Pas un pas sans la prospérité.
Chaque jour, du lundi à samedi, reprise des publications quotidiennes

Au – delà des considérations partisanes : travailler pour la cohésion sociale en RDC

Au – delà des considérations partisanes : travailler pour la cohésion sociale en RDC

This post has already been read 724 times!

(Par le Bureau des Affaires Extérieures de la  Foi bahá’íe en RD Congo,  Octobre 2020)

Ce présent document propose un partage d’expériences, de réflexions et d’apprentissages sur l’accompagnement des individus, des communautés et des institutions, dans le but de contribuer à l’action et à la pensée, sur le discours de la cohésion sociale et l’émergence d’une nouvelle compréhension de l’unité.

En RD Congo, au regard de la grande diversité culturelle que reflète ce pays aux allures d’un sous-continent, nous avons choisi de mettre en lumière une lecture alimentée par les vécus expérimentés d’une centaine de chefs coutumiers et d’autorités locales.

Si cette contribution n’a pas la prétention de proposer une solution unique pour répondre à la multitude des enjeux qui sous-tendent divers conflits en RD Congo, elle a l’espoir d’offrir aux lecteurs, un éclairage nouveau pour alimenter sa propre

 réflexion, à la lumière d’un nouveau paradigme. 

Cet écrit s’articule autour des sections suivantes :

  1. Contexte
  2. L’importance de la cohésion sociale
  3. Le développement des ressources humaines
  4. Quelles valeurs pour promouvoir la cohésion sociale
  5. S’engager dans le sentier de l’apprentissage
  6. Contexte

Au mois de janvier 2020, plus d’une centaine de chefs traditionnels et autorités locales se sont rencontrés pour une consultation qui a eu lieu en deux groupes et en deux temps. Le premier groupe s’est retrouvé à Kagenge, localité du territoire de Mweka dans la Province du Kasaï Centrale,  du 03 au 05 janvier 2020. Quant au second groupe, il s’est rassemblé à Bukavu, dans la province du Sud-Kivu,  du 10 au 12 janvier 2020.

Ils consultaient, sous les auspices de l’Assemblée Spirituelle Nationale des bahá’ís de la République Démocratique du Congo, sur les voies et moyens pour renforcer leur implication active dans les efforts visant à favoriser le bien-être spirituel et matériel mais aussi l’unité et la paix parmi leurs populations respectives. Étant des leaders influents dans leurs communautés respectives, ils peuvent servir de catalyseur pour la cohésion sociale dans leurs juridictions, en engageant des conversations autour de la construction communautaire grâce aux activités qui visent la transformation de l’homme et son environnement.

La sélection de ces chefs traditionnels ne s’est pas faite au hasard. Depuis plusieurs décennies, avec d’autres acteurs sociaux, la communauté bahá’íe mène des activités, au niveau local, destinées à développer les capacités des ressources humaines pour permettre leur participation active dans la construction communautaire. Ces activités ont connu des fortunes diverses, influençant la vie communautaire à des degrés divers. Dans certains lieux, l’impact s’est avéré tellement profond qu’il a suscité une implication sensible de la part des autorités locales. Tel est le cas de la cité de Kakenge et de ses environs. C’est ainsi que les chefs traditionnels de cette contrée, familiarisés avec les efforts entrepris pour la construction communautaire, ont été invités à réfléchir de quelle manière ils pourraient apporter un appui structuré dans l’expansion et la consolidation de la cohésion sociale.

  1. L’importance de la cohésion sociale


Considérons le corps humain comme exemple. L’être humain est constitué d’une grande diversité de cellules. La peau, les yeux et les os sont formés de cellules qui peuvent être de nature différente ; cependant, c’est lorsque ces différentes cellules, à travers les organes qu’elles forment, établissent une parfaite cohésion entre elles que le corps humain fonctionne à son meilleur niveau. Ce n’est qu’à condition que les organes travaillent en harmonie que le corps entier peut se développer dans des conditions optimales. Le moindre déséquilibre peut entraîner un dysfonctionnement du corps entier et créer la maladie. De même, si un organe reçoit trop ou pas assez de ressources, selon ses besoins, comme par exemple du sang ou de l’oxygène, cela crée un déséquilibre. Comme chaque organe a un rôle précis, ils sont dans une dynamique d’interdépendance. Le fonctionnement défectueux d’un organe affecte le bon fonctionnement de tout le corps humain.a cohésion sociale est un concept qui nécessite que nous puissions nous y pencher un court instant. Le mot « cohésion » reflète la capacité à maintenir certains éléments ensemble. Le qualificatif « sociale » se réfère, quant à lui, à nos interactions en tant qu’êtres humains. Un autre mot utilisé pour la cohésion sociale peut être l’Unité. Tous les éléments de l’univers ont comme vocation de s’intégrer les uns les autres, chacun dans son rôle le plus élevé. Lorsque les éléments qui constituent une structure brisent les liens qui les unissent, l’existence individuelle de chaque élément qui la compose est démunie de sa parfaite expression et un déséquilibre se crée.

