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RDC : vous avez dit Franc congolais fort et stable ? /(Par Edouard Nsimba,  Expert International en Modélisation Mathématique et Analyse des Politiques Publiques)

RDC : vous avez dit Franc congolais fort et stable ? /(Par Edouard Nsimba,  Expert International en Modélisation Mathématique et Analyse des Politiques Publiques)

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Depuis l’indépendance, la République Démocratique du Congo (RDC) a adopté trois régimes des changes à savoir : Régime de change fixe : 1960 à septembre 1983, la monnaie congolaise était rattachée successivement au franc belge, au dollar américain et puis au DTS et le régime de change flottant : depuis février 2001 jusqu’à nos jours.

 

L’objectif d’avoir un franc congolais fort et stable présente un grand défi à relever. La politique économique est différente de l’économie politique puisqu’elle fait le lien entre ce qui est politiquement souhaitable et économiquement possible.

 

En théorie, un franc congolais fort et stable rend les importations moins chères. Et dans un pays comme la RDC qui est largement tributaire des importations (biens de consommation, biens intermédiaires et biens des capitaux), la perspective d’une telle éventualité est de bon augure.

 

D’abord, un franc congolais fort modifie le prix relatif : indice des prix à la consommation (IPC) / indice des prix à l’importation (IPM). IPM qui est en fait représente l’inflation importée baissera et contribuera à la stabilité voire baisse de l’inflation dans le pays, ce qui par ricochet, peut améliorer le pouvoir d’achat des ménages RD Congolais. Ensuite, le franc congolais fort peut conduire à la hausse des taux d’intérêts susceptibles d’attirer des flux des capitaux. Enfin, un franc congolais fort réduit le stock de la dette extérieure qui est libellé en dollars américain.  Un franc fort et stable peut réduire la dollarisation de l’économie RD Congolaise, les consommateurs et opérateurs  économiques et financiers faisant confiance à la monnaie locale.

 

Mais il y a aussi le revers de la médaille. Un franc congolais fort a le risque de miner la compétitivité du pays en réduisant les exportations (deuxième source d’entrées des devises) et les transferts privés sans contrepartie ou les envois des migrants RD Congolais (première source d’entrées des devises). La baisse des exportations et la hausse des importations induite par l’appréciation du franc congolais conduit au déficit de la balance commerciale. La baisse des envois des migrants déséquilibre la balance des transferts. Le déficit de ceux deux balances conduisent au déséquilibre du compte courant. Le déficit de ces deux sources de devises peut réduire les réserves de change qui déterminent un indicateur crucial, majeur et important : la couverture d’importation dont la norme internationalement admise est de 3 mois.

 

Un franc congolais fort a aussi des impacts négatifs sur l’emploi. Les entreprises congolaises d’exportation sont pénalisées par la perte de compétitivité (perte des parts des marchés).  Sur l’hypothèse d’une réduction des marges bénéficiaires visant à ne pas perdre les parts de marché, les investissements des entreprises peuvent être revus à la baisse, qu’il s’agisse d’investissement de remplacement, de capacité, de modernisation. Or, l’investissement est un moteur essentiel de la croissance économique en augmentant de période en période non seulement la distribution de revenu mais également la diffusion du progrès[1].Face à la diminution de leur marge de profit, les entreprises d’exportation vont débaucher contribuant ainsi à l’accroissement du chômage avec les conséquences délétères sur un pays qui est déjà confronté à un chômage de masse important.

Un franc congolais faible peut favoriser la compétitivité des entreprises d’exportation. Il y a plusieurs produits d’exportation en RDC ( Autres métaux communs; cermets; ouvrages en ces matières, Perles fines ou de culture, pierres gemmes ou similaires, métaux précieux, plaqués ou doublés, Cacao et ses préparations, Combustibles minéraux, huiles minérales et produits de leur distillation; matières bitumineuses, Bois, charbon de bois et ouvrages en bois, Voitures automobiles, tracteurs, cycles et autres véhicules terrestres, Machines, appareils et engins mécaniques, réacteurs nucléaires, chaudières; parties de ces Zinc et ouvrages en zinc, Café, thé, maté et épices, Graines et fruits oléagineux; graines, semences et fruits divers; plantes industrielles, Caoutchouc et ouvrages en caoutchouc, Gommes, résines et autres sucs et extraits végétaux, Résidus et déchets des industries alimentaires; aliments préparés pour animaux, abacs et succédanés de tabac fabriqués, Machines, appareils et matériels électriques et leurs parties; appareils d’enregistrement, Autres articles textiles confectionnés; assortiments; friperie et chiffons, Navigation aérienne ou spatiale, Aluminium et ouvrages en aluminium, Instruments et appareils d’optique, de photographie ou de cinématographie, de mesure, de contrôle), mais la grande partie des exportations reste concentrés sur des produits miniers[2]

 

Un franc congolais faible peut doper les exportations et accroitre la compétitivité du pays. La dépréciation du franc congolais va modifier les prix relatifs (IPC) / indice des prix à l’importation (IPM). Les importations deviennent chères et surtout contribuent à la hausse de l’inflation via le prix à l’importation (inflation importée). La hausse des prix va mécaniquement réduire le pouvoir d’achat des ménages RD Congolais.

