Pas un pas sans la prospérité.
Chaque jour, du lundi à samedi, reprise des publications quotidiennes

CORONAVIRUS : PERMETTRE A L’AFRIQUE D’ACCEDER AUX VACCINS (LA CHRONIQUE DE CHRISTIAN GAMBOTTI)

CORONAVIRUS : PERMETTRE A L’AFRIQUE D’ACCEDER AUX VACCINS (LA CHRONIQUE DE CHRISTIAN GAMBOTTI)

This post has already been read 239 times!

UN ENJEU POLITIQUE : L’UNIVERSALISME DES VACCINS CONTRE LE NATIONALISME VACCINAL ET LA DIPLOMATIE VACCINALE

 

Dans une interview accordée au Financial Times, le jeudi 18 février 2021, le Président français, Emmanuel Macron a déclaré qu’il allait proposer aux dirigeants du G7 de transférer 3 à 5 % des vaccins qu’ils ont en stock aux pays africains. : « Transférons 3 % ou 5 % aujourd’hui des vaccins qu’on a en stock à l’Afrique. Cela n’a aucun impact sur le rythme de la stratégie vaccinale (dans les pays riches). Ça ne la ralentit pas d’un jour, compte tenu aujourd’hui de l’utilisation de nos doses ». La proposition de Macron ne doit pas être interprétée à travers le prisme humanitaire. Il s’agit d’abord de lutter  contre « une accélération des inégalités mondiales inédite », provoquée par la pandémie du coronavirus, ensuite contre le nationalisme vaccinal, enfin contre les guerres d’influence pratiquées par la Chine et la Russie à travers la diplomatie vaccinale. Emmanuel Macron s’est fortement engagé sur cette question. Il a participé, ces derniers jours, à plusieurs réunions sur ce dossier des vaccins, dont une réunion importante avec des dirigeants africains, afin d’accélérer la mise à disposition de vaccins dans les pays pauvres. L’enjeu, pour Macron ; est de faire des vaccins contre le coronavirus un bien public, une idée que partage le président indonésien Joko Widodo, avec qui le président français vient de s’entretenir. Pour venir en aide aux pays les plus pauvres, la communauté internationale a mis en œuvre le programme Covax.

Vers l’universalisme des vaccins : le programme COVAX

L’accès mondial et équitable à un vaccin constitue l’unique moyen d’atténuer l’impact sanitaire, économique et social de la pandémie. Piloté par l’OMS, l’Alliance du vaccin (Gavi) et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (Cepi), le programme Covax vise à mettre en œuvre une collaboration mondiale avec les trois objectifs suivants : 1) accélérer la recherche, la mise au point et la production d’outils de diagnostic, de traitements et de vaccins contre la COVID-19, 2)  assurer un accès juste et équitable aux vaccins en fournissant aux 200 pays engagés dans Covax 2 milliards de doses, d’ici la fin 2021, 3) sécuriser l’approvisionnement. Parmi les priorités de Covax figure la distribution des vaccins aux pays pauvres. Des mécanismes de financement vont  permettre à 92 pays économiquement fragiles d’avoir accès aux vaccins contre le coronavirus. Lors d’une réunion virtuelle du G7, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré : « Avec ce nouveau coup de pouce financier, nous voulons nous assurer que les vaccins seront bientôt livrés aux pays à faibles et moyens revenus. Car nous ne serons en sécurité que si le monde entier est en sécurité ».

Répondre à une « inégalité criante »

Le mercredi 17 février 2021, lors d’un échange en visioconférence avec ses homologues, – le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, sénégalais Macky Sall, sud-africain Cyril Ramaphosa, de RDC Félix Tshisekedi et des Comores Azali Assoumani.Emmanuel -, Emmanuel Macron a jugé « inexplicable et intolérable » la lenteur du démarrage de la campagne de vaccination contre la Covid 19 en Afrique.  Ce retard symbolise l’inégalité d’accès aux vaccins entre les pays riches et les pays pauvres.  Pour Emmanuel Macron, les pays riches doivent « répondre à cette inégalité criante ». 

