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Tout commence par l’éducation (Une Chronique de Christian Gambotti)

Tout commence par l’éducation (Une Chronique de Christian Gambotti)

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*Pour répondre au défi de l’éducation, la France va former plus de 10.000 enseignants d’Afrique en côte d’ivoire, à Abidjan.

Si l’Occident a dominé le monde pendant quatre siècles, c’est parce qu’il a su mettre en place des systèmes éducatifs performants, en particulier avec la naissance et le développement de l’université entre le XIè et le XVè siècle. Aujourd’hui, en Corée du Sud, le fonctionnaire le plus important est l’enseignant. La compétition et le culte de la réussite organisent entièrement le système éducatif coréen. L’éducation se situe au centre des priorités du gouvernement et des préoccupations des citoyens.

Toute la société est mobilisée pour la réussite scolaire et l’éducation est un enjeu collectif. La Chine est devenue la société de l’intelligence, elle n’est plus l’atelier du monde. Pour les sciences, les mathématiques et la lecture, aux premières places du classement du « Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves », désigné par l’acronymie Pisa, figurent la Chine, la Corée du Sud, Singapour, Hong-Kong, Taïwan.

Les anciennes grandes puissances européennes se situent au 20è rang pour l’Allemagne, 25è rang pour la France. Leur déclassement s’explique par l’effondrement de leurs systèmes éducatifs. On comprend mieux, lorsque l’on compare les systèmes éducatifs de 70 pays, comme le fait PISA, que le centre de gravité de l’innovation et de l’économie se soit déplacé vers l’Asie. Les systèmes éducatifs en Afrique Pour de multiples raisons qui sont parfaitement documentées (contraintes démographiques et économiques exacerbées par l’instabilité politique et les conflits), les systèmes éducatifs en Afrique sont des systèmes faillis.

Aujourd’hui encore, l’éducation est, en Afrique, constamment en situation de crise, malgré les progrès réalisés grâce à l’effort massif fourni par les gouvernements africains et leurs partenaires dans le cadre des Objectifs de Développement Durable.

Si la scolarisation primaire atteint progressivement son objectif d’universalité en Afrique, 34 millions d’enfants ne sont toujours pas sur les bancs de l’école primaire, notamment dans les pays fragiles ou en situation de conflit. De plus, de nombreuses évaluations nationales et internationales ont montré que les élèves africains, dans leur majorité, n’acquièrent pas les savoirs et compétences fondamentaux à l’issue de la scolarisation obligatoire. Selon un récent rapport du Programme d’analyse des systèmes éducatifs (Pasec) des ministres de l’éducation d’Afrique francophone, plus de la moitié des élèves (53 %) de quinze pays d’Afrique francophone débutent leur scolarité dans le secondaire sans savoir ni lire, ni écrire. Relever le système éducatif ivoirien : la volonté politique au défi des réalités

En juillet 2015, le président ivoirien Alassane Ouattara affirme sa volonté de rendre l’école « obligatoire » pour les enfants de 6 à 16 ans, une mesure qui, sous l’impulsion de Mme la ministre de l’Education nationale, Kandia Camara, entre en vigueur dès la rentrée scolaire 2015-2016. Malgré l’engagement du gouvernement et la volonté farouche de Kandia Camara, l’école ivoirienne peine à garantir un apprentissage et une insertion réussis aux élèves. Le système éducatif ivoirien, qui accueille un nombre de plus en plus grand d’élèves, tarde à surmonter ses déficits en ressources financières, matérielles, pédagogiques et humaines. S’ajoute une question rarement posée, celle de la formation des enseignants, notoirement insuffisante. Jusqu’à présent les Rapports PASEC se limitaient à mesurer le niveau de compétences des élèves en langue d’enseignement et en mathématiques au début et à la fin du primaire. Le Rapport PASEC 2019 intègre une donnée nouvelle : les connaissances disciplinaires et didactiques en langue d’enseignement et en mathématiques des enseignants du primaire.

Selon le Rapport, financé par l’AFD, « une question récurrente en Côte d’Ivoire, essentielle à la fois pour les institutions et pour les parents d’élèves, est la qualité de l’enseignement et donc la qualité de la prestation des enseignants ». Or, l’enquête montre un niveau de qualification insuffisant rendu encore plus criant par le contexte d’apprentissage des élèves hors de l’école.

Le Rapport précise : « si les enseignants ont en moyenne une bonne connaissance des contenus disciplinaires enseignés, ils sont nettement plus nombreux à éprouver des difficultés quand il s’agit d’analyser leurs démarches pédagogiques, de choisir des situations adaptées aux objectifs d’apprentissage, de repérer les erreurs courantes et d’en identifier les sources de façon à pouvoir aider les élèves à progresser».

Selon Julie Higounet, responsable ingénierie formation à la Mission laïque française qui vient de créer à Abidjan un centre qui doit former en cinq ans plus de 10 000 enseignants de quinze pays d’Afrique subsaharienne francophone : « Le facteur qui a le plus d’influence sur la réussite des élèves, c’est l’enseignant. Un bon enseignant, c’est celui qui va faire progresser très vite ses élèves».

Le projet conduit par la Mission laïque française vise à former les enseignants à l’ingénierie pédagogique En créant le Centre de Développement Professionnel (CDP), la Mission laïque française s’est fixé comme objectif la formation « en cinq ans de plus de 10 000 enseignants et étudiants » de l’Afrique francophone, « afin de relever le défi de la qualité de l’enseignement».

Le CDP, qui sera abrité par le lycée international Jean-Mermoz à Abidjan, le plus grand établissement français du pays, doit former le personnel de l’enseignement public et privé français qui exerce en Côte d’Ivoire et dans la sous-région.

La formation ne sera pas uniquement théorique, elle sera plus en phase avec les réalités du terrain. Pour Kandia Camara, « ce centre innovant vient à point nommé pour combler des besoins pressants en matière d’ingénierie pédagogique, de formation initiale et de renforcement continu des capacités ». Une bonne gouvernance du système éducatif ne suffit pas, si la qualité de l’enseignement régresse à cause d’une formation insuffisante des enseignants, non pas dans la maîtrise des contenus disciplinaires, mais dans la manière d’enseigner à des cohortes d’élèves qui ne savent ni lire, ni écrire, lorsqu’ils entrent dans le secondaire.

Christian GAMBOTTI, Agrégé de l’Université, Président du Think tank Afrique & Partage- CEO du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur des Collections L’Afrique en Marche, Planète francophone – Directeur de la rédaction du magazine Parlements  & Pouvoirs Africains.