Pas un pas sans la prospérité.
Chaque jour, du lundi à samedi, reprise des publications quotidiennes

CENCO : 9 recommandations pour sauver la gratuité de l’enseignement en RDC !

CENCO : 9 recommandations pour sauver la gratuité de l’enseignement en RDC !

This post has already been read 1101 times!

*Surpeuplement des classes, démotivation des enseignants Nouvelles Unités, insuffisance des frais de fonctionnement, non-respect du programme, manque des frais de déplacement,… Toutes ces difficultés concourent inévitablement à la baisse sévère de la qualité de l’enseignement en République démocratique du Congo. C’est le constat fait par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) quant à la mise en pratique de la gratuité de l’enseignement dans le contexte actuel. Au cours d’une Conférence de presse tenue ce mercredi 13 janvier 2021, le Secrétaire Général de la Cenco, l’Abbé Donatien Nshole a relevé le fait que cette disposition constitutionnelle souffre d’un déficit de leadership au sein du secteur éducatif, caractérisé par des actions de court terme, l’absence de vision et planification et de budgétisation dans la durée. Au nom des prélats catholiques, il a formulé 9 recommandations en vue de permettre la réussite de cette mesure.

Il s’agit essentiellement de « revisiter la création des provinces éducationnelles et des bureaux des gestionnaires budgétivore», procéder au paiement de tous enseignants NU trouvés en poste au moment de l’annonce de la gratuité, réformer en profondeur le SECOPE pour garantir la traçabilité et la transparence dans la gestion des fonds mis à sa disposition par le Trésor public pour la paie des enseignants, mais aussi de revoir la rémunération des enseignants en tenant compte du coût de la vie, d’augmenter les frais de fonctionnement des écoles et des bureaux gestionnaires et de soutenir la gratuité par des financements alternatifs de l’éducation.

En fait, pour la Conférence Episcopale Nationale du Congo, une des solutions pour sauver la gratuité de l’enseignement de base est la prise en charge convenable des enseignants et des écoles par le Trésor Public comme promis. Les prélats catholiques invitent de ce fait le prochain gouvernement qui sera mis en place, à se pencher urgemment sur la question de la gratuité de l’enseignement de base.

Aussi, face à plusieurs accusations selon lesquelles les catholiques combattent la gratuité de l’enseignement, le secrétaire général de la CENCO a fait savoir que dans 98,8% des écoles catholiques, les parents ne paient rien pour la scolarité de leurs enfants.

La Pros.

 

 

CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE DU CONGO

Secrétariat Général

République Démocratique du Congo

ETAT DES LIEUX DE LA MISE EN ŒUVRE DE LA GRATUITE DE L’ENSEIGNEMENT DE BASE DANS LES ECOLES CONVENTIONNEES CATHOLIQUES EN RDC ET RECOMMANDATIONS DE LA CENCO

Introduction

  1. 1. En mai 2019, le Chef de l’Etat, Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, a annoncé à la grande satisfaction de la population congolaise, la mise en pratique de la disposition constitutionnelle de la gratuité de l’enseignement de base. La Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) a salué cette décision conforme à la Doctrine Sociale de l’Eglise qui prône l’option préférentielle pour les pauvres.
  2. Soucieux d’une mise en pratique efficiente de cette mesure, les évêques membres de la CENCO ont, en juin 2020, adressé au Président de la République un mémorandum dans lequel ils lui recommandaient les préalables qu’il devrait garantir à cette fin, notamment la prise en charge des enseignants non payés et l’amélioration des salaires pour éviter la frustration des enseignants dont quelques-uns étaient convenablement payés grâce à l’intervention des parents.
  3. Le Président de la République était conscient de ces préalables et il s’en est suivi une promesse de payer tous les enseignants dits nouvelles unités (NU) et non payés (NP). En plus, il a été annoncé une augmentation progressive du salaire de tous les enseignants en trois paliers. Cette promesse a été réalisée en partie au mois d’octobre 2019.
  4. 4. Comme toute réforme de grande envergure, la mise en œuvre de la gratuité a connu quelques difficultés, même dans certaines écoles conventionnées catholiques. Malheureusement cette situation a été politisée au point qu’une certaine opinion accusait l’Eglise catholique de travailler contre la décision du Chef de l’Etat.
  5. 5. Fidèle à son engagement à accompagner les Instituions du pays dans la mesure où elles s’emploient à améliorer les conditions de vie des Congolais, au terme du premier trimestre de la deuxième année de la gratuité, la CENCO s’est donné le devoir de faire l’état de lieux de la mise en œuvre dans les écoles conventionnées catholiques afin de conseiller utilement le Président de la République et d’accompagner le gouvernement pour la réussite de cette politique que nous encourageons.

 

  1. L’Etat de la mise en œuvre de la gratuité dans les écoles catholiques
  2. 6. Pour mieux évaluer la mise en œuvre de la gratuité de l’enseignement de base dans les écoles catholiques, il convient d’avoir présent à l’esprit le nombre des écoles, des élèves et des enseignants payés et non payés. Ce qui nous permet de bien apprécier en termes de pourcentage la mise en pratique de cette disposition constitutionnelle et de bien nous s’imprégner des difficultés relevées.

 

> Au moins 39.968 (soit 16%) NU dans l’ensemble du réseau catholique;

> Au moins 883 (soit 0,4 %) NP dans l’ensemble du réseau catholique.

 

  1. De ce qui précède il ressort que l’Eglise catholique en RDC gère au moins 40.851 (16,1%) enseignants NU et NP dont 13.566, soit 33% à l’école primaire qui travaillent sans être payés par l’Etat. Une situation qui ne peut pas laisser indifférents les pasteurs car ces enseignants sont des parents qui ont aussi beaucoup des charges à leur actif.