 

Taux de change et régime de change

 

Il faut faire la différence entre taux de change et régime de change, entre régime de change et réserve de change. Il faut aussi faire une différence entre l’appréciation, dépréciation et dévaluation de taux de change, entre taux de change à l’incertain et au certain, entre taux de change nominal, taux de change réel et taux de change effectif. Quand est-ce qu’une monnaie est jugée convertible et non-convertible ? 

 

Le taux de change est un prix relatif très convoité, parce qu’il traduit le rapport d’une monnaie nationale par rapport à une monnaie étrangère (généralement une devise étrangère qui sert à la fois comme monnaie de change  internationale –convertibilité-, comme monnaie des transactions commerciales et financières internationales, et comme monnaie de réserve internationale –qui sert a la fois comme ancrage, utilisée souvent pour soutenir la monnaie nationale et garantir la couverture d’importations).

 

La variation de taux de change peut aboutir à la modification des prix relatifs. Or l’évolution des prix relatifs renseigne sur le coût d’opportunité, de développer une politique d’industrialisation par substitution d’importation. On peut quantifier et évaluer le niveau moyen des prix des biens importés et le comparer au coût moyen de production sur place, des biens importés. En d’autres termes, on se pose la question suivante : est-il plus avantageux et efficace de produire au pays les biens importés ?

 

Il y a plusieurs régimes de change. Les plus connus sont le régime de taux de change fixe, de taux de change flexible et le régime de taux de change multiple.

 

Le régime de change fixe est subdivisé en trois :

 

-Le ‘currency board’ ou ‘conseils monétaires’ (la fixité de la monnaie nationale avec la monnaie d’ancrage choisie, la convertibilité de la monnaie émise par l’institution d’émission, la garantie de cette convertibilité par une couverture à 100% de la base monétaire pour les réserves officielles de change).

 

-Le régime de taux change fixe ajustable (la monnaie est fixée à une devise étrangère, mais s’ajuste par rapport au différentiel d’inflation et du solde de la balance commerciale, du pays d’ancrage).

 

-Le taux de change fixe à parité glissante ou rampante (le taux de change est en principe fixe, mais la parité de référence est modifiée régulièrement selon de paramètres prédéterminés).

 

Il y a aussi deux autres régimes de change :

 

Le régime de taux de change à ‘panier’ des devises (la monnaie est initialement fixée à un panier des devises étrangères des partenaires commerciaux, selon une pondération basée sur les poids des partenaires commerciaux).

 

Le régime de taux de change flexible ou flottant est un régime dans lequel, la monnaie fluctue en fonction de la variation de l’offre (alimentée par les recettes d’exportations de biens et services, l’afflux des capitaux) et de la demande des devises (financement des importations de biens et services, sortie des capitaux).

 

Si la Banque Centrale n’intervient pas dans le marché des devises, on est alors en plein régime de change flottant entièrement libre ou le marché des devises détermine la valeur de la monnaie.

 

Si par contre, si la Banque Centrale intervient dans le marché des devises, on est en régime de taux de change flottant administré.

 

Ce régime de taux de change ne peut être efficace, que s’il s’appuie sur un marché des changes interbancaire. Le marché interbancaire abrite les transactions entre la monnaie nationale et les devises étrangères par les banques commerciales et les bureaux de change. En théorie, le taux de change peut fluctuer librement mais en pratique, la Banque Centrale impose des limites minimales et maximales, aux banques commerciales et aux bureaux des changes. Ces limites visent deux objectifs : empêcher qu’une grande partie des devises soit accaparée par un seul agent économique ou un groupe très restreint et aussi protéger les banques commerciales contre des risques des fluctuations des taux des changes.

 

Le régime de taux de change multiples, est un régime dans lequel, les transactions commerciales sont faites à un taux de change fixe et les transactions financières se font à un taux de change flottant. Ce régime est très peu utilisé à cause des difficultés qu’il pose. Quand ce régime est appliqué, c’est souvent comme un régime de transition envers l’unification des taux des changes.

