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Des diplômés avec grande distinction, mais au chômage/Comment les étudiants peuvent-ils surmonter le défi de l’insertion professionnelle dans un contexte comme celui de la RDC ?

Des diplômés avec grande distinction, mais au chômage/Comment les étudiants peuvent-ils surmonter le défi de l’insertion professionnelle dans un contexte comme celui de la RDC ?

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(Par John Ngoyi, Journaliste)

Comparativement aux continents américain, asiatique et européen, l’Afrique est depuis des siècles ‘’un terrain à la surface immense, presque nu et nécessitant d’une urgence de refonte totale de son système pour amorcer le décollage de son émergence’’. L’Afrique est un continent potentiellement riche, mais dont les populations croupissent dans la misère et la pauvreté. La pauvreté est un vécu quotidien des africains, dans sa globalité. D’après Besbes et Boujelbene, ‘’la pauvreté est l’insuffisance des ressources matérielles et intangibles’’. Dans son volet de la pauvreté matérielle et financière, l’on peut estimer que le manque d’emploi en est la cause principale. Et c’est aussi le cas de la République Démocratique du Congo où des milliers des congolais n’ont pas d’emploi et s’emploient dans la politique de la main-tendue, en cherchant désespérément une sorte de ‘’grainier’’ chez qui demander de l’argent.

Avant Ebola, il existait déjà une épidémie en RDC…

Au cours de la Conférence sur l’employabilité, organisée le 15 juin 2021 par le Centre Wallonie-Bruxelles, la Ministre Congolaise en charge de la Formation Professionnelle, Madame Antoinette Kipulu disait ceci : «En réalité, le chômage touche près de 40% de la population, surtout les jeunes de Kinshasa». Elle s’était référée ainsi aux conclusions de l’annuaire statistique de 2015 réalisé par l’Institut National des Statistiques en RDC (INS).

Parmi ces nombreux jeunes, il y a probablement des étudiants qui sont la plupart encore sur les bancs des universités, tandis que d’autres ont déjà décroché leurs diplômes universitaires. Bien avant qu’Ebola n’arrive dans notre pays, il existait déjà une épidémie qui n’a pour cible que les étudiants évoluant en RDC.

Cette épidémie est celle qui rend de plus en plus difficile la tâche aux étudiants et aux diplômés à trouver un emploi compatible avec les formations académiques suivies. Par conséquent, quelle en est la retombée ? Réponse : le manque d’emploi.

Pire, certains choisissent de se caserner sous le toit familial à l’attente d’une solution miracle qui tomberait de nulle part, comme par coup de baguette magique, et leur offrirait sur un plateau d’or un emploi adéquat et confortable.

En réalité, dans un pays comme le nôtre, la question de l’insertion professionnelle des étudiants devait être pris avec beaucoup de sérieux dotant plus qu’il y a de nombreuses opportunités de travail, mais très souvent négligées par eux-mêmes les étudiants, diplômés ou pas.

Cette réflexion a pour objectif d’éclairer la lanterne des étudiants, diplômés ou pas, sur les causes de leur insertion professionnelle difficile dans un contexte comme celui de la RDC.

Et, ensuite, avec nos minuscules connaissances, de leur communiquer les quelques orientations pratiques devant répondre à ce défi aussi important qui se profile désormais sur leurs vies.

L’insertion professionnelle, une contrainte pour tous !

Effectivement ! C’est une vérité qui ne fait appel à aucun débat. L’insertion professionnelle, ou la possibilité pour tous et chacun de trouver un emploi ou de créer des emplois, est une réalité contraignante dans notre société.

Elle s’impose à quiconque sans respecter son âge, son sexe ni ses origines familiales. Emile Durkheim, sociologue français, disait à ce sujet que ‘’le fait social est toute manière de faire, d’agir, d’être, fixée ou pas, extérieure et contraignante’’.

De notre avis, l’insertion professionnelle est une contrainte pour tous à cause de ces deux crédos très célèbres : ‘’Le travail ennoblit l’homme’’ (le rend utile pour sa société et le rend fier de lui-même) ainsi que ‘’Le travail procure le trésor’’ (rémunère et confère une indépendance, deuxième palier à franchir pour tout homme qui vit en société).

