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Revue historique de la RDC : Qu’est-ce qui n’a pas été dit ou écrit ? (2ème épisode)/(Par Eugène Khonde)

Revue historique de la RDC : Qu’est-ce qui n’a pas été dit ou écrit ? (2ème épisode)/(Par Eugène Khonde)

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Ainsi que je l’avais annoncé dans le 1er Episode de la Revue historique de la RDC intitulée: « qu’est-ce qui n’a pas été dit ou écrit ? », paru dans l’Edition du Jeudi 11 novembre n°5705, du Journal La Prospérité que vous pouvez retrouver sur https://laprosperiteonline.net/2021/11/11/politique/revue-historique-de-la-rdc-quest-ce-qui-na-pas-ete-dit-ou-ecrit-1er-episode/, le deuxième épisode se focalise autour des questions lancinantes qui ont défrayé la chronique sous le régime Kabila mais surtout, qui étaient devenues une sorte de « punching ball » où d’aucuns s’amusaient à taper à tout bout de champ.

Il s’agit de : – la poursuite des sorties médiatiques du porte-parole du gouvernement, l’Honorable Lambert Mende Omalanga et l’usage de ses mots difficiles ; l’affaire rocambolesque du cannibalisme à Mambasa en Ituri attribué aux troupes armées de Jean-Pierre Bemba accusées d’avoir consommé de la chair humaine (des pygmées) ; les ennuis du Docteur Oscar Kashala Lukumueno, candidat malheureux à l’élection présidentielle 2006, accusé d’avoir recruté 32 mercenaires ; et enfin, les critiques acerbes de Joseph Kabila de n’avoir pas organisé les élections en 2016 et 2017 et l’effet boule de neige des Communicateurs de la mouvance kabiliste ou du FCC (Front Commun pour le Congo).

C’est donc le lieu pour moi, m’exprimant en tant que témoin oculaire, de rétablir la vérité et de reconstituer l’histoire pour des générations futures afin d’éviter la désinformation ainsi que tant d’autres interprétations erronées sur des faits saillants qui se sont produits en République Démocratique du Congo.

En toile de fond, l’opinion nationale et internationale retiendra que Mende Omalanga a exercé ses fonctions de ministre de Communication et porte-parole au-delà de ses prérogatives avec un zèle débordant. Il a été, vraisemblablement, le porte-parole de toutes les institutions du pays, en ce compris, l’institution Président de la République et même, les services des renseignements.

Plus kabiliste que Kabila lui-même, Mende a finalement écopé plusieurs sobriquets ou qualificatifs du genre : « le Coq de Kabila », le « le Tchaku de Kabila » comme aimait bien l’appelait le ‘’ lider maximo ‘’, Feu Etienne Tshisekedi, d’heureuse mémoire.

Repris sur la liste de sanctions de l’Union Européenne (EU) avec tant d’autres caciques de l’entourage de Kabila appelés « gardiens de temple », Lambert Mende n’avait pas le choix que de répondre aux obsèques de sa défunte mère décédée à Bruxelles. Tous étaient d’avis qu’il ne rentrerait pas au pays et qu’il serait appréhendé par la justice belge.

Curieusement, au terme de son bref séjour bruxellois, l’on verra l’élu du Sankuru descendre de l’avion à l’aéroport de N’djili. Ce qui a frustré plus d’un Congolais ayant sérieusement critiqué la théâtralisation des sanctions de l’UE et, même, à les mettre en doute, quant à leur efficacité d’exécution.

Plus curieux que cela puisse paraître, l’opinion apprendra plus tard que le nom de Lambert Mende est écarté de cette liste de sanctions. Et donc, il était libre de tout mouvement dans tout l’espace Schengen.

Pour revenir à ses mots difficiles, même de grands francophones le suivaient parfois avec un dictionnaire à côté.

Pour répondre, par exemple, à l’Union Européenne dans le détournement de l’aide au développement par le pouvoir de Kinshasa, Mende dit ce qui suit : « la RDC n’est pas un pandémonium».

«Ceci étant, nous saisissons cette occasion pour redire, à l’attention de tous les nostalgiques de l’ordre colonial, que le péché originel fondateur de l’Etat Indépendant du Congo durant la période des conquêtes barbares et qui a voulu réduire notre pays au rang d’un simple comptoir des matières premières ou en un pandémonium de quelques grandes puissances de l’époque… », déclarait-il.

Aussi, a-t-il beaucoup utilisé souvent des mots comme : Atavique, faisant allusion « aux nostalgiques de la loi de la jungle pour rééditer les épisodes sanglants du passé révolu et justifier leur volonté atavique de sacrifier la souveraineté de la RDC ».

Cannibalisme : Jean-Pierre Bemba dans le tourment

L’affaire remonte en janvier 2003.

C’est du jamais vu, qu’une telle histoire insolite puisse susciter un tel buzz à travers le monde. C’est vraiment le règne de la terreur. Les militaires du MLC de Jean-Pierre Bemba sont accusés d’avoir consommé des êtres humains (pygmées) à Mambasa en Ituri. Des pygmées auraient été contraints de consommer de la chair de leurs proches ou de leur propre chair découpée sur leurs membres. Des bandes armées accompagnées des féticheurs croiraient acquérir la force des peuples de la forêt en consommant de leur chair. Cfr.

https://www.afrik.com/les-pygmees-victimes-des-soldats-cannibales

Le Conseil de Sécurité de l’ONU s’est saisi du dossier pour enquêter là-dessus. Le Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme, les ONG locales et internationales s’en sont mêlées également.