 

L’appréciation de taux de change renseigne que la monnaie augmente sa valeur par rapport à d’autres devises. Si par exemple 1 dollar américain vaut 2000 franc congolais, si la parité passe à 1 dollar américain à 1900 franc congolais, ceci implique que le franc congolais s’est apprécié par rapport au dollar américain. Ceci signifie qu’il faut davantage de dollars pour acheter la même quantité de franc congolais qu’avant.

 

La dépréciation de franc congolais par rapport au dollar est l’inverse. Une dépréciation de la monnaie conduit à un renchérissement des biens importés (biens intermédiaires, biens d’équipements et biens de consommation). La hausse des prix à l’importation (inflation importée) va se répercuter sur les prix intérieurs, notamment l’indice des prix à la consommation.

La demande globale des biens et services (emplois des ressources) sera affectée à travers les prix relatifs des biens échangeables et non-échangeables. Ceci est un effet de substitution inter temporelle. La dépréciation du taux de change aura tendance de réduire la demande des biens échangeables et accroître la demande des biens non-échangeables. Pour un pays comme la RDC, tributaire des importations des biens de consommation courantes et durables, des biens intermédiaires et des biens des capitaux (machines et équipements), la dépréciation de la monnaie va augmenter les prix de ces biens, et peut réduire la demande d’investissement.

Si la demande des exportations des biens et services est inélastique –ou réagit mollement- par rapport à la dépréciation, la demande globale des biens et services baissera. L’offre des biens et services peut aussi baisser, sous l’effet conjugué de la dépréciation et de l’augmentation des coûts à la production (occasionné par le renchérissement des produits importés).

 

La dévaluation est un acte volontaire décidé par le gouvernement qui consiste à baisser la monnaie nationale par rapport aux monnaies étrangères. Elle vise à accroitre la compétitivité du pays face à la concurrence des partenaires commerciaux. Toutefois, la baisse des prix à l’exportation induite par la dévaluation s’annule par la hausse de prix à l’importation. La République Démocratique du Congo (RDC) n’a aucun contrôle sur l’évolution des prix de ses matières premières ou produits de base dans les marchés internationaux. Par conséquent, une dévaluation aura peu d’effets sur les exportations de la RDC mais rendrait plus chers ses importations.

 

Le taux de change à l’incertain est nombre d’unités de monnaie nationale qu’il faut fournir pour avoir une unité de monnaie étrangère (exemple : 2000 FC = 1$). Le taux de change au certain est le nombre d’unités de monnaie étrangère que l’on peut obtenir avec une unité de monnaie nationale (exemple : 1$ =2000 FC).

 

Le taux de change nominal traduit la parité des monnaies sans tenir compte des pouvoirs d’achat des monnaies. Le taux de change réel tient compte des pouvoirs d’achat des monnaies. Le taux de change effectif.

 

Selon l’INSEE, le taux de change effectif est le taux de change d’une zone monétaire, mesuré comme une somme pondérée des taux de change avec les différents partenaires commerciaux et concurrents. La pondération correspond à l’importance de chaque partenaire commercial “extra-zone”, en ce qui concerne le niveau des importations et exportations de biens et services. Le taux de change effectif permet de prendre en compte la structure du commerce extérieur de la zone concernée. Exemple : Pour avoir une idée de la compétitivité de la zone euro, il faudrait savoir comment évolue la monnaie européenne vis-à-vis de l’ensemble des taux de change de ses principaux partenaires commerciaux, tout en tenant compte du poids de chacun.

 

Une monnaie peut être totalement ou pas du tout convertible. Une monnaie est totalement convertible quand elle peut être échangée  librement avec d’autres monnaies. Une devise non convertible est une devise qui est principalement utilisée pour les transactions nationales et ne remplit pas les trois conditions : comme monnaie de change internationale, comme monnaie des transactions commerciales et financières internationales et comme monnaie de réserve internationale.

 

Le taux de change d’équilibre

 

Le taux de change d’équilibre prend en compte l’écart de production qui est la différence entre la production effective et la production potentielle (équilibre interne) et l’écart entre le solde courant observer (balance des paiements) et celui jugé soutenable (équilibre externe).

 

L’écart de production est un important indicateur de déséquilibre entre l’offre et la demande des biens et services. Cet indicateur démontre comment le déséquilibre entre les ressources et l’emploi des ressources détermine le mouvement des prix. Si la production effective dépasse la production potentielle (écart de production positif), des fortes pressions inflationnistes apparaîtront, à moins qu’une politique des revenus restrictive (blocage des salaires et des prix) soit appliquée, pour contenir l’augmentation des prix et réduire la demande excédentaire. Si la production effective reste en dessous de la production potentielle (écart de production négatif), des pressions déflationnistes se manifesteront, les entreprises baisseront les prix, pour doper la demande.

