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Analyse de la situation actuelle de la RDC et pistes de solution /Abbé Joseph-Pierre (José) MPUNDU E BOOTO BOSAWA

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Prêtre de l’archidiocèse de Kinshasa Psychologue clinicien

Introduction

Au regard de ce qui se passe actuellement dans notre pays, la RDC, j’éprouve une forte inquiétude sur l’avenir de cette terre de nos ancêtres. Et je ne suis pas le seul. Plusieurs personnes avec qui je partage sur la situation de notre pays, expriment le même sentiment de peur. Accusations et procès par-ci, destitution par-là, sans compter toutes ces morts en cascade particulièrement dans les milieux du pouvoir. Détournement d’argent par-ci, scandales concernant les mœurs des dirigeants tant politiques que religieux par-là. A tout cela s’ajoute la fameuse pandémie du Coronavirus qui est gérée d’une certaine manière, avec son confinement tant social qu’économique. Le dollar, de son côté, grimpe pendant que le franc congolais continue une descente vertigineuse en enfer. La vie socioéconomique de la population se détériore au jour le jour. Les conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles sur tous les plans. Bien qu’ils rendent parfois un bon service en informant la population sur ce qui se passe, il faut toutefois reconnaître que beaucoup de choses qui se racontent dans les réseaux sociaux, particulièrement des « Fake news » dont certains compatriotes sont devenus champions, ne font que contribuer à créer un climat malsain et à attiser une crise qui risque de conduire le pays au chaos, à l’implosion. Face à tout cela, il convient de se poser les questions suivantes : D’où venons-nous ? Où sommes-nous ? Quelles sont les causes ? Où allons-nous ? Que faire pour éviter le chaos et l’implosion de notre pays ? D’où venons-nous ? Histoire lointaine Nous sommes une terre riche en civilisation, ayant connu de grands empires qui ont marqué l’histoire de l’Afrique parmi lesquels nous citerons l’empire Kongo, l’empire Kuba, l’empire Luba et l’empire Lunda. Nous sommes une terre riche en humanité et en culture. Cette terre riche à tout point de vue a connu les affres de l’esclavagisme par les Arabes et par les Occidentaux. Et, depuis l’appropriation de notre terre par Léopold II, avec la complicité de certains de nos frères, nous sommes devenus la terre des autres. En effet, Léopold II s’est approprié notre terre pour en faire son patrimoine personnel qu’il va léguer à son pays et qui va finir par devenir une colonie internationale. Voilà pour notre origine lointaine marquée par la fameuse Conférence de Berlin de 1885 qui a fait de notre pays une terre sans propriétaire, un « no man’s land » où tout le monde peut venir puiser les richesses sans contrepartie pour la population locale. Jusqu’aujourd’hui, nous sommes gérés par les Actes de la Conférence de Berlin que beaucoup d’entre nous les congolais ne connaissons même pas pour n’avoir jamais vu ni lu ces Actes. Nous vivons dans une situation de dépendance et d’extraversion totale sur tous les plans : culturel, politique, économique et social. Nous sommes étrangers à nous-mêmes et dans notre propre pays. Nous sommes aliénés au sens fort du terme. La Belgique nous a accordé l’indépendance en 1960. Nous avons accédé à la souveraineté internationale le 30 juin 1960, il y a de cela maintenant 60 ans. Mais sommes-nous réellement indépendants. Sommes-nous un véritable Etat souverain ? Au regard de tout ce que nous vivons depuis 1960, force nous est de reconnaître que nous ne sommes ni indépendants ni souverains. En effet, nous continuons à être dirigés par les puissances coloniales devenues néocoloniales et cela sur tous les plans comme dit précédemment. Les grandes décisions concernant notre pays et qui engagent notre destinée, sont prises ou inspirées par les puissances étrangères avec la complicité de fils et filles de notre pays qui jouent le rôle de « nègres de service». Et ceux qui comprennent ce jeu et qui n’acceptent pas d’y participer sont purement et simplement éliminés physiquement ou socio-politiquement. Nous avons les cas de Patrice-Emery Lumumba et Laurent-Désiré Kabila. L’assassinat de tous les deux a été décidé par les maîtres du monde, les puissances euro-américaines qui ne sont qu’une « maffia politico-financière internationale ».

