Accueil Nation Sécurité et souveraineté alimentaires : L’agro-écologie est-elle la solution pour l’Afrique 

Sécurité et souveraineté alimentaires : L’agro-écologie est-elle la solution pour l’Afrique 

Par La Prospérité
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(Une contribution de Christian Gambotti)

Agrégé de l’Université – Président du Think tank Afrique & Partage –  Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches du l’Afrique de Demain) – Directeur général de l’Université de l’Atlantique (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@agriquepartage.org

L’Afrique est désormais confrontée à deux urgences contradictoires : assurer sa souveraineté et sa sécurité alimentaire en demandant à son agriculture de produire plus et lutter contre le dérèglement climatique en produisant différemment. Pour résoudre cette contradiction, il existe une solution : l’agro-écologie, qui permet d’engager l’agriculture vers de nouveaux modes de production plus vertueux.

Mais, pour Justin Koffi, Directeur général de l’ARRE et Président du Comité scientifique de la COP 15, l’agro-écologie ne doit pas être synonyme de décroissance. Il tient à rappeler les faits suivants : « L’Afrique est le seul continent qui voit sa population augmenter de façon exponentielle. Nous serons 2,4 milliards d’habitants en 2050, 4 milliards à la fin du siècle. Comment nourrir nos populations, si notre agriculture produit moins ? ».  Professeur agrégé de médecine, il ajoute : « Nous devons produire plus et mieux, car l’Afrique sub-saharienne, qui possède l’indice de faim le plus élevé dans le monde, connaît des situations de malnutrition et des risques de famine. 

Or, les conflits persistants et les dérèglements climatiques extrêmes se traduisent par une baisse de la production alimentaire, ce qui interdit un accès égal à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, retarde l’objectif d’éliminer totalement la faim pour les populations les plus vulnérables».

En 2021, 278 millions de personnes ont été touchées par la faim sur le continent, soit près de 20 % de la population en situation d’insécurité alimentaire modérée ou grave. Dans la bande sahélienne, le niveau d’insécurité alimentaire est au plus haut.

En Afrique, les « émeutes de la faim » de 2008 avait mis en évidence les faiblesses d’un secteur agricole traditionnel et peu productif,  ainsi que l’absence de filets de protection sociale. En 2022, 14 ans après, alors que la majorité de la population en Afrique dépend toujours de l’économie agricole,  le contexte est totalement différent pour trois raisons : l’impact négatif de la pandémie de la Covid-19 qui a entraîné une baisse de la production agricole et un ralentissement global de l’activité avec la fermeture brutale des débouchés, la nécessité de répondre à l’urgence climatique en produisant différemment, la montée de l’inflation qui se traduit par une baisse des revenus, ce qui rend plus difficile l’écoulement des productions agricoles.

COP 15, agro-écologie et sécurité alimentaire

Le 5 octobre 2022, le Président de la COP 15, Alain-Richard Donwahi interviendra lors du Sommet de Montpellier organisé par l’ONG Désertif’Actions sur le thème de l’agro-écologie. La COP 15 et Désertif’Actions poursuivent les mêmes objectifs : faire de la protection de l’environnement un atout qui associe la performance environnementale, la performance économique et la performance sociale ; engager l’agriculture, à travers l’agro-écologie, vers de nouveaux systèmes de production ; partager les expériences et assurer ladiffusion des nouveaux savoirs et savoir-faire.

Nous sommes loin d’une idéologie de la décroissance.

Certes, face à l’urgence climatique et à la nécessité de lutter contre la dégradation des terres et la déforestation, il convient d’engager l’agriculture vers de nouveaux modes de production ; mais, face au boum démographique, à l’urgence alimentaire et aux risques de famine, l’agriculture africaine doit produire plus.

Mais,  elle doit aussi produite mieux, car il s’agit, pour lutter contre le dérèglement climatique, de répondre à la demande légitime de protection de l’environnement en engageant l’agriculture vers des modèles de croissance plus vertueux. Pour Alain-Richard Donwahi, « il convient de préserver les ressources, – l’eau et les terres -, sur lesquelles s’appuient les productions agricoles et réduire drastiquement l’utilisation des pesticides qui sont présents partout en Afrique». 

Bannis en Occident, les pesticides sont utilisés massivement sur le continent à travers un marché illicite qui augmente chaque année, ce qui pose un problème de santé publique.

Pour Justin Koffi, les intoxications aiguës ne sont que la partie visible du problème de santé publique, le vrai problème étant les effets à long terme d’une exposition chronique qui n’a pas d’effet immédiat, mais qui déclenche des maladies silencieuses (cancer, retard du développement cognitif chez l’enfant, etc.).

Dans une Afrique qui souffre encore de malnutrition et qui devra répondre dans les années qui viennent à un défi démographique d’une ampleur inégalée, l’agriculture peut-elle se passer des pesticides et passer à l’agro-écologie ?

Accompagner le passage de l’Afrique à l’agro-écologie

Il semble impossible, pour l’Afrique, de se passer des pesticides. Moritz Hunsmann, chargé de recherche au CNRS, considère, avec l’ONU, « que cela est possible et bien des exemples montrent que des paysans africains passés en agriculture biologique s’en sortent économiquement, parfois même mieux qu’avant ». Il ajoute cependant que « sortir de l’agriculture chimique implique une réorientation drastique de la politique agricole des pays africains, des organisations internationales, ainsi que des investissements massifs pour amener les paysans vers des modes de production qui se passent de pesticides».

Il en conclut que « les paysans doivent être soutenus et accompagnés pour ne pas, après avoir payé le prix sanitaire de l’utilisation des pesticides, avoir à payer le prix économique de ce passage-là».