Chaque être humain est comme une cellule individuelle du corps de la société. Si le corps ne nourrit pas ses cellules et si chaque cellule ne remplit pas son rôle, quel qu’il soit, la société connaîtra un dysfonctionnement. L’intérêt étant que chaque partie du corps sociétal puisse se réaliser pleinement dans sa tâche, pour le bien-être du corps tout entier. La beauté du corps vient du fait qu’il offre cette diversité entre ses différents éléments. C’est ce qui le rend riche, vigoureux et vivant. Chaque membre de la société remplit sa mission de vie pour le bien-être du genre humain. C’est à cette condition que l’ensemble des communautés arrivent à se développer de manière harmonieuse.

La société peut donc être comparée au corps humain. Elle est constituée d’éléments divers et leur capacité à travailler ensemble permet à la société de progresser, de se développer. Lorsqu’ils s’en avèrent incapables, la société manifeste de nombreux problèmes comme la confusion, l’agitation, la crise d’un système, le chao, bref la maladie dans le corps sociétal.

A ce stade de la compréhension, il nous appartient de formuler la question qui a été l’élément déclencheur, pour matérialiser les deux rencontres des chefs coutumiers, l’une à Kagenge et l’autre à Bukavu.

Comment améliorer la cohésion sociale pour vivre l’unité au sein de nos communautés ?

Cette question a permis aux protagonistes de réfléchir sur plusieurs remèdes salvateurs dans le but d’expérimenter une prospérité globale. L’un des points à l’ordre du jour, au cours de la rencontre des chefs traditionnels, donnait une opportunité à chacun d’entre eux, de partager son expérience sur la collaboration avec la communauté bahá’íe dans sa juridiction. L’un des chefs traditionnels ayant participé à la rencontre de Kakenge a partagé : « Pendant la période des conflits tribaux qu’a connu Kakenge et ses voisinages, je voyais les bahá’ís appartenant à ces deux tribus (Kuba et Kete) travailler ensemble et venir me consulter sur ce qu’il fallait faire pour que la paix revienne ». Les différentes interventions des chefs traditionnels ont ressorti un fait : les activités qui ont été initiées dans le cadre du développement communautaire, permettent à la communauté de développer certaines qualités, aptitudes et attitudes qui engendrent la possibilité d’intervenir sur une gamme diversifiée de besoins de la société, en vue de favoriser la cohésion sociale.

  1. Le développement des ressources humaines
 

Au cœur du cadre d’action mis en œuvre, se trouve le concept de l’autonomisation morale se fondant sur deux principes interdépendants : l’unité de l’humanité et l’évolution de la société humaine.

L’unité de l’humanité est le principe central des enseignements bahá’ís. Elle constitue le pivot autour duquel tourne tous les autres enseignements. Dans cette compréhension, ce n’est que dans le vécu de l’unité par l’humanité tout entière que cette dernière pourra être en mesure d’affronter les défis incommensurables auxquels elle fait face actuellement. L’analogie faite ci-dessus entre la vie du corps humain et celle de la société prend tout son sens à la lumière des énormes défis qui se dressent devant l’humanité.

Cependant, cette « prise de conscience de l’unité de l’humanité » ne devrait pas non plus être considérée comme « une simple explosion d’une émotivité ignorante » ou « une expression d’espoir vague et pieux ». Elle va au-delà des idéologies et philosophies qui prônent un réveil de l’esprit de fraternité et de la bonne volonté entre les hommes, bien qu’il faille reconnaître les avancées notables qui ont été accomplies dans ce domaine quant à l’harmonisation des relations entre individus et au sein des communautés.

«Elle ne devrait pas être regardée simplement comme une autre renaissance spirituelle dans la fortune toujours changeante de l’humanité, ni simplement comme un stade plus avancé dans la chaîne des révélations progressives, ni même comme l’apogée de l’une de ces séries de cycles prophétiques périodiques, mais plutôt comme le signe de l’entrée dans la phase dernière et suprême de l’évolution prodigieuse de la vie collective de l’homme sur cette planète.».