Histoire récente

Pour l’histoire récente, celle qui nous intéresse aujourd’hui, celle des cinq dernières années, tout commence avec la problématique des élections de 2016. Une problématique qui se focalise autour du mandat de Joseph Kabila – JOKA – qui doit prendre fin et l’impossibilité pour lui de briguer un troisième mandat au regard du prescrit de la Constitution de notre pays. Des débats autour de la révision de la Constitution qui permettrait à JOKA de postuler pour un troisième mandat occupent une grande place dans les milieux politiques. Des défenseurs de la Constitution se lèvent et se battent pour qu’on ne touche pas à la Constitution particulièrement aux articles verrouillés. Des actions (marches pacifiques, pétitions, etc.) sont entreprises pour empêcher d’une part la révision de la Constitution et d’autre part un troisième mandat pour JOKA. C’est ici que les « Maîtres du monde » interviennent. Ils font une démarche auprès de JOKA pour lui proposer de se désigner un dauphin et s’assurer une sortie honorable du pouvoir et garantir une passation pacifique du pouvoir avec un nouveau président entrant. Leur proposition n’est pas neutre. Ils ont leur candidat en poche qu’ils suggèrent à JOKA. Ce dernier refuse de se soumettre au diktat des «maîtres du monde» qu’on nomme abusivement la communauté internationale. Les « maitres du monde» ne travaillent pas seuls. Ils ont des collaborateurs parmi les hommes politiques congolais. C’est alors qu’un groupe de sept membres de la MP entrent dans la danse. Ils proposent à JOKA la désignation d’un dauphin pour conserver les acquis du système (cfr les différentes lettres adressées à Joseph Kabila par les sept). Devant le refus de JOKA d’accéder à leur demande, ils quittent la MP, créent le Groupe des Sept, G7 en sigle, et rejoignent l’opposition à celui avec qu’ils ont travaillé pendant longtemps. En fait, ils quittent le bateau avant qu’il ne coule (selon eux et leurs « maîtres »). L’objectif poursuivi par ce groupe et d’autres opposants reste unique : le départ de JOKA, de gré (par les élections) ou de force (par un soulèvement populaire). A ce groupe de politiciens va se joindre la société civile en particulier l’Eglise catholique par la création du « Comité Laïc de Coordination », CLC en sigle. Le respect de la Constitution et la non-représentation de JOKA comme candidat aux élections dont on tient à la tenue conformément au délai constitutionnel c’est-à-dire en 2016 constituent le cheval de bataille du CLC. Les membres du CLC organisent des marches pacifiques avec comme point de départ les paroisses catholiques, le dimanche à la sortie des messes. La répression de ces manifestations par le régime en place, le régime de Kabila, fait des victimes, des morts et 4 des blessés. Les morts sont considérés et célébrés comme des martyrs de la démocratie, martyrs de l’alternance démocratique tant voulue. Pour d’autres groupes, le combat se focalise autour de la création d’une période de transition sans JOKA et dirigée par un Administrateur et son équipe. C’est l’initiative du compatriote Jean BELE, professeur et résident aux USA. Il a organisé, en ligne, les élections de l’Administrateur de la Transition Sans Kabila (TSK). D’après les résultats de ces élections, l’Administrateur élu fut le Cardinal Laurent MONSENGWO PASINYA avec comme adjoint le Dr Denis MUKWEGE. Cette initiative n’a jamais vu un début de réalisation parce que, d’une manière générale, le peuple congolais ne voulait qu’une chose : des élections qui amèneraient au pouvoir une autre personne que les membres de la «Majorité Présidentielle», MP en sigle, regroupement politique dont Joseph Kabila est «l’autorité morale». Les congolais aspiraient à une alternance politique avec une passation pacifique du pouvoir qui serait une première dans l’histoire de notre pays. Pour trouver une voie de sortie à la crise politique persistante, Joseph Kabila, alors président de la République, initie et convoque un « dialogue politique national ». Sous la supervision du facilitateur de l’Union africaine (UA), le Togolais EDEM KODJO, les travaux de ce dialogue national doivent durer deux semaines à compter de jeudi 1er septembre 2016. Une majorité de l’opposition refuse pourtant d’y participer, notamment l’UDPS, le G7 et le MLC, et parle d’un « pseudo-dialogue». Ces trois mouvances n’ont pas pris part aux travaux préparatoires conduits par EDEM KODJO, accusé de partialité et récusé par le «Rassemblement de l’opposition». Celui-ci a déposé sa propre feuille de route datée du 29 août 2016 à l’Union africaine avec comme conditions le départ du président Kabila à la fin de son mandat et la révocation du facilitateur de l’UA. Malgré le boycott de cette partie de l’opposition, le dialogue politique national a quand même lieu et aboutit à la formation d’un gouvernement d’union nationale avec comme premier ministre, Monsieur Samy BADIBANGA, un transfuge de l’UDPS. La CENCO avait pris part au dialogue de la Cité de l’Union Africaine comme une composante de la société civile. Ayant jugé ce dialogue non inclusif, elle s’était retirée et n’avait pas signé l’accord de la Cité de l’Union Africaine du 18 octobre 2016. De retour d’une visite au Pape François à Rome (Vatican), Joseph Kabila confie aux Evêques de la Conférence Episcopale Nationale du Congo, CENCO en sigle, une mission de bons offices qui consisterait à mettre les politiciens d’accord sur l’organisation des élections et la sortie de la crise politique. Ayant accepté cette mission, la CENCO propose la tenue d’un dialogue à format réduit pour atteindre cet objectif. Et sous la supervision des Evêques, Monseigneur Marcel UTEMBI, président de la CENCO, et Monseigneur Fridolin AMBONGO BESUNGU, vice-président de la CENCO, assistés par l’Abbé Donation NSHOLE, secrétaire général de la CENCO, un dialogue politique a lieu au Centre Interdiocésain. A ce dialogue, les partis de l’opposition qui avaient boycotté le premier dialogue, celui de la Cité de l’Union Africaine, ont tous pris part. Les travaux de ce dialogue de la CENCO démarrent le 8 décembre 2016, peu avant la date de la fin du mandat de Joseph Kabila. Ils ont permis de passer le cap du 19 décembre 2016, date de la fin du mandat de Joseph Kabila, sans affrontement ni effusion de sang, sans les troubles tant redoutés et même promis. Le 31 décembre 2016, jour de la fête de la Saint Sylvestre, les travaux se terminent par la signature d’un Accord politique dénommé, l’Accord de la Saint Sylvestre. Cet accord est devenu le texte de loi qui va régir le temps séparant la tenue de ce dialogue et l’organisation des élections. Et comme d’habitude, le dialogue s’est terminé par la constitution d’un nouveau gouvernement avec comme premier ministre, Bruno TSHIBALA, un autre transfuge de l’UDPS, en lieu et place de Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO qui aurait été proposé par Monsieur Etienne TSHISEKEDI dans une lettre dont l’authenticité fut fort contestée. La tenue des élections est fixée d’une manière consensuelle pour le mois de novembre 2018. En vue des élections prochaines, tous les partis de l’opposition se mettent d’accord pour chercher un candidat commun de l’opposition. Une rencontre se tient en Belgique, précisément à Genval, pour faire l’unité de l’opposition et arriver à désigner le candidat commun de l’opposition afin de maximiser les chances de gagner les élections. Et là, tout portait à croire que c’est le Vieux opposant de tous les régimes depuis Mobutu, Etienne TSHISEKEDI WA MULUMBA, qui faisait l’unanimité. Après Genval, d’autres rencontres se sont tenues dont la dernière en date fut celle de Genève où un accord fut signé reconnaissant, après vote, Martin FAYULU comme le candidat commun de l’opposition. Il fut alors créé une plateforme électorale de l’opposition dénommée «Lamuka», ce qui signifie «Réveille-toi ». Après avoir signé cet accord de Genève, Félix TSHISEKEDI et Vital KAMERHE se désistèrent et retirèrent leurs signatures. La raison avancée est que la base à Kinshasa n’était pas d’accord avec leur présence dans cette plateforme de l’opposition qui donnait Martin FAYULU et non Félix TSHISEKEDI comme candidat unique de l’opposition. Les deux, Vital KAMERHE et Félix TSHISEKEDI, se retrouvèrent à Nairobi où ils créèrent une plateforme électorale du nom de « Cap vers le Changement », CACH en sigle. De son côté, la MP se mue en une plateforme électorale du nom de « Front Commun pour le Congo », FCC en sigle. Alors que « Lamuka » est née à Genève et « CACH » à Nairobi, le « FCC » voit le jour à Kinshasa. Il ratisse large parmi les partis politiques, les personnalités et autres groupes de la société civile. Il se dote d’une charte que tous les adhérents signent. Alors que pour « LAMUKA », le candidat était déjà connu en la personne de Martin FAYULU et que dans le camp du « CACH », le candidat était aussi connu en la personne de Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, le FCC n’avait, quant à lui, pas encore désigné son candidat, le dauphin de JOKA. Et il faut avouer, qu’ils se bousculaient au portillon pour être celui sur qui Joseph Kabila allait jeter son dévolu. Il a fallu attendre la dernière minute avant la clôture de l’enregistrement des candidatures pour connaître le nom du dauphin. Et ce fut le PPRD, Emmanuel SHADARI RAMAZANI, qui dira être surpris par ce choix. Après différents reports, la date de la tenue des élections fut finalement fixée au dimanche 30 décembre 2018. C’est ici le moment de dire que JOKA a tenu à ce que ces élections soient financées totalement par le gouvernement congolais et qu’il n’y ait aucune intervention de l’extérieur, particulièrement de l’Occident. Aussi, il a refusé l’aide des Européens et des Américains. Il a même refusé les missions d’observation venant de l’Europe. Pour les uns, cette décision de JOKA cachait la volonté de tricher sans que la Communauté internationale n’intervienne ; pour les autres, c’était plutôt l’expression d’une volonté d’être un Etat réellement souverain et indépendant. Les élections se sont tenues effectivement le dimanche 30 décembre 2018 sur toute l’étendue de la République sauf dans quelques territoires où il y avait l’insécurité. En janvier 2019, la CENI proclame les résultats de ces élections et proclame Félix TSHISEKEDI, vainqueur. Après avoir examiné les recours introduits par différents candidats malheureux, la Cour Constitutionnelle finit par confirmer les résultats proclamés par la CENI et fait de Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, surnommé FATSHI, le cinquième Président de la République Démocratique du Congo. Il est investi le 24 janvier 2019 au cours d’une cérémonie officielle de passation de pouvoir entre lui et le Président sortant, Joseph KABILA KABANGE. Mais avant la proclamation des résultats définitifs, des négociations se tiennent entre le FCC et le CACH et aboutissent à la signature d’un accord de coalition. Ainsi, le pays sera gouverné par une coalition au pouvoir où le FCC a la majorité au parlement. Un gouvernement de coalition se met difficilement en place. Après plusieurs mois de tractation et concertation, on investit le gouvernement au parlement.

