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Relever, redresser, requalifier et innover le Système Universitaire en République Démocratique du Congo /(Par  Muhindo Nzangi Butondo, Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire)

Relever, redresser, requalifier et innover le Système Universitaire en République Démocratique du Congo /(Par  Muhindo Nzangi Butondo, Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire)

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DISCOURS D’ORIENTATION ET D’OUVERTURE PRONONCÉ  à l’ouverture des Etats Généraux de l’ESU

Lubumbashi, le 10 septembre 2021

Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat,  Grand Chancelier des Universités et Instituts Supérieurs congolais

(Avec mes Hommages les plus déférents),

– Excellence Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,

– Excellence Monsieur le Gouverneur de la Province du Haut-Katanga

– Honorables Députés nationaux et provinciaux,

– Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres, – Messieurs les Conseillers du Président de la République,

– Messieurs les Conseillers du Premier Ministre,

– Monsieur le Secrétaire Général de l’Enseignement Supérieur et Universitaire ;

– Monseigneur et Messieurs les Présidents des Conseils d’Administration des Universités et Instituts Supérieurs,

– Monsieur le Premier Président de la Cour d’Appel de Lubumbashi,

– Monsieur le Procureur Général,

– Mesdames et Messieurs les Recteurs des Universités et Directeurs Généraux des Instituts Supérieurs,

– Monsieur le Recteur de l’Université de Lubumbashi et Président de la Conférence du Grand Katanga,

– Mesdames et Messieurs les Participants aux Etats généraux,

– Mesdames et Messieurs les Invités,

A  l’ouverture de ces Etats généraux longtemps voulus par les praticiens et partenaires dans le secteur éducatif universitaire congolais, je voudrais saluer solennellement la volonté du Gouvernement de la République, traduite par la décision, au 16e Conseil des Ministres du 20 août 2021, d’organiser ces assises dans la ville de Lubumbashi, au Haut-Katanga.

Dirigé par Son Excellence Monsieur le Premier Ministre Jean-Michel Sama Lukonde, le Gouvernement a rappelé, avec justesse, que ces États généraux ont comme objectif général de relever, redresser, requalifier et innover le Système de l’Enseignement Supérieur et Universitaire en République Démocratique du Congo, conformément au Pilier 11, Axe 51 du « Programme d’actions du Gouvernement 2021-2023 ».

En cet axe, le Programme d’actions du Gouvernement se propose de concrétiser la volonté du Président de la République, Chef de l’État et Grand Chancelier des Universités et Instituts congolais, Son Excellence Monsieur Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, d’ériger l’éducation comme pilier majeur d’impulsion de développement durable et de prospérité de la société congolaise. Cette mission a été confiée à mon Ministère.

C’est pourquoi, dès la prise de mes fonctions de Ministre, je me suis attelé à cerner les problèmes auxquels ce secteur stratégique est confronté et à penser de voies de solutions efficaces, au-delà des mesures ponctuelles et urgentes voulues par les contraintes de bonne gouvernance universitaire. Les multiples échanges avec les praticiens et intervenants dans notre secteur éducatif universitaire m’ont convaincu de la nécessité de lever la chape de plomb qui bloque les réformes audacieuses, réalistes et vitales sans lesquelles nous ne pouvons espérer relever, redresser, requalifier et innover l’Enseignement Supérieur et Universitaire congolais.

Sans réformes audacieuses, il n’est pas possible d’améliorer notre système universitaire, dont les fondations ont été posées par des vaillants artisans de la grande réforme de 1971, et de l’adapter aux évolutions de l’environnement congolais dans un contexte mondial, façonné désormais par les technologies numériques, la globalisation économique et financière, ainsi que de nouvelles formes de mobilité enseignante et estudiantine.

Parmi ces réformes, figurent en tête des priorités, celles qui consistent : – d’une part, à réajuster le système universitaire congolais, au regard de l’évolution des universités dans le monde et notamment,  le système LMD (Licence-Maîtrise-Doctorat), conformément à l’article 98 de la Loi-Cadre n°14/004 du 11  février 2014 et à la Stratégie Sectorielle de l’Education et de la Formation ; – d’autre part, à réfléchir sur l’amélioration des conditions de travail et de vie du Personnel enseignant, administratif, technique et ouvrier pour que nos Universités et Instituts Supérieurs continuent à être non seulement des espaces de production et de transmission des savoirs, mais aussi des lieux de production de richesses pour garantir leur autofinancement et la qualité des services à la société.