Comment développer la capacité de vivre l’unité dans la diversité, au cœur même des divers fonctionnements institutionnels, formels, informels afin que s’administre à l’échelon local, national et international, un développement communautaire organique, s’éloignant peu à peu d’un système de gestion de la cité, vertical, horizontal et transcendant une gestion d’organisation systémique pour que de l’impulsion des cœurs inspirés dans l’action, s’engendrent de nouveaux savoir-être et savoir-faire ?

Quant à l’évolution de la société humaine, elle fait référence aux différentes étapes de l’évolution de la race humaine. Nous choisissons de faire une analogie avec les phases de développement d’un être humain. De la petite enfance à l’enfance en passant par l’adolescence, jusqu’à la maturité. Elle est retracée à travers l’histoire collective et millénaire de l’humanité.

«Chaque période dans la vie biologique, cognitive et émotionnelle d’un individu est marquée par certaines conditions caractéristiques d’un degré particulier d’intelligence et de capacité, et l’entrée dans une nouvelle phase requiert des capacités avancées et bien au-delà des conditions et besoins de la phase précédente »

Ainsi, nous interprétons les agitations auxquels nous assistons actuellement au sein de la société comme des manifestations nécessaires liés à l’âge de transition de l’humanité vers sa maturité. Manifestations qui doivent avertir l’humanité, d’une part, en vue d’entreprendre certaines transformations profondes au niveau des relations et des structures sociales, d’autre part, en vue de négocier avantageusement l’entrée dans l’ère de la maturité.

C’est dans ce but, que les activités communautaires initiées par les amis baha’is accompagnés par divers acteurs sociaux, impactent un grand nombre de personnes désireuses d’expérimenter le pouvoir transformateur des enseignements. Ce processus éducationnel promeut l’esprit d’initiative des individus, en élargissant l’éventail de leurs activités afin d’inviter de nouvelles âmes sur le sentier du service, dans un accompagnement mutuel.

  1. Quelles valeurs pour promouvoir la cohésion sociale ?
L

Les chefs traditionnels qui ont pris part à ces deux rencontres se sont ralliés autour de l’idée de promotion de l’Éducation en action.
Arrêtons-nous un court instant sur le concept d’Éducation en action.
Ces programmes d’éducation accompagnent un processus sans distinction de croyance, de classe, de tribu. Un ensemble d’individus choisissent d’évoluer dans une vision où la promotion du bien-être communautaire est une priorité. Au sein de la communauté, la transformation individuelle et collective s’opère au fil du temps et des défis à relever, en agissant dans l’action au niveau local. En s’imprégnant des valeurs universelles et en développant leurs capacités intellectuelles et morales, les habitants évoluent en appréhendant leurs défis, comme des opportunités propices au développement de leur communauté. Cette nouvelle dynamique éveille la créativité et l’autonomisation morale grâce auxquelles émergera l’apprentissage de nouvelles solutions expérimentées dans un esprit de service où la solidarité et la coopération prennent un sens élevé.

En effet, les chefs traditionnels ont discerné que la source des différends, survenant au sein de leur communauté, ont pour cause l’égoïsme, le manque d’amour et l’injustice.  Il ne serait pas avantageux pour la société, qu’un groupe d’individus agisse comme si l’important serait de satisfaire uniquement ses propres intérêts, sans en comprendre l’effet destructeur, en raison du principe de l’interdépendance de toutes les parties d’un tout ; de même qu’il deviendrait préjudiciable que nous puissions obtenir nos propres ressources au détriment d’autrui.

Au regard de tels constats, nous pouvons observer la destruction qu’exercent pareils fonctionnements sur notre planète. Ils créent la désunion, le déséquilibre, l’injustice sociale et produisent une société en crise.

La promotion du bien-être universel passe par l’intégration de certaines valeurs universelles qui privilégient l’intérêt communautaire. En effet, en priorisant le développement des ressources humaines de manière universelle, chaque partie du tout, y compris chaque minorité, est prise en compte comme un élément indispensable ; en matérialisant dans l’action les principes moraux et les valeurs spirituelles, on constate l’émergence d’une cohésion sociale durable. Cette phase d’unité est indispensable pour que le développement communautaire durable puisse se déployer. Nous observons que dans chaque village où les chefs coutumiers vivent une transformation sociale, ils discernent que le processus de croissance spirituelle est impulsé par l’éveil de plusieurs individus qui influencent la communauté, jusqu’à alimenter la réflexion au sein des institutions. Celles-ci apprennent à gérer un ensemble qui fonctionne dans la dynamique d’un développement organique, moteur de nouvelles synergies créatrices où le lien matériel et spirituel trouve de nouvelles formes d’équilibre.

