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Culture : Papa Wemba toujours vivace cinq ans après sa disparition

Culture : Papa Wemba toujours vivace cinq ans après sa disparition

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Cela fera 5 ans le 24 Avril que Papa Wemba, prince de la rumba congolaise, repose au cimetière Nécropole entre terre et ciel dans la périphérie de Kinshasa. Mais, dit-on, l’artiste ne meurt pas, ses œuvres le maintiennent en vie…

Jules Shungu Wembadio dit “Papa Wemba”. Ce fils d’un ancien combattant, et jeune servant de messe à la Paroisse Saint-Joseph de Kalamu, va participer à la création de quatre orchestres qui vont marquer l’histoire de la musique congolaise : Zaïko Langa-Langa, Isifi-Lokole, Yoka-Lokole et Viva-la-Musica.

Artiste-musicien et acteur de cinéma, Papa Wemba va impacter la vie de millions des jeunes congolais et étrangers !

Episode 1 : La création de Zaiko Langa-langa.

  1. Issu du mariage de Jules Kekumba, un ancien militaire de la Force Publique (l’armée coloniale) qui a participé aux batailles de la seconde guerre mondiale, et polygame de son état, et de Marie Nyondo, Jules Shungu Wembadio est né le 14 juin 1949 à Lubefu dans l’actuelle province du Sankuru.

Alors qu’il n’est encore qu’un enfant, les parents du petit Jules décident de venir s’établir à Léopoldville. Dans un premier temps, ils s’installent dans le camp Cito (aujourd’hui camp Kauka) avant de venir au 42/A de l’avenue Kanda-Kanda dans le quartier Renkin (aujourd’hui quartier Matonge).

  1. Son papa militaire souhaite fortement faire de son fils Jules un avocat ou un journaliste, mais l’intéressé est plutôt attiré dans un premier temps par la prêtrise. C’est ainsi que très jeune, il devient acolyte c’est à dire servant de messe à la Paroisse Saint-Joseph de Matonge. Il deviendra ensuite choriste dans la même paroisse où il découvre sa vraie passion pour la musique.

Passion qu’il a hérité de sa mère qui est une pleureuse professionnelle ; et celle-ci l’amène régulièrement dans ses activités qui consistent à animer, avec des chants, les veillées mortuaires dans la communauté Tetela.

  1. Il fait son école primaire à Saint-Jean Berckmans, aujourd’hui EP 1 Kauka, où il fait la connaissance d’un jeune qui deviendra plus tard le très populaire Abbé Koko. En 1966, Jules Kekumba quitte la terre des hommes et sera enterré au cimetière de Kasa-Vubu en face de l’usine des pains ” Mama Poto “. Ce qui va permettre au jeune Jules de s’adonner un peu plus librement à sa passion : la musique.
  2. En ce qui concerne la musique dite ” profane “, Jules Shungu Wembadio commence à chanter, avec son ami Toussaint Gaby Lita Bembo dans un petit orchestre du quartier Immo-Congo, appartenant à des enfants des réfugiés angolais installés à Kinshasa, ” Les Stukas Boys “. Parmi ces réfugiés, il y avait les enfants du président du Front National de Libération de l’Angola (FNLA) Roberto Holden. Jules Shungu va prester dans cet orchestre durant trois mois seulement.

Son ami Gaby Lita, dont le père monsieur Lita, ancien enseignant de Pascal Tabu à l’école primaire dans les années 1950, était devenu commissaire de district au Katanga, va récupérer le nom de ce groupe pour faire son ” Stukas Ley ” sous l’encadrement de Mama Théthé, l’épouse de Tabu Ley. Après, Gaby Lita va s’autonomiser de cette tutelle de la famille Ley et faire son ” Stukas ” tout court.

  1. Un jour, le jeune Wembadio accompagne l’un des ses amis rendre visite à sa tante sur l’avenue Popokabaka du côté Kasa-Vubu. On est en 1969.

Resté seul dans la cour, en attendant son ami qui était entré dans la maison, Jules Shungu entend des voix provenant de derrière la maison. Poussé par la curiosité, il tourne derrière la maison et il trouve un groupe de jeunes qui répètent.