L’idéal est de réduire l’écart de production, entre la production effective et potentielle, pour que l’économie nationale fonctionne à situation d’équilibre. Deux politiques macroéconomiques sont souvent utilisées : l’augmentation ou la baisse de la dépense budgétaire (politique budgétaire expansionniste ou restrictive), modifier l’offre de monnaie pour changer le niveau de la consommation et de l’investissement (politique monétaire laxiste ou restrictive).

Aussi importante soit-elle pour les analyses macroéconomiques et les prévisions (consistance entre les hypothèses de croissance économiques et les prévisions des recettes et dépenses budgétaires, consistance entre l’évolution des mouvements des prix et de taux de change réel, évaluation de la productivité totale des facteurs), l’écart de production n’en demeure pas moins un agrégat non-observable (absence des données statistiques). Il faut donc estimer l’écart de production en utilisant diverses techniques notamment l’ajustement linéaire, l’ajustement quadratique et le filtre de Hodrick-Prescott.

 

Le taux de change d’équilibre est déterminé par l’offre et la demande des devises : 

 

Entrée des devises (Exportations + Transferts reçus (envoie de la Diaspora) + Dons (principalement Aide publique au Développement) + Investissements Directs Etrangers (IDE) –

 

Sortie des devises (Importations + transferts expédiés à l’extérieur, paiement de la dette extérieure)

 

Quand l’offre des devises est inférieure à la demande des devises, on assiste à un renchérissement de la devise et vice versa. Tout dépend de l’attitude de la Banque Centrale. Si la Banque Centrale n’intervient pas dans le marché des devises, on est alors en plein régime de change flottant entièrement libre ou le marché des devises détermine la valeur de la monnaie. Si par contre, si la Banque Centrale intervient dans le marché des devises, on est en régime de taux de change flottant administré.

 

Le régime de taux de change administré, ne peut être efficace, que s’il s’appuie sur un marché des changes interbancaire. Le marché interbancaire abrite les transactions entre la monnaie nationale et les devises étrangères par les banques commerciales et les bureaux de change. En théorie, le taux de change peut fluctuer librement mais en pratique, la Banque Centrale impose des limites minimales et maximales, aux banques commerciales et aux bureaux des changes. Ces limites visent deux objectifs : empêcher qu’une grande partie des devises soit accaparée par un seul agent économique ou un groupe très restreint et aussi protéger les banques commerciales contre des risques des fluctuations des taux des changes.

 

Le taux de change est incontestablement le prix relatif, qui est directement lié à la politique monétaire et à la politique budgétaire. Il est aussi l’instrument qui peut simultanément augmenter (réduire) la demande globale et l’offre des biens et services. La politique de taux de change est privilégiée, à cause de son double rôle sur l’offre et la demande. Une dévaluation, par exemple, a comme conséquence, la modification des prix relatifs des biens domestiques et importés. Le prix à l’exportation et le prix à l’importation augmentent par rapport au prix domestique. L’objectif visé est d’augmenter la demande effective pour les biens et services domestiques en décourageant les importations et coté offre des biens et services, la dévaluation déplace les ressources (grâce à la modification des prix relatifs des biens échangeables et non-échangeables) vers les industries d’exportations, mais aussi permet à moyen-terme le développement des industries de substitution d’importation, qui vont rivaliser avec les produits importés.

 

Les effets de la politique de taux de change sont multiples. Il y a un lien direct entre le taux de change et l’évolution des prix domestiques. Une dépréciation de la monnaie conduit à un renchérissement des biens importés (biens intermédiaires, biens d’équipements et biens de consommation). La hausse des prix à l’importation (inflation importée) va se répercuter sur les prix intérieurs, notamment l’indice des prix à la consommation.

 

La demande globale des biens et services (emplois des ressources) sera affectée à travers les prix relatifs des biens échangeables et non-échangeables. Ceci est un effet de substitution inter temporelle. La dépréciation du taux de change aura tendance de réduire la demande des biens échangeables et accroître la demande des biens non-échangeables. Pour un pays tributaire des importations des biens des capitaux (machines et équipements), la dépréciation de la monnaie va augmenter les prix de ces biens, et peut réduire la demande d’investissement.

 

Si la demande des exportations des biens et services est inélastique –ou réagit mollement- par rapport à la dépréciation, la demande globale des biens et services baissera. L’offre des biens et services peut aussi baisser, sous l’effet conjugué de la dépréciation et de l’augmentation des coûts à la production (occasionné par le renchérissement des produits importés).