La pertinence de ‘’la politique’’…

Plusieurs ignorent que le mot politique est un terme androgyne, s’employant au masculin et au féminin. Donc, celui qui dit ‘’le politique’’ est dans le vrai, tout comme celui dit ‘’la politique’’ n’est pas à côté de la plaque. Je connais un homme, au nom de Monsieur Alexis Mbikayi Mundeke, aujourd’hui Professeur Emérite, qui distingue parfaitement le sens de ces deux employabilités.

En effet, lors d’une séance académique à laquelle je participai comme étudiant, Alexis Mbikayi dira que ‘’le politique est un principe impératif, non négociable et dressant l’ordre en société. L’essence du politique réside donc dans la nécessité, pour tout groupe social, de fixer des orientations à long terme pour la collectivité, de déterminer les buts communs, de proposer une stratégie pour atteindre ceux-ci et de définir des règles de vie commune’’.

Quant à ‘’la politique’’, ce Professeur chevronné en sciences politiques et relations internationales expliqua que ‘’la politique consiste dans la conduite des activités nécessaires au façonnage du politique. La politique relève de la prise de décisions sur les buts et la définition de stratégie d’action sociale’’.

En clair, pour mener à bien le politique, il faut l’associer à la politique. Exemple simple : le politique édicte le principe de ne pas s’approprier un bien qui n’est pas le vôtre. C’est un principe qui ne changera jamais, puisqu’elle régule la vie sociétale et permet d’éviter des conflits. Et que fera la politique dans ce cas ?

Elle peut orienter un présentateur d’émission (sur radio, télévision, YouTube) ou d’une rubrique (presse écrite ou en ligne) à convier sur son plateau un expert qui prônera la valeur du contentement et de quelle manière une personne peut en faire sienne.

Si le politique est le principe, la politique est la traduction dans les faits du politique et en tenant compte du contexte et des aléas de chacun. Relativement à cela, le travail est une exigence imposée à tous et un droit reconnu à tous. Il est consacré dans la Constitution en son article 36 qui stipule : «Le travail est un droit et un devoir sacré pour chaque congolais. L’Etat garantit le droit au travail, la protection contre le chômage et une rémunération équitable et satisfaisante…». Ici, nous sommes au niveau du politique.

Et, s’interroger sur les voies et moyens à mettre en œuvre pour permettre aux étudiants à s’insérer en milieu professionnel, dans un contexte comme celui de la RDC, c’est associer ces textes légaux à la politique qui aidera à l’application et au respect de ces mêmes textes.

C’est le sens profond de ma réflexion exposée ce jour !

Pourquoi tant d’étudiants chômeurs en RDC ?

Les sources sont multiples. En ce qui nous concerne, nous allons épingler cinq raisons qui résultent à la fois du système éducatif congolais aux préjugés vivifiés dans notre société.

1- L’orientation académique : la manière dont le système éducatif congolais est hiérarchisée, il ne laisse aucune marge de laisser émerger l’esprit critique des étudiants et de faire couler leur créativité. Notre orientation académique nous dit de tout gober, même des matières qui ne servent à rien dans la vie réelle.

2- Ne pas saisir les opportunités : on se plaint du manque d’emploi en RDC ? Vraiment ? Vous savez pourquoi nous sommes arrivés à ce stade ? C’est parce que notre système éducatif nous incite à devenir des bureaucrates et des salariés pour toujours. Cela va des cours dispensés à l’esprit, l’idéologie inculquée aux étudiants.

Une chose qui m’amuse souvent, c’est que j’entends des propos tels que ‘’Nous devons pousser nos étudiants à être des créateurs de richesses’’. Va-t-on les y conduire avec ce système éducatif, vieux de l’époque coloniale ? Dans l’entretemps, autant des contrats et partenariats sont signés avec des firmes étrangères qui, elles, réellement créent des richesses et des emplois en recrutant ces mêmes étudiants moulés dans une psychose intellectuelle.

