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Rapport Projet Mapping : allez-y sans mêler Fatshi…

Rapport Projet Mapping : allez-y sans mêler Fatshi…

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Rien ne justifie l’acharnement à lui faire porter la responsabilité et le chapeau…
Dix ans après la publication du Rapport Projet Mapping (RPM) documentant, selon ses auteurs, « 617 crimes de guerre, crimes contre l’humanité et de possibles crimes de génocide» perpétrés en 1993 et 2003, on assiste à un réveil étrange de mémoire trahissant dans le chef de certaines forces politiques et sociales, jusque-là muettes, la volonté de procéder à la récupération politicienne de l’affaire. A l’occasion du jour anniversaire de cette publication (1eroctobre), les médias ont consacré à l’événement des éditions spéciales avec au centre Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018. Fora, marches, caravanes etc. ont été programmées en vue de rappeler à l’opinion ce document et exhorter la population à se l’approprier. Jusque-là, rien d’anormal…
Opération planifiée ?
L’anormal a commencé cependant lorsqu’on a perçu l’intention délibérée de désorienter l’opinion congolaise. Car, à la lumière des faits et gestes ayant précédé la date devenue fétiche, la certitude qui s’est forgée est celle d’une action plutôt bien planifiée. Tenez :
– 3 septembre. Dr Denis Mukwege dénonce les menaces pesant sur lui pour avoir évoqué le RPM et proposé l’installation d’un Tribunal international pour son pays ;
– 16 septembre. Le conseil européen lui consacre tout une plénière en soutien à sa croisade ;
– 25 septembre. La Fondation Panzi, créée par le Prix Nobel congolais, procède à la remise des clés des maisons construites pour les survivantes des violences sexuelles ;
– 30 septembre. Les forces politiques et sociales préparent l’opinion à l’événement du lendemain, et
– 1er octobre. La commémoration de la date anniversaire de publication du RPM a lieu. Les envoyés spéciaux des médias périphériques sont à Tingi Tingi (sur l’itinéraire de la guerre de l’Afd), à Kisangani (pour la guerre rwando-ougandaise) et, clou hélas manqué du rendez-vous, à Bukavu où la mobilisation a été très faible (près de 5.000 manifestants) et la participation du Dr Denis Mukwege annulée pour raison de sécurité.
Des indices incitent à croire que la sortie médiatique du Prix Nobel de la Paix aura été une opération managée pour n’atteindre que l’objectif de célébration du 10èmeanniversaire du RPM. Pas plus.
Au Conseil de sécurité de l’ONU de procéder à  sa finalisation
« Invité Afrique de Rfi » à cette occasion, Dr Denis Mukwege va cependant commettre la « gaffe » d’engager ouvertement le Président Félix Tshisekedi à s’assumer au motif d’être non concerné par la perpétration des crimes contenus dans ce rapport qui, pour rappel, est un PROJET.
A une question suggestive de Sonia Rolley de Rfi lui attribuant la mobilisation notamment internationale du fait d’avoir placé son prix sous le régime de la fin de l’impunité autour du RPM, le médecin répond : « Comme prix Nobel de la paix, comment est-ce que je peux continuer à garder ce titre honorifique, si je ne travaille pas pour la paix dans la région ? ». Il s’est réjoui certes du fait de voir le Président Tshisekedi demander « que son gouvernement puisse travailler sur le dossier de la justice transitionnelle » qui puisse « permettre à certaines personnes qui vivaient dans la peur de sentir qu’il y a un espoir, il y a un dirigeant qui veut faire bouger les lignes ».
Mais, il est de notoriété publique que tant qu’il reste un projet en raison de sa dénomination exacte, à savoir « Rapport du Projet Mapping concernant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la République démocratique du Congo”, ce document n’a aucune valeur juridique,  ni judiciaire.
Pour le devenir, il revient au Conseil de sécurité de l’Onu de procéder à sa finalisation.