Où sommes-nous ?

Commençons par dire ici que la coalition FCC-CACH n’a jamais été acceptée par les « Maîtres du monde » ou encore ce qu’on appelle la « Communauté internationale ». Au départ, ils ont contesté les résultats des élections en disant qu’ils n’étaient pas conformes à la vérité des urnes. Félix TSHISEKEDI n’a pas gagné les élections et on doit proclamer le vrai vainqueur qui serait, d’après eux, Martin FAYULU, leur candidat. Ce dernier, jusqu’aujourd’hui, réclame la vérité des urnes et se considère comme le vrai Président élu par le peuple. Il estime qu’on lui a volé sa victoire. Une fois que l’investiture de Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO a eu lieu, les « Maîtres du monde » ont commencé à changer de discours. Compte tenu des intérêts qu’ils ont en RDC, ils se sont résolus à reconnaître le nouveau président et à l’approcher pour l’avoir de leur côté. Et pour cela, il fallait absolument que Félix se sépare de JKK. D’où l’expression que l’opinion met sur la bouche de Félix lors de son premier voyage aux USA pour chercher des investisseurs : « Nous allons déboulonner la Kabilie ». Ce fut la condition pour qu’il obtienne l’appui total des « Maîtres du monde » qui voulaient en finir avec JOKA en le faisant disparaître de l’horizon politique congolais. Ils ne lui ont jamais pardonné d’abord son alliance avec les Chinois avec qui il a signé des contrats sans passer par les « Maîtres » ; ensuite, la promulgation du nouveau code minier révisé qui donne beaucoup d’avantages au pays. Ce dernier acte de JKK a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Par ailleurs, nous observons aussi que dans les deux camps, FCC d’une part et CACH de l’autre, certains membres n’ont jamais approuvé cet accord de coalition. Ceux du FCC qui ne sont pas pour la coalition font tout pour que Félix échoue. Ceux du CACH qui ne sont pas pour la coalition font tout pour se débarrasser de JKK et de la Kabilie. Les uns et les autres tiennent des propos et posent des actes qui révèlent leurs intentions. En fait, tous ceux qui s’opposent à la coalition, d’une manière ou d’une autre, consciemment ou inconsciemment, jouent le jeu des « maîtres du monde » et sont leurs complices. Ainsi, plutôt que de vivre dans une coalition, nous assistons à une guerre entre deux camps plutôt opposés les uns aux autres. Nous sommes en face d’une coalition non pas des protagonistes mais des antagonistes, non pas des partenaires mais des adversaires qui se combattent mutuellement. Pour ma part, la plus grande faiblesse de cette alliance ou coalition c’est de ne pas être fondée sur une vision commune et partagée qui mettrait la souveraineté, l’indépendance et le progrès du pays avant les intérêts personnels égoïstes des uns et des autres. La perspective des élections de 2023 ne fait que compliquer l’équation. En effet, ceux qui sont au pouvoir n’accepteront certainement pas de faire un seul mandat et laisser la place à d’autres. Ce qui peut se comprendre facilement. D’où, il faut éliminer les concurrents potentiels. Et les deux candidats potentiels les plus redoutables pour rempiler en 2023 c’est Joseph Kabila et Vital Kamerhe. Il faut donc s’en débarrasser proprement. Pour cela, comme il sied dans un Etat de droit, il faut que tout se passe par la voie de la justice. En ce qui concerne Vital Kamerhe, les accusations de corruption et de détournement de denier public ont fait l’objet d’un procès en bonne et due forme qui s’est terminé par une condamnation à une peine de vingt ans de prison et la perte de ses droits civiques. En attendant que le recours en appel aboutisse, Vital KAMERHE ne pourra pas se présenter comme candidat aux élections de 2023. Pour le cas de Joseph Kabila, si la justice du pays ne réussit pas à le juger et à la condamner, on pourrait espérer que la justice internationale pourrait le faire. C’est la démarche en cours avec un collectif d’avocats canadiens qui a porté plainte contre lui à la Cour pénale internationale (CPI), plainte, dit-on, qui a été dite recevable. Tout en saluant ces efforts pour redonner à la justice sa vraie place dans la vie de la Nation et mettre fin à l’impunité par l’application d’une justice équitable pour tous, tout en reconnaissant que la justice élève une nation, j’estime, à mon humble avis, que la meilleure façon de pérenniser un pouvoir, c’est de se mettre résolument au service du bien-être socio-économique de la population qui n’aspire qu’à vivre humainement et dans la dignité dans son pays. Il faudrait aussi éviter d’instrumentaliser la justice pour en faire un moyen d’éliminer les potentiels candidats aux élections de 2023. Le peuple quant à lui, n’a jamais été associé à toutes ces négociations et ne connait pas la teneur de l’accord liant le FCC au CACH. Il ne trouve pas son compte et désapprouve, pour la plus grande partie des congolais, cette coalition. Nous observons ici le fossé entre les dirigeants politiques et le peuple. La communication entre les dirigeants et le peuple est totalement défaillante pour ne pas dire inexistante. Dans cette situation, le peuple est divisé. D’un côté, il y a ceux qui considèrent que cette alliance ou coalition c’est une alliance avec le diable (JKK et son FCC) et que Félix doit tout faire pour se distancier d’eux, se séparer d’eux. Joseph KABILA KABANGE et son FCC sont considérés comme la cause de tous nos malheurs. D’un autre côté, il y a ceux qui estiment que JKK a posé un acte unique dans l’histoire de notre pays et que la coalition doit devenir une force pour conquérir notre souveraineté confisquée depuis des lustres. Pendant que les acteurs politiques se livrent des guerres d’intérêt personnel, le peuple est laissé à lui-même. La situation socio-économique de la population ne fait que se dégrader. L’avènement de la pandémie du Corona virus, COVID 19, n’arrange pas les choses. Bien au contraire, la situation devient plus compliquée. Partout, on entend dire : « les temps sont durs ». La pandémie du COVID 19 devient pour certains dirigeants un fonds de commerce, une source d’enrichissement