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Et si nous troquions l’instinct prédatif contre la boussole patriotique !

Et si nous troquions l’instinct prédatif contre la boussole patriotique !

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(Par le Professeur  Jean-Pierre Luhandjula,  Université de  Kisangani)

Le déficit de patriotisme doublé de l’enclin à la prédation causent, à bas bruit, des dégâts énormes au tissu socio-économique congolais. Ces deux fléaux sont des patates chaudes à extirper de la bouche du congolais. Il faut, ipso facto, leur livrer une lutte sans merci si on veut placer notre pays sur la voie de l’émergence. Il faut toutefois admettre que faire sauter ces verrous  n’est pas une sinécure, tant les vieilles habitudes ont la peau dure.

En 2019, notre pays a marqué un joli but en rapport avec sa vitalité démocratique. En effet, en Afrique francophone, la perte de pouvoir se solde trop souvent par la prison, l’exil ou la mort. Ce qui n’a pas été le cas pour le Président honoraire et Sénateur à vie Joseph Kabila. Ce dernier vit librement entre ses fermes de Kingakati et de Kashamata. Le vœu  le plus véhément qu’émet tout congolais de bonne foi est : d’une part, que d’autres buts allant dans le sens de la recherche de la convivialité et de la détente dans notre pays soient marqués ; et d’autre part, que nous assistions à une flambée du patriotisme et à un rejet  massif des antivaleurs, au premier rang desquelles se trouve la prédation des biens du pays.

En d’autres termes : que l’homme congolais subisse une transformation radicale du plomb vil du congolais attaché aux antivaleurs à l’or pur du congolais pétri de patriotisme et refusant, comme la peste, les antivaleurs dont la phagotropie.

Une constatation heuristique veut que lorsque le patriotisme augmente chez un individu, son enclin à la prédation diminue. Loin d’être une vérité absolue, cette affirmation a le mérite d’être cohérente.

Ainsi pour réduire la prédation, il suffit de jouer sur la fibre patriotique. Qu’à cela ne tienne, il n’est un secret pour personne que les antivaleurs, de manière générale et celles liées au détournement des derniers publics en particulier, causent des dégâts considérables au trésor public. En effet, ils réduisent à la portion congrue, l’assiette financière du pays  obligeant de ce fait, les hommes aux manettes du pays à mettre beaucoup des projets de développement  au placard.

En dehors de cela, ces détournements ternissent l’image du pays. Ce n’est pas avec une réputation sulfureuse de pays où les antivaleurs sont monnaies courantes, doublée des bruits de bottes dans sa partie orientale, que nous allons attirer les investisseurs étrangers dont le pays a grandement besoin. Après soixante et un ans d’indépendance, nous aurions aimé que sur les plans économique et sécuritaire, notre pays eût été un géant aux pieds de Goliath et non le nain aux pieds d’argile qu’il est aujourd’hui.

C’est ici le lieu de dire Bravo ! A  l’IGF qui fait un travail remarquable dans la traque des inciviques qui saignent à blanc les finances du pays au moyen des entourloupettes, dont ils ont seuls le secret. Nous félicitons aussi les éléments de nos forces armées qui se battent bec et ongle pour la pacification de l’Est du pays. Il est regrettable qu’ici aussi ce sont des compatriotes, frappés d’atonie patriotique qui exécute la salle besogne de faciliter la tâche aux rebelles, par leur lâche complicité.

Nous ne pouvons pas regarder ailleurs, lorsque notre pays brûle. La question qui vient tout naturellement à l’esprit est celle de savoir ce qu’il faut faire face à cet état de chose et comment procéder ?  Oui que faire face à cette situation  d’incivisme caractériel ? Situation qui est de nature à entraîner la bunkérisation du pays des suites du mépris externe, consubstantiel à la mauvaise réputation des congolais en matière d’antivaleurs ! Il nous semble qu’un sursaut d’orgueil de la part des congolais, ne serait pas de trop. Il nous faut cette vanité qui empêche de faire des choses basses. Ce sursaut d’orgueil devrait nous faire quitter la zone de confort dans laquelle nous nous sommes vautrés.

Celle qui consiste à faire comme si de rien n’était, nonobstant les actes ignobles et antipatriotiques que posent sans sourciller certains d’entre nous.

Il nous faudra ensuite nous mettre en ordre  de bataille pour un changement en profondeur des mentalités dans notre pays. Une telle bataille devrait impliquer toutes les forces vives du pays. Ceci, dans un esprit pensant logiquement et agissant éthiquement pour le bien du pays.

A  tout Seigneur, tout honneur ! Nous allons commencer par les dirigeants du pays. Ils devraient prêcher par l’exemple et décourager les actes antipatriotiques, d’où qu’Ils  viennent. Ils devraient aussi sévir de manière exemplaire contre les contrevenants. Une autre bonne  chose à faire serait que ceux qui dirigent le pays dotent  celui-ci d’une administration bien huilée et qui tourne bien, afin de permettre la traque des auteurs des antivaleurs à tous les niveaux.

Pour ne pas donner à certains fils du pays frappés d’atonie patriotique un alibi pour qu’ils commettent leurs forfaits, il serait bon que les hommes aux manettes du pays puissent donner de l’oxygène à la démocratie par des élections crédibles, selon les modalités fixées par la constitution. Les dirigeants du pays devraient enfin,  garantir la transition énergétique et assurer la transition écologique pour l’avenir du pays.                                                               Les écoles et les églises, devraient quant à elles, demeurer des chapelles où des valeurs sont charriées. Elles devraient inciter leurs poulains à ne pas compromettre leur éthique et leur morale en se livrant à des actes qui n’honorent pas le pays.

Elles devraient aussi appuyer sur la fibre patriotique en conseillant ardemment l’amour de la patrie et le respect des biens publics. Il ne serait pas  non plus mauvais que nos églises et nos écoles martèlent haut et fort sur l’existence d’une justice divine pour châtier la perversité.

Pour ce qui est des partis politiques et de la société civile, ils devraient exploiter à bon escient, le substrat religieux que les congolais ont en commun. Celui-ci leur permettrait d’axer une partie de leurs discours sur le comportement qu’un bon citoyen devrait afficher vis-à-vis de son pays. D’une part,  respecter les lois ainsi que les us et coutumes du pays et d’autre part, se soustraire de toutes les médiocrités qui peuvent nuire au pays. Il convient ici de mentionner le rôle important que devrait jouer les chevaliers de la plume. Leur mission ne s’arrête pas de manière monocausale à informer les masses sur tel ou tel sujet d’actualité. Elle devrait s’étendre sur un entrelac des dynamiques dont l’instruction, la formation et l’éducation des populations.

Compte tenu de la situation apocalyptique que traverse notre pays, nous aurions aimé voir nos hommes de médias s’investir davantage à inculquer aux congolais, le sens civique, l’amour de la patrie, le rejet des antivaleurs au top desquelles il y a, la phagotropie et la trahison du pays.

Pour le congolais lambda, J’aimerais   rappeler que nous n’avons que le Congo comme mère patrie.

Nous avons l’obligation de l’aimer et de le protéger.

Nous devons dénoncer tous les faits et gestes qui pourraient, d’une manière ou d’une autre lui porter atteinte. Oui,  nous devons aimer notre beau pays et être fiers de ce don béni que Dieu nous a offert.

*Professeur honoraire : à l’UNIKIN (RDC), à l’Université de Tizi-Ouzou    (Algérie), à l’Université Nationale du Rwanda (Rwanda), à l’University of South Africa (Afrique du Sud).