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A vin nouveau, outres neuves !

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A vin nouveau, outres neuves !

Verset biblique puisé dans l’évangile de Marc 2 : 22, diversement employé dans nombreux domaines, pourrait-il trouver ce jour un écho favorable aux derniers soubresauts politiques au Congo-Kinshasa ? Question posée et tentative de réflexions sous la plume.

De même qu’il y a le jour, la nuit existe. Il y a un début, il y a aussi une fin. Le marché politique au Congo semble renfermer des mystères que seuls les initiés comprennent. Il y eut les Belges avec Léopold II, Kasa-Vubu, Mobutu, Kabila et aujourd’hui Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Tous ont eu un début et une fin de règne. Excepté le dernier sur la liste qui est l’actuel Président de la République à n’avoir qu’un douloureux début. Leurs respectives prises de pouvoir jalonnées de différentes péripéties, sont diversement racontées. De même que leur règne et mode de fonctionnement. Qu’en est-il de l’actuel pouvoir ? Serait-il sensé et indiqué de le passer au microscope de l’analyse politique ?

Il se chuchotait dans les rues de Kinshasa et la diaspora congolaise qu’un nettoyage « hygiénique » guettait la cour présidentielle du Congo. La rumeur se voulait persistante. Elle aurait trouvé origine dans la cacophonie entretenue par plusieurs dindons de la farce autant de la cour que ceux proches de celle-ci depuis quelques mois au sommet de l’Etat. Tout me renvoie à Jean de la Fontaine ! Ses fables seraient-elles encore plus vivaces, plus actuelles ?

En ce temps de pandémie dominé par le confinement pour les uns et de l’après confinement pour les autres, les ondes de la radio trottoir de Kinshasa sont captées à des milliers des Kilomètres de la capitale congolaise. Les nouvelles technologies aidant, la verve oratoire des combattants proches du Parti au pouvoir appelés « Parlementaires debout » est à juste titre plus que jamais appréciée. Des jeunes gens déterminés à libérer totalement le pays, leur pays-dis-je-des mains de ceux qui refusent de mourir quoiqu’ayant un pied dans la tombe politique. Les événements de ces derniers jours semblent précipiter les choses. Sur toutes les lèvres, la dissolution du parlement réclamée à cor et à cri, semble se rapprocher de ce qui serait envisageable.

Mais est-ce possible ? Les constitutionnalistes se justifient et s’en défendent. C’est le moment choisi par le Président de la République d’organiser les consultations populaires ou présidentielles de toutes les forces vives de la Nation en mettant provisoirement en congé le Gouvernement. L’occasion est toute belle de redessiner la composition de la cour pourrait-on espérer dans le chef du Chef. De couac en couac, les collaborateurs immédiats du Président semblent déterminés à lui rendre plus difficile la tâche déjà difficile dans une coalition contre nature. Les uns les nomment « la racaille » et d’autres « les incompétents ». Les plus gentils, donc les plus tolérants les appellent tout simplement « les impolis ».

L’une des dernières bourdes en date résumerait-elle, à elle seule, l’erreur de casting pour prester en ce haut lieu du pouvoir ? Autant d’interrogations qui fragilisent la foi des observateurs internes et externes.

Peut-on être excellent à un test d’embauche et devenir médiocre pendant l’exercice de cette même fonction ? Possible ! C’est peut être à ce spectacle que nous ont conviés ces jours derniers les éminents conseillers du Président de la République. Médiocres, ils l’ont été et en direct. Les images ont fait le tour du monde. Celles de ceux qui ignorent la présence du Chef, aussi celles de ce qui brandissent leurs cartes de service dans des transports en commun. Question de tirer vanité de travailler à la présidence même sans aucun mérite. Ce sont les mêmes qui, semble-t-il ont pris en otage la personne et l’institution Président de la République.