 

En fait, la Banque Centrale de la RDC est tributaire des entrées de devises qu’apportent principalement les recettes d’exportations et les transferts privées de la Diaspora congolaise. La contribution des investissements directs  étrangers (IDE) est très marginale. Ceci prouve que le gouvernement congolais ne convainc pas encore les investisseurs étrangers, source de transfert de technologie et de l’innovation.

 

Les réserves de change

 

Dans une tribune publiée par le journal la Prospérité n° 5681 du 8 octobre 2021, page 15, l’ex Premier Ministre Matata Ponyo Mapon aborde le complexe thématique des réserves de change et livre son analyse :

 

« Selon le Fonds monétaire international, cinq objectifs principaux peuvent justifier l’accumulation de réserves de change.

-Le premier est celui de susciter et maintenir la confiance dans la politique monétaire et la politique de change en assurant la capacité à effectuer des interventions sur le marché des changes ;

-Le second est de limiter la vulnérabilité externe par le maintien des liquidités en devises étrangères afin d’absorber les chocs en temps de crise ou lorsque l’accès au financement extérieur est restreint ;

-Le troisième est de donner aux marchés l’assurance que le pays est en mesure de remplir ses obligations extérieures ;

-Le quatrième est de démontrer le soutien à la monnaie nationale par des avoirs extérieurs de réserve, et aider le gouvernement à satisfaire à son besoin de financement en devises étrangères et à s’acquitter de ses dettes extérieures ;

-Et enfin, le cinquième est de maintenir des réserves en cas de catastrophes d’urgences nationales. Tenant compte de ces objectifs, il s’avère que la motivation première pour avoir suffisamment d’actifs liquides en devises étrangères dans un pays est d’assurer la liquidité en cas de crise de balance des paiements ou de revirement des capitaux étrangers. Il s’agit donc d’une motivation de précaution.

Plusieurs ratios d’adéquation sont généralement utilisés pour apprécier cette optimalité et prendre de décisions rationnelles de politique économique.

 

Il s’agit d’abord (a) du taux de couverture des importations qui doit être d’au moins trois mois. Ce critère tient compte de perspectives d’équilibre de la balance des paiements.

 

Ensuite, il y a (b) le ratio de réserves de change rapportées à la dette extérieure à court terme. Ce ratio mesure la capacité d’un pays à rembourser rapidement sa dette exigible, notamment en période de crise. L’indice de référence est de 1 %.

 

Il y a aussi (c) le ratio des réserves de change rapportées à la dette extérieure totale qui reflète la capacité d’un pays à rembourser le total de sa dette extérieure avec les réserves de change ; le niveau de 40 % étant la proportion optimale.

 

L’on parle également (d) du ratio des réserves de change rapportées à la monnaie et à la quasi-monnaie (M2). Ce ratio est utilisé comme indicateur de précaution en cas de crise financière. L’indice de référence se situe entre 10 % et 20 % pour les pays ayant opté pour le régime de change fixe, et de 5% à 10 % pour les pays ayant recouru au régime de change flottant.

 

Enfin, il y a le ratio des réserves de change sur le Produit intérieur brut (PIB) qui doit être égal à 9,1 % ; avec ce niveau, le pays est capable d’absorber un choc du compte de capital de près de 10 % ».

 

Un ratio élevé de la dette totale par rapport aux réserves des changes, peut produire une situation d’insolvabilité. Tout comme, un ratio élevé de dette extérieure de court-terme, par rapport aux réserves des changes, accroît la vulnérabilité du pays, à une attaque spéculative contre la monnaie et peut conduire à une situation d’illiquidité (ce ratio mesure la fragilité financière des pays émergents : ratio de liquidité internationale).

Lorsque ce ratio est supérieur à l’unité, cela signifie que le système financier est vulnérable, aux fuites brutales des capitaux. Par contre, un ratio élevé des investissements directs étrangers (IDE), en pourcentage du PIB, est perçu comme un bon signe, par les opérateurs économiques et partenaires du développement, parce que le risque d’illiquidité, est sensiblement réduit, et que le pays est protégé contre une sortie brusque et abrupte des capitaux ((par opposition aux investissements de portefeuille –qui par essence sont volatiles et de court terme- les IDE sont des investissements de long-terme). C’est aussi grâce aux investissements directs étrangers, que s’opère le transfert de technologie d’un pays à l’autre.