Et, remarquez ceci : ces firmes étrangères s’intéressent à des secteurs vitaux de notre environnement, mêmes ‘’banales’’, auxquels nous, Congolais, nous sentons illégitimement mis à l’écart.

3- La voie absolue : qui a dit que parce qu’on a effectué des études en Droit qu’il faut absolument devenir Avocat dans la vie professionnelle ? Qui a dit que parce qu’on a effectué des études en communication que l’on doit forcément devenir journaliste demain ? En vrai, les études effectuées servent de bagage intellectuel, mais ne peuvent conditionner le choix professionnel de qui que ce soit.

Je connais des journalistes professionnels au Congo qui ne sont jamais passé par des filières académiques en sciences de l’information et de la communication. Je connais des experts en marketing digital qui ne sont jamais passé par des filières académiques en nouvelles technologies. Je connais des grands managers dans ce pays, qui n’ont jamais appris le management à l’université.

Qu’est-ce qui compte ? C’est la voie absolue ? Ou les opportunités à saisir en entreprenant ?

4- Le paradigme social : ici encore, c’est grave ! Pourquoi être mécanicien est une honte dans notre environnement ? Pourquoi être ‘’cambiste’’ est une honte dans notre environnement ? Pourquoi vendre du poisson dans un marché public est une honte dans notre environnement ? Pourquoi être un ‘’Muana boudin’’ (ndlr. Vendeur des boudins) est une honte dans notre environnement ? Tout ça, c’est à cause du paradigme social.

Le paradigme social, c’est cette perception collective qui régule ce que chacun doit faire et ne pas faire. Or, je connais des vendeurs des boudins qui gagnent environ 100.000 Francs Congolais par jour. N’est-ce pas qu’il peut supporter ses charges quotidiennes et mensuelles avec une bonne planification financière ? Sa vie n’est-elle pas plus meilleure que ces milliers d’étudiants qui trimballent avec des CV et lettres de motivation, sous un soleil ardent, avec des masques qui les empêchent même de bien respirer ?

Qu’est-ce qui importe : chercher à travailler dans un bureau climatisé ou gagner de l’argent chaque jour ? Etudiants évoluant au Congo, libérez-vous dès maintenant du paradigme social qui vous nuit !

5- Le caractère obsolète du système éducatif congolais : totalement en déphasage avec le progrès de la science, des nouvelles technologies, des réalités et de l’évolution des réalités qui sont les nôtres.

Par où commencer pour s’insérer dans la vie professionnelle quand on est étudiant ou diplômé universitaire chômeur ?

1- Commencez par identifier vos talents et atouts naturels : il s’agit ici de connaître quelles sont vos capacités intrinsèques, innées et dont vous pouvez être fiers de dire : ‘’Moi, je suis fort en…’’. Mais aussi, un atout naturel peut être celui de savoir correctement faire une chose que d’autres n’arrivent et vous rendent particulier, unique.

2- Ensuite, repérez les opportunités de votre environnement : très peu des gens savent que lorsqu’on parle d’un problème, ceci représente toute une opportunité pour laquelle on peut apporter une solution et se gagner de l’argent.

Par exemple, si dans votre environnement les gens n’aiment pas lire ou ont horreur de lire, il s’agit d’une opportunité sur laquelle vous pouvez miser pour proposer une solution à y remédier et gagner de l’argent. Et en faisant cela, déjà, vous vous êtes inséré dans la vie professionnelle.

3- Après, déterminez avec précision de quelle manière vos talents et atouts naturels vous aideront à saisir cette opportunité et vous insérer dans la vie professionnelle : j’estime, pour ma part, qu’en vous servant de vos talents et atouts naturels, vous saurez à la fois vous valoriser, vous mettre en confiance et proposer vos prestations tout en étant passionné de ce que vous faites.

4- Enfin, choisissez soit de monter un business et de vous lancer en entrepreneuriat ; soit d’aller vers des entreprises et des recruteurs et de vous vendre auprès d’eux. Cependant, retenez ceci : quand vous voulez être recruté par une entreprise, oubliez vos CV et vos diplômes. Allez vendre vos compétences et votre savoir-faire.