En opérant une transformation qualitative de nos Universités et Instituts Supérieurs, nous contribueront à en faire des espaces où des enseignants et chercheurs délivrent davantage, au bénéfice des étudiants, des enseignements de qualité soutenus par des recherches innovantes.

Nos Universités et Instituts Supérieurs pourront également participer qualitativement et quantitativement à la diversification de l’économie nationale, à la création d’emplois et à l’offre des services de qualité pour la construction et le développement durable de la République Démocratique du Congo. Les conditions sociales et de travail de celles et ceux qui se dévouent à la formation de qualité de notre jeunesse seront aussi améliorées pour permettre à notre pays de disposer davantage d’expertises et compétences, d’affronter et de relever les multiples défis dans les secteurs économique, sécuritaire, socioculturel et environnemental. Il s’agit du Personnel enseignant, administratif et technique. Je salue, au nom du Gouvernent de la République, leurs inlassables efforts, leur disponibilité, leur dévouement pour la Nation, même en temps difficiles de violences gratuites, de guerres larvées ou de crise sanitaire due à la terrible pandémie de Covid-19.

Cette pandémie qui a désarticulé tous les secteurs de la vie dans les sociétés a arraché à nos Universités et Instituts supérieurs publics et privés bien des éminents et valeureux professeurs et chercheurs, ainsi que d’expérimentés cadres administratifs. Il reviendra à notre Nation d’honorer leur mémoire et de perpétrer leurs contributions à la construction des savoirs, à l’Administration publique et à la cause de l’humanité. En attendant, j’invite les participants à ces Etats généraux de se souvenir de leur grandeur par une minute de silence suivi d’applaudissements. Je voudrais saisir l’occasion offerte par ces États généraux dans la ville de Lubumbashi pour saluer et encourager deux professeurschercheurs de l’Université de Lubumbashi, Philomène Lungu Anzwal et Michel Balaka Ekwalanga. Ils se sont investis dans les recherches thérapeutiques contre le Covid-19. Ils ont rendu public leur schéma thérapeutique « Bela-Unilu.20 » dans une étude scientifique intitulée « Immuno-multi-therapy and prophylaxis efficacy against Covid-19 (Lungu P. Anzwal, in Journal of Clinical Immunology § Microbiology, 2021,2(1).1-9). Excellences, Honorables, Monseigneur, Mesdames et Messieurs, Chers Invités, Chers Participants,

Pour mon Ministère, il est temps de prendre conscience que la volonté de penser l’avenir, d’opérer des réformes nécessaires et urgentes, doit l’emporter sur la peur de nous engager sur la voie des changements pour relever les défis présents et futurs. Dans notre pays, plusieurs réformes de l’Enseignement Supérieur ont déjà eu lieu. Il me suffit de rappeler la réforme de 1971 qui a abouti, le 6 août de la même année, à la création de l’UNAZA. Il y a eu aussi  celle de 1981 qui a consacrée la décentralisation du fonctionnement des établissements de l’Enseignement Supérieur et Universitaire et de la Recherche scientifique, en éclatant l’autorité centralisée de l’UNAZA et en créant trois Conseils d’Administration, respectivement pour les Universités, les Instituts Supérieurs Techniques et les Instituts Supérieurs Pédagogiques.

Ces trois Conseils d’Administration sont opérationnels sous la direction éclairée et bienveillante des éminents Professeurs congolais, à savoir Monseigneur Tshibangu Tshishiku, Mpeye Nyango et Bura Pulonyo.

A  ces deux réformes majeures, on peut ajouter celle qui a ouvert, à la suite de la Décision de l’État n° 75/CC/89 du 29 avril 1989, l’Enseignement Supérieur et Universitaire de notre pays au secteur privé. Elle a brisé le monopole éducatif de l’État. Il y a eu aussi l’organisation de la Table Ronde des Universités Congolaises en 2004 dans la ville de Lubumbashi. Cette Table Ronde des Universités Congolaises a abouti à la révisitation et à la requalification des offres curriculaires universitaires. Excellences, Honorables, Monseigneur, Mesdames et Messieurs, Chers Invités, Chers Participants, Je voudrais revenir sur la Réforme de 1971 pour en relever le sens novateur et saluer publiquement, devant vous, et devant la Nation congolaise une grande figure de la formation universitaire, de la recherche et de la culture, à savoir Monseigneur Tshibangu Tshishiku.