 

 

Le prix relatif et le marché des changes

 

L’évolution de ce prix relatif (taux de change) a des conséquences sur toute l’économie nationale, du secteur réel (ressources et emplois des ressources) aux finances publiques, de la situation monétaire à la balance des paiements, de la dette extérieure à l’évolution des prix domestiques. Le taux de change lance plusieurs signaux aux investisseurs potentiels (nationaux et étrangers), aux partenaires du développement (bilatéraux et multilatéraux) et aux ménages nationaux et étrangers (les consommateurs peuvent décider d’acheter ou d’importer un bien parce qu’il est meilleur marché et de bonne qualité).

 

Le prix relatif et le marché des biens et services

 

Le prix relatif se définit comme le rapport du bien A par rapport au prix du bien B :

 

Prix relatif de A et B = prix du bien A/prix du bien B

 

Le prix relatif d’un bien par rapport au prix d’un autre bien, peut rester constant, si le prix de chacun des biens varie de la même façon. En revanche, les prix relatifs se modifient si les prix des différents biens subissent des évolutions différentes.

 

Au niveau macroéconomique, on mesure le prix relatif de la manière suivante. On prend un secteur donné (voir Module I), on calcule d’abord le déflateur implicite du PIB sectoriel (PIB sectoriel au prix courant/PIB sectoriel au prix constant). Ensuite on divise le déflateur implicite sectoriel obtenu par le niveau général des prix (déflateur implicite du PIB total ou indice des prix à la consommation).

 

Mais l’évolution de prix des biens d’un secteur productif donné, peut être différente de son prix relatif. Supposons que le déflateur implicite du secteur ‘agriculture vivrière’ (voir Module I) augmente de 10%, c’est-à-dire passe de 100 à 110. Supposons que, pendant la même période, le déflateur implicite du PIB total augmente de 15%, c’est-à-dire passe de 100 à 115.

 

L’indice de prix relatif du secteur ‘agriculture vivrière’ sera égal = (110/115)*100 = 95.6

 

On voit bien que l’indice de prix relatif de ce secteur a diminué, alors que le prix de l’ensemble des biens du même secteur a augmenté. C’est ici qu’il faut faire très attention, quand on analyse l’évolution des prix relatifs et l’évolution du PIB réel (PIB au prix constant). En effet la modification des prix relatifs au cours du temps, entraîne des distorsions dans la mesure du PIB réel. Comme les prix relatifs des différents biens et services se modifient au cours du temps, certaines précautions s’avèrent nécessaires, lorsqu’on interprète les taux de croissance sur des longues périodes, pour lesquels les changements des prix relatifs peuvent être importants.

 

 

Evolution des prix et inflation

 

Le déflateur implicite du PIB mesure le niveau du prix moyen de la production (revenu) de l’économie nationale. Par convention, le déflateur implicite (comme tous les déflateurs) a comme valeur 100 à l’année de base.

 

Le niveau du déflateur implicite du PIB, n’a aucune utilité au point de vue analyse. Par contre, la variation du déflateur d’une année (trimestre) à l’autre, revêt une importance capitale pour l’analyse. La variation ou le taux de croissance d’une année à l’autre, du déflateur implicite, mesure l’augmentation (diminution) de prix des biens et services de l’économie nationale.

 

Le déflateur implicite du PIB est très nécessaire pour calculer soit le PIB au prix courant, soit le PIB au prix constant. On peut aussi calculer le PIB nominal à partir du déflateur implicite en utilisant le pourcentage :

 

(1 + v/100) = (1 + q/100)*(1 + p/100)

 

v = taux de croissance du PIB nominal en pourcentage

q = taux de croissance du PIB réel (quantité)

p = taux d’inflation, tel mesuré par le déflateur implicite du PIB

 

L’augmentation de prix des biens et services de l’économie, ne doit pas être confondu avec le changement (modification) des prix relatifs des biens et services individuels. Généralement, l’augmentation de prix (indice des prix à la consommation, prix de gros, prix à la production, déflateur implicite du PIB), induit un changement dans la structure des prix relatifs, mais c’est seulement l’augmentation moyenne, pas la modification des prix relatifs que constitue l’inflation.

 

L’indice des prix à la consommation mesure le prix d’un panier des biens et services, achetés par les ménages (consommateurs). L’indice des prix à la consommation est comptabilisé sur la base des enquêtes des ménages.