Ces valeurs qui créent la joie du cœur et l’intelligence collective reflètent le niveau le plus fondamental pour que se produise un impact social où le développement individuel et l’organisation d’une justice sociale soient intimement liés. Elles constituent aussi les meilleurs leviers de transformation de la société. Elles peuvent être inculquées à la société grâce à l’Education en action sous différentes formes.

Voici quelques valeurs universelles qui favorisent la cohésion sociale, la liste n’étant pas exhaustive :

  1. La recherche personnelle et indépendante de la vérité

« Le premier des grands principes révélés […] est celui de l’investigation de la réalité. La signification est que chaque membre de l’humanité est individuellement exhorté […] de mettre de côté les croyances superstitieuses, les traditions et l’imitation aveugle des formes ancestrales […] et d’étudier la réalité par lui-même… »

Ce principe donne à chaque individu le droit et le devoir d’interroger la réalité qui l’entoure en vue d’aboutir à des choix bien informés et responsables qui lui permettent de décider sur ce en quoi il peut croire. Il libère l’humanité du cercle vicieux de l’imitation et de l’adhésion aveugle à des croyances dogmatiques non examinées et parfois sans fondement. Aucune âme ne devrait suivre des croyances ancestrales ou traditionnelles sans remettre en question et examiner au préalable son propre paysage intérieur. Si tant est que le monde évolue, quoi de plus normal que de concevoir que nos croyances et habitudes devront être aussi régulièrement revues pour nous adapter à l’évolution de notre environnement, pas dans le but de trahir ce que nous sommes mais plutôt pour nous mettre à jour et être capable de jouer pleinement notre rôle dans un monde en perpétuel changement.

Le but n’est pas d’étouffer la coutume ; il s’agit plutôt de nous aider à garder les bonnes coutumes pour abandonner celles qui ne font plus avancer la société. Cette recherche de la vérité est centrale car lorsque l’on touche à la coutume c’est comme si l’on touchait directement au pouvoir du Chef hérité de la tradition. Lors de la rencontre des Chefs, la quête de la vérité s’est révélée intimement liée à leur capacité d’acquérir une plus grande vision en s’interrogeant pour évaluer périodiquement l’impact de certaines coutumes sur la vie des populations.

  1. La justice

Une répartition inégale des ressources entre les différents membres de la société crée un déséquilibre. Les ressources sont matérielles, humaines et spirituelles. Si une partie de la société s’approprie et contribue à la prolifération de ces ressources sans se soucier de l’accès universel à celles-ci, le reste de la société en sera négativement impacté. Les autres membres privés de leurs moyens d’action ne pourront pas jouer pleinement leur rôle.

La justice se manifeste à travers la participation universelle. Chaque membre de la société ayant une contribution à apporter, il devient nécessaire de créer les conditions propices, permettant à chacun d’avoir accès aux droits sociaux, dans le but de promouvoir au mieux l’opportunité de développer l’expression de ses capacités.

Avoir comme objectif « le développement de la justice sociale », cela implique de rechercher comment cheminer pour construire une cohésion sociale communautaire durable ?
Dès lors, les apprentissages découlant de l’interaction inter et intracommunautaire, quel que soit la croyance, le clan, la catégorie sociale, deviennent de valeureux acquis pour éclairer et surmonter les préjugés divers.

Lors de la conférence de Bukavu, les chefs présents ont souligné la corrélation entre la nécessité d’implanter des activités communautaires et les capacités à déployer pour inspirer une communauté à expérimenter l’avènement de la justice comme une réalité patente.

Parmi eux, un Chef a partagé « Tous les intellectuels ont été invités, les ménages ont été identifiés, le comité de gestion du village composé des Promoteurs du Bien-être Communautaire, des tuteurs pour le programme « Préparation à l’Action Sociale » et différentes religions étaient représentées. Nous avons commencé à travailler ensemble. Comme il y avait beaucoup d’analphabètes, un centre d’encadrement a été ouvert.