A  travers lui, seront aussi honorés tous ceux qui l’ont accompagné. Nous saluons aussi ceux qui continuent à accompagner, dans les Conseils d’Administration ou dans les Universités et Instituts Supérieurs, Page 7 of 17 l’immense travail éducatif qu’il a été entrepris dans un contexte d’africanisation des cadres.

Dans les années 1970, des brillants universitaires congolais dont les âges variés entre 26 et 40 ans avaient eu la lourde responsabilité de penser, à N’Sele à Kinshasa, la réforme de l’Enseignement Supérieur et Universitaire de notre pays. Parmi eux, figurait Monseigneur Tshibangu Tshishiku. Ils avaient courageusement surmonté la peur de changement qui assigne les humains à l’inertie et au conservatisme. Ils avaient pensé une grande réforme universitaire, en réalisant, au sein de l’UNAZA, trois opérations : – l’unité du système universitaire de notre pays ; – l’intégration de l’ensemble de l’Enseignement Supérieur et la délivrance d’un Diplôme ayant valeur universelle ; – la création et la mise en route d’un cycle de professionnalisation estudiantine sous le label de « Graduat ».

Au cours de cette année 2021, notre pays célèbre donc le 50ème  anniversaire de l’Université congolaise multi-campus appelée UNAZA. Cet anniversaire est incarné par plusieurs universitaires et scientifiques de haute facture dont un homme devenu une icône de la formation scientifique, de la recherche et de la culture. Il s’agit de Monseigneur Tshibangu Tshishiku.

En effet, il a su incarner et catalyser les ambitions de la souveraineté nationale en matière de formation, de recherche scientifique et dans le domaine culturel, durant un demi-siècle. Les effets de son immense œuvre sont appréciés aussi bien par les intellectuels congolais que par les sommités internationales de la recherche et de la science.

Les présents Etats généraux célébrés au lendemain du mois d’anniversaire de l’UNAZA dont il a été le premier et Recteur Magnifique, sont aussi,  de mon point de vue, l’expression de la reconnaissance nationale à tout ce que les générations des congolaises et des congolais lui témoignent en toute honnêteté et en toute sincérité. Né à Kipushi, au Katanga, le 24 avril 1933, ancien séminariste à Baudouinville, actuel Moba dans la Province de Tanganyika, avant de poursuivre ses études lors de l’ouverture, en 1957, de la Faculté de Théologie au sein de l’Université Lovanium, premier diplômé de Théologie de cette université, premier Docteur et premier Maître en Théologie de l’Afrique centrale, premier Recteur noir de l’Afrique, Président du Conseil d’Administration des Universités du Congo, il a aussi été expert théologique au Consul Vatican II et l’un des artisans de l’œuvre pastorale réalisée par Son Eminence le Cardinal Albert Malula. Son œuvre théorique a éclairé le débat d’idées en théologie et en philosophie africaines, ainsi que dans plusieurs domaines scientifiques qui relèvent des sciences humaines et sociales.

En ma qualité de Ministre de l’Enseignement Supérieur et Université, je recommande aux participants de saisir l’opportunité récente de création, à Kinshasa, de l’Académie des Sciences pour rejoindre le vieux souhait de Monseigneur Tshibangu Tshishiku en mettant sur pied une vaste institution scientifique dénommée Centre d’Archives et de Documentation Historiques Universitaires Congolaises. Ce centre nous permettrait de lui rendre le plus bel hommage scientifique et académique, et, par ricochet, à tous ses collègues, notamment les autres membres des Conseils d’Administration, les imminents Professeurs Mpeye Nyango et Bura Pulonyo dont la présence honorent et éclairent ces Etats généraux.

Nous serons aussi heureux d’assister à la cérémonie d’inauguration à Kinshasa, au mois de décembre, par le Chef de l’État, d’un Centre dédié à la formation universitaire du troisième cycle et d’un Centre de spiritualité. Ces deux centres matérialiseront le vœu scientifique de Monseigneur le Président du Conseil des Universités. En marge de ses États généraux, j’ai décidé d’accéder à la demande de Monsieur le Recteur de l’Université de Lubumbashi, le Professeur Gilbert Kishiba Fitula, de dévoiler la plaque de dédicace de cette salle baptisée « Salle de Conférence Monseigneur Tshibangu Tshishiku ».