au détriment du peuple. Cela au point que certains parlent du «corona business » en lieu et place du corona virus. Sans compter que toutes ces mesures de confinement et d’état d’urgence sanitaire prises pour lutter contre la propagation du COVID 19, ruinent le développement économique parce qu’elles ne sont pas accompagnées de mesures d’encadrement. Tout est en train de mourir. Quelles sont les causes ? La cause principale, au regard de tout ce que nous vivons, c’est la soif immodérée du pouvoir, de l’avoir et de la gloire qui caractérise la classe politique congolaise. Dans tout cela, c’est l’argent qui est la cause fondamentale. L’argent que l’on veut avoir par tous les moyens y compris les moyens malhonnêtes. Ce qui justifie les vols, les tueries, les guerres, la corruption, et tous les autres maux. C’est le triomphe de la cupidité dont parle si bien Joseph STIGLITZ dans son livre qui porte ce titre évocateur : Le triomphe de la cupidité (Ed. Les Liens qui Libèrent, 2010). Cette soif immodérée de l’argent est dans le cœur de l’homme congolais. Cette cupidité est dans le cœur de l’homme. Le Dieu-Argent, Dieu-Mammon a rongé le cœur et les esprits des congolais. Cette maffia-politico-financière qui gère nos structures sociales s’appelle le système capitaliste libéral, ultralibéral ou néolibéral. Cette maffia-politico-financière n’est pas seulement internationale avec ses Institutions Financières Internationales, IFI, mais elle est aussi et surtout nationale avec des dirigeants politiques capitalistes, prédateurs. Les hommes cupides ont créé un système de vie qui est le capitalisme libéral. Ce système est inhumain parce qu’il donne la primauté à l’avoir, à l’argent, au profit matériel, à l’économique au détriment de l’homme. De ce système, nous sommes les acteurs, à la fois auteurs, bénéficiaires et victimes. C’est cela qui explique que nous soyons dans un pays potentiellement riche dans son sol et son sous-sol et que nous vivions dans la misère. Le capitalisme a tué le sens du bien commun pour nous installer dans une course effrénée à l’avoir pour une jouissance égoïste. Il a fait de notre société une jungle où la loi du plus fort règne au détriment de la loi de la solidarité et du partage. Le congolais est malade non seulement de ses dirigeants politiques mais aussi et surtout du congolais lui-même. Il est temps qu’on arrête de chercher des boucs émissaires à qui attribuer la cause de nos problèmes et pour justifier nos malheurs. Que chacun de nous s’examine et prenne conscience de sa part de responsabilité dans ce qui nous arrive ! Il ne s’agit pas de jouer à la victime d’un système qui est en dehors de nous, victime des autres (nos voisins et les « maîtres du monde »). Pas de victimisation ni d’auto-flagellation mais plutôt responsabilisation. Autant nous sommes responsables de ce qui nous arrive parce que cela arrive souvent avec notre complicité et notre collaboration directe ou indirecte, autant nous devons nous sentir responsables de ce qui va nous arriver demain. Qu’est-ce qui nous empêche de créer les conditions pour une vie décente dans notre pays ? Qu’est-ce qui nous empêche de créer des emplois pour permettre à chaque congolais de gagner sa vie honnêtement ? Qu’est-ce qui nous empêche de donner un salaire décent aux fonctionnaires de l’Etat et à tous les travailleurs dans tous les secteurs tant publics que privés ? Qu’est-ce qui nous empêche de produire et de consommer congolais ? Qu’est-ce qui nous empêche de bien gouverner notre pays dans un esprit de service et d’altruisme, en mettant le bien de l’homme au centre de toutes nos préoccupations ? A toutes ces questions et bien d’autres qu’on pourrait se poser, parce que la liste est longue, je répondrais : c’est le congolais lui-même qui, par manque d’amour pour la patrie et par manque d’amour du prochain, constitue un frein à son développement et au développement de son pays. L’ennemi du Congo ce n’est pas d’abord le Belge, l’Américain, le Français, le Rwandais, bref les autres. Le premier ennemi du Congo, c’est le Congolais lui-même. Il ne s’agit pas ici de nier la responsabilité des autres ; il ne s’agit pas non plus de faire de l’auto flagellation ni de la victimisation mais plutôt d’opérer une prise de conscience de notre propre responsabilité dans ce qui nous arrive afin de reprendre notre destin en main. La cause de nos malheurs passés, présents et futurs est à rechercher dans nous-mêmes les congolais, dans notre manière de vivre, dans notre manière de percevoir les choses, de percevoir les autres et de nous comporter. Un climat général de méfiance entre nous congolais, la propension au vol et au détournement des biens publics (denier public), la prédation qui caractérise la plupart de nos dirigeants qui se remplissent les poches au lieu de remplir les poches du peuple qui souffre de la POVID20 (Poches Vides 20), la distraction en créant des faux problèmes, la gangrène de la corruption et du tribalisme, etc., autant d’éléments qui font que nous ne contribuons pas au développement de notre pays bien au contraire, nous le détruisons.

Où allons-nous ?

Le décor est planté pour un chaos en RDC, pour l’implosion de la RDC qui risque de nous surprendre tous. En effet, c’est vers là que nous nous dirigeons d’une manière claire et nette. Rappelons-nous les pillages de triste mémoire de 1991 et 1993 ainsi que leurs conséquences sur le tissu socio-économique de notre pays que nous vivons jusqu’aujourd’hui. Rappelons-nous les paroles du Feu Maréchal MOBUTU en fin de règne : « Après moi c’est le chaos ». Nous allons vers une implosion de notre pays dont nous-mêmes nous sommes les auteurs et acteurs sur scène. Chaos et implosion ne profiteront pas à nous peuple congolais mais à la « maffia politico-financière internationale » qui a toujours voulu faire main basse sur nos richesses et secondairement à leurs « nègres de service » qui profiteront des miettes. Pour être vrai, cette implosion ne profitera finalement à personne : ni au peuple congolais ni à la « communauté internationale ».

Que faire ?