D’autres ont commencé les livrets (1, 3 et 5). Cette stratégie a permis à ce que l’unité et l’amour soient établis dans le village. »

A lumière de l’établissement de la justice, le rôle de la religion révèle son pouvoir de reconstruction sociale assis sur des valeurs d’unité, d’amour et de justice. Un autre constat observé dans l’un des villages représentés à Bukavu « Aujourd’hui, la conscience de l’unité dans la diversité se vit aussi entre plusieurs communautés religieuses. Via le mode de vie et la façon dont les enseignements influencent les individus, les différentes communautés religieuses commencent à comprendre qu’il faut surmonter les préjugés religieux qui étaient des obstacles. Actuellement, il y a même des activités conjointes, si les Catholiques organisent des activités, ils appellent aussi les Baha’is à soutenir les actions entreprises pour se renforcer. Même pour prier ensemble, les amis s’ouvrent pour adapter le caractère dévotionnel qui contribue à l’augmentation des qualités spirituelles. Les amis Chrétiens se disent que quiconque veut aller à l’encontre de la vision des enseignements baha’is n’est pas un bon chrétien. Il y a fusion des éléments, interactions intercommunautaires ; tout le monde comprend maintenant que ce qui compte ce sont les actes pour soutenir la construction communautaire dans le village, sans distinction liée à la croyance ou tout autre facteur de catégorisation. »

  1. L’harmonie entre les genres

«Dans notre juridiction je comprends que le but de cette religion est l’unité et l’égalité des droits sociaux de l’homme et de la femme. Ces aspects se reflètent dans notre milieu, les femmes et les hommes travaillent ensemble. La foi a mis ensemble tout le monde… »,  a déclaré un autre chef traditionnel participant à la rencontre de Kakenge.
« Les femmes ont des grandes potentialités qui doivent être valorisées par l’homme en particulier et par la société d’une manière générale. »
« La grande difficulté c’est au niveau du village car là peu de femmes étudient. Eduquer la femme et l’intégrer, c’est avoir éduqué toute une nation. »

La première éducatrice de chaque enfant qui naît est pour la plupart du temps sa mère. L’égalité des droits sociaux entre l’homme et la femme devrait être le point focal de tous les efforts visant à instaurer la cohésion sociale et le renforcement de la paix. 

Ce principe d’égalité devrait être inculquée à tous les membres de la société, dès le bas âge. L’égalité des genres ne devrait pas être une relation gagnant-perdant, mais une formule équilibrée qui permet d’offrir autant d’opportunités et de libertés aux femmes et aux jeunes filles qu’à leurs paires masculins.

Tout peut être mis en œuvre, dès le plus jeune âge, au travers de l’éducation, par la communauté, pour que le genre féminin soit naturellement amené à faire ses choix avec sagesse comme tout être humain éclairé.

Pour la cohésion sociale, la promotion de l’harmonie entre les genres est un point stratégique à prendre en compte car elle permet d’atteindre le bon équilibre dans l’évolution de la société.
En ce sens, l’homme et la femme sont complémentaires pour y arriver.  « L’homme et la femme devraient travailler ensemble et se consulter à tout moment sur tous les aspects de la vie et chacun devrait connaitre ses devoirs et jouer pleinement son rôle. Cela ne signifie pas que la femme doit prendre la place de l’homme ou vice-versa. » Actuellement, le genre masculin bénéficie de plus d’opportunités, de droits et de pouvoir par rapport au genre féminin. Aussi longtemps que nous ne parviendrons à cette harmonie, la société ne connaîtra pas de vraie paix. Pour se libérer de son adolescence et être guider vers son degré de maturité, le monde a besoin que tout son potentiel féminin et masculin se réalise, de manière éclairée, dans sa recherche de l’unité.

Nous vivons avec ce problème depuis plusieurs siècles. Pour le bien du genre humain, il devient plus que primordial, de promouvoir dans nos actions, ce principe de valeur universelle.

  1. La consultation

De l’expérience partagée par les chefs traditionnels ayant participés aux rencontres de Kakenge et de Bukavu, il ressort que des différentes actions accompagnées tout au long du processus de construction communautaire, celles-ci ne se font qu’après une consultation minutieuse et inclusive, où s’impliquent les protagonistes du village (Individus, Communauté et Institutions), de la conception jusqu’à l’exécution.

C’est la raison pour laquelle ces interventions jouissent de l’implication de toutes les couches de la société. Le sentiment d’appropriation qui anime chaque protagoniste nait du fait qu’il se sent impliqué dans toutes les étapes de la réalisation.