Je proposerai aussi à Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat et Grand Chancelier des Universités et Instituts Supérieurs congolais d’élever Monseigneur Tharcisse Tshibangu Tshishiku, pour service rendus à la Nation, au grade de Grand Officier dans l’Ordre national de Distinction honorifique de notre pays. Je nous invite à nous tenir débout par saluer le 50e anniversaire de l’UNAZA, ainsi que la grandeur académique, culturelle et spirituelle de Monseigneur Tshibangu Tshishiku.

Excellences, Honorables, Monseigneur, Mesdames et Messieurs, Chers Invités, Chers Participants, Je viens de parler des réformes successives dans notre pays et de quelques figures qui en ont été des artisans. Entre 1971 et aujourd’hui, le contexte et le temps du monde ont changé. Et l’universitaire n’est Page 10 of 17 pas un blasé pour qui le temps piétine, mais un homme et une femme qui se remettent constamment en question pour se projeter dans le futur. L’universitaire est habité par la conscience que le présent et le futur sont les lieux de la créativité et de l’innovation, de la réalisation de la liberté et de l’humanité partagées avec celles des autres dans le monde. Les présents États généraux ne peuvent tergiverser sur la nécessité de réajuster l’Université congolaise à l’évolution des universités dans le monde propulsé par les technologies numériques et l’économie du marché. Notre pays n’a jamais voulu être à la traine des réformes des curricula de formation. La réforme de l’UNAZA avait été suivie d’autres réformes et réajustements qui ont concouru à réorganiser le secteur universitaire congolais. Entre temps, l’évolution de l’environnement politique et économique a fait basculer l’Université congolaise sur la voie des errements et antivaleurs.

Ces antivaleurs se manifestent, entre autre, dans la prolifération des universités, écoles et instituts supérieurs non viables. Leurs promoteurs sont parfois des marchands du savoir, obnubilés par la recherche de l’argent. Avec souvent un personnel enseignant et administratif sous-qualifiés, ils offrent des formations approximatives et une diplomation au rabais. Leurs institutions peuvent être qualifiées, au regard des rapports de contrôle de viabilité, de « cantines à diplômes à tout prix ». Elles déversent dans la société et sur le marché de l’emploi des jeunes dont les compétences contredisent les qualifications affichées sur leurs diplômes.

A  ce sujet, je suis porté à me demander s’il ne faudrait pas que nous prenions la ferme résolution d’arrêter cette démolition de notre Système éducatif universitaire. Cette démolition la livre à la voracité des commerçants du savoir. Dans l’Antiquité grecque, on les appelait des sophistes. Ne devrions-nous pas supprimer des institutions jugées  non viables et ne disposant pas du personnel académique propre et qualifié ?

Par ailleurs, et au regard de la répartition asymétrique des professeurs et de la concentration des enseignants qualifiés dans les trois pôles universitaires de Kinshasa, Lubumbashi et Kisangani, ne devrions-nous pas penser à conférer au Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire le pouvoir d’affectation des professeurs dans les Universités et Instituts Supérieurs en manque ou en pénurie en personnel qualifié ?

Dans ce cas, une prime supplémentaire serait envisagée pour les enseignants qui acceptent de prester en permanence dans les Universités et Instituts Supérieurs déficitaires en personnel. Au sujet de la production scientifique qui permet au Professeur de réaliser son parcours académique et d’accéder au grade supérieur, ne devrions-nous pas renforcer les conditionnalités ? On exigerait qu’un candidat au grade de professeur produise deux livres dans son domaine de spécialisation, cinq articles scientifiques, en plus des notes de cours et de la charge horaire. Le candidat au grade de Professeur ordinaire, produirait trois livres, quatre articles, en plus de la formation de deux docteurs à thèse. Cela nous permettrait de combler le déficit qualitatif et quantitatif dans le domaine de publications scientifiques et dans celui du personnel académique.

Ainsi, nous allons améliorer progressivement le taux d’encadrement des étudiants par des professeurs rompus à la recherche et à l’enseignement. Dans les filières hautement stratégiques pour la santé, la Médecine et la Pharmacie, dont la prolifération est inquiétante, le temps n’est-il pas venu, compte tenu de leur prolifération, de supprimer quelques-unes,  de regrouper d’autres et d’établir chaque année le quota de candidats qui y sont éligibles ?

