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Réformes électorales : l’UDPS sort de son mutisme

Réformes électorales : l’UDPS sort de son mutisme

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Devant les mamans de l’UDPS, le Mercredi 7 octobre 2020, le Secrétaire Général de l’UDPS, M. Augustin  Kabuya vient de livrer le fond de la pensée du Parti cher au Président de la République, sur l’ordre de priorité des réformes à entreprendre avant les élections de 2023. Loin d’être anodin, cette déclaration révèle la détermination qu’a l’UDPS  de ne pas déborder au-delà des délais constitutionnels du premier mandat du Président venant de ses rangs, mais aussi celle d’identifier les électeurs.

Le principe de ‘’faire à autrui ce que vous voulez qu’on fasse pour vous ‘’ est à rappeler aux thuriféraires de l’UDPS dont la virulence dans la dénonciation du ‘’glissement ‘’ avait dépassé les limites connues durant le règne de Kabila. L’UDPS, curieusement, semble aujourd’hui privilégier des mécanismes qui déblaient un boulevard à un’’ large glissement’’ pour son Président par cette affirmation pleine de fermeté de mettre à l’avant le recensement et l’identification de la population comme préalable à toute réforme électorale. L’UDPS voudrait simplement que le dépassement de délai constitutionnel pour un mandat soit acté.

Bien sûr que l’identification des Congolais est très importante, au vu de ce qu’offre la porosité de nos frontières surtout à l’Est du pays. Les habitants des pays frontaliers de  l’Est du pays qui veulent entrer au pays, le font avec une facilité déconcertante. L’opinion se souviendra de l’entrée en République Démocratique du Congo d’un millier des croyants Burundais qui se sont retrouvés à Uvira, en route vers une localité de Masisi considérée comme leur terre promise. Comment un millier de femmes, enfants, et hommes peuvent traverser la frontière en surprenant tous les services d’immigration du pays, alors qu’ils sont déjà à l’intérieur de nos frontières ?

Un candidat rusé peut aller recruter ce genre de  personnes dans ces pays là et venir se faire élire frauduleusement au pays sans beaucoup de peines. D’où, l’importance du recensement de la population.

Mais, l’importance de l’identification de la population ne peut en aucune façon occulter la nécessité  de respecter les délais constitutionnels afin de ne pas retomber dans les travers du dernier mandat du Président Honoraire de la République qui avait bénéficié indûment  d’une rallonge de deux années pour son dernier mandat. Le respect des délais constitutionnels est une obligation si les autorités veulent être prises au sérieux dans les instances internationales.

D’où, le cri d’alarmes des observateurs avertis qui voient dans la déclaration d’Augustin Kabuya l’absence de cette préoccupation de mettre les prescrits de la Constitution au devant de toutes les autres considérations.

L’UDPS avait été la première à manifester contre le ‘’glissement’’, et pour rappel, le pouvoir en place avait déjà à l’époque évoqué  la nécessité de l’identification de la population comme préalable pour toute élection en RD Congo.

Les mêmes observateurs notent la même inertie qui avait précédé le premier ‘’glissement’’ de 2016 et qui est à craindre aujourd’hui et les déclarations d’Augustin Kabuya ne viennent que confirmer les craintes.  Le Parlement ne semble pas mettre sur la liste de ses priorités la mise à jour du fichier électoral qui pourra rendre les élections possibles en 2023.

Pour rappel, d’après la dernière équipe de la CENI de Corneille Nangaa, la mise à jour du fichier électoral prend un minimum de 2 ans et nécessite plus ou moins 400 millions de dollars US. Les sonneurs d’alarmes font remarquer que si le problème du fichier électoral n’est pas traité au début de 2021, le train des élections de 2023 risque d’arriver à la gare après l’année prévue.

Au vu de ce qui a été jusqu’à présent la bataille de l’UDPS jusqu’à ce jour, on voit mal ce parti militer pour un ‘’glissement’’ et se mettre à combattre ceux qui réclameront la tenue des élections à la date convenue.

Quand bien même le fichier électoral serait mis à jour, il restera le fait  que le Recensement est beaucoup plus lourd que l’enregistrement des électeurs qui a été effectué jusqu’à présent. Le Recensement ne concerne pas seulement les électeurs potentiels, il concerne aussi les mineurs.  Il demande plus de moyens aussi.

C’est là qu’interviennent les propositions innovantes du groupe de 13 Personnalités qui ont sillonné la République récemment pour vendre des réformes sur le système électoral dans le but de l’améliorer. Ils proposaient que l’enregistrement des électeurs soit le commencement du recensement. En cela, ils proposent qu’au lieu que ce soit tous les cinq ans que la CENI met à jour le fichier électoral en effectuant l’enregistrement des électeurs ;  qu’elle puisse considérer cette fois-ci l’enregistrement comme le début du recensement. Les cartes que la CENI délivrera seront des cartes pour citoyens. Alors aux échéances futures, les fichiers seront seulement mis à jour pour les élections, les nouveaux électeurs ajoutés et les morts retranchés. La CENI et l’ONIP travailleraient en synergie.

Cette proposition innovante valait la peine d’être considérée et enrichie. L’opinion nationale qui tient que notre pays sorte de la catégorie de ‘’drôle de démocratie’’ pour celle d’une démocratie normale a été sidérée de voir cette proposition de réforme jetée au placard par l’Assemblée Nationale.

Et toutes ces propositions n’ont qu’un seul ennemi implacable. C’est le temps qui s’écoule de manière inéluctable sans espoir de revenir en arrière.

Alors, Augustin Kabuya a-t-il choisi la voix décriée de ‘’glissement’’ ou la voix du respect des prescrits constitutionnels ? L’avenir nous donnera les précisions.

Laurent Bukasa