Ayant remarqué l’intérêt manifeste du jeune curieux pour la musique, ils vont demander à Jules s’il s’y connaît en musique. Le jeune Wembadio leur répondit qu’il s’essayait au chant. Ils lui demandent alors de chanter quelque chose pour eux. Wembadio va interpréter la chanson ” Adios Théthé ” de Tabu Ley. Éblouis par la qualité de la voix et l’aisance de la prestation, ces auditeurs vont juste lui demander son nom et son adresse.

  1. Le lendemain de cette rencontre, on apprend à Jules, chez eux à la maison, qu’un garçon le cherche dehors. Il sort pour écouter son visiteur surprise. Ce jeune homme va lui dire trois choses :

1° Je m’appelle DV Moanda (son vrai nom c’est Vital Di-Vita Moanda) et je suis membre de l’orchestre que tu as vu répéter hier.

2° Après ta prestation d’hier et ton départ, nous avons décidé de dissoudre cet orchestre (qui s’appelait Bel-guide National).

3° Je te propose, si tu veux bien, de venir avec moi pour créer un nouvel orchestre. Jules Shungu, qui se faisait déjà appeler ” Jules Presley “, accepte la proposition et suit son nouveau compagnon jusqu’au lieu de la répétition d’hier.

  1. Et là, Jules Shungu découvre que DV Moanda et ses amis ont chassé tous les musiciens qu’il avait vu hier sauf un guitariste : Félix Manuaku Waku dit Pépé Felly. Deux jours après cette prise de contact, un ancien chanteur de l’orchestre dissout Bel-guide et qui sera maintenu dans le nouvel orchestre va les rejoindre. Il s’appelle José Nyoka Mvula plus connu sous le nom de Jossart Nyoka Longo. Une petite explication à propos de ce nom. Jossart vient de la contraction de la phrase “José Sera artiste” que lui répétait régulièrement un vieux de son quartier à Kimbanseke. Longo était le nom de sa grande sœur, Albertine Longo, qui mourut en 1973 à l’âge de 22 ans. En hommage à sa sœur et aussi par souci de pérenniser son souvenir, José Nyoka va récupérer son nom et l’ajouter au sien. C’est ainsi qu’il est devenu Jossart Nyoka Longo.
  2. Ces trois musiciens (Jules Shungu Wembadio, Félix Manuaku, Jossart Nyoka Longo) et les administrateurs de l’ancien Bel-guide (DV Moanda, Henry Mongombe, André Bita, Marcellin Delo) créent le 24 décembre 1969 un orchestre qu’ils dénomment Zaïko (qui signifie Zaïre ya Bakoko, le Zaïre des ancêtres) Langa-Langa (proposition de Jules Shungu, Langa-Langa est une plante qui pousse facilement et qui donne une espèce de patate douce).

A ce noyau des fondateurs vont s’ajouter d’autres musiciens pour compléter l’équipe. Il s’agit de : Teddy Sukami, Enoch Zamuangana, Zéphirin Matima, Damien Ndebo, Pierre Muaka Oncle Bapius, Baudouin Mitshio et Ephraïm.

  1. Ainsi est créé, par un groupe de très jeunes musiciens (Jules Shungu 20 ans, Felly Manuaku 15 ans {né le 19 août 1954}, et Jossart Nyoka Longo 16 ans {né le 7 septembre 1953}), l’un des orchestres les plus mythiques de la musique congolaise moderne. Seul orchestre qui est resté, avec ses hauts et ses bas, presque de manière discontinue au devant de la scène musicale congolaise et africaine depuis plus de 51 ans !
  2. Cet orchestre va révolutionner la musique congolaise en y apportant trois innovations majeures. Premièrement, ils décident de supprimer tous les instruments à vent qui colonisaient la musique congolaise (trompette, saxophone…). Deuxièmement, ils vont mettre en avant la batterie (drums). Et troisièmement, ils vont décider d’accélérer le tempo de leur musique ; ce qui donnera naissance à ce qu’on appelle aujourd’hui le “Ngwasuma”. Avec ces innovations, Zaïko Langa-Langa va connaître un succès foudroyant…

Thomas Luhaka Losendjola