Insurrection des consciences pour une rupture et une nouvelle vie. Pour arrêter cette descente aux enfers de notre pays, je propose que nous puissions tous nous inscrire dans une démarche d’insurrection des consciences. J’entends par là une remise en question personnelle et collective qui touche notre mode de vie fondé sur le primat de l’avoir, de l’argent, du Dieu-Mammon. Il s’agit précisément d’une remise en question de l’ordre établi qui est en réalité un désordre établi par les puissants pour dominer les faibles et les petits. Il s’agit d’une remise en question de l’ordre capitaliste sauvage mondialisé, globalisé. Chacun de nous devrait opérer une rupture avec la dictature du Dieu-Argent dans sa vie personnelle. Et en même temps, nous devons rompre ensemble, collectivement, avec le système capitaliste libéral mondialisé dont le côté inhumain n’est plus à démontré pour instaurer un autre système plus humain et plus convivial. Il ne s’agira pas de méconnaître ou de nier la place de l’argent dans la vie des hommes et des collectivités humaines. Mais, il s’agira de remettre l’argent à sa place de moyen et non de fin. L’argent devrait être considéré non pas comme la finalité de la vie mais comme un moyen pour rendre la vie personnelle et collective agréable, plus humaine et plus conviviale. En somme, ce n’est pas tant l’argent comme tel qui pose problème mais c’est plutôt une certaine manière de l’acquérir et une certaine manière de l’utiliser qui posent sérieusement problème. En effet, si l’argent est considéré comme la finalité de la vie et ce qui donne un sens ultime à notre existence humaine, alors on comprendra que tous les moyens soient considérés comme bons pour l’acquérir y compris les moyens malhonnêtes : vol, escroquerie, pillage, guerre de prédation, détournement, corruption, etc. Si la valeur d’un être humain, d’un congolais se définit par son avoir, l’on comprendra facilement que l’usage de l’argent soit empreint d’égoïsme et de la recherche de la jouissance personnelle au détriment des autres qui n’ont rien et dont on prive du minimum vital auquel ils ont droit. Donc, la rupture que nous devons opérer chacun de nous et tous ensembles collectivement, c’est la rupture d’avec certains moyens malhonnêtes et inhumains pour acquérir l’argent et d’avec un certain usage de l’argent qui est fondé sur l’égoïsme et l’égocentrisme, l’individualisme. Il nous faudrait promouvoir dans nos vies personnelles et collectives l’acquisition de l’argent par des moyens honnêtes, par le travail assidu. Il nous faudrait donc aussi promouvoir la solidarité et le partage dans l’utilisation de l’argent sans pour cela encourager le parasitisme et la paresse. Cette insurrection des consciences n’a donc rien à voir avec l’insurrection populaire qui souvent dévaste tout à son passage et constitue une sorte de contre-violence en réponse à la violence-mère, celle du système établi, de l’ordre établi. Elle suppose une prise de conscience critique de la réalité que nous vivons et dont nous sommes tous responsables, chacun à son niveau bien entendu. En effet, la responsabilité d’un Chef de l’Etat ou d’un Décideur n’est pas au même niveau que celle d’un chômeur ou d’un huissier. Mais, toujours est-il que chacun doit prendre conscience de sa part de responsabilité. Rencontre de tous les congolais sous l’arbre à palabre Concrètement, je propose une grande rencontre de tous les congolais pour refaire la cohésion nationale et procéder à la réconciliation de tous les congolais autour d’une vision commune qui serait une vision humaniste et convivialiste qui redonnerait à l’homme sa vraie place celle de gardien de l’écosystème. L’homme ne se considèrera plus comme le propriétaire de l’écosystème dont il peut se servir sans limite mais comme gardien qui a pour tâche principale la sauvegarde de la nature. L’homme ne sera plus au centre de tout comme celui qui peut se permettre tout au nom des droits de l’homme qui ne prend pas en compte ses devoirs. Cette rencontre de tous les congolais sous l’arbre à palabre aura comme objectif final : créer les conditions pour bâtir ensemble un Autre Congo plus beau qu’avant. Au cours de cette rencontre, tous les congolais devront examiner ensemble les questions suivantes :  Qu’avons-nous fait du Congo de nos ancêtres ? Qu’avons-nous fait de cette terre riche potentiellement que le Créateur nous a donnée ? (établir la responsabilité personnelle de chacun et la responsabilité collective de tous)  Quel est le Congo dont nous rêvons tous et que nous voulons bâtir ensemble (vision commune et partagée) ?  Quels sont les atouts dont nous disposons pour bâtir ce Congo de nos rêves et quels sont les obstacles qui peuvent nous empêcher de réaliser notre rêve (étude de faisabilité) ?  Qu’allons-nous faire ensemble pour bâtir ce Congo de nos rêves et comment allons-nous le faire (stratégies et plan d’action) ?  Avec quoi (ressources matérielles et financières) et avec qui (ressources humaines) allons-nous bâtir ce nouveau Congo (mobilisation des moyens et choix des partenaires) ? Cette rencontre se terminera par l’élaboration d’un plan à long terme qui déterminera les différentes étapes à parcourir pour qu’au bout de 30 ou 50 ans nous ayons un autre Congo. Cette rencontre se fera au niveau de nos rues, de nos quartiers, de nos villages, de nos communes, de nos provinces, de nos différentes associations et groupes de vie ; bref, dans tous les milieux où se trouvent les Congolais à l’intérieur du pays comme à l’extérieur du pays (la diaspora congolaise). Elle sera impulsée par les leaders des communautés acquises à la cause de l’autodétermination de notre peuple, de notre pays. On pourrait consacrer six mois pour ce travail au niveau de la base. Au terme de ces six mois de travail de réflexion et d’analyse, les conclusions pourront être soumises à l’Assemblée Nationale pour couler tout cela sous forme de loi fondamentale. Ce qui nous donnera une Nouvelle Constitution à l’élaboration de laquelle tout le peuple aura participé et qui sera soumise à l’adoption par le peuple à travers un référendum. L’intérêt de cette rencontre serait la création d’un consensus national autour du Congo que nous voulons bâtir ensemble. Nous sortirons ainsi du Congo des autres dans lequel nous vivons jusqu’aujourd’hui pour entrer dans Notre Congo, celui que nous aurons construit ensemble, comme une maison commune où il fera bon vivre pour tous les fils et filles de la maison, de la même famille. Cette rencontre sera une véritable école populaire où nous apprendrons à connaître notre histoire, à la relire ensemble en vue de l’écrire ensemble pour un Nouveau Congo, un Autre Congo. Cette rencontre entre tous les congolais qui n’aura rien à voir avec les différents dialogues que nous avons connus jusqu’ici et qui se sont tous pratiquement terminés par le partage du « pouvoir-os » (gâteau), sera l’occasion propice pour travailler à la mise en place d’un nouveau système de vie au Congo fondé sur la solidarité et le partage. Mise en place d’une justice transitionnelle En vue de la réconciliation nationale, je propose que l’on envisage au cours de cette rencontre la mise en place