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Minembwe : Fatshi va à la cause, ses détracteurs l’attaquent aux effets !

Minembwe : Fatshi va à la cause, ses détracteurs l’attaquent aux effets !

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” A quelque chose, malheur est bon “, dit-on. Peut-être aura-t-il fallu la bourde ou le baroud d’honneur (au choix) du 28 septembre 2020, avec l’installation agitée du bourgmestre de la commune rurale de Minembwe, pour que l’initiative inattendue mais au moins clairvoyante du Chef de l’État mette tout le monde d’accord, tout au moins dans un premier temps.

Cette initiative, on s’en doute, n’est pas que la suspension ou l’annulation de tout ce qui a été fait jusque-là sur cette agglomération, comme on l’observe dans les réseaux sociaux.

C’est plutôt la tenue d’une conférence scientifique devant réunir, aux dires de Félix Tshisekedi, géographes, démographes, juristes.

Mission assignée à cette conférence : ” retracer toutes ces limites, mais toujours en connexion avec les autochtones “.

Mieux, au cours du conseil des ministres du vendredi 9 octobre 2020, le Chef de l’Etat a non seulement persisté et signé, mais il a surtout innové : les scientifiques devant éclairer la lanterne publique ne doivent pas être des protagonistes.

La commission, dit-il, sera composée “d’experts scientifiques non originaires avec mission de clarifier les choses, de retracer toutes les limites des communes concernées de Hauts Plateaux en vue de dégager des propositions de solutions appropriées à prendre”.

La veille, à Goma, il a estimé qu’ ” Il s’agit, comme on peut bien s’en rendre compte, d’une première dans l’histoire tumultueuse du Grand Kivu depuis 1960 “.

Effectivement, c’en est une.

Par solidarité avec les compatriotes du Kivu frontalier – espace comprenant les provinces du Sud et du Nord Kivu – on n’a pas à se réjouir des effets de l’insécurité ambiante qui s’est ” confortablement ” installée dans cette partie névralgique du pays. Partie où se redessine (avec le Soudan du Sud) l’Afrique post-Perestroika via un Berlin II qui ne dit pas son nom. D’où, d’ailleurs, l’allusion faite dans la dernière chronique à la crise du Fachoda. Celle qui avait failli voir Britanniques et Français se tirer dessus à cause de l’exercice d’un droit sur une partie du Soudan. Syndrome en voie de se répéter dans le redécoupage des Grands-Lacs quand on revoit Français et Anglosaxons s’y disputer des espaces, Washington étant cette fois à la manœuvre.

Dans le cadre de la crise du Kivu, l’épisode Minembwe n’a rien de reluisant ni de réjouissant. Au contraire, vexant, il interpelle.

Les langues se sont suffisamment déliées après la cérémonie de mise en place de l’autorité municipale.

On a redécouvert que l’érection de cette entité politico-administrative en territoire remonte à l’époque où un mouvement rebelle, dénommé Rassemblement congolais pour la démocratie (Rcd) apparu à la faveur de la guerre du 2 août 1998, administrait une bonne partie du pays, principalement les provinces du Sud-Kivu, du Nord-Kivu, du Maniema et une partie du Katanga.

Minembwe est au Sud-Kivu. Ceci comme première étape.

Deuxième étape, on a appris qu’une fois devenu cogouvernant du fait de participer à la gestion de la Res publica dans le cadre de la Transition 1+4 issue du Dialogue intercongolais, le Rcd avait sommé le Gouvernement d’ériger Minembwe en territoire.

Troisième étape, on a appris qu’en 2013, le Gouvernement avait octroyé à cette contrée, par décret du Premier ministre, le statut de commune rurale.

Quatrième étape, on a découvert qu’au moment de passer à l’acte, les autorités avaient décidé de l’ajournement de l’application de ce décret.

Cinquième étape, cette application va se faire en septembre 2020 à la surprise générale, seuls les “initiés” ayant été mis au courant.

Depuis, on a assisté non seulement à une levée des boucliers, mais aussi à une *rétractation* spectaculaire de la part des officiels congolais et étrangers qui se sont retrouvés à Minembwe pour autre chose, disent-ils, que pour la cérémonie d’installation du bourgmestre titulaire et de son adjoint, ce dernier s’étant d’ailleurs rétracté.

Depuis, députés nationaux à Kinshasa et députés provinciaux au Sud-Kivu ont résolu d’actionner les moyens de contrôle prévus à l’article 138 de la Constitution. Notamment l’interpellation des ministres concernés. A l’Assemblée nationale, il s’agit des ministres ayant dans leurs attributions la Décentralisation et la Défense. A l’Assemblée provinciale, le ministre de l’Intérieur.

Tous du Fcc, et en plus dans des chambres délibérantes dominées par le Fcc, on réalise déjà les effets du tsunami quand le pays va s’arrêter pour suivre la retransmission en direct des “interpellés” !

Minembwe, contrairement à ce qu’on pense, n’est pas un territoire ou une commune ayant en partage avec le Rwanda la même frontière.

Cette entité est au Congo.

Au rythme où on déverse dans les réseaux sociaux congolais des images tantôt de beautés tutsis, tantôt de prédicateurs rwandais tutsis, tantôt des artistes tutsis vantant la “conquête” de Minembwe, on a l’impression d’un travail de communication mûri.

La conviction qui se forge est que la cinquième étape devait être la clé de voûte de la planification, cela sur base d’une autre photo balancée dans les réseaux sociaux : la position géographique du Lesotho en Afrique du Sud.

La question, maintenant, est de savoir où étions-nous, nous Congolais d’ici et d’ailleurs, lorsque Minembwe se ” fabriquait ” !

Évidemment – comme d’habitude – on était dans le ndombolo.

Dans une chronique intitulée “Congo Bololo” parue voici six mois environ la responsabilité première du leadership kivutien avait été engagée dans la crise kivutienne.

Les observateurs avertis ont toujours cherché à savoir pourquoi la cohabitation entre populations transfrontalières des trois provinces de l’Est ayant en partage la même frontière avec le Burundi, le Rwanda, l”Ouganda et le Soudan du Sud, en l’occurrence le Sud-Kivu, le Nord-Kivu et l’Ituri sont de tout temps en conflits “intercommunautaires».

En donnant rendez-vous à ce leadership et en le mettant face aux scientifiques et aux juristes non originaires, Félix Tshisekedi a réalisé un exploit : faire assumer aux Congolais leurs responsabilités.

Dommage qu’aussitôt cette initiative annoncée, les Congolais renouent avec leur passion. Entre annulation de tout ce qui a été fait jusque-là et tenue d’une commission scientifique avec géographes, démographes et juristes, la passion dévorante nous fait empoigner autour de l’effet pendant que nous devrions débattre de la cause de la crise du Kivu. Ceux qui ont toujours prétendu disposer des preuves scientifiques se défilent. Ils sont les premiers à remettre en cause l’initiative de Félix Tshisekedi alors que de la conférence scientifique envisagée sortiront des vérités censées nous édifier.

Tout Congolais doit prendre conscience de l’impossibilité de s’affranchir de l’ignorance ou de la manipulation si on rejette la “vérité” !

Omer Nsongo die Lema