 

  1. Le pourcentage de la mise en œuvre de la gratuité

 

  1. Ecoles primaires (12.616 écoles)

 

 

  1. Difficultés/Conséquences
  2. La mise en pratique de la disposition constitutionnelle de la gratuité de l’enseignement dans le contexte actuel fait face à certaines difficultés dont il faut tenir compte dans la recherche d’une solution efficace :

1) Le surpeuplement des classes. L’absence des infrastructures pour accueillir les nombreux enfants que la gratuité a amenés à l’école ;

2) La démotivation des enseignants NU, NP et les autres mécontents de leur traitement (non-paiement du 2ème et du 3ème paliers) avec comme conséquence les arrêts récurrents des cours occasionnés par le boycott de l’enseignement et des grèves blanches ;

3) L’insuffisance des frais de fonctionnement des bureaux gestionnaires et des écoles dont une partie est utilisée pour soulager les NU et les NP;

4) Le non-respect du programme généralement non achevé à cause des absences des enseignants ;

5) Le délabrement avancé des infrastructures scolaires faute des frais d’entretien conséquents ;

6) Le manque d’imprimés, de matériels didactiques et des manuels scolaires;

7) Le dépeuplement des nouvelles écoles agréées mais non budgétisées pour gonfler les anciennes écoles budgétisées ;

8) Le manque des frais de déplacement pour les responsables des bureaux gestionnaires ;

9) Toutes les difficultés énoncées ci-dessus concourent inévitablement à la baisse sévère de la qualité de l’enseignement.

 

III. Recommandations

 

  1. De ce qui précède, nous constatons que la gestion de la gratuité souffre d’un déficit de leadership au sein du secteur éducatif, caractérisé par des actions de court terme, l’absence de vision, de planification et de budgétisation dans la durée.
  2. 10. Plusieurs instructions du Ministère et du Secrétariat Général ont visé les effets et non les problèmes de fond dans certains cas, ils ont eu pour conséquence d’ouvrir des brèches défavorables à la bonne gestion et à la consolidation de la gratuité.
  3. 11. Ainsi pour assurer l’efficacité et la pérennité de la gratuité, la CENCO recommande :
  • De revisiter la création des provinces éducationnelles et des bureaux des gestionnaires budgétivore de manière à les réduire si possible en tenant compte de la proximité ainsi que de la disponibilité financière ;
  • De rationaliser la création des écoles et les bureaux gestionnaires ainsi que l’octroi des arrêtés via un processus participatif, transparent et respectueux des normes ;
  • De procéder au paiement de tous enseignants NU trouvés en poste au moment de l’annonce de la gratuité ;
  • De réformer en profondeur le SECOPE pour garantir la traçabilité et la transparence dans la gestion des fonds mis à sa disposition par le Trésor public pour la paie des enseignants et revoir le contrat avec les institutions financières chargées de la paie des enseignants ;
  • De revoir la rémunération des enseignants en tenant compte du coût de la vie : logement et transport en milieu urbain et prime de brousse pour les enseignants des milieux ruraux, conformément au statut des carrières au sein des services publics. Le montant du premier palier, à savoir 170$ est devenu insignifiant par rapport au coût de la vie, surtout en ville ;
  • Augmenter les frais de fonctionnement des écoles et des bureaux gestionnaires ;
  • De soutenir la gratuité par des financements alternatifs de l’éducation à travers des taxes et d’ impôts au bénéfice de l’éducation, des apports de financements du secteur privé gérés de manière transparente par des commissions tenues par les parties prenantes et les partenaires éducatifs;

8) De respecter les procédures en place et activer les mécanismes de contrôles indépendants et l’application des sanctions.

 

9) De mettre en place un cadre de concertation impliquant les gestionnaires pour évaluer et améliorer dans la mesure du possible la prise de décisions en rapport avec la gratuité de l’enseignement.

 

CONCLUSION

 

  1. Du présent état des lieux, il ressort clairement que, conformément à la décision du Président de la République, dans 98,8% de nos écoles primaires, les parents ne paient rien pour la scolarité de leurs enfants.

Les Ecoles Conventionnées Catholiques ne se sont donc pas comportées de manière à saboter la disposition constitutionnelle de la gratuité de l’enseignement de base. Bien au contraire, elles ont essayé de trouver, désespéramment, des solutions locales face aux problèmes non résolus par le Ministère de tutelle au point de cautionner certaines injustices pour sauver la politique de la gratuité, notamment la ponction des frais de fonctionnement déjà modiques et le fait de faire travailler les élèves pour l’autofinancement. Encore que les résultats de ces solutions injustes n’en sont pas une. Comment un enseignant peut-il vivre avec 10.000 FC, soit 5 $ mensuellement ?

  1. 13. Quant à 1,2% des écoles des grandes villes où les parents sont amenés à contribuer, la CENCO considère que c’est une désobéissance qu’il ne faut pas encourager mais qu’il faut aussi gérer avec humanité considérant la condition de ces enseignants et les conséquences de manque d’une solution adéquate.
  2. Somme toute, il n’y a qu’une solution efficace pour sauver la gratuité de l’enseignement, à savoir la prise en charge convenable des enseignants et des écoles par le trésor public comme promis.
  3. La CENCO reste déterminée à accompagner le processus de la gratuité de l’enseignement de base qu’elle considère irréversible.

Notre vœu est que la nouvelle gouvernance que le peuple congolais attend impatiemment se penche d’urgence sur ce dossier car dans les conditions actuelles, la gratuité de l’enseignement risque de se transformer en une bombe qui compromettra l’avenir de nos enfants et détruira davantage notre pays, la RDC.

Fait à Kinshasa, le 13 janvier 2021,

Abbé Donatien NSHOLE

Secrétaire Général de la CENCO