d’une justice transitionnelle différente de la chasse aux sorcières à laquelle nous sommes en train de nous livrer et qui n’aboutit pas à la paix durable. L’expression « justice transitionnelle » est généralement employée pour désigner l’ensemble des mesures auxquelles un régime fraîchement installé à la suite d’un conflit armé ou d’une crise politique a recours pour affronter les violations massives et/ou systématiques des droits de l’homme ayant eu lieu avant la transition, afin de promouvoir la transformation de la société, faciliter la réconciliation et favoriser l’établissement de l’État de droit et de la démocratie. La justice transitionnelle repose sur quatre «piliers» sans lesquels son effectivité serait sérieusement compromise. Les piliers de cette justice particulière représentent autant d’avancées déterminantes dans le processus de lutte contre l’impunité des violations graves des droits de l’homme. Ils coïncident concrètement avec des obligations générales que le droit international met à la charge des Etats lorsque surviennent de telles violations. Plus simplement, ont été systématisés comme piliers de la justice transitionnelle :  le droit de savoir ;  le droit à la justice ;  le droit à la réparation ;  le droit aux garanties de non-répétition. Cette justice transitionnelle sera mise en place par les congolais eux-mêmes et pour les congolais. Il ne s’agira pas de recourir, comme d’aucuns le pensent, à la Cour Pénale Internationale pour créer un Tribunal international pour la RDC, notre pays. Serions-nous ainsi incapables, nous les congolais, à régler nos différents, nos problèmes nous-mêmes ? Serions-nous incapables de mettre en place une justice équitable, une justice miséricorde, c’est-à-dire celle qui sauve l’homme malfaiteur et éradique le mal ? Serions-nous incapables de prendre notre destin en main ? Nous avons donc à relever la mise en place d’une justice qui nous conduira à une paix durable. Créer un nouveau système de vie plus convivial et plus humain Là où presque tout le monde parle des réformes institutionnelles à opérer dans notre pays, moi je dis qu’il nous faut plus que des réformes. Il nous faut opérer une véritable révolution radicale du système dans lequel nous vivons depuis des siècles. Il nous faut faire une révolution anthropologique, car la crise est fondamentalement anthropologique. Il nous faut une révolution systémique, car c’est tout le système dans toutes ces composantes, politique, économique et culturelle, qui est en crise. Nous devons faire le passage d’un système fondé sur le primat de l’avoir au détriment de l’être vers un système basé sur le primat de l’Etre et où l’avoir sera au service de l’Etre et non le contraire comme nous l’observons et le vivons aujourd’hui. Il s’agit donc d’un choix fondamental à faire, un choix entre l’Avoir ou l’Etre. De ce choix dépend l’avenir de l’homme congolais et du Congo, pour ne pas dire du Monde tout court. Je recommande ici vivement la lecture par tous de ce livre d’Erich Fromm dont le titre est : Avoir ou Etre, un choix dont dépend l’avenir de l’homme, paru aux Editions Robert Laffont. Ce système reposera sur les quatre principes suivants : • principe de la commune humanité, • principe de la commune socialité, • principe d’individuation et • principe d’opposition maîtrisée. Principe de la commune humanité Ce principe nous apprend que, par-delà les différences de couleur de peau, de nationalité, de langue, de culture, de religion ou de richesse, de sexe ou d’orientation sexuelle, il n’y a qu’une seule humanité, qui doit être respectée en la personne de chacun de ses membres. Principe de la commune socialité Ce principe nous dit que les êtres humains sont des êtres sociaux pour qui la plus grande richesse est la richesse de leurs rapports sociaux. Principe de l’individuation Dans le respect de ces deux premiers principes, la politique légitime est celle qui permet à chacun d’affirmer au mieux son individualité singulière en devenir, en développant ses capabilités, sa puissance d’être et d’agir sans nuire à celle des autres, dans la perspective d’une égale liberté. Principe de l’opposition maîtrisée Comme chacun de nous a vocation à manifester son individualité singulière, il est naturel que les humains puissent s’opposer. Mais il ne leur est légitime de le faire qu’aussi longtemps que cela ne met pas en danger le cadre de commune socialité qui rend cette rivalité féconde et non destructrice. La politique bonne est donc celle qui permet aux êtres humains de se différencier en acceptant et en maîtrisant le conflit. Ces principes sont très bien expliqués dans le livre collectif intitulé : Manifeste convivialiste. Déclaration d’interdépendance. On peut télécharger ce livre gratuitement sur internet. Réappropriation de notre destin La rencontre de tous les congolais dont il est question plus haut, sera celle de la réappropriation de notre destin. Cette rencontre nous permettra de relire notre histoire commune en vue d’une évaluation sans complaisance pour voir ce qui a marché et ce qui n’a pas marché, établir les responsabilités et inviter à la réparation. Cette rencontre nous permettra de projeter ensemble notre avenir, notre devenir commun. Nous élaborerons un projet pour un Autre Congo qui ne sera pas un copier-coller des autres, particulièrement des « maîtres du monde ». Cette rencontre qui s’inspirera de la tradition de la palabre sous l’arbre, que nos ancêtres ont toujours pratiqué avec succès, ne sera donc pas du tout une occasion de plus de se partager le gâteau du pouvoir entre des prédateurs patentés qui se nomment élite politique dans notre pays. Il n’en sortira donc pas un gouvernement de transition ou d’union nationale. Au cours de cette rencontre, le peuple réfléchira aussi sur les vrais partenaires avec lesquels nous allons pouvoir travailler pour atteindre nos objectifs. Nous n’exclurons pas les autres citoyens du monde dans notre démarche mais ils ne prendront pas les devants. Le partenariat en question se fera dans l’optique de gagnant-gagnant. Il ne s’agira plus de ce faux partenariat où le maître portera le masque de partenaire alors qu’il reste toujours le seul maître à bord qui commande tout et n’attend de nous que l’attitude de l’esclave docile et obéissant qui se conforme à la volonté du maître. Choisir des dirigeants sur base d’un profil et d’un criterium de qualités : la question électorale Ce n’est qu’au terme d’une telle rencontre qui devrait être organisée au niveau local, provincial et national que nous pourrons envisager l’organisation des élections qui seront réellement libres et démocratiques et dont les résultats reflèteront véritablement et incontestablement le choix du peuple. Certains compatriotes parlent de la réforme du système électoral dans notre pays et de la réforme de la Commission Electorale Nationale Indépendante, CENI, en sigle. Personnellement, j’estime que le vrai problème n’est pas dans le système électoral ni dans l’institution qui a pour mission d’organiser les élections. Il se pose plutôt dans la nature même des élections dans notre pays depuis l’indépendance jusqu’aujourd’hui. En effet, lorsque j’observe