Accueil » Vital Kamerhe, le Dreyfus Congolais ? Cogitation sur la débâcle du Programme de 100 jours ? Par Hubert Kabasu Babu Katulondi, Libre-Penseur et Ecrivain Congolais

Vital Kamerhe, le Dreyfus Congolais ? Cogitation sur la débâcle du Programme de 100 jours ? Par Hubert Kabasu Babu Katulondi, Libre-Penseur et Ecrivain Congolais

Par Chris Mutombo
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*Extrait du Chapitre 9 de l’essai intitulé : Le Président F. Tshisekedi et l’UDPS en 30 Mois d’Imperium (Hubert Kabasu Babu Katulondi, Librinova, Paris, 2022). Il s’agit du Tome III du triptyque « L’Esprit du Pouvoir et le Pouvoir de l’Esprit en RDC ».

Mais quelle tache de boue sur votre nom – j’allais dire sur votre règne – que cette abominable affaire Dreyfus ! (Emile Zola)

Plusieurs thèses ont été échafaudées pour expliquer l’extraordinaire arrestation, le jugement et la condamnation de V. Kamerhe, puissant Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat. On épingle principalement la thèse de l’extraordinaire volonté du Président F. Tshisekedi de matérialiser l’émergence tant espérée et promise de l’État de droit. Dans cette optique, son action d’éclat est donc l’emprisonnement du puissant « Dircab » passant pour le « Vice-président ».

Cette thèse était celle des militants de l’UDPS. Ses cadres avaient déjà promis la prison aux détourneurs des deniers publics. Cependant, il a été également relevé que certains cadres radicaux de l’UDPS : « N’ont jamais accepté le rapprochement avec celui que l’on surnomme le caméléon. Le dircab avait formé un cabinet parallèle et n’hésitait pas à critiquer le président dans son dos, confie un proche du chef de l’Etat », disait Juliette Dubois dans son article intitulé : « Affaire Vital Kamerhe : anticorruption et règlements de compte à la tête de la RDC », publié dans Le Monde, le 14 juillet 2020.

L’autre thèse est celle du stratagème politicien pour écarter V. Kamerhe de la course électorale présidentielle de 2023. Cela en flagrante contradiction à l’Accord de Nairobi entre lui et le Président F. Tshisekedi. Les cadres et militants du parti de V. Kamerhe brandissaient cette défense dénonçant l’acharnement contre leur leader.

Plus rocambolesque, une autre école de pensée soutenait que l’arrestation de V. Kamerhe était une machination savamment orchestrée par l’ancien Président J. Kabila. Celui-ci aurait eu une double visée : sanctionner Kamerhe pour sa trahison et isoler le Président F. Tshisekedi de son « vice-président » Kamerhe. Un stratagème qui serait conçu par J. Kabila pour mieux contrôler son successeur. Comme l’avait noté Juliette Dubois du Journal Le Monde : « Sur le plan politique, la condamnation et l’incarcération de Vital Kamerhe arrange le camp Kabila puisque, en perdant son allié, Félix Tshisekedi se retrouve un peu plus isolé et fragilisé ».

Une autre thèse soutient que ce sont les Américains qui avaient commencé à exercer des pressions sur le Président Tshisekedi pour amorcer une lutte draconienne contre la corruption. Avec le président, ils évoquent régulièrement l’idée d’une première condamnation « pour l’exemple », proposent une aide technique pour les enquêtes et s’engagent à soutenir la future agence de lutte anticorruption à hauteur de 10 millions de dollars. «L’influence des Etats-Unis est telle qu’il a été difficile de reculer », reconnaît un proche du Président. V. Kamerhe était donc la victime cobaye de ce schéma.

Cependant, dans la double perspective du leadership d’État et de la gouvernologie, la question capitale méritant d’être posée est : comment le Président de la République, leader d’un parti ayant centré sa lutte sur la bonne gouvernance pendant 36 ans, n’a-t-il pas pu déceler cette corruption, cette mafia ayant son bureau comme centre de conception, de coordination et d’ordonnancement pendant 13 mois ?

D’aucuns ont soutenu que si Kamerhe a détourné des sommes aussi faramineuses, compte tenu de sa longue expérience technocratique dans les cabinets ministériels et son tact politique, il ne peut pas avoir agi par sa propre initiative sans une certaine implication du Président F. Tshisekedi.