 

Il y a trois différences entre l’indice des prix à la consommation et le déflateur implicite du PIB :

  1. La première différence concerne la couverture des biens et services, que chaque indice couvre. L’indice des prix à la consommation compte seulement des biens et services que les ménages (consommateurs) achètent. Ainsi les achats des entreprises et du secteur public n’apparaissent pas dans l’indice des prix à la consommation, mais sont comptabilisés dans le déflateur implicite du PIB.
  2. Alors que l’indice des prix à la consommation inclut les prix des biens importés, le déflateur implicite du PIB couvre seulement les prix des biens produits à l’intérieur du pays.
  3. Le panier de deux indices est aussi différent. L’indice des prix à la consommation, est basé sur un panier ou les biens et services ont des poids fixes de l’année de base (indice Laspeyres). Tandis que le déflateur implicite du PIB est basé sur un panier ou les biens et services ont des poids variables, qui changent selon la modification de la composition du PIB. En d’autres termes, le déflateur implicite utilise des poids qui changent année par année (indice Paasche).

 

La différence entre l’indice des prix à la consommation et le déflateur implicite du PIB peut être négligeable si l’inflation est faible et stable. Par contre la différence peut être très grande si la variation des prix relatifs est grande et que l’évolution des prix à  l’importation, s’écarte du niveau des prix des produits domestiques (intérieurs).

 

L’indice Laspeyres (poids fixes) ignore la substitution entre produits. Or ceci est important, car les ménages (consommateurs) peuvent opérer des arbitrages, en substituant des produits selon le différentiel des prix relatifs.

 

Les deux autres indices des prix à poids fixes sont : le prix de gros et le prix au producteur.

 

La confrontation de l’offre et de la demande des biens et services détermine l’évolution du niveau général des prix. La variation des prix résulte simultanément des facteurs inhérents à l’offre (salaires et coût des biens des capitaux importés : machines, équipement, biens intermédiaires) et des facteurs qui déterminent la demande (politique de taux de change, budgétaire et monétaire, anticipations rationnelles). L’offre (ressources ou production) et la demande des biens et services (emploi des ressources) réagissent différemment par rapport aux politiques économiques en vigueur.

 

La demande globale réelle peut augmenter quand les prix relatifs se modifient (le prix des exportations des produits domestiques baisse par rapport aux prix des exportations des produits étrangers, répondant à une dépréciation de taux de change). L’offre des biens et services peut baisser sous l’effet conjugué d’une augmentation des salaires réels et des impôts indirects. Les prix à l’exportation tout comme le prix à l’importation sont déterminés par le commerce international et la politique de taux de change, peut en partie leur conférer une compétitivité par rapport aux pays concurrents.

 

Une variation à la hausse de l’offre de monnaie, des prix à l’exportation et importation, aura tendance d’augmenter le niveau général des prix (inflation), alors que l’appréciation du taux de change aura l’effet inverse. L’évolution de ces cinq variables explicatives et leur influence sur l’inflation, mérite une attention particulière. Une dépréciation, par exemple, peut conduire à des pressions inflationnistes, qui à leur tour, conduiront à un nouvel ajustement de taux de change, pour maintenir la compétitivité. Une augmentation du déficit budgétaire conduit à une hausse de l’offre de monnaie, qui à son tour, affecte le niveau des prix, la production et les salaires nominaux.

 

La présence de l’offre de monnaie comme variable explicative, assume que la politique budgétaire n’est pas neutre, tout comme la politique monétaire. Si la politique budgétaire est neutre, cela suppose que la consommation et l’investissement public, n’aient aucune influence sur la demande finale des biens et services, et que l’inflation ne peut être la résultante du déficit budgétaire (ceci suppose que le mode de financement du déficit conduit à une augmentation de l’offre de monnaie). De même, si la politique monétaire est neutre, l’inflation ne peut être le résultat d’une politique monétaire laxiste. La République Démocratique du Congo (RDC) –comme beaucoup des pays africains- est tributaire des importations des biens des capitaux, intermédiaires et biens de consommation courante. Toute variation des prix domestiques des pays qui exportent vers la RDC, sera transmise à l’économie via le prix à l’importation (effet passs-trough). Il en est de même de l’incidence des fluctuations de prix de pétrole sur l’inflation interne.

 

Taux de change et pass-trough

 

Le pass-through mesure l’effet d’une variation du taux de change nominal sur les prix à travers les fluctuations des prix des produits importés.

 

Le degré d’impact des variations du taux de change est fonction du comportement inflationniste d’une économie (Taylor, 2000). En effet, Taylor se base sur le comportement des firmes lesquelles auront tendance à répercuter les variations du taux de change dans leurs structures de prix selon que l’inflation est jugée persistante. Cependant, en présence d’une politique monétaire crédible visant à maîtriser l’évolution à la hausse des prix via le contrôle de tout choc négatif du taux de change, les entrepreneurs vont anticiper que l’accélération de l’inflation n’est que temporaire et par conséquent ne vont pas intégrer ces hausses des coûts de production induites par la hausse du taux de change sur les prix. Dès lors le degré de pass-through est incomplet compte tenu du fait que la transmission des variations du taux de change sur les prix à la consommation est relativement faible.