de la manière la plus objective ce qui se passe dans notre pays depuis l’indépendance jusqu’aujourd’hui, je constate que nos élections souffrent d’une première tare : elles se font sur base ethno-tribale. Depuis longtemps, nous vivons des élections ethno-tribales. Le Congolais ne choisit pas la personne qui répond à un certain profil établi sur base des qualités relevant du savoir, du savoir-être, du savoir-faire et du savoir-faire faire. Je choisis le frère ou la sœur qui est de la même tribu, du même clan, de la même ethnie que moi quels que soient ses qualités et ses défauts. Parce que si mon frère ou ma sœur est au pouvoir, moi aussi je vais manger. Derrière tout cela se profile une conception du pouvoir qui est considéré comme un moyen pour un enrichissement personnel et enrichissement de ses proches (sa famille, ses amis, ses fanatiques, etc.). Le pouvoir est vécu et conçu comme un moyen pour avoir, pour accroître son avoir Du coup, si le système électoral ne favorise pas mon frère ou ma sœur de tribu, d’ethnie, de clan, si la CENI ne proclame pas vainqueur le mien, ce que les élections sont mauvaises ; et, il faut en contester les résultats. D’une manière générale, le problème en définitive est celui de la confiance qui n’existe pas entre les congolais. Il règne un climat de méfiance généralisée tel que le Congolais ne croit pas en la valeur de l’autre. On se diabolise mutuellement. Toutes les qualités sont pour moi et tous les défauts et vices sont pour les autres qui ne pensent pas comme moi et qui ne sont pas de la même obédience politique ou idéologique que moi. Aussi, quelle que soit la réforme qu’on pourra faire du système électoral, quelle que soit la personne que l’on va placer à la tête de la CENI ou de toute autre structure qui aura pour mission d’organiser les élections dans notre pays, si nous n’avons pas recréé la confiance entre nous congolais, nous irons de contestations en contestations et de conflits en conflits après les élections. Il faut donc lutter contre le démon du tribalisme qui fait des ravages et qui empêche la tenue de bonnes élections. Nos élections souffrent d’une deuxième tare. Depuis 2006, avec la création de l’institution d’appui à la démocratie dénommée au départ Commission Electorale Indépendante, CEI, en sigle, à l’issue du Dialogue Intercongolais de Sun City, jusqu’à ce jour avec la Commission Nationale Electorale Indépendante, CENI en sigle, les élections sont devenues un véritable business. En effet, nos élections extrêmement coûteuses. C’est l’occasion de passer des marchés, de faire des affaires, de toucher des commissions ou des rétro-commissions. Le fonctionnement de cette grande entreprise appelée CENI coûte aussi cher au trésor public. On comprend alors que les enjeux dans la désignation de l’animateur de la CENI ne sont pas uniquement politiques mais aussi économiques, financiers. Il faudrait revenir à des élections qui sont un acte politico-administratif le moins coûteux possible avec du matériel que l’on ne doit pas acheter à chaque cycle électoral mais que l’on conserve pendant longtemps pour plusieurs cycles électoraux successifs. Ne serait-il pas avantageux de revenir à la pratique consacrée dans plusieurs pays au monde et que nous avions connue à l’époque de la Deuxième République où c’est le ministère de l’intérieur qui est le pouvoir organisateur des élections ? Mais pour cela, il faudra non seulement la confiance entre congolais, mais aussi et surtout une forte dose de probité morale dans le fort de ceux qui seront commis à cette fonction importante pour la vie de la nation. Enfin, une troisième tare que je constate dans la nature de nos élections c’est le fait que les résultats de nos élections sont souvent décidés par les « Maîtres du monde » qui nous imposent les dirigeants en fonction de leurs intérêts. Je voudrais ici évoquer le caractère extraverti de nos élections en fait de notre pouvoir politique. Nous avons des élections extraverties. Pourquoi les résultats de nos élections doivent-ils nécessairement être ratifiés ou validés par les Américains, les Belges, les Français et autres puissances occidentales, euro-américaines ? Pourquoi avant de poser sa candidature, il faut que le congolais ait l’appui des « Maîtres » ? La réponse est simple : ce sont eux qui donnent réellement le pouvoir et en garantissent la vraie légitimité. Lorsqu’on parle de la crise de légitimité dans notre pays, il faudrait distinguer la légitimité interne et la légitimité externe. Tant que la légitimité interne n’aura pas repris sa vraie place, nous connaîtrons toujours la crise de légitimité. C’est ici le moment de se poser la question fondamentale sur les élections dans notre pays qui est la suivante : à quoi servent les élections dans notre pays ? Au regard de ce qui se passe depuis des années et que nous observons à chaque cycle électoral, nous en arrivons à la réponse suivante : les élections servent à donner une apparente légitimité interne à un pouvoir dont la vraie légitimité est externe. D’où la mise en place par les maîtres du monde d’une structure de contrôle de nos élections qu’ils appellent «commission nationale électorale indépendante» qui n’a d’indépendance que le nom et qui appuie la démocratie venue d’ailleurs, fabriquée ailleurs. La position géostratégique de notre pays pourrait certes justifier cette grande dépendance de nos dirigeants vis-à-vis de la «Communauté internationale». Mais, nous devons savoir que cela ne dépend finalement que de nous-mêmes les congolais pour mettre fin à cette dépendance politique et économique. Nous ne sommes pas condamnés à vivre dans la dépendance servile. Cette mainmise des puissances euro-américaines sur notre processus électoral peut facilement expliquer le fait que nous n’ayons pas des élections locales, des élections à la base. En effet, les seules élections qui intéressent vraiment les « Maîtres du monde » ce sont les élections présidentielles et à la limite les législatives et les provinciales. Parce que là se fait le choix de ceux qui sont à la tête du pays. Et contrôler ceux qui dirigent le pays est un enjeu majeur pour eux. Les élections municipales et locales qui contribuent à construire une démocratie à la base ne les intéressent pas du tout. Elles n’intéressent pas non plus notre classe politique parce que la plupart de nos politiciens n’ont pas une véritable base sociale, une base fondée sur l’adhésion à une vision commune et partagée. Ainsi, les seules élections locales et municipales que notre pays a connues remontent aux années 50 avant l’indépendance, très précisément en 1957 et en 1959. Il faudrait que nous réfléchissions sérieusement sur les voies et moyens pour couper ce cordon ombilical qui nous lie aux maîtres du monde et nous empêche de nous autodéterminer. Et en premier lieu, organisons nos élections avec nos propres moyens financiers. La politique de la main tendue nous maintient dans l’esclavage. Organisons les primaires dans chaque parti ou plate-forme politique, pour la désignation des candidats aux élections. Une fois résolue toutes ces questions sur la nature de nos élections, on pourrait alors fixer les critères de