Ce point de vue était soutenu dans l’Opposition. Le candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2018, Martin Fayulu, qui est aussi leader de la coalition oppositionnelle Lamuka, avait déclaré : « Que nul ne soit dupe, la responsabilité personnelle de Monsieur Félix Tshisekedi est aussi engagée dans la gestion de son programme de 100 jours et dans le dossier des 15 millions de dollars ».

Cependant, le prisme psycho-politologique permet de saisir la causalité de cette incapacité du Président F. Tshisekedi à détecter cette corruption à large échelle dans le phénomène de la fausse conscience. Elle est aussi amplifiée par la propension polito-égotiste de manifester l’exercice des pouvoirs immenses et de matérialiser son fantasme messianique.                                                    

  1. La propension du pouvoir impérial et la perte de focus sur la direction de l’Etat

La fausse conscience ou la cognition erronée, découlant d’une superficialité idéologique, empêche le leader politique d’avoir la profondeur de l’attention nécessaire à la réalisation de sa mission historique. La superficialité idéologique est aussi repérable dans la légèreté fonctionnelle, les rituels politiques, l’exubérance dans la délectation du pouvoir.

On discerne une sorte de désir ardent d’assouvissement du besoin que l’on s’aperçoive de son pouvoir, que l’on sente son pouvoir, pour ainsi dire. En plus des voyages innombrables, laissant le directeur de cabinet seul au contrôle de la présidence, cette situation rend le leader distrait et superficiel.

Cela crée l’incapacité de concentration même sur son programme de 100 jours. Dans cet état d’Esprit du Pouvoir (ou dans cet Esprit du pouvoir d’Etat), il est difficile pour le président porteur de fixation sur la grandeur de son pouvoir d’avoir la profondeur dans l’action, d’avoir le sens du suivi et de la performance.

Le lancement du programme présidentiel de 100 jours fut donc plus une action d’éclat pour démontrer l’effectivité de l’imperium qu’une initiative mûrie, émanant de l’Esprit du Président F. Tshisekedi – et encore moins d’un cercle stratégique-programmatique de l’UDPS. Ceci est d’autant plus vrai que les sauts-de-mouton et les maisons préfabriquées ne figurent ni dans son programme électoral ni dans le projet de société de l’UDPS.

Par ailleurs, les notes et annotations attribuées au Président F. Tshisekedi instruisant le Directeur de cabinet Kamerhe de réaliser tous ces projets, établissent bien une responsabilité morale et intellectuelle.

Cette responsabilité n’est pas nécessairement celle de l’instruction d’opérer une malversation ou un détournement des fonds de l’Etat. Mais, elle est absolument celle du chef ayant l’obligation de s’assurer, et d’assumer, le leadership en veillant et en faisant contrôler la bonne exécution des projets dans le triple principe de la conformité : normative-qualitative, temporelle, et budgétaire-financière.

Sur ce registre, le Président Tshisekedi et la kyrielle de ses conseilleurs portent une responsabilité morale et managériale certaine.

  • Vital Kamerhe, le « Dircab » piégé dans une Présidence de la horde mercantiliste ?

Dans une certaine mesure, cette affaire de la débâcle-scandale du programme de 100 jours du Président Tshisekedi rappelle l’affaire Dreyfus en France que condamna le célèbre penseur et illustre intellectuel Français Emile Zola. Français d’origine juive alsacienne, le capitaine Dreyfus fut accusé faussement en 1894 d’avoir trahi les troupes françaises, en livrant des informations à leurs ennemis allemands.

Pour projeter une bonne image de son régime, le Président Félix Faure laissa un innocent être injustement condamné. Le 13 janvier 1898, Émile Zola publia dans le journal L’Aurore, fondé par Clemenceau et Vaughan l’année précédente, une lettre ouverte au Président de la République, Félix Faure, avec le titre fort éloquent, « J’accuse… ! ».

Dans cette lettre historique, qui marque un tournant décisif dans le rôle important que joueront les intellectuels et penseurs français dans le champ politique, Zola accuse aussi le président Félix Faure d’hypocrisie. Dans un passage incandescent contre le Président Félix Faure, Zola crie sa révolte : « Mais quelle tache de boue sur votre nom – j’allais dire sur votre règne – que cette abominable affaire Dreyfus ! ». Le Président Faure, qui était au courant de l’innocence de Dreyfus, le laissa languir en prison, tout en laissant la justice disculper le véritable coupable, le commandant Esterhazy. Celui-ci fut dévoilé en mars 1896, par Picquart, le nouveau chef des Services de renseignements de l’état-major de l’armée Française.