Au sujet de la professionnalisation dans les filières des Sciences humaines et sociales, de droit et d’économie, ne devrions-nous pas nous rendre compte, au regard des critiques formulées par les entreprises et l’Ordre des avocats, que la période de stage d’un mois est insuffisante pour conférer les compétences requises aux apprenants ? Ne devrions-nous pas généraliser dans ces filières deux types de stages réalisables par l’étudiant chaque année académique ? Un stage académique d’immersion en Administration ou entrepreneuriat, et un stage professionnel dans l’année terminale du premier et du deuxième cycle. Le stage académique annuel serait d’un mois, réalisé en période de grandes vacances, et le stage professionnel de six mois. Ainsi l’étudiant ne pourra valider un cycle de trois ans qu’après avoir justifié d’une période de stage de huit mois et douze mois pour un cycle de cinq ans.

Tous ces stages doivent s’articuler parfaitement avec la semestrialisation et les crédits horaires dans le cadre de l’amélioration de notre Système universitaire.

Je suis convaincu que les présents États généraux proposeront une requalification conceptuelle et curriculaire, ainsi que de nouveaux objectifs au regard des spécificités congolaises et de l’environnement international qui évolue vers le Système LMD.

Excellences, Honorables,

Monseigneur, Mesdames et Messieurs,

Chers Invités Chers Participants,

S’agissant du réajustement de notre Système universitaire au Système LMD, nous y sommes engagés par les instruments juridiques et les textes de référence dans notre pays, l’évolution des curricula et des référentiels de formation aux universités dans le monde, les exigences de la mobilité enseignante et estudiantine internationale, et de l’employabilité de nos diplômés au regard des besoins des entreprises. Il est évident que ce réajustement ne peut relever d’une pratique du copier-coller, mais plutôt d’une contextualisation congolaise.

Ainsi, la Loi-Cadre n° 14/004 du 11 février 2014 sur l’Enseignement Supérieur et Universitaire dispose, à son article 98, qu’« il est institué le système Licence-Maitrise-Doctorat qui a pour finalité d’harmoniser les cursus de l’Enseignement Supérieur et Universitaire, et de favoriser la mobilité du personnel enseignant et des étudiants à l’échelle mondiale ».

Par ailleurs, depuis décembre 2015, la République Démocratique du Congo a adopté le Plan décennal pour le Secteur de l’éducation appelée Stratégie sectorielle de l’Education et de la Formation (SSEF) 2016-2025, acceptée par tous les partenaires techniques et financiers en janvier 2016. Cette Stratégie couvre quatre Ministères en charge de l’éducation et de la formation, à savoir les Ministères de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Technique, des Affaires Sociales dans son volet d’éducation non formelle, de la Formation professionnelle, Arts et Métiers et celui de l’Enseignement Supérieur et Universitaire.

Dans le cadre de cette Stratégie, l’Enseignement Supérieur et Universitaire est tenu d’opérer dix réformes dont celle du basculement de toutes les filières de formation proposées par nos universités dans le système LMD. Aujourd’hui, cette réforme passe pour primordiale. Car, il se trouve que certaines institutions universitaires ont adopté ce système pour certaines facultés, alors que d’autres continuent à délivrer des enseignements et des formations diplômants selon le système GLDD  (Graduat-Licence-DEA-Doctorat).

L’une des conséquences de la coexistence de deux systèmes dans nos universités et instituts supérieurs, c’est la diplomation des étudiants, dans un même pays, selon deux normes universitaires et selon des curricula différents. Le régime classique GLDD est couvert par des titres de Graduat, Licence, DEA/DES, Doctorat, bénéficiant d’un texte juridique. Les diplômes du régime LMD souffrent encore de l’absence d’un Décret fixant juridiquement leurs appellations. Une telle faille doit être définitivement corrigée dans l’intérêt de notre système éducatif universitaire et de notre jeunesse qui se présente dans d’autres universités ou qui concourent sur le marché de l’emploi à travers le monde. Une société qui veut survivre et se pérenniser, doit s’unir et se réinventer au gré des bouleversements et changements dans le monde. Pour être du monde, il faut s’inscrire dans le temps du monde et vaincre la peur d’embrasser le changement.

Il faut se préparer à affronter courageusement les exigences et les défis du présent et du futur qui, souvent, se déploient en rupture avec la nostalgie d’un passé glorieux. La République Démocratique du Congo n’a jamais cessé de contribuer, par la recherche, les sciences et les idées, à la construction de l’Afrique et du monde.

