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Héritage politique de  Feu le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya /(Par le Prof. Gaston Dyndo Zabondo)

Héritage politique de  Feu le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya /(Par le Prof. Gaston Dyndo Zabondo)

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L’implication du Cardinal Monsengwo dans la vie politique de notre pays a essentiellement consisté à y introduire les valeurs de l’évangile et à les rappeler sans ces dernières à tous les citoyens congolais. Pour lui, ces valeurs sont les gages d’une meilleure vie commune que nous devons mener en tant que citoyens d’une même patrie. Etre patriote, selon le Cardinal, revenait donc à être en mesure de mettre en pratique ces valeurs et de les véhiculer. La promotion de ces valeurs était la finalité essentielle de sa démarche qui était marquée en même temps d’une certaine sévérité et de la douceur d’un bon pasteur. 

Au tenant du pouvoir, Laurent Monsengwo rappelait qu’ils doivent être au service de la population. Le pouvoir n’a de sens, selon lui, que s’il sert les plus petits, les plus faibles. Il rappelait sans cesse cette parole du Christ : « celui qui veut être le plus grand, doit être les serviteurs de tous ».  L’objet du pouvoir n’est pas la domination, mais la charité. Dieu donne l’autorité aux hommes pour servir leurs paires, pour bâtir une société juste où les uns et les autres vivent en paix. A la population, il enseignait à travers ses messages la nécessité de vivre en « paix » pour la survie de la société congolaise et de l’humanité entière. Les conflits, selon lui, doivent être résolus par la voie du « dialogue ». Il fera usage de ce dernier, à travers toute son action politique, comme instrument de recherche des solutions aux problèmes que connaît notre société. Depuis la Conférence Nationale Souveraine, il ne cessait d’appeler les politiques congolais à la pratique du dialogue pour résoudre leurs différends.

Les valeurs que le Cardinal tenait à véhiculer dans la classe politique congolaise sont essentiellement le « respect de la vie humaine », la « vérité », la « justice » qui doit concrétiser par la mise sur pied  la « justice  d’un État de droit promoteur des droits humains et la justice sociale ou distribution équitable des richesses nationales.

En effet, s’agissant du respect de la vie humaine, le Cardinal Monsengwo s’inspirait des écritures saintes, selon laquelle « l’homme est créé à l’image de Dieu ». La vie humaine est donc sacrée. Elle ne doit faire l’objet de tuerie où de toute sorte réification. Selon Laurent Monsengwo, l’homme est appelé à la vie dans sa plénitude et à la dignité. C’est avec cette conviction qu’il s’investissait dans la recherche des solutions pacifiques aux différentes crises politiques qu’ont connu notre pays afin de trouver des solutions par la voie du dialogue et éviter les pertes des vies humaines. Avec cette méthode du dialogue, il avait réussi à préserver la nation de la guerre civile en 1992 dans un contexte difficile de passage du régime monolithique de Maréchal Mobutu au pluralisme politique. Malheureusement, les engagements pris à la Conférence Nationale Souveraine ont été foulés aux pieds par le Maréchal Mobutu. Cela a occasionné la rébellion de l’AFDL (1996) qui a conduit à la prise de pouvoir par Laurent-Désiré Kabila (1997). Ce dernier était appelé par Monseigneur Monsengwo, en sa qualité du président du Haut Conseil de la République-Parlement de Transition, à dialoguer avec les forces politiques trouvées sur place à Kinshasa, particulièrement celles qui  avaient combattu la dictature mobutiste. Pris en otage par ses alliés étrangers, Laurent-Désiré Kabila ne s’ouvrit pas au dialogue. Il y a eu les rébellions de 1998 qui ont divisé le pays en trois.

Monseigneur Monsengwo s’est encore investit dans les différentes négociations qui ont conduit au dialogue Intercongolais  de Sun City. Cette dernière a abouti à la fin de la guerre grâce au partage du pouvoir par les belligérants dans le régime 1+4.

L’action politique, selon Laurent Monsengwo, doit reposer sur la notion de la « vérité ».  Cette dernière permet la compréhension et l’entente entre les hommes. Le mensonge, les intrigues, la malveillance, l’hypocrisie sont des sources des conflits. Pour maintenir la paix, on doit promouvoir la vérité. Cette dernière, comme le recommande l’Eglise, doit être dite en tous les temps, à temps et à contre temps de l’histoire des hommes.

La justice, selon Laurent Monsengwo, est le gage de la paix. L’Etat doit promouvoir une justice « juste ». Il s’agit ici du traitement égal de tous devant la loi. Que les magistrats, les cours et les tribunaux rendent la justice comme il se doit, ne cessait de répéter Laurent Monsengwo, afin que règne la paix. Il était particulièrement préoccupé par la question du respect des droits humains. Il dénonçait la corruption de la justice afin que cette dernière ne soit pas   utilisée, à contre sens, pour violer ces droits.

Le Cardinal Monsengwo était particulièrement intéressé par la question de la justice sociale (justice distributive): la distribution équitable des richesses nationales. Il considérait que Dieu, ayant doté notre pays de plusieurs richesses naturelles, tous les congolais méritent d’y vivre mieux. Il ne cessait d’appeler les dirigeants au partage équitable des richesses nationales et des revenus de l’État. Selon lui, ceux qui possèdent les biens doivent se considérer comme des simples intendants des biens que Dieu mis à leurs dispositions pour servir ceux qui sont dans le besoin, prêchait-il. La justice distributive prend son fondement dans l’évangile. Le Christ recommande le partage des biens : « Que celui qui a deux mentaux en un à celui  qui est en manque ». Ainsi, la paix sociale est-elle  garantie.

Une autre valeur à laquelle était attachée Laurent Monsengwo, c’est la « méritocratie ». Chacun doit travailler pour mériter le poste auquel il aspire : la personne qu’il faut à la place qu’il faut. C’est ainsi qu’il a dit que « les médiocres dégagent ». Il voulait en fait dire que ceux qui ne fournissent pas d’effort pour servir la population doivent dégager des postes qu’ils occupent, et les laisser à ceux qui sont compétents et disposés à servir cette population.

Enfin, le Cardinal Monsengwo était un prophète de la nation congolaise et un bon pasteur. En tant que prophète, il ne cessait d’appeler la classe politique congolaise, chaque homme politique et chaque femme politique, à la conversion. Il dénonçait la mauvaise gestion des biens publics. Il prévenait les dirigeants des dangers qu’il faisait courir à la nation suite à leurs comportements égoïstes. Il appelait sans cesse toute la société congolaise à se convertir, à bannir la corruption et les injustices. En tant que pasteur, il était le bon berger qui allait chercher même les brebis égarées pour le ramener dans le droit chemin. Il était un rassembleur de la classe politique congolaise, un rassembleur du peuple congolais.

Pour terminer, Laurent Monsengwo avait un sens élevé d’abnégation, de l’oubli de soi. Il se sacrifiait pour la nation. Il ne voulait pas prendre le pouvoir politique malgré les occasions qui se sont offertes à lui. Il n’exerçait  pas la politique pour lui-même, pour son positionnement, mais pour aider la nation congolaise à préserver la paix et à promouvoir le bien-être sa population.

Ce sont là les enseignements que nous retenons de celui qui a été un homme providentiel pour la vie de la nation congolaise.de 1992 à 2021. Sa pensée, son attitude et son action politique,  une nouvelle doctrine que nous appelons :  le  » Monsengwoisme ».