Pour mémoire, en 1997 à l’entrée de l’AFDL de triste mémoire, souvenons-nous de la prise en otage de l’autoproclamé Président de la République Laurent Désiré Kabila par la coalition d’envahisseurs qui l’accompagnaient. Difficile d’approcher le Président sans passer par eux. Et encore très peu de chance de concrétiser un quelconque projet avec la présidence de l’époque sans l’aval ni peaux de banane tendues par des prédateurs autour du Président. Est –ce pareil au jour d’aujourd’hui en ce haut lieu du pouvoir ? Relevons deux exemples pour nous appesantir. Tenez ! Un écrivain Congolais, alignant une cinquantaine des publications à son actif, écrit à la présidence de la République dès les premières heures de la prise du pouvoir par l’actuel régime. Mais son courrier n’est jamais arrivé sur le bureau du Chef. Car gelé par les conseillers de cet acabit. Par prémonition, il aurait inspiré d’actuelles consultations. Contacté par nos soins, l’écrivain dépité, se lâche : « Le Président de la République est en train d’être pris en otage. Et par tout le monde. En commençant par les fameux compatriotes de la diaspora. Tenez ! Ma lettre avec un projet précis déposée à la présidence le 12 février 2019 n’a toujours pas de réponse.  Quand les consultations se mettent en marche, j’écris à ce Conseiller… C’est alors qu’il répond qu’il n’a plus de temps. La mafia et le positionnement se font sentir même à mille lieues. Quand le Président nomme une coordination de personnalités devant l’accompagner en 2021 en sa qualité de Président de l’Union africaine, on retrouve les mêmes personnes comme par magie. Pas de frustration. L’écrivain dit avoir pitié et du Kongo et du Président de la République qui jusque là est de très bonne foi. Mais très mal entouré par des gens assoiffés d’argent. Toujours   dans les boîtes de nuit et autres lieux de plaisir de Kinshasa.  C’est l’un ou l’autre. Ou c’est le travail. Ou c’est le plaisir. Ils ont choisi le plus facile : le plaisir. Moi j’ai envoyé en copies la plupart de mes lettres sur divers sujets. Aucune réaction de la Présidence à la dizaine de mes lettres sur différents sujets. Aucun conseiller ne se sent concerné par les problèmes d’un citoyen ordinaire. Donc il faut avoir l’argent pour qu’on s’intéresse à vous…Conclut l’écrivain.

Le cas-type de deux Bruxellois !

Deux amis bruxellois se retrouvent à Kinshasa. Sans concertation, ils y sont pour un même but. Ils tiennent tous à rencontrer le nouvel homme fort du pays, leur ancien ami. Si l’un de deux est officiellement du même parti politique que le Président, c’est-à-dire l’UDPS, le second est très proche de ce même Président. Et ce, depuis les temps de la longue lutte de l’opposition sous Mobutu, Kabila. Il est donc familier du même regroupement politique.

A la prise du pouvoir, par Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, c’est quasi toute la diaspora congolaise qui a effectué le trajet retour à Kinshasa la capitale. Chacun avait son projet semble-t-il. Ceux qui n’en avaient pas, misaient sur la proximité le liant au successeur de l’envahisseur déchu pour décrocher un poste de travail.

Jean Marc Yakuman et Tshikaz-A-Katshiz racontent leur mésaventure à Kinshasa dans le sillage du nouveau pouvoir. Partis très tôt du pays, il y a quelques décennies, diplômes européens en poche, les deux bruxellois ont l’air hagard ; clochardisés dans les rues de Kinshasa où nous les rencontrons, Jean Marc explique qu’il en est à son dixième mois d’attente. Tandis que Tshikaz-A-Katshiz qui totalise le même temps record d’attente interminable semble à bout de souffle. Tous les deux comptent chacun sur l’un ou l’autre Conseiller du Président qui leur promet de faciliter l’audience auprès du Chef de l’Etat. Dix mois virtuellement dans la salle d’attente pour une audience hypothétique, il faudra bien le faire. Les vieilles mentalités sont loin d’être éradiquées.

Réduits au statut de mendiants, nos deux bruxellois témoignent du calvaire enduré. Jean Marc multiplie ses interventions à la télévision pour être vu. Il n’hésite pas non plus à faire apparition dans la suite lors des déplacements du Président pour que ce dernier le remarque. Rien n’y fait. Tshikaz-A-Katshiz, comme s’il voulait nous convaincre de ses relations proches avec le Président nous fait lire les différentes conversations antérieures qu’il avait avec le Chef de l’Etat avant les élections. Et de souligner que depuis qu’il a été élu, les relations, semblent avoir été interrompues. Ils ne s’écrivent plus. Les numéros de téléphone ont changé et c’est normal, il est devenu Chef. Le Président est quelqu’un de très sincère et honnête, je ne peux pas comprendre qu’il m’abandonne. Car c’est celui qui m’a demandé de venir ici. Mais depuis que je suis là, ses conseillers me font balader. C’est à sa demande : Qu’apporteront-ils au Président ? En quoi sont-ils ses conseillers s’ils ne peuvent être à ses yeux et ses oreilles là où lui-même ne peut être physiquement présent ?

Quelqu’un sur les réseaux sociaux a relevé certaines incohérences et incompétences des collaborateurs du Président y compris celles de certains membres des différents ministères. Il n’est pas le seul. Un diplomate et peu diplomate sur place à Kinshasa n’y va pas par le dos de la cuillère en criant tout haut ces incompétences. Plus précisément celles des collaborateurs conseillers du Président.

Puissent d’actuelles consultations être porteuses d’espoir en accouchant des réels changements tant dans la gouvernance du pays que dans la cour présidentielle. A vin nouveau, outres neuves !

Zadain Kasongo T.

« LAUTREINFO », Bruxelles, BELGIQUE.