« Le ciel de la sagesse divine est éclairé par deux flambeaux, celui de la consultation et celui de la compassion. Consultez-vous ensemble sur tous les sujets puisque la consultation est une lampe de direction qui montre le chemin et est la dispensatrice de la compréhension. »

La consultation est le ciment qui consolide la cohésion sociale. Elle se différencie d’une simple discussion ou de la diffusion des opinions des participants. Elle devrait être une investigation collective de la réalité, une lecture minutieuse et éclairée de la réalité dont le but est d’atteindre la clarté et la vérité.

Son objectif ultime est de parvenir à une décision qui fédère, qui balance de manière équilibrée les différentes sensibilités ou mieux, une décision unanime.

Lorsque l’unanimité n’est pas obtenue, la volonté de la majorité prévaut, compte tenu des besoins de la minorité. Une fois qu’une décision est prise, tous la respectent et la soutiennent, sinon elle n’aurait aucune chance de réussir.

Si pendant son exécution une décision s’avère incorrecte, c’est l’action unifiée en faveur de cette décision qui révélera le fait qu’elle est erronée. Toujours à travers la consultation, les protagonistes peuvent ultérieurement revoir et corriger cette décision dans l’harmonie et l’unité. Le but d’une telle consultation n’est pas d’aboutir à la culpabilisation ni à déterminer les pôles de l’exercice du pouvoir.

  1. L’unité de l’humanité

Depuis des temps immémoriaux, l’humanité a été en mesure d’établir la cohésion à certains niveaux ; le niveau le plus basique étant celui de la famille. De la famille nous avons établi des clans, des clans aux tribus, des tribus aux cité-états et des cité-états aux nations. Nous sommes maintenant entrain de viser l’unité, la cohésion, à un niveau plus élevé, au niveau de l’humanité tout entière. Ces premières étapes peuvent être considérées comme l’enfance de l’humanité étant donné que notre conscience était limitée aux entités avec lesquelles nous étions en relation directe. L’âge de l’adolescence est un âge où notre conscience commence à s’étendre au-delà de notre environnement immédiat pour intégrer la notion de l’harmonie entre les nations. C’est le niveau le plus élevé d’unité que l’humanité n’ait jamais atteinte.

Cependant, les développements actuels à travers le monde nous montrent que même cette unité entre les nations ne suffit plus pour régler tous les problèmes de l’humanité. Nous devons passer à une nouvelle étape de cohésion, une cohésion qui se voit intégrer tous ses éléments à travers une démarche holistique, pour trouver des solutions durables aux problèmes de la race humaine : c’est l’unité de l’humanité dans sa diversité.

C’est la cohésion de toute la planète en un seul corps où chaque organe recherche à fonctionner de sorte qu’il contribue à la bonne santé du corps auquel il est intimement attaché.

Nous sommes témoins de la manière dont les différents éléments de notre planète sont interdépendants. Chaque chose en influence une autre et vice versa. La crise sanitaire que nous traversons actuellement en est une patente illustration. Cette pandémie a commencé avec une seule cellule qui a infecté une personne. À partir de cette cellule, le monde entier a été affecté et cette maladie s’est répandue sur tous les continents. Ceci est un autre bel exemple qui nous montre comment le dysfonctionnement d’une partie du corps peut affecter le corps entier. Si une partie de la société est en difficulté, la société entière va en souffrir. Nous sommes tous reliés d’une manière ou d’une autre.

Ce déséquilibre émanant du manque de prise en compte de l’interdépendance entre tous les éléments de la société, et surtout le fait de persister dans l’ignorance du déséquilibre, nous empêche d’atteindre l’âge de la maturité, cette nouvelle étape de cohésion à laquelle nous sommes appelés.

Nous nous accrochons à nos idées d’adolescents en recherchant d’abord l’intérêt de nos groupes, de nos nations quel qu’en soit le prix que cela coûte aux autres parties prenantes. De ceci découle une forme de préjudice nocif qui nous empêche d’accéder à la prochaine étape du développement de l’humanité, l’unité mondiale.

Parce qu’en réalité le monde entier est maintenant interconnecté, nos économies sont interconnectées, notre communication est interconnectée. Même notre air est interconnecté.

Lorsqu’une guerre ou des troubles éclatent dans une partie du monde, le reste de l’humanité fini par en être affecté, par l’une ou l’autre voie de conséquence. Nous devrions rechercher à aller au-delà des idées qui limitent l’unité, pour transcender les préjugés liés à un clan, à une tribu, à un partis politique, à une nation, à une religion. Tendre vers la prochaine étape de l’évolution de l’humanité implique une nouvelle lecture de notre société.

