(Par Jonas Tshiombela)
Kinshasa, 03 janvier 2026. Alors que la majorité des Congolais luttent quotidiennement pour survivre dans un contexte économique étouffant, l’État congolais, à travers ses autorités financières et administratives, semble avoir fait le choix de pressurer davantage une population déjà à bout de souffle.
La décision d’imposer une nouvelle plaque d’immatriculation aux automobilistes intervient non seulement au pire moment, mais surtout dans une logique déconnectée de la réalité sociale du pays. Il ne s’agit pas ici d’un simple débat technique ou administratif. Il s’agit d’un choix politique lourd de conséquences sociales. Sur un même véhicule, le citoyen congolais est aujourd’hui sommé de payer, presque simultanément et sans aucun intervalle raisonnable :
1. la vignette,
2. le contrôle technique,
3. le permis de conduire,
4. l’assurance,
5. la carte rose,
6. et désormais le changement obligatoire de plaque, etc.
Cette accumulation de taxes et de redevances, souvent exigées dans un climat de tracasseries routières, donne le sentiment d’un État plus prompt à prélever qu’à protéger, plus efficace pour taxer que pour améliorer les routes, sécuriser les usagers ou mettre fin aux abus.
À quel moment l’État congolais a-t-il évalué l’impact réel de ces mesures sur une population majoritairement pauvre, sans revenus stables et confrontée à l’insécurité généralisée ? À quel moment a-t-il pris en bh des milliers de ménages survivent grâce à des activités informelles liées au transport, chaque nouvelle taxe devient une menace directe contre la paix sociale.
La réforme des plaques est présentée comme une avancée vers la modernité. Mais quelle modernité peut être bâtie sur la misère, sur l’absence de dialogue, sur le silence des autorités face aux inquiétudes légitimes des citoyens ? Moderniser sans humaniser, réformer sans accompagner, imposer sans expliquer, c’est gouverner contre le peuple. Ce qui inquiète davantage, c’est l’impression que l’État agit sans mesurer les conséquences, comme si la société congolaise était une variable négligeable. Or, dans un contexte sécuritaire déjà très tendu, multiplier les charges financières sur les citoyens revient à jeter de l’huile sur le feu.
La fiscalité n’est pas un instrument de punition. Elle doit être un outil de développement, de justice et de solidarité nationale. Lorsqu’elle devient oppressive, brutale et aveugle, elle cesse d’être légitime. Aujourd’hui, une ligne rouge est en train d’être franchie. Ce qui était tolérable hier devient inacceptable aujourd’hui. Ce qui inquiétait commence à révolter. Il est encore temps pour les autorités financières et gouvernementales de revoir leur copie, d’instaurer un moratoire, d’ouvrir un dialogue franc avec les usagers, et surtout de placer l’humain au centre des décisions publiques. Faute de quoi, l’État devra assumer une vérité simple mais implacable : on ne gouverne pas durablement un peuple qu’on affame, qu’on ignore et qu’on asphyxie.