Une équipe de pygmées est venue à Kinshasa, le 15 janvier 2003, pour témoigner et réclamer justice. Logée aux frais du gouvernement de l’époque.

De mes propres yeux, j’ai vu ces pygmées accueillis au Palais de la nation (équipe de six, hommes et femmes).

A première vue, lorsqu’on leur pose la question de savoir comment cela s’est-il passé ? Ils répondent sans amertume, ni tristesse ou chagrin à l’endroit des gens ayant perdu des êtres chers. Bien au contraire, ils faisaient leur narratif à cœur joie avec demi sourire aux lèvres.

Ce qui a laissé perplexe l’équipe des journalistes dont je faisais partie.

Un coup de théâtre

Plus tard, un coup de théâtre est venu tout bousculer. Une conférence de presse largement médiatisée met en branle trois (3) pygmées qui avaient chargé Bemba. Ils ont « demandé pardon » pour le tort causé au MLC et à son chef, Jean-Pierre Bemba devenu l’un des quatre Vice-présidents de la RDC.

D’après le témoignage des pygmées repris dans https://www.liberation.fr/planete/2004/09/24/des-pygmees-devores-au-congo-toujours-en-vie, ces derniers ont expliqué qu’ils avaient menti à la suite de fortes pressions exercées par les adversaires de Bemba pour ternir l’image du Mouvement de Libération du Congo (MLC). Fort de ce revirement, le MLC a demandé la réouverture de l’enquête par la Monuc devenue MONUSCO.

Pour cimenter ses dires, le MLC avait présenté à la presse, quatre autres pygmées (trois femmes et un homme, censés avoir été mangés alors qu’ils étaient toujours en vie).

Docteur Oscar Kashala et les 32 mercenaires

L’Union pour la Reconstruction du Congo (UREC), parti politique du Docteur Oscar Kashala, est l’un des partis politiques régulièrement agréé en RDC sous l’arrêté ministériel n°189/2005 du 27/10/2005.

A six mois de l’organisation de l’élection présidentielle de 2006, Dr Kashala atterrit à Kinshasa pour déposer sa candidature. En lice, 32 candidats à l’élection présidentielle. Il a été proclamé 5ème par la CEI. Un travail de matraquage médiatique a été réalisé autour de sa personne.

En ce qui me concerne, j’étais le Co-fondateur du parti UREC, Représentant la province du Kongo central (Cfr. Arrêté ministériel n°189/2005). Au sein du parti, j’ai joué le rôle d’assistant du Directeur de presse et Communication avec rang de Directeur Adjoint de presse. Le Directeur titulaire était M. Bruno Kasonga, un résident en Belgique jusqu’à ce jour.

La Direction de presse et Communication de l’UREC employait environ 50 journalistes et techniciens confondus.

Venu des Etats Unis d’Amérique, Dr Kashala avait un discours novateur de paix. Il a été vite considéré comme étant le candidat des américains. Car, il a étudié avec Georges Bush Junior et se présentait comme un ami intime à Barack Obama, d’après ses propres dires.

Depuis lors, des ennuis ont commencé du fait même d’avoir promis de faire une campagne à l’américaine, c’est-à-dire, avec une flotte de bateaux sur le fleuve, des véhicules et trains sur terre et des avions dans les airs. La peur a vite gagné le camp Kabila.

Kashala sera traqué. Il a subi des plus graves coups et abus lors de sa campagne électorale.

01.09.06 Message du Dr Kashala à la Nation

D’abord, il a été accusé d’avoir recruté des mercenaires (32 au total). Par peur de compromettre le processus électoral en étouffant un candidat de taille, c’est son Avocat conseil, Me Mukadi Bony, professeur de Droit à l’UNIKIN qui sera arrêté pendant quatre jours par l’ANR et mis au cachot de Kin Mazière. Après sa relaxation, il va être expulsé vers la Belgique du fait qu’il détenait un passeport belge.

Il convient de rappeler que professeur Mukadi est décédé en 2015, de suite d’une maladie.

Ensuite, plusieurs mesures coercitives ont été prises contre l’UREC, entre autres, la fermeture de sa société de gardiennage, l’expulsion de deux avions loués pour la campagne, le refus d’autorisation de l’exploitation de son hélicoptère sur le territoire national, le contrôle de ses comptes bancaires et l’origine de fonds de campagne etc.

Ce n’est que plus tard que l’opinion se rendra compte que la personne du Dr Kashala enveloppée un mythe parfois distinct de la réalité. C’est-à-dire, toute la publicité fait autour de lui était parfois mensongère. Il a été présenté comme, le candidat des américains, le meilleur médecin des USA en 2004, prix du meilleur Manager (Homme d’Affaires) des USA, il a été voisin de classe de Georges Bush Junior, Ami intime de Barack Obama…, autant d’affirmation gratuitement qui ne cadrait pas à la réalité à en croire, certaines investigations menées à ce sujet.

Trop d’extravagance

Un dépensier hors normes, l’UREC avait au moins quatre sièges à Kinshasa où le taux de chaque loyer coûtait au moins 5000 USD/mois.

Il y a eu le siège social sur l’avenue Nioki vers la Gare Centrale ;

La présidence, située en diagonale de la DGDA, Direction Générale (Royal) ;

La suite présidentielle à l’Hôtel Memling à plus ou moins 250 USD/jour ;

Une résidence privée derrière ORGAMAN ;

Un charroi automobile constituant le cortège présidentiel évalué à environ 5 à 10.000 USD le mois.

Acculé de partout, des Communicateurs à la défensive

A lire au troisième épisode…