Chaque individu, chaque clan, chaque tribu, chaque communauté, chaque institution, chaque nation, prend sa part de responsabilité dans l’établissement d’un nouveau paradigme. Celui d’une ère où l’unité dans la diversité dépasse le vœu pieux des idéaux pour s’incarner comme un principe pivot dans tous nos systèmes de fonctionnement.

La crise sanitaire de la Covid-19 délivre une nouvelle opportunité ! Nous pouvons réaliser l’importance de la coopération et de la solidarité, non seulement pour prévenir la contamination mais aussi pour réfléchir sur notre mode de fonctionnement économique et social ; pour réfléchir sur le rôle important de l’influence de la communication dans nos médias comme support dans la construction de l’unité ; pour réfléchir sur une multitude d’autres aspects présents et interdépendants dans toute dynamique de vie collective.

Nous, Congolais, pouvons-nous nous réinventer en nous appuyant sur le développement des capacités de nos ressources humaines, spirituelles et matérielles, de sorte que nous stimulions de nouveaux modèles d’autonomisation économique et sociale, directement au niveau local ?

Pouvons-nous apprendre au niveau local, comment nous coordonner pour répondre aux défis d’autosuffisance alimentaire, du bien-être lié à la santé et au respect de notre environnement dans la gestion de nos ressources ?

Pouvons-nous apprendre au niveau local, comment renforcer notre cohésion sociale pour améliorer l’unité au sein de nos communautés ?

C’est notre capacité à relever ces différents enjeux, que nous avons voulu identifier et mettre en lumière dans cet écrit ; Grâce à la centaine de chefs traditionnels et les autorités locales présentes lors des conférences de Kakenge et Bukavu, la lecture de leurs apprentissages permet de relever le pouvoir de conscience et la détermination de certaines communautés, à initier un processus de transformation sociale visant à produire un impact déterminant sur le bien-être individuel et collectif.

  1. S’engager dans le sentier de l’apprentissage
C

es deux rencontres entre chefs traditionnels et autorités locales illustrent un modèle d’action qui permet à des personnes de différents bords, de se consulter sur la promotion du bien-être de la société. Malgré leurs convictions religieuses, politiques, culturelles et sociales, différentes et parfois opposées, ils ont accepté de mettre l’intérêt de la société avant leurs intérêts en tant qu’individus ou communauté restreinte.

Cependant, il convient de maintenir une attitude sage, sur la lecture de ces expériences qui évoluent dans un processus qui est expérimental. Elles ne devraient pas être brandies avec prétention comme étant un remède-miracle aux menaces qui guettent notre société.

Toutefois, ce processus mérite d’être suivi et étudié de près pour que les meilleurs apprentissages en soient retirés afin d’en dégager de nouvelles pistes d’action, en rapport avec le renforcement de la cohésion sociale.

Dix mois plus tard, la plupart des chefs traditionnels et autorités locales qui ont pris part à ces deux rencontres sont de plus en plus impliqués dans la promotion du bien-être communautaire. Certains parmi eux mobilisent les habitants de leurs juridictions et les encouragent à prendre part aux activités de construction communautaires qui bâtissent l’unité par la prière, par l’Education en action, par le service désintéressé en développant les capacités morales, intellectuelles.

D’autres vont encore plus loin, en offrant des espaces communautaires qui permettent l’émergence d’actions sociales afin de répondre aux besoins matériels identifiés par la communauté locale.

Cette implication active des chefs traditionnels permet aussi un développement des capacités à trois niveaux.

Au niveau de l’individu, la prise de conscience de collaborer à l’établissement de la cohésion sociale est le fondement de la réalisation d’actions matures et durables. Les différents protagonistes deviennent ainsi des promoteurs du progrès de la société en devenant les promoteurs de la justice sociale pour restaurer la dignité de l’être humain  notamment,  en bannissant ce désir irréfragable de s’élever au-dessus des autres, cause de tant de maux dans la société. Ils pourront ainsi initier des actions systématiques qui visent à renforcer les capacités des membres de la communauté.

Au niveau des institutions, étant,  eux-mêmes,  représentant des institutions traditionnelles ou légales, ils pratiquent de mieux en mieux le rôle qu’ils peuvent jouer dans le rapprochement des populations à travailler pour un objectif commun. Ils servent ainsi de canal assurant une transmission efficace des idées, des informations et des ressources d’un niveau à l’autre. Ils deviennent ainsi les dépositaires des libertés individuelles et du bien-être collectif, capables de mobiliser des ressources et d’exécuter des plans d’actions systématiques. Ils peuvent ainsi contribuer à l’éclosion d’une civilisation nouvelle. 

