges où la sécurité est depuis des longues années précaire. Goma est la capitale de la Province du Nord-Kivu où des exactions et des tueries sont commises au quotidien.  Ces pays connaissent par l’entremise des rapports de leurs services secrets tout ce que les congolais ne savent pas sur les acteurs et les  auteurs de ces violences.  Ces acteurs, habitués à des coups d’éclat, auraient pu mettre les Chefs d’Etat dans une situation qui les auraient embarrassés.

Mais cela n’est pas la seule raison.  La diplomatie Congolaise n’a pas tenu compte de la profondeur des différents qui oppose le Rwanda et ses voisins du Nord et du Sud que sont l’Ouganda et le Burundi. Il eut fallu qu’elle déblaye le terrain ; qu’elle arrondit les angles avant d’inviter toutes ces parties à se mettre autour d’une table.  C’est comme si quelqu’un qui se retrouve au milieu d’une  bagarre, appelle les parties prenantes à la bagarre à venir se parler en amis alors que chacune d’elle continue à respirer la rancune à l’endroit de la partie adverse.

En effet, l’Ouganda et le Rwanda qui avait manifesté quelques gestes d’apaisements l’un envers l’autre en Angola n’ont pas poursuivi leurs efforts sur la voie de la normalisation.  Ce n’est pas encore la guerre ouverte, mais la rancune entre les deux parties reste vivace et les accusations que les deux parties se lancent l’un et l’autre au quotidien n’ont pas encore pris fin. Les deux pays n’ont fait aucun geste supplémentaire pouvant présager des pourparlers sereins et paisibles.  Dans ces conditions, sans travail de préparation préalable, l’Ouganda ne pouvait que décliner l’invitation.

Le Burundi de son côté a un nouveau Président qui s’emploie à consolider ses assises dans un pays qui était dirigé d’une main ferme par un seul homme qui l’incarnait. D’autres parts, le Burundi accuse toujours le Rwanda d’utiliser le sol Congolais pour l’attaquer. Il y a quelques semaines, le Burundi déclarait que le Rwanda appuyait sur le sol Congolais des rebelles Burundais qui l’attaquaient et la communauté Internationale avait même craint en cette occasion une guerre ouverte entre les deux pays.

Nous n’avons pas pu observer un ballet diplomatique entre tous ces pays pour que ces différents aient une chance d’être aplanies avant le sommet.  A partir de ce moment là, tout était mal ficelé pour que le sommet n’ait pas lieu.

Enfin, le tableau d’incertitudes que brosse la politique intérieure du Congo où le Président de la République a du mal à affirmer son autorité sur l’ensemble des forces politiques du pays n’était non plus une raison rassurante pour que les Chefs d’Etat des pays voisins de l’Est du Congo viennent s’y risquer alors que le contrôle du gouvernement congolais n’est pas complet et rassurant.

Bien sûr, la raison de l’imminence de la session de l’Assemblée Générale de l’ONU où chaque pays essaie de faire entendre sa voix devant le concert des nations est une raison assez sérieuse pour justifier le report de la réunion projetée mais le fait qu’on ne puisse pas en fixer une nouvelle date laisse entrevoir que ces pays attendent trouver des réponses aux différents préalables qu’ils ont du présenter à la diplomatie congolaise qui ne pouvait y donner rapidement des réponses.

Laurent Bukasa