choix de nos dirigeants qui seront élus sur base des qualités humaines, des compétences et des mérites pour une méritocratie. Emanant réellement du peuple, ces dirigeants seront réellement au service de leur peuple et leur seront redevables. Ils sauront qu’ils doivent rendre compte au seul peuple qui est le souverain primaire et vrai détenteur du pouvoir qu’ils exercent par délégation. Ils sauront que leur maintien au pouvoir dépendra de leur bilan au service du peuple qui les sanctionnera. Ces dirigeants seront de vrais serviteurs du peuple et non des affameurs du peuple. Pour ces dirigeants, le « Peuple d’abord » ne sera pas un slogan creux comme tant d’autres que nous avons connus mais un véritable leitmotiv de leur action et de leur engagement politique. En guise de conclusion Celui qui a lu ce texte pourra conclure en disant : « mais José tu rêves ! C’est utopique ce que tu proposes ». Oui, je l’admets. Je rêve. J’invite tous les congolais à faire le même rêve. Car, avant de construire sa maison, on commence d’abord par rêver de la maison que l’on veut. Après, on en parle à un architecte qui va faire le plan selon les indications qu’on lui donne. Et enfin, on confiera la réalisation, c’est-à-dire la construction, à un constructeur qui travaillera avec une équipe constituée par différents corps de métiers : maçon, charpentier, électricien, etc. La RD Congo est notre maison commune. Nous devons donc rêver ensemble pour savoir quelle forme nous voulons donner à notre maison commune. Ensuite, nous nous adresserons aux architectes, l’intelligentsia congolaise avec ses juristes, ses économistes, ses sociologues, ses politologues et autres, qui vont nous dessiner un plan qui sera soumis à l’appréciation du propriétaire qu’est le peuple congolais dans son ensemble. C’est en quelque sorte l’élaboration du cadre de vie qu’est la Constitution qui devra être le fruit d’un travail de l’ensemble du peuple en tenant compte de nos valeurs et de nos traditions. Jusqu’aujourd’hui, nous vivons dans une maison construite par les « autres » pour leurs intérêts. Et l’histoire nous indique que c’est à la Conférence de Berlin, en 1885, que le Congo dans lequel nous vivons aujourd’hui a été conçu et construit. Il nous faudra quitter le plan dessiné par les « maîtres du monde » pour nous. Trêve de paroles. Il est temps de passer à l’action. Insurgeons-nous contre le diktat du Dieu-Mammon dans nos vies personnelles et dans notre vie collective ! Insurgeons-nous contre le système capitaliste libéral que l’on nous a imposé pendant des siècles et que nous avons pratiqué d’une manière sauvage ! Mettons-nous ensemble et unissons-nous pour bâtir un AUTRE CONGO qui serait : • une terre d’égalité où règne le respect de tout être humain, • une terre de participation et de responsabilité où il n’y aura pas d’un côté des spectateurs et de l’autre des acteurs, • une terre de liberté fruit de la vérité où nous ne serons plus les esclaves du pouvoir, de l’avoir et de la gloire, • une terre de justice source de vraie paix où la force de la loi remplacera la loi de la force. Cet Autre Congo naîtra d’abord dans nos familles, dans nos rues, dans nos quartiers, dans nos communes, dans nos villes, dans nos provinces, dans nos Ecoles et Universités, dans nos associations et groupes, dans nos partis politiques, dans nos usines, dans nos entreprises, dans nos Eglises. Pour réussir la construction de cet Autre Congo, nous devrions, en premier lieu, tous et chacun rompre avec l’ancien homme congolais et nous revêtir d’un nouvel homme congolais. C’est ce que nous appelons le changement de mentalité, de style de vie. Le congolais cupide doit céder la place à un congolais libéré de la soif de l’avoir. Le congolais violent doit céder la place à un congolais non-violent, artisan de justice et de paix. Ce changement de l’homme congolais devra s’accompagner du changement des structures de la vie sociale en RDC. Les structures idéologiques, politiques et économiques marquées par la dépendance et extraverties devraient céder la place à des structures créées par nous-mêmes sur base de notre génie propre. En deuxième lieu, nous devons nous unir autour d’une vision commune, partagée par tous les congolais – différente d’une pensée unique. Nous devons arrêter de nous unir autour d’un homme aussi fort soit-il, car les hommes passent et le pays reste. Nous devons soutenir non pas un homme au pouvoir mais le développement du pays sous la conduite non pas d’un homme mais d’une équipe de leaders qui sont choisis par le peuple et qui leurs sont redevables. L’époque des hommes forts est révolue. Nous avons besoin des institutions fortes au service du développement de la nation toute entière. En troisième lieu, nous devons mobiliser les moyens à l’interne pour ne pas dépendre des moyens des autres. On ne construit pas sa maison avec l’argent des autres. Et ce n’est pas l’argent qui nous manque dans ce pays mais seulement la volonté d’utiliser notre argent à l’amélioration des conditions de vie pour tous. En quatrième lieu, nous devons choisir les partenaires avec qui nous allons construire ce Nouveau Congo ou Autre Congo en fonction de nos intérêts, des partenaires qui seront de réels partenaires respectueux de notre plan et de notre projet, des partenaires qui ne viennent pas nous imposer leur vision. Toutes ces conditions montrent que nous devons être capables de sortir des sentiers battus et d’expérimenter des chemins nouveaux et parfois inexplorés. Nous devons être capables d’innover, d’inventer, de créer du neuf. Construire ensemble cet Autre Congo est un engagement à une mener une véritable guerre pour la justice, la paix, la fraternité, la liberté et la vérité. Je termine en proposant à la méditation de tout congolais ce texte combien profond et riche du Patriarche Athénagoras, Patriarche de Constantinople, sur la guerre qui mène à la paix. Une guerre qui mène à la paix. Il faut mener la guerre la plus dure qui est la guerre contre soi-même. Il faut arriver à se désarmer. J’ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible. Mais je suis désarmé. Je n’ai plus peur de rien, car l’Amour chasse la peur.

Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres. Je ne suis plus sur mes gardes jalousement crispé sur mes richesses. J’accueille et je partage. Je ne tiens pas particulièrement à mes idées, à mes projets. Si l’on m’en présente de meilleurs, ou plutôt non, pas meilleurs, mais bons, j’accepte sans regrets. J’ai renoncé au comparatif. Ce qui est bon, vrai, réel est toujours pour moi le meilleur. C’est pourquoi, je n’ai plus peur. Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur. Si l’on désarme, si l’on se dépossède, si l’on s’ouvre au Dieu Homme qui fait toutes choses nouvelles, alors, lui efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible. Athënagoras Patriarche de Constantinople Et maintenant, trêve de paroles ! Trêve de discussions ! Au travail !

Fait à Kinshasa, le 5 novembre 2021

Abbé Joseph-Pierre (José) MPUNDU-E-BOOTO BOSAWA

Prêtre de l’archidiocèse de Kinshasa Psychologue clinicien

Tél. : +243818133765/+243997030932/+243856467887

E-mail : jpmpundu@gmail.com