Au niveau de la communauté, chaque membre peut participer à l’établissement d’un modèle organique de la vie communautaire.  La communauté bâtit l’unité à la lumière d’une vision. Chaque défi est une opportunité pour apprendre à se consulter afin qu’émerge une solution empreinte de bon sens. Celle-ci crée l’unité de la pensée.

Et pourtant, le processus ne sera pas de tout repos ; la résilience est une qualité centrale ; elle donne à la communauté le pouvoir de se dépasser à chaque défi pour que prévale l’unité. C’est pourquoi, le service est au centre de toutes les activités qui rythment la vie au quotidien.

Ainsi, la communauté recherche la camaraderie et le soutien mutuel plutôt que la concurrence et la compétition, l’excellence en toute chose plutôt que la négligence, et une attitude d’apprentissage est encouragée, à la lumière d’enseignements universels.

La cohésion sociale est un processus sur un spectre qui ne peut être tenu pour acquis, qui doit être promu et pour lequel il faut travailler. Cela comprend les interactions sociales, l’intégration des groupes minoritaires et la construction d’une harmonie sociale avec amour, confiance et admiration. Nous devrions bâtir des communautés connectées, résilientes et unies, en impliquant en particulier les jeunes et les femmes, dans la vie communautaire pour que l’amour, la justice et l’unité dans la diversité soient !

Dans cette démarche que nous souhaitons inclusive au niveau de la pensée, nous nous réjouissions d’intégrer ces contributions à d’autres propositions pour compléter la réflexion qui se déploie autour de la diversité des facteurs permettant l’émergence active et naturelle de la cohésion sociale ; vécue non pas comme un pansement qui consiste à « varier » nos modes de fonctionnement mais comme un souffle renouvelé, guidé pour aspirer la multitude de nos écueils et propulser vers l’avant une nation, qui dans sa dimension spirituelle élevée est prête à assumer son destin pour le bien-être du genre humain.

«Nous ne désirons que le bien du monde et le bonheur des nations … Que toutes les nations deviennent une dans la foi et que tous les hommes soient des frères ; que les liens d’affection et d’unité entre les enfants des hommes soient fortifiés […] et que les différences de races soient annulées, quel mal y a-t-il en cela? Cela sera, malgré tout ; ces luttes stériles, ces guerres ruineuses passeront et la “paix suprême” viendra … Ces luttes, ces massacres, ces discordes doivent cesser et tous les hommes doivent former une seule famille… Que l’homme ne se glorifie pas d’aimer son pays, mais plutôt d’aimer le genre humain».

 

Bibliographie :

·                   Abdu’l-Baha, The Promulgation of Universal Peace,  US Bahá’í Publishing Trust, 1982 second edition  470 p.
·                   Assemblée spirituelle nationale des bahá’ís de la RDC. Compte-rendu de la rencontre avec les Chefs coutumiers et traditionnels tenue à Bukavu du 10 au 12 janvier 2020
·                   Assemblée spirituelle nationale des bahá’ís de la RDC. Rapport de la conférence avec les Chefs traditionnels tenue à Kakenge du 03-05 janvier 2020
·                   Clarken, Rodney. Truth, Love and Justice – The Path to Developing Human Potential, copyright 2012, 2014, 106 p.
·                   Compilation. La consultation baha’ie. Maison d’éditions bahá’íes, Bruxelles
·                   Effendi, Shoghi. L’avènement de la justice divine. Maison d’éditions bahá’íes, Bruxelles
·                   Effendi, Shoghi. L’Ordre Mondiale de Bahá’u’lláh. Maison d’éditions bahá’íes, Bruxelles, 1993,
·                   Esslemont, J.E. Bahá’u’lláh et l’ère nouvelle. Maison d’éditions bahá’íes, Bruxelles, 1972, 372 p.
·                   Farid-Arbab, Sona. Moral Empowerment – In Quest of a Pedagogy. Baha’i Publishing, Wilmette, IL, 2016, 415 p.
·                   Hatcher, William S. Love, Power, and Justice: The Dynamics of Authentic Morality, Bahá’í Publishing Trust, Wilmette, 1998, xvii+155 p.
·                   Lample, Paul. Creating a New Mind – Reflections on the Individual the Institutions & the Community. Palabra Publications, West Palm Beach, Florida, 1999, 160 p.