La COP 15 et Désertif’Actions s’accordent pour dire que pour produire autrement en repensant nos systèmes de production, afin d’aller vers une utilisation optimale des ressources et des mécanismes naturels, et préserver les ressources sur lesquelles s’appuient les productions agricoles, il faut former les agriculteurs, organiser les filières en fonction de la diversité des territoires, établir le lien entre l’agro-écologie et l’agroforesterie.

Pratique ancestrale, l’agroforesterie associe, sur une même parcelle, arbres, cultures et/ou d’animaux, ce qui permet une meilleure utilisation des ressources, une plus grande diversité biologique et la création d’un microclimat favorable à l’augmentation des rendements.

L’agroforesterie est une composante essentielle du projet agro-écologique par l’enrichissement du sol en matières organiques et stockage du carbone par les différentes parties des arbres associés aux cultures ou à l’élevage. La performance environnementale n’est jamais dissociée de la performance économique et sociale.

La « Grande Muraille Verte » : un laboratoire à ciel ouvert qui tient compte de la diversité des territoires

La « Grande Muraille verte » est un projet de reboisement sur 8 000 kms entre le Sénégal et Djibouti, afin de limiter l’avancée du désert dans une région fragile. Le but est socio-écologique, il ne s’agit pas simplement de planter des arbres sous la forme d’une bande végétale étanche, il s’agit aussi d’élaborer des trajectoires de développement fondées sur deux principes : offrir et diversifier des opportunités économiques peu émettrices de gaz à effet de serre, agir différemment selon les territoires en fonction de la nature du sol, du foncier, des traditions et de la culture. Peut-on conduire les mêmes projets au Sénégal, en Mauritanie, en Ethiopie, au Tchad ? Evidemment, non.

Tout projet, et c’est ce disent la COP 15 et Désertif’Action, doit s’adapter au contexte local et aux écosystèmes de chaque pays. Mais, l’agro-écologie ne se réduit pas simplement à des préoccupations écologiques, comme l’agroforesterie ne se résume pas à planter des arbres. Selon l’AFD, « la diffusion des techniques de production agro-écologiques est un enjeu essentiel pour le développement durable en Afrique de l’Ouest. Ces techniques permettront non seulement d’accroître la productivité de l’agriculture mais aussi de renforcer sa résilience face aux effets du changement climatique. Elles contribueront en cela à endiguer l’insécurité alimentaire et nutritionnelle dans la région. » Il reste aux Etats africains et aux bailleurs de fonds à orienter les politiques publiques et flécher les financements pour mieux accompagner la transition vers des systèmes agro-écologiques.

Sécurité alimentaire: une situation alarmante en RDC, selon le Pam et le Fao

Peut-on parler d’une amélioration de la situation des personnes en insécurité alimentaire modérée ou aiguë en RDC ?  Les chiffres montrent que la situation s’aggrave, notamment dans 5 territoires désormais classés en urgence (Djugu, Kamonia, Luebo, Dibaya et Luisa).

Ce sont 27 millions de personnes (26 % de la population) qui se retrouvent en situation d’insécurité alimentaire aiguë à cause de la persistance des conflits armés, du dérèglement climatique d’une ampleur inégalée, de la dégradation des terres et des chocs économiques aggravés par la pandémie de la Covid 19. Selon la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) et le PAM (Programme alimentaire mondial (PAM) et (FAO), la République Démocratique du Congo est le pays avec le plus grand nombre de personnes en insécurité alimentaire au monde.

Les facteurs qui déterminent la sécurité alimentaire et nutritionnelle (disponibilité et accès à la nourriture) sont loin d’évaluer favorablement en RDC, qu’il s’agisse de la nourriture disponible sur les marchés, produite localement dans les champs ou potagers des ménages, importée ou fournie dans le cadre de l’aide alimentaire ou sous forme de dons. Si la nourriture est disponible, des pans entiers de la population ne peuvent pas y accéder faute de ressources suffisantes.

Aujourd’hui encore, malgré une ambition déclarée, la politique agricole reste le maillon faible de la politique gouvernementale qui lui consacre un budget trop faible (3% du PIB). Or, la RDC est reconnue comme un pays à fort potentiel agricole avec une superficie de terres cultivables inégalée en Afrique. Sur 80 millions d’hectares de terres arables disponibles en RDC, seulement 10% sont mises en valeur. Pour relever le défi de la sécurité alimentaire, à côté de la modernisation de l’agriculture traditionnelle, la RDC se tourne vers l’agro-écologie, ouvrant les opportunités d’entrepreneuriat vert à travers le programme Agrobootcamp qui offre des formations en agro-écologie.

Comme partout en Afrique, l’agriculture congolaise connaît une baisse de productivité et des pertes de fertilité des terres liées à dégradation et à l’épuisement des sols (sécheresse, ruissellement des eaux, érosion) et à la déforestation. L’inégalité d’accès à la sécurité alimentaire et nutritionnelle et à l’eau, notamment pour les populations les plus vulnérables, s’aggrave. La RDC a pris des engagements nationaux visant à promouvoir une gestion intégrée des paysages et des forêts. Elle a lancé un vaste programme de reboisement et un travail de fond sur la restauration des terres, la gestion des sols et des ressources en eau.

Il ne s’agit pas simplement de planter des arbres, mais, comme le prévoit la COP 15, d’associer performance environnementale, performance économique et performance sociale sur les terres forestières, agricoles, pastorales et dans les zones de mangroves. L’agro-écologie construit un monde d’équilibre qui réhabilite des pratiques ancestrales comme l’agro-foresterie.

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