Et là, c’est d’abord l’affaire des 5 pays membres : Etats-Unis, Russie, Chine, Grande Bretagne et France.Or, le RPM a un problème sérieux : l’implication évidente des gouvernements et des opérateurs économiques étrangers dans les crimes documentés. Dont plusieurs ont des liens étroits avec des pays de la région comme l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi.
D’ailleurs, le RPM se réfère au « Rapport final des experts des Nations Unies sur l’exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses de la RDC» publié en 2002, document épinglant notamment Sabena (Belgique), Bollore (France), City Bank (Etats-Unis), outre l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, le Zimbabwe etc. Ceci en externe.
En interne, il ne se limite pas à l’Afdlcomme le pense une bonne partie de l’opinion. La partition des périodes se fait de manière suivante : 1993 à 1997 sous Mobutu ; 1997 à 2001 sous Laurent-Désiré Kabila et 2001 à 2003 sous Joseph Kabila.
En plus, de 1997 à 2003, il y a aussi les chefs rebelles du Rcd (Ernest Wamba du Kongo Central, Emile Ilunga du Katanga, Adolphe Onosumba du Kasaï Oriental, et Azarias Ruberwa du Sud-Kivu), du Mlc (Jean-Pierre Bemba de l’Equateur), du Rcd-Kml(Antipas Mbusa du Nord Kivu), du Rcd-N(Roger Lumbala du Kasaï Oriental) et des Maï-Maïdu Kivu.
Entre 1993 et 1997, sous Mobutu, il y a entre autres l’Uféride Jean Nguz et Gabriel Kyungu wa Kumwanza du Katanga dans la partie sensible des relations avec les Kasaïens. Ce n’est pas tout. Ne peuvent pas ne pas se sentir visés des forces politiques comme lesFdu/Fpc, plateforme pilotée par le Mpr-fait privé ayant eu entre autres acteurs majeurs Honoré Ngbanda de l’Equateur, Antoine Mandungu du Bandundu, sans oublier des officiers de l’armée, de la police et des renseignements.
Bref, de nombreux protagonistes visés dans ce Rapport sont des gouvernements étrangers et des multinationales tout comme des partenaires politiques et sociaux congolais dont la plupart sont disposer à appuyer Félix Tshisekedi dans la consolidation de son pouvoir.
En d’autres termes, les organisateurs de la campagne pour la validation, par le Conseil de sécurité de l’Onu, du RPM demandent ouvertement au Chef de l’État d’engager avec eux un bras de fer.
Pourtant, la logique engage la responsabilité première des Nations Unies – et non celle de Kinshasa – dans cette validation.
Le Kivu de plain-pied dans la crise du fachoda ?
Ce qu’il y a de malhonnête dans cette affaire, c’est qu’on veut revoir des Congolais se rentrer dedans et, au final, hypothéquer les chances de la première alternance politique en 60 ans d’Indépendance, le prétexte trouvé étant la non-implication avérée de Fatshi dans les crimes perpétrés.
Le bon sens – au stade actuel des choses – consiste pourtant à aider le Président de la République à pénétrer et à maîtriser les leviers de la question, tant il est vrai que les incidences pourraient se révéler catastrophiques pour le pays.
Le Kivu – on ne cessera jamais de le dire – est en apparence le ventre mou de la République. Mais, en réalité, en raison de ses potentialités par rapport à l’avenir de l’humanité, il est un enjeu déterminant dans la préservation ou non de l’unité nationale.
En langage simple : l’avenir du Congo, aujourd’hui, ne se joue qu’au Kivu frontalier et en Ituri voisin du Soudan du Sud. Ce voisinage n’est pas sans rappeler la crise du Fachoda surgie en 1898 entre, d’un côté, la Grande Bretagne (soutenue par les puissances anglo-saxonnes dont les Etats-Unis) et, de l’autre, la France. Le Kivu semble entrer de plain-pied dans ce syndrome, si ce n’est pas déjà fait.
Forte alors est envie de dire à propos du Rapport dit Mapping pris dans sa dimension globale : inutile d’y mêler Félix Tshisekedi, ni ses successeurs  et surtout,  le survivant de ses prédécesseurs.
En effet, quand on avait piégé le processus démocratique en 1990 avec la fameuse affaire « massacre des étudiants de l’université de Lubumbashi », ou conçu la terrible affaire « épuration ethnique au Shaba » en 1991-1992, ou encore concocté ce qui est devenu le génocide rwandais à partir de 1994 avec toutes les conséquences directes et indirectes enregistrées – dont l’insécurité qui prévaut à et dans l’Est au point de justifier le mini-sommet de Goma d’octobre 2020- Félix Tshisekedi n’était pas là.
Rien ne justifie alors l’acharnement à lui faire porter la responsabilité des événements surgis entre 1993 et 2003. Ou le chapeau.
Au moment où s’ouvre la saison des Prix Nobel 2020, Dr Denis Mukwege n’est même pas censé le savoir. Il le sait.
Omer Nsongo die Lema/CP