Comparaison n’est pas raison et Kamerhe n’est littéralement pas Dreyfus. En plus, Kamerhe n’est pas absolument et intégralement innocent. Mais dans cette saga politico-cannibalesque de l’Etat, avec comme centre d’impulsion la Présidence de la République, les propos d’Emile Zola retentissent à nos oreilles avec toute leur saillance.

On peut donc paraphraser Zola en écrivant : « Mais quelle tache de boue sur votre nom – j’allais dire sur votre règne – Président Félix Tshisekedi, que cette abominable affaire Kamerhe ! ». Asserter la responsabilité morale et intellectuelle, voire administrative et politique du Président F. Tshisekedi n’est pas du tout absolument aberrant.

Le Président Tshisekedi n’a pas été le « mastermind » ou le concepteur de cette opération mafieuse et mercantiliste. Autant le Président Tshisekedi peut jouir des circonstances atténuantes pour ces ratées du début à une fonction aussi sophistiquée que visqueuse, autant Kamerhe peut aussi bénéficier des circonstances atténuantes pour négligence ou insuffisance de leadership de son chef fonctionnel Tshisekedi.

Mais, affirmer, comme certains intellectuels militants de l’UDPS et autres courtisans politiciens l’ont soutenu, que le Président Tshisekedi n’était pas au courant de l’orchestration de ces détournements pendant plus de 13 mois, pour établir son innocence, c’est corroborer la thèse de sa déficience gouvernologique – dont certains aspects ont rejailli dans les 30 mois de ce drame politique historique.

La saga politico-judiciaire « Kamerhegate » est révélatrice d’une abyssale impotence auto-libératrice et d’infécondité mutationnelle. Si au niveau de l’institution Présidence de la République et ses services, dans un régime de l’alternance, censé apporter des innovations disjonctives avec le passé, on y perpètre une telle mercantilisation, la RDC a un sérieux problème. La Présidence de la République est l’organe directionnel non seulement de l’Etat mais de toute la société.

Si pendant 13 mois, une mafia s’y organise pour dépouiller la République de plus $114 millions au profit des individus, cela veut-dire que la tête de l’Etat est porteuse d’une infection prédatrice. L’affirmation est corroborée dans une large mesure, comme démontrée dans le chapitre 8, par la véritable cannibalisation budgétaire et financière du Trésor Public par la Présidence de la République avec des dépenses gargantuesques.

Dans cette même veine, il faut souligner que les dépenses finales du programme de 100 jours ont dépassé plus de $400 millions. Et aucun rapport d’évaluation, ni un audit n’a été effectué et publié. Cela, malgré la vérité judiciaire de la corruption y impliquée.

Le nouveau Président, F. Tshisekedi, avait et a encore le devoir de réaliser l’impératif d’une élévation idéologique activatrice de performance en génie gouvernemental au sommet de l’État, tout en proposant les termes de l’éclosion transformationnelle des Congolais. Ceci est d’autant plus vrai que malgré les efforts réalisés par l’IGF, les poursuites judiciaires et les emprisonnements, la corruption et les tentatives de détournements se sont poursuivis, après l’affaire Kamerhe.

Le Ministre de l’Enseignement Primaire et Secondaire, Willy Bakonga, a été arrêté (dans une tentative de fuite vers l’étranger), jugé et condamné. Ensuite, même dans le gouvernement Sama Lukonde, $1,1 millions ont été perçus le 12 et le 13 juillet 2021, de manière illicite par le comptable du Ministère de la Formation Professionnelle géré par Antoinette Kipulu.

La corruption est par essence une défectuosité anthropologique et sociétale. Le leader d’Etat est supposé avoir une cognition murie de cette dimension et avoir effectué une élévation idéologique lui permettant d’actionner une gouvernementalité du remodelage de l’Etre individuel et collectif. Et c’est sur ce rayon que le prédécesseur, le Président Honoraire J. Kabila, a relevé une lacune qu’il a humblement reconnue.

Ainsi, en dépit des percées en démocratisation, les politiciens congolais sont restés essentiellement imbibés des schèmes mentaux colonialo-mobutistes : dominateurs politiques, jouisseurs, rentiers et patrimonialistes.

Si à la superstructure aucun effort fondamental n’est fourni par le nouveau Chef de l’Etat afin d’insuffler un nouveau paradigme en leadership gouvernemental, le Congo ne connaîtra pas une transformation profonde et durable dans ce mandat de 2019-2023.

Imhotep Kabasu Babu Katulondi

(Libre-Penseur et Ecrivain, www.agirnewcongo.com)

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