L’engagement de Félix Tshisekedi sur les questions sanitaires

Depuis le début de l’épidémie dans le pays, la RDC compte 25 080 cas de Covid 19 et 700 décès. Le pays recense en moyenne 120 contaminations supplémentaires par jour, ce qui peut sembler peu. Mais, la vigilance est de mise. C’est pour cela que, lors de son arrivée au pouvoir, le président Félix Tshisekedi a inscrit parmi ses priorités les questions sanitaires, notamment en  assurant la livraison des vaccins et des médicaments dans les endroits les plus reculés, grâce à l’utilisation de drones. Dans la lutte contre la Covid 19, faute de pouvoir compter sur l’aide des pays occidentaux, une aide trop lente selon Félix Tshisekedi, la RDC est en train de miser sur la Chine. Le conseiller d’État et ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, lors de sa tournée africaine, a réaffirmé la volonté de Pékin d’aider l’Afrique dans sa lutte contre la Covid 19. Félix Tshisekedi, qui attend toujours une accélération de l’aide des pays du G7, a remercié la Chine pour son soutien. Dans le droit fil de la politique conduite par son prédécesseur à la tête de l’Union Africaine, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, Félix Tshisekedi, qui préside désormais l’organisation panafricaine, souhaite que les États membres fassent appel aux bailleurs de fonds afin d’obtenir les financements qui permettraient de couvrir les besoins en vaccins du continent. L’urgence est d’autant plus là que l’on assiste à un retour de la fièvre hémorragique Ebola en RDC, dans l’Est du pays.

Un enjeu politique

Au-delà des enjeux sanitaires, économiques et sociaux, l’accès aux vaccins représente un formidable enjeu politique. Les démocraties libérales occidentales (Union Européenne et Etats-Unis) sont confrontées à la diplomatie vaccinale agressive chinoise et russe. Pour Emmanuel Macron, ne pas permettre à l’Afrique d’accéder aux vaccins contre la Covid 19, « c’est politiquement insoutenable à terme parce que c’est ce qui permet d’installer une guerre d’influence des vaccins. Et vous voyez bien la stratégie chinoise, la stratégie russe aussi. » Répondre aux besoins de l’Afrique est une manière, pour les démocraties libérales occidentales, de contrecarrer la diplomatie vaccinale.de pays moins démocratiques comme la Chine et la Russie, qui, en se présentant comme les sauveurs de l’Afrique, mènent une guerre d’influence.

Le président français, lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, a mis en garde l’Occident sur le risque encouru, si l’Europe et les États-Unis n’étaient pas capables d’apporter des doses aux Africains. L’Afrique se rapprocherait encore plus de la Chine et de la Russie. Il a donc proposé que l’Europe et les Etats-Unis livrent immédiatement 13 millions de doses de vaccins à l’Afrique pour que le continent puisse vacciner ses 6,5 millions de soignants. L’enjeu est très politique : « Si nous, Européens, Américains, savons livrer le plus vite possible ces 13 millions de doses, ça vaut notre crédibilité […], alors l’Ouest sera considéré en Afrique ». Macron privilégie la stratégie des dons au motif suivant : « si nous annonçons des milliards aujourd’hui pour donner des doses dans 6 mois, dans un an, nos amis africains iront acheter des doses aux Chinois et aux Russes. […] La  force de l’Ouest ne sera pas une réalité ».

Les grandes puissances ont pu commander des vaccins et lancer, depuis janvier, des campagnes de vaccination massive. Selon les chiffres, 45 % des injections ont été réalisées dans les pays du G7. Or, ces pays ne représentent que 10 % de la population mondiale. Plus de 9 doses sur 10 (92 %) ont été administrées dans des pays à revenu « élevé » ou « intermédiaire de la tranche supérieure », au sens où l’entend la Banque mondiale. L’Union africaine a pourtant annoncé avoir commandé, le 13 janvier 2021, 270 millions de doses de vaccins pour le continent, dont 50 millions d’ici juin prochain, ce qui est très peu au regard du 1,3 milliard d’habitants du continent. Or, les pays riches vont se retrouver avec des centaines de millions de doses excédentaires : le Canada a réservé cinq fois plus de vaccins que son nombre d’habitants. L’Union européenne, deux fois plus. Ce paysage inégalitaire de l’accès aux vaccins et à la vaccination, que vient nourrir l’égoïsme des pays riches, a de quoi inquiéter. D’où la proposition faite par Emmanuel Macron dans le cadre du G7 : partager une partie des vaccins avec les pays pauvres. Au-delà d’un enjeu sanitaire, en permettant à l’Afrique d’accéder aux vaccins, les pays occidentaux pourront mieux lutter contre l’influence de la Chine et de la Russie sur le continent. La diplomatie vaccinale chinoise est déjà en marche. Plusieurs pays africains ont reçu des lots de vaccins offerts par Pékin.

Christian GAMBOTTI, Agrégé de l’Université, Président du think tank Afrique & Partage-CEO du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain)Directeur des Collections L’Afrique en Marche, Planète francophone – Directeur de la rédaction du magazine Parlements & Pouvoirs Africains