 

La situation de l’activité économique détermine le comportement des firmes quant à la possibilité de répercuter les variations du taux de change sur leurs prix. En effet, en périodes de pleine activité, les firmes ont plus de latitude pour intégrer dans leurs structures de prix les hausses des coûts dues à la dépréciation de la monnaie nationale. L’inverse est tout aussi fondamentale, une forte dévaluation de la monnaie locale ne se traduit pas nécessairement par une hausse systématique des prix domestiques. Cela dit, lorsque l’économie fonctionne en récession, les marges de manœuvre des entrepreneurs sont totalement réduites, de fait, ils ne peuvent pas répercuter la dépréciation du taux de change sur les prix.

 

Taux de change réel

 

La surévaluation de la monnaie locale constitue un bon déterminant de la dévaluation future de cette monnaie Lorsque cette dépréciation est utilisée comme instrument pour corriger la surévaluation initiale du taux de change afin de ramener celui à son état d’équilibre, il ne se produit aucun effet inflationniste dans l’économie. Cependant lorsque cette dévaluation est portée au-delà de ce qui est nécessaire pour maintenir l’équilibre du taux de change, alors les tensions inflationnistes surgissent inévitablement.

 

Degré d’ouverture

 

Le fort degré d’ouverture d’une économie peut être assimilé à une forte sensibilité de celle-ci par rapport aux fluctuations du taux de change (McKinnon, 1963). Cependant, selon la théorie de la Crédibilité, il est tout à fait possible d’observer une corrélation négative entre degré d’ouverture et inflation. Dans cette logique, la recherche de crédibilité en économie ouverte devrait conduire, dans les pays les plus ouverts, à une plus faible inflation.

 

Régime de change

 

En régime de change flexible, un faible degré de pass-through devrait permettre de mesurer l’inflation vue qu’il reflète un faible niveau de vulnérabilité de l’économie domestique par rapport aux chocs extérieurs. Par contre, lorsque l’économie adopte un régime de change fixe, toute tentative des autorités monétaires pour stabiliser l’inflation se traduit par une volatilité de la production compte tenu du fait que cette économie est de plus en plus exposée à la volatilité des flux de capitaux.

 

Selon la théorie du « Pouvoir de marché », le pass-through est partiel. Cela dit, si la demande est très élastique, les entreprises étrangères se trouvent alors dans l’obligation d’absorber les fluctuations du taux de change dans le but de conserver leur part de marché en acceptant des profits marginaux faibles. Parallèlement, dans une structure de marché non concurrentielle, les firmes non compétitives peuvent choisir d’absorber partiellement ou totalement la hausse des coûts de production induite par la dépréciation du taux de change et du coup réduire le degré de pass-through aux prix à la consommation. Dans un modèle de Cournot, le degré de pass-through est déterminé par la proportion des firmes étrangères présentes sur le marché local par rapport aux entreprises locales.

 

Le taux d’intérêt et le taux d’inflation sont en fait des déterminants clé du taux de change à côté d’autres variables macroéconomiques relevant de la politique monétaire et budgétaire. En effet, une hausse du taux d’inflation chez les partenaires commerciaux entraîne une dépréciation de la monnaie locale. Cela dit, il faudra beaucoup plus de gourdes pour s’acheter un dollar dont la valeur a augmenté au niveau des pays exportateurs. De même, lorsque le taux d’intérêt diminue, s’en suit une hausse du taux de change coté à l’incertain vue les pressions sur l’offre de devise disponible sur le marché des changes lesquelles sont susceptibles de provoquer des fuites de capitaux Parallèlement, les fluctuations du taux de change ont un impact considérable sur le comportement des différents agents économiques en particulier les producteurs qui vont adopter de nouvelles stratégies commerciales via un ajustement des prix. Dès lors les autorités monétaires sont amenées à prendre des décisions judicieuses en matière de politiques macroéconomiques. Etant donné que nous souhaiterions déterminer la relation bi-directionnelle existant entre les différentes variables retenues dans l’étude, le modèle de régression linéaire ne semble pas pouvoir garantir ce niveau d’analyse. Par conséquent, nous avons fait choix de la modélisation VAR laquelle permet non seulement de mesurer le feed-back effect mais aussi   de réaliser des simulations à travers des chocs sur les différentes variables.

[1]

quels sont les avantages et inconvénients d’une monnaie forte

 

[2]

Liste des produits exportés par la République démocratique