C’est donc, de mon point de vue, en restant attentif et en se réajustant aux exigences pédagogiques centrées sur les apprenants, la recherche comme levier de l’excellence pédagogique, la flexibilité des offres de formation en fonction de l’évolution du marché du travail et des besoins des entreprises que notre pays pourra disposer d’une importante masse critique des cadres universitaires, formés au diapason des normes internationales.

Ces cadres universitaires seront compétitifs et proactifs, capables de comprendre les problèmes globaux et leurs enjeux, de contribuer à inventer de voies idoines de sortie des crises auxquelles nos sociétés et l’humanité sont confrontées.

En convoquant ces Etats généraux de l’Enseignement Supérieur et Universitaire dans la ville de Lubumbashi, dans la Province du Haut Katanga, votre Ministère a voulu vous engager, en tant d’acteurs scientifiques, académiques, éducatifs, socio-professionnels, politiques, à vous approprier toutes les réformes salutaires de l’Université congolaise dont celle du Système LMD.

Evidemment, comme je viens de l’indiquer, l’engagement collectif à faire aboutir cette réforme ne peut faire l’impasse sur d’autres exigences et défis. C’est notamment la réflexion sur toutes les voies de financement du secteur éducatif universitaire pour permettre au personnel enseignant, administratif, technique et ouvrir de travailler et de vivre dans les meilleures conditions soustraites aux soucis quotidiens et à la précarité. La formation de qualité, le fonctionnement et la bonne gestion de l’université exigent des moyens financier, matériel et didactique conséquents. Elle exige aussi de travailler dans des cadres appropriés et vivre décemment. La réforme doit aussi marcher de pair avec l’instauration de la bonne gouvernance, des valeurs éthiques et républicaines dans nos Universités et Instituts Supérieurs. La réforme doit marcher de pair avec l’amélioration et la construction des infrastructures, grâce notamment au financement conséquent du Gouvernement et aux fonds générés par les établissements, conçus et gérés comme des producteurs des richesses, ou par des partenariats entre les universités et les entreprises, l’amélioration des conditions sociales des différents membres des composantes de l’Enseignement Supérieur et Universitaire.

Grâce au travail de l’équipe de Coordination des Etats généraux  notamment,  l’organisation des ateliers de vulgarisation de ces assises, j’ai observé un réel engouement et une volonté affirmée par les  acteurs universitaires et sociaux, et les partenaires pour repenser l’Université congolaise.

Je remercie les Autorités Provinciales du Haut-Katanga, en particulier,  le Gouverneur de Province, Monsieur Jacques Kyabula Katwe, le Gouvernement et l’Assemblée provinciaux de s’être investis dans la réussite de l’organisation de ces assises.

En même temps, je formule mes condoléances les plus attristées à l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga, à tout le Grand Katanga d’avoir perdu un des grands hommes politiques congolais, à savoir le Regretté Antoine-Gabriel Kyungu Wa Kumwanza.

Je suis porté à espérer, au regard des données d’enquêtes auxquelles ont participé une diversité d’acteurs, de la qualité des participants et des intervenants à ces assises, que des réflexions et échanges conduiront à des résolutions raisonnées, audacieuses et pragmatiques. Ces résolutions nous permettront d’avancer sur la voie de la reconceptualisation, de la redynamisation, de la requalification et de l’innovation de nos universités et instituts supérieurs.

Elles nous permettront aussi au Gouvernement à prendre des décisions pour la formation de la jeunesse et l’amélioration des conditions sociales et de travail des acteurs de l’Enseignement Supérieur et Universitaire du Congo. La responsabilité vous incombe de formuler des recommandations et des résolutions pour que nous puissions prendre des décisions voulues.

Quand je parle de « nous », je parle du Président de la République qui a affiché la volonté de réaliser des réformes. Il l’a prouvé, en décrétant la gratuité de l’enseignement primaire.

Aujourd’hui, il a soutenu l’organisation des Etats généraux. Il ne voudrait pas que nous prenions de décisions unilatérales qui soient imposables verticalement aux parties prenantes à l’éducation universitaire.

Ainsi, au nom du Président de la République, je déclare ouverts les travaux des Etats généraux de l’Enseignement Supérieur et Universitaire de la République Démocratique du Congo.

Vive la République Démocratique du Congo !

Vive l’Enseignement Supérieur et Universitaire !

Fait à